Page:Zola - L'Assommoir.djvu/481

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un débordement de chairs molles qui voyageaient, roulaient et sautaient, sous les rudes secousses de sa besogne ; et elle suait tellement, que, de son visage inondé, pissaient de grosses gouttes.

— Plus on met de l’huile de coude, plus ça reluit, dit sentencieusement Lantier, la bouche pleine de pastilles.

Virginie, renversée avec un air de princesse, les yeux demi-clos, suivait toujours le lavage, lâchait des réflexions.

— Encore un peu à droite. Maintenant, faites bien attention à la boiserie… Vous savez, je n’ai pas été très contente, samedi dernier. Les taches étaient restées.

Et tous les deux, le chapelier et l’épicière, se carraient davantage, comme sur un trône, tandis que Gervaise se traînait à leurs pieds, dans la boue noire. Virginie devait jouir, car ses yeux de chat s’éclairèrent un instant d’étincelles jaunes, et elle regarda Lantier avec un sourire mince. Enfin, ça la vengeait donc de l’ancienne fessée du lavoir, qu’elle avait toujours gardée sur la conscience !

Cependant, un léger bruit de scie venait de la pièce du fond, lorsque Gervaise cessait de frotter. Par la porte ouverte, on apercevait, se détachant sur le jour blafard de la cour, le profil de Poisson, en congé ce jour-là, et profitant de son loisir pour se livrer à sa passion des petites boîtes. Il était assis devant une table et découpait, avec un soin extraordinaire, des arabesques dans l’acajou d’une caisse à cigares.

— Écoutez, Badingue ! cria Lantier, qui s’était remis à lui donner ce surnom, par amitié ; je retiens votre boîte, un cadeau pour une demoiselle.

Virginie le pinça, mais le chapelier galamment,