Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/227

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monie des couleurs était parfaite et tout à fait charmante.

Je dis :

— Oui, je le vois ; mais comment peuvent-ils tous se permettre de si riches costumes ? Regardez ! voilà un homme entre deux âges avec un habit gris qui n’est pas voyant, mais je peux juger d’ici qu’il est de très belle étoffe de laine et couvert de broderies de soie.

Clara dit :

— Il pourrait porter des vêtements râpés si cela lui faisait plaisir, — c’est-à-dire s’il ne croyait pas blesser les impressions des autres en le faisant.

— Mais, dites-moi, je vous prie, comment ils peuvent se le permettre ?

Je n’avais pas plus tôt parlé que je m’aperçus que j’étais revenu à mon ancienne faute, car je vis les épaules de Dick secouées par le rire, mais il ne dit pas un mot et me laissa à l’indulgente compassion de Clara qui reprit :

— Mais je ne sais pas ce que vous voulez dire. Bien entendu, nous pouvons nous le permettre, sans quoi nous ne le ferions pas. Nous pourrions bien convenir que nous ne dépenserons notre travail qu’à faire nos vêtements confortables : nous préférons ne pas nous en tenir là. Quel tort trouvez-vous que soit le nôtre ? Croyez-vous que nous nous privions de nourriture pour nous faire des vêtements élégants ? ou pensez-vous qu’il y ait du mal à aimer voir nos corps couverts d’habits beaux comme nos corps eux-mêmes, — de même que la peau d’un