Page:Zola - Fécondité.djvu/175

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pas ? on vous a chargé de l’ultimatum ! Il faut que je reconnaisse l’enfant, ou bien on me causera des embêtements… Non, non c’est vraiment monumental !

Il s’était mis à marcher de long en large, pouffant, criant, très ennuyé au fond, vexé surtout qu’un accident d’un tel ridicule pût lui arriver, à lui, si malin. Brusquement, il s’arrêta.

— Voyons, c’est une plaisanterie ! Dites-moi, vous qui n’êtes pas en somme une bête, est-ce que vous accepteriez une paternité pareille ? Une fille qui a couché, l’année dernière, avec un garçon de marchand de vin ! Une fille qui, depuis ce temps, doit faire la plus sale des noces ! Enfin, je n’ai eu qu’à la ramasser. On en trouve à la pelle dans les rues.

Et, comme Mathieu voulait l’interrompre pour protester, pour dire sa conviction que la misérable fille ne mentait pas, il lui ferma violemment la bouche.

— Non, non, taisez-vous, écoutez-moi… Je suis certain entendez bien ? certain d’avoir pris toutes mes précautions. Et ça me connaît, mon brave. Ce serait malheureux, vraiment, que, réussissant à éviter un tel désastre avec ma femme, j’aille me conduire avec une maîtresse en collégien qui ne sait pas le truc. Ma main au feu, ce petit-là peut chercher un autre père !

Pourtant il ne devait pas avoir une certitude si solide, car il se lança dans une discussion des dates. Il s’embrouilla, se contredit, fut convaincu de mensonge. La vérité était que l’enfant ne pouvait être du premier soir, le soir où il avait fait sa confidence, avant de rejoindre l’ouvrière, à l’angle de la rue de Caumartin. Mais il l’avait revue souvent ensuite, pris d’une frénésie de désir, pendant trois ou quatre mois, jusqu’au jour où, devant l’évidence de sa grossesse, il s’était dégoûté d’elle, la trouvant gâtée et gênante, ayant hâte peut-être aussi de rompre, afin de fuir toute responsabilité. Maintenant, il