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Pendant l’orage/Guerres d’autrefois

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Librairie ancienne Édouard Champion (p. 51-52).

GUERRES D’AUTREFOIS



5 décembre 1914.


Je lis dans un manuel historique : « 1692. Aux Pays-Bas, Louis XIV prend Namur. » Et dans les mêmes années on trouve aussi les noms de Mons, de Charleroi, de Bruxelles, de Dixmude, et d’autres villes associées à la guerre actuelle de la façon la plus triste. Une bataille, au xviie siècle, devait avoir quelque chose de majestueux : il nous en reste la vision dans les tableaux de Van der Meulen, encore qu’il ait peut-être mis un peu trop d’ordre dans ses parades guerrières. Mais un siège, si l’on s’en rapporte aux correspondants de guerre du temps (c’était Racine, c’était Boileau) pouvait avoir un air de fête, qui nous paraîtra bien singulier. Les gens de ce temps-là étaient évidemment très civilisés : ils passaient avec une extrême rapidité de l’état de guerre à l’état de galanterie, ou plutôt mêlaient intimement ces deux états. C’est au point qu’on ne s’y reconnaît plus. On prit Namur. Est-ce un siège, est-ce un ballet ? Mme de Maintenon préside. Elle se multiplie. Les forts se sont rendus, la ville est prise, le roi fait porter des rafraîchissements dans la tente des officiers et des soldats. Les dames vont visiter ces braves et assister à leur collation. Mais ce n’est pas tout. Mme de Maintenon veut traiter elle-même les officiers. Elle les invite et leur fait donner rendez-vous à une abbaye voisine. Les religieuses sont cloîtrées. La règle, pour cette fois, sera lettre morte. « Les officiers, les seigneurs s’installèrent au réfectoire, et par un traitement inouï de politesse, les dames servirent elles-mêmes à toutes les tables… » N’allons pas plus loin. Restons-en sur le raffinement inouï de politesse et comparons les deux époques.