Page:Wylm - L'Amant de la momie, paru dans Le Matin, 24-10-1912 au 06-12-1912.djvu/30

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de faibles éclairs l’eussent sillonnée. Elle s’allongea ensuite dans le sens vertical, de manière à toucher le sol par en bas, et à atteindre, par le haut, la taille d’une personne de cinq pieds et demi environ.

Cette colonne lumineuse prit une forme humaine ; des yeux y apparurent, puis une bouche, un nez, un visage ; les membres se dessinèrent, et un corps de femme, vêtu d’une longue tunique blanche collante, se précisa aux regards stupéfaits du jeune homme.

La sensation d’épuisement devint telle que le sujet de cette hallucination perdit connaissance et s’affaissa sur la table.

Quand il revint à lui, il sentit un souffle frais qui lui éventait le front ; il reprit ses forces et vit une jeune femme d’une étrange beauté. C’était, si l’on en croit le héros de cette aventure, la fille préférée d’Amen Hotep IV, la princesse Nefert-thi, prêtresse d’Aten, matérialisée au bénéfice exclusif d’Edward Rogers M. A.

Le jeune savant a laissé de sa visiteuse un portrait enthousiaste. La princesse était de taille moyenne, admirablement faite ; elle avait une bouche souriante, des dents splendides, des lèvres rouges un peu charnues ; son nez, légèrement busqué, lui donnait un soupçon de type sémitique ; son front était élevé, ses sourcils réguliers et nettement tracés, ses oreilles petites, son visage allongé, son menton arrondi, orné d’une fossette. Elle portait les cheveux tressés en nattes minuscules qui retombaient de chaque côté de sa figure ; ils étaient bruns et faisaient ressortir la pâleur ambrée de son teint.

Quelle merveille de beauté que ses yeux ! Très grands, allongés, ils avaient l’éclat de deux diamants noirs. Leur expression était extraordinairement mobile ; ils traduisaient avec une vivacité extrême les changeantes impressions de leur propriétaire. Rogers n’avait jamais contemplé une créature plus ravissante.

Mais l’ayant mieux regardée, il éprouva un sentiment de gêne bien compréhensible. Nefert-thi était habillée à la mode de son temps, qui n’avait pas les préjugés du nôtre. Sa robe de lin presque transparente était fendue par devant, laissant apercevoir la rondeur de ses seins, l’élégance svelte de ses cuisses et la cambrure de sa taille ; elle dédaignait de voiler ses jambes et ses bras qui étaient nus et ornés de bracelets semblables à ceux de la momie.

La princesse paraissait fort à son aise.