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II
PRÉFACE

Un livre n’est point moral ou immoral. Il est bien ou mal écrit. C’est tout.

Le dédain du XIXe siècle pour le réalisme est tout pareil à la rage de Caliban apercevant sa face dans un miroir.

Le dédain du XIXe siècle pour le Romantisme est semblable à la rage de Caliban n’apercevant pas sa face dans un miroir.

La vie morale de l’homme forme une part du sujet de l’artiste, mais la moralité de l’art consiste dans l’usage parfait d’un moyen imparfait.

L’artiste ne désire prouver quoi que ce soit. Même les choses vraies peuvent être prouvées.

L’artiste n’a point de sympathies éthiques. Une sympathie morale dans un artiste amène un maniérisme impardonnable du style.

L’artiste n’est jamais pris au dépourvu. Il peut exprimer toute chose.

Pour l’artiste, la pensée et le langage sont les instruments d’un art.

Le vice et la vertu en sont les matériaux. Au point de vue de la forme, le type de tous les arts est la musique. Au point de vue de la sensation, c’est le métier de comédien.