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Chapitre IV

CORÉE


Fusan — Séoul


6 décembre — Fusan : cinquante et un mille habitants. Le train qui doit nous emporter en dix heures à deux cent quatre-vingt-un milles au nord, est sur le quai tout à côté de notre bateau. Les officiers font l’inspection des passeports et des malles. Ils cherchent surtout les armes à feu, paraît-il. Nous filons dans la vallée entre les montagnes déboisées. Ce pays se ressent des guerres ininterrompues depuis cinquante ans : guerres avec la Russie, avec la Chine et avec le Japon qui le convoitent. Tour à tour indépendant, sous le knout du Cosaque, le glaive du Chinois, le canon du Japonais, ce peuple a décliné et a glissé au bas de la civilisation, est descendu de ses montagnes fertiles, le long de ses minces cours d’eau, dans les vallées étroites où il s’est laissé choir.

C’est là qu’on le retrouve, de haute taille, invariablement vêtu de blanc, marchant droit, fier, dédaigneux, flâneur, la longue pipe au bec, coiffé d’un bonnet de tulle noir sur lequel il met en guise d’ornement un chapeau de paille ou de toile fine trop petit pour sa tête, et qui tient en place au moyen d’un cordon passé sous la gorge. Une grande redingote blanche, un pantalon bouffant, blanc aussi, et retenu à la cheville constituent cet accoutrement d’opéra bouffe. Son pied est chaussé d’une savate blanche qu’il enfonce dans des sabots de bois au bout retroussé. Sa moustache grêle tombe sur ses dents. De chaque côté de l’orifice buccal et du menton, une barbe aux longs poils flous que le vent tente en vain d’arracher, complète l’ornement de son visage jaune terreux. Sa femme, ses femmes (il en a quelquefois une demi-douzaine)