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Pauvres fleurs/La Pauvre Orpheline

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LA PAUVRE ORPHELINE.


« Pasteur ! est-il loin encore,
Le couvent au grand clocher ?
Je marche depuis l’aurore,
Et je n’en peux approcher.
— Le voilà sous la colline
Que tu viens de parcourir :
Mais ce n’est qu’à l’orpheline,
Que ce tombeau doit s’ouvrir.


— Pasteur ! j’ai perdu mon père,
Et ma mère est dans le ciel.
Le ciel a dit qu’on espère,
Au désert, un peu de miel !
— Ma fille ! un saint mariage
Sauve ainsi que le couvent :
Car vers le monde à ton âge,
L’âme retourne souvent !

— Pasteur ! une foi profonde
Me liait au pauvre Éloi ;
Mais il hérite, et le monde
Est entre son cœur et moi.
— Ma fille ! sous cette larme
Que tu n’as pu retenir,
Que je vois mourir de charme
Dans ton stérile avenir !

— Pasteur ! ma vie est fermée ;
Pour moi le monde est trop grand :
Femme qui n’est plus aimée,
Dans l’avenir perd son rang.

— Va donc, fleur inaperçue,
Je te bénis seule… Adieu !
Et pour n’être pas déçue,
Va te révéler à Dieu ! »