Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/71

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profit pour la plantation d’un verger, composé surtout d’abricotiers, au milieu desquels se trouvait une jolie construction gaie, en bois, peinte et dorée, qui avait l’air d’une boutique de rafraîchissement. À partir du côté sud du dit verger courait une longue route, toute diaprée par l’ombre de vieux poiriers, au bout de laquelle se montrait la haute tour du palais du Parlement, ou Marché-au-Fumier.

Une étrange sensation s’empara de moi ; je fermai les yeux pour éviter la vue du soleil éclatant sur ce séjour de jardins, et pendant un moment passa devant moi une fantasmagorie d’un autre temps. Un grand espace entouré de hautes maisons laides, avec une laide église au coin, et derrière moi un bâtiment à coupole d’une laideur infâme ; la route bondée d’une foule étouffée et excitée, dominée par des omnibus regorgeant de spectateurs. Au milieu, un carré pavé avec une fontaine, peuplé seulement de quelques hommes habillés de bleu, et de pas mal d’images de bronze particulièrement laides, dont une au sommet d’une haute colonne. Le dit carré séparé du bord de la route par une quadruple rangée de gros hommes habillés de bleu, et de l’autre côté de la route, au sud, les casques d’une ligne de soldats à cheval, d’un blanc mortel dans le gris d’une froide après-midi de novembre…

J’ouvris de nouveau les yeux à la lumière du soleil, et je m’écriai, parmi les murmures du feuillage et les fleurs odorantes :

— Trafalgar Square !