Page:Wurtz - La théorie atomique, 1886.djvu/20

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INTRODUCTION

si grand talent et d’une telle réputation. Elle ne fut pas au-dessus de ses forces, et pendant trente ans les élèves se pressèrent dans l’amphithéâtre de la Faculté, entraînés par la clarté et par l’éloquence du maître. Celui-ci ne craignait pas, pour un enseignement souvent qualifié d’accessoire, mais qui mériterait plutôt le nom de fondamental, d’exposer les vérités les les plus élevées de la science, sachant les rendre accessibles à tous et attrayantes même pour ceux qui avaient hâte d’abandonner la théorie pour la pratique.

C’est là qu’il fallait le voir, maître de son sujet, sûr de son auditoire, marchant à grands pas de la table où se trouvaient préparées les expériences au tableau noir, trouvant chemin faisant des mots d’une éloquence familière et vivante, parlant avec enthousiasme des combinaisons chimiques, comme s’il s’était agi du salut des États ; étonnant parfois ceux qui ne le connaissaient pas et que cette exubérance inaccoutumée dans un cours de science troublait, mais qui revenaient aux leçons suivantes, captivés et charmés ; déroutant souvent ses préparateurs par l’imprévu de son exposition et de ses gestes, quoique ses leçons fussent toujours préparées à l’avance, et cela de plus en plus, à mesure que sa carrière de professeur avançait. Ce n’était pas un érudit venant exposer paisiblement le résultat de ses veilles ; c’était un savant communiquant à ses élèves la science qu’il avait vécue pour ainsi dire, dont il avait fait lui-même une partie, et qui s’était transformées sous ses yeux et par son travail. On sentait la chaleur de la lutte, non pas contre ses adversaires scientifiques, — jamais on n’en a vu trace dans son enseignement, — mais contre l’ignorance, l’obscurité. Et la lumière qui s’était faite pour cet esprit supérieur se communiquait limpide et chaude à ses auditeurs.


Ce n’était pas un auditoire seulement qu’il devait trouver à la Faculté de médecine, mais tout ce qu’il fallait pour créer une véritable école. Il y obtint un local qui, agrandi et arrangé par ses soins, suffit pendant des années à son activité et à celle des jeunes savants qu’il sut grouper autour de lui.

La principale salle de travail, dans laquelle se tenait Wurtz, entouré de ses élèves, avait été retranchée sur le petit amphithéâtre de la Faculté. Elle était très haute, voûtée, claire, et pouvait recevoir une douzaine de travailleurs, sans compter le maître, dont la place, située près d’une des grandes baies, n’était d’ailleurs guère plus large que les autres. Les balances, placées sur une tablette dans l’amphithéâtre même, n’étaient pas accessibles pendant la durée des cours. Plusieurs pièces accessoires étaient destinées d’abord aux grosses préparations, aux combustions et aux expériences encombrantes. Elles finirent par être aménagées de façon à recevoir en outre quelques-uns de ceux qui se pressaient à la porte du laboratoire.

Une petite cour jouait un rôle important, non seulement pour les