Page:Zola - L'Assommoir.djvu/470

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casquette, ce vieux chapeau noir qui lui faisait tant de honte. Et il lui demanda furieusement d’où venaient ces rubans. Hein ? c’était sur le dos qu’elle avait gagné ça ! Ou bien elle les avait achetés à la foire d’empoigne ? Salope ou voleuse, peut-être déjà toutes les deux. À plusieurs reprises, il lui vit ainsi dans les mains des objets gentils, une bague de cornaline, une paire de manches avec une petite dentelle, un de ces cœurs en doublé, des « Tâtez-y », que les filles se mettent entre les deux nénais. Coupeau voulait tout piler ; mais elle défendait ses affaires avec rage : c’était à elle, des dames les lui avaient données, ou encore elle avait fait des échanges à l’atelier. Par exemple, le cœur, elle l’avait trouvé rue d’Aboukir. Lorsque son père écrasa son cœur d’un coup de talon, elle resta toute droite, blanche et crispée, tandis qu’une révolte intérieure la poussait à se jeter sur lui, pour lui arracher quelque chose. Depuis deux ans, elle rêvait d’avoir ce cœur, et voilà qu’on le lui aplatissait ! Non, elle trouvait ça trop fort, ça finirait à la fin !

Cependant, Coupeau mettait plus de taquinerie que d’honnêteté dans la façon dont il entendait mener Nana au doigt et à l’œil. Souvent, il avait tort, et ses injustices exaspéraient la petite. Elle en vint à manquer l’atelier ; puis, quand le zingueur lui administra sa roulée, elle se moqua de lui, elle répondit qu’elle ne voulait plus retourner chez Titreville, parce qu’on la plaçait près d’Augustine, qui bien sûr devait avoir mangé ses pieds, tant elle trouillotait du goulot. Alors, Coupeau la conduisit lui-même rue du Caire, en priant la patronne de la coller toujours à côté d’Augustine, par punition. Chaque matin, pendant quinze jours, il prit la peine de descendre de la barrière