Pensées et Fragments inédits de Montesquieu/IV

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Pensées et Fragments inédits de Montesquieu, Texte établi par Le baron Gaston de Montesquieu, Imprimerie de G. GounouilhouI (p. 459-505).




IV

SCIENCE ET INDUSTRIE





I. Mathématiques. — II. Sciences physiques et naturelles. — III. Hygiène et Médecine. — IV. Découvertes et Inventions. — V. Géographie.


I. MATHÉMATIQUES.


675 (172. I, p. 143). — Le mathématicien [1] ne va que du vrai au vrai, du faux au vrai par les arguments ab absurdo. Ils (sic) ne connoissent pas ce milieu, qui est le probable, le plus ou le moins probable. Il n’y a pas, à cet égard, de plus ou de moins dans les mathématiques.

676 (1115. II, f° 75 v°). — Les méthodes des géomètres sont des espèces de chaînes qui les lient et les empêchent de s’écarter.

677 (720. I, p. 485). — Les propositions mathématiques sont reçues comme vrayes parce que personne n’a intérêt qu’elles soyent fausses; et, quand on y a eu intérêt, c’est-à-dire quand quelqu’un a voulu, en en doutant, se faire chef de parti et entraîner, en les renversant, toutes les autres vérités, on en a douté: témoin Pyrrhon.

678* (765. I, p. 5oi).—Je n’estime pas plus un homme qui s’est appliqué à une science, que celui qui s’est appliqué à une autre, si tous deux y ont apporté également de l’esprit et du bon sens. Toutes les sciences sont bonnes et s’aident les unes les autres. Je ne sache que le maître à danser et le maître d’armes de Molière qui disputent sur la dignité et la préférence de leur art.

Je dis tout ceci contre les géomètres.

Ce qui me choque de la géométrie et m’en dérobe la sublimité, c’est que c’est une affaire de famille, et que les géomètres viennent de père en fils. Combien avons-nous vu de Bernoullis?

679 (1o22. II, f° 39). — Je disois: « La Nature a donné la quadrature aux mauvais géomètres pour faire les délices de leur vie. »

680* (136. I, p. 121). — On a dit qu’un corps ne peut perdre entièrement son mouvement, puisque, le partageant toujours, il en reste toujours pour lui, et je trouve cela bien raisonnable : car un corps qui en rencontre un autre lui communique son mouve ment, comme s’il ne faisoit qu’un même corps. Il en garde donc toujours à proportion de sa masse. De plus, il me semble que, si un corps étoit une fois en repos, il seroit impossible qu’il se mût que par l’action d’une cause infinie, puisqu’il y a une distance infinie du repos au mouvement. d’Aulu-Gelle, Favorinus, déclamant contre l’astronomie, dit qu’il s’étonnoit que les planètes ne fussent qu’au nombre de sept : « Posse enim fieri existimabat ut alii planetœ pari potestate essent, sine quibus perfecta observatio perfici nequiret. > 5 Il avoit deviné les satellites de Jupiter et de Saturne.

5 II. SCIENCES PHYSIQUES ET NATURELLES.

681* (163. I, p. 137).— Les observations sont l’histoire de la physique, et les systèmes en sont la fable.

682 (289. I, p. 31o). — Expérimenter la pesanteur par le moyen d’une pierre d’aimant portée sur le

10 sommet d’une tour ou en bas ou d’une montagne, ou d’une carrière. Voir si elle porte moins en haut qu’en bas.

683 (81. I, 76). — Je crois que ce qui cause surtout la déclinaison de l’écliptique, c’est une certaine figure de la Terre, outre sa différente pesanteur: le côté septentrional pesant plus vers le Soleil que le méridional. Cela paroît même en ce que, dans le côté méridional, sont les plus vastes mers. La Terre y est donc plus creuse, et, de plus, l’eau a0 pèse moins que la terre, à ce que je crois. Il faudra voir là-dessus Histoire des Ouvrages des Sçavants, février 1692, article 10 (?) : Essay d’un nouveau Système du Monde.

684 (1147. II, f?79 v). — Au livre XIV, chapitre 1, d’Aulu-Gelle, Favorinus, d?clamant coatre l’astro- nomie, dit qu’il s’?tonnoit que les plan?tes ne fussent qu’an nombre de sept: c Poss?nim f2ri e#istimabat ut alii planetee pari potestat? ess?nt, sine quibus pe?fecta observatio pe?fici nequiret. II avoit devin6 les satellites de Jupiter et de Satume.

685* (1481. II, f° 219 v°). — « Il y a grande apparence que ce qui étoit autrefois la mer est à présent la terre. On voit des bancs de coquilles sur presque toutes les montagnes. Il y a, dans les cabinets des 10 curieux, des coquilles de poisson trouvées dans la terre, dont on ne connoît point l’espèce. On trouve même des animaux ici qui ne sont qu’à la Chine. Ces choses-là ne s’expliquent pas par le Déluge, tel que l’on le donne, mais par quelque accident encore 15 plus grand. Si, par exemple, le centre de gravité de la Terre venoit à changer; comme, par exemple, si les eaux qui sont dans un endroit de la Terre venoient à rompre une cavité qui seroit remplie d’air, et entroient dedans: pour lors, il y auroit un ao transport de la mer ailleurs, et, comme il y a des précipices dans la mer, il se trouveroit des montagnes, et tout se trouveroit terre, avec des montagnes et des vallées : ce qui est rocher et banc de sable se trouveroit montagne. » a5

C’est à M. de Réaumur que je ouïs dire cela.

Effectivement, le changement du centre de gravité pourroit bien emporter les eaux d’un endroit à un autre. Mais, dans ce cas, si ce qui a été mer devenoit terre, les inégalités du globe terrestre ne feroient 3o pas le haut et le bas. Il est pourtant certain que la mer est toujours plus basse que la terre, puisque l’eau de tous les fleuves va à la mer, etc.

686* (1436. II, f° 221 v°). — M. de Réaumur croit 5 que, quoiqu’on voye des coquilles dont on ne connoît plus l’animal, l’espèce n’en est pas pour cela perdue; mais, l’animal vivant au fond de la mer, on ne peut trouver cette espèce que dans les catastrophes.

10 687* (44. I, p. 48). — Voyez le xxxm0 Journal des Sçavans de l’an 172o, in-40, page 516, où on fait la description des différents lits et couches de terre qui se trouvent dans le territoire de Modène, au nombre de sept ou huit, et une ville à 14 pieds, et,

i5 à 5o pieds, un fleuve souterrain, dont on entend le bruit. Quand on creuse jusqu’au lit de sable, un peu trop bas, souvent il pénètre ce sable, et, au grand danger des ouvriers, il remplit l’excavation et va jusqu’au toit des maisons voisines. Je crois qu’il

20 pourroit se faire que ce fleuve souterrain, enflé par quelque accident, se soit fait, de temps en temps, quelques ouvertures, par où les eaux ayent passé, se soyent élevées, et couvert le pays, et fait successivement les nouvelles couches: ses eaux se retirant

25 ou le passage se bouchant, lorsque la cause qui faisoit enfler les eaux souterraines a cessé i.

1. Non. Le terrain s’est affaissé. Voyez mon itinéraire sur Viterbe ou après. — Voyez là-dessus mon extrait: Bernardi Ramazini, De Fontium Mutinensium admiranda Scaturigine.

688 (666. I, p. 464).—Le même missionnaire, Antoine Sepp, découvrit une pierre, nommée itacura, semée de taches noires, qui se séparent au feu et font de très bon fer, dont il avoit besoin pour bâtir. à

689* (82o. I, p. 524). — L’expérience de Van Helmont est que, lorsque l’on fait reposer de l’eau de pluie, on trouve au fond du vase une espèce de sédiment.

Cela étant, je raisonne ainsi et dis que les pluies i° tombent continuellement sur la terre, et, comme elles viennent de la mer, elles laissent un sédiment, qui, se déposant dans la terre, est une compensation de ce que la mer reçoit de la terre; que, sans cela, la terre deviendroit sèche, décharnée et pierreuse; i5 que tous les petits ruisseaux et les grands, les rivières et les fleuves, portent sans cesse à la mer; que cette réparation se fait bien avantageusement, l’eau déposant son sédiment, qui sont (sic) des parties légères et anguleuses qui s’arrêtent et s’attachent 20 dans la terre, et les eaux emportant des sables, qui sont des parties rondes, aisées à entraîner. Voilà pourquoi, quoique la terre perde toujours sa graisse, les fonds des rivières n’ont que du sable, la graisse allant avec l’eau à la mer, et le sable restant dans les" rivières et la mer. Que si la mer ne rendoit point, il faudroit que les bords de la mer reculassent toujours, et que les îles diminuassent; ce qui n’est pas. Qu’il est bien vrai que les grands fleuves augmentent toujours le terrain qui est devant; mais que 3o c’est un cas particulier qui vient de ce qu’ils portent dans un seul endroit, c’est-à-dire à leur embouchure, ce qu’ils ont pris partout. Qu’il faudrait faire, avec un tuyau, l’expérience de ce sédiment. 5 Que, comme le Soleil élève les pluies, la chaleur intérieure élève l’eau de la mer, et que ce sédiment monte dans l’eau naturelle comme dans les pluies.

Expérimenter. Prendre un vase de 6 lignes car10 rées au bas, et de plusieurs pieds carrés au haut. Voir, par cette expérience, combien il tombe de lignes de sédiment sur la terre.

Que le recul de la mer sur les côtes d’Italie et de notre Méditerranée ne dit rien. Cela vient d’une fuiS rieuse catastrophe, qui se fit autrefois, qui fit entrer la mer dans la terre. Or, l’équilibre remet peu à peu les choses comme elles étoient.

Il est aisé à voir les eaux qui descendent des montagnes, et comment [on] peut voir que les 20 sources des fleuves ne viennent pas de la pluie. Une petite montagne, dans le Tyrol, forme deux rivières, comme j’ai dit.

Ce sédiment se repose dans la terre, où l’eau coule comme dans sa matrice ou son menstrue. L’eau 25 qui s’en décharge prend dans la terre des parties de sable, qui, comme rondes, sont plus propres au mouvement; de façon que l’eau se charge des parties de sédiment, comme analogues, et des grains de sable, comme d’un corps qu’elle entraîne. Or, les 3o parties de sédiment s’arrêtent et se joignent dans les parties de la terre, comme analogues, et non T. i. 5g dans les parties de sable, où elles ne peuvent s’arrêter. Voilà pourquoi la pluie ne fait guère rien pour la végétation dans les terres sablonneuses.

Les pluies portent le sédiment dans les terres, et elles les déchargent des parties de sable qu’elles 5 entraînent dans la mer. Ces parties de sable, qui se déposent dans le lit des rivières, font que le sédiment qui reste dans l’eau ne s’y dépose pas et va à la mer. Les parties sablonneuses des rivières qui restent dans les lieux qu’elles inondent, s’y déposent Jo par leur pesanteur, et les parties de sédiment ne peuvent s’y déposer, le sable n’étant pas analogue. Voilà pourquoi les débordements sont nuisibles1.

Les terres voisines des rivières sont fécondes, parce que l’eau des rivières s’y communique par- i5 dessous les terres, et s’y filtre comme dans les tuyaux capillaires, et y dispose (sic) son sédiment.

Donc le sédiment vient de la mer, et le sable y retourne.

Il faut expérimenter si ce sédiment se mêle avec =° le sable : en mêler dans le vase où on aura mis du sable et de la terre.

Ceux qui disent que les sources viennent des pluies n’ont pas voyagé dans les pays des montagnes. Il ne faut pas prouver que l’eau qui tombe sur »5 la terre suffit pour faire les rivières. Il faut prouver

i. Je me trompe (je crois) sur les débordements des rivières. Expérimenté que les débordements détruisent les terres nouvellement labourées : elles emportent toute la graisse de la terre, et le sable s’y dépose à la place. Ils ne font point de mal (je crois) aux terres non labourées. Je ne crois pourtant pas qu’ils y fassent du bien. — Voir cela. que celle qui tombe sur la cime des montagnes suffit. Il ne faut point citer les neiges : car les neiges ne sont sur les montagnes que parce qu’elles ne s’y fondent pas, surtout l’été: car, dès qu’elles se fon5 dent, il n’y en a plus.

Il faudroit baisser le lit des rivières par des machines. J’en ai vu une, à Venise, très bonne pour cela, faite par Bonneval. Toute l’eau que la terre reçoit, elle ne la rend pas

10 aux rivières: il en reste beaucoup dans son sein, dont elle s’imprègne. Il faut voir dans une livre de terre ce qu’il reste d’eau qui ne coule plus. Or, comme cette quantité de pouces (?) ne tombe pas sur la terre à la fois, tout ce qui tombe en moindre

i5 quantité que le compte susdit (sic) est nul: car il faut que l’eau soit en une certaine quantité pour qu’elle coule; autrement, elle se forme en gouttes et s’évapore par la chaleur. On voit bien combien l’effet de l’eau des pluies

20 est prompt et peu continuel. J’ai vu dans la Romagne des ruisseaux qui tombent de l’Apennin, qui, quand il pleut, s’enflent d’une manière à se rendre terribles. Si l’on les laisse couler une heure, ils redeviennent ruisseaux, à moins que la cause ne continue.

25 En un village du Tyrol, nommé Mittenwald, près les confins de la Bavière, on m’a fait voir des neiges qui étoient là depuis plus de cent ans : c’est qu’elles ne se fondent pas. Or, des neiges qui ne se fondent pas sont nulles. Aussi voit-on que les effets des

3o fontes de neiges ne sont pas modérés, comme ils devroient être pour être continuels, mais extrêmes.

Je ne dirai rien pour défendre cet écrit : je ne suis point passionné pour les opinions, excepté celles qui sont dans les livres d’Euclide. Je ne suis pas plus porté à me battre pour mon ouvrage que pour celui de tout autre. Si ce que je dis est vrai, 5 il appartient à tout le monde : car la vérité est le bien de tous. S’il est faux, je ne veux pas le défendre. D’ailleurs, ou l’objection sera bonne, et, dans ce cas, je n’y veux pas répondre; ou elle sera mauvaise, et celui qui l’aura faite, étant homme 10 d’esprit, trouvera lui-même la réponse.

690* (76. I, p. 67). — On peut dire que tout est animé, tout organisé. Le moindre brin d’herbe fait voir des millions de cerveaux. Tout meurt et renaît sans cesse. Tant d’animaux qui n’ont été reconnus i5 que par hasard doivent bien en faire soupçonner d’autres. La matière qui a eu un mouvement général, par lequel s’est formé l’ordre des cieux, doit avoir des mouvements particuliers qui la portent à l’organisation. 20

L’organisation, soit dans les plantes, soit dans les animaux, ne peut guère être autre chose que le mouvement des liqueurs dans les tuyaux. Des liqueurs circulantes peuvent facilement former d’autres tuyaux, ou en allonger d’autres. C’est par »5 là que les arbres viennent de bouture. Ils ne viennent de graine que par l’analogie de la bouture : la graine n’étant qu’une partie du bois1.

1. Laissant la pensée à l’homme, il est difficile de refuser le sentiment à tout ce qui existe.

A l’égard des animaux, la circulation de la mère à l’enfant se fait bien naturellement dans un corps comme celui de la mère, où toutes les liqueurs sont en mouvement: tout ce qui s’y trouve en est pénétré.

5 691 (9o. I, p. 84). — Je n’oserois pas dire que les chênes d’autrefois ne fussent plus grands que ceux d’à-présent, et les autres plantes de même. La terre s’use à force d’être cultivée. Nous le voyons dans nos Iles Antilles, où la terre est déjà lasse de pro

io duire. Peut-être même que la terre d’Asie n’est plus fertile que celle d’Europe, que parce qu’elle n’a pas été lassée par la culture continuelle. Il se fait sur tout des changements dans le Monde, lesquels nous ne sentons pas, parce que nous ne touchons pas les

ô deux extrémités.

692 (1174. II, f» 82). — Toutes les origines dans l’époque de la Création, tous ces petits animaux vus dans le microscope, dont le nombre n’étonne pas 20 moins que la petitesse, formés du même jour que les lamies et les baleines: « Creavit Deus cete grandia et omnem animam viventem atque motabilem. »

693* (2o14. m, f° 3i3). — Journal des Sçavants, 1685, page 26o. — On y rapporte, après (sic) le 25 Journal d’Angleterre, une chose qu’on a si souvent traitée de fable, touchant les habitants de Keilan, dans l’île Formose, à qui la Nature a (dit-on) donné une queue sur le dos, comme à des animaux.

On y parle aussi de quelques singes qui seroient dans l’île de Java, qui ont une espèce d’ailes de chauve-souris, à la faveur desquelles ils volent d’arbre en arbre.

Celle d’Almahela porte des chats qui sont de même, si l’on en croit le sieur Gein, sous-gou- 5 verneur de l’île de Ternate, qui en est voisine. (Pages 26o, 261.)

Tout ceci me confirmeroit mon sentiment, que la différence des espèces des animaux peut s’accroître tous les jours et diminuer de même; qu’il y avoit io fort peu d’espèces au commencement, qui se sont multipliées ensuite.

694* (2o13. III, f° 3i2 v»). — Les dents des animaux et leur facilité à broyer de certaines choses plutôt que d’autres est (sic) la seule cause de leur goût i5 pour de certaines choses plutôt que pour d’autres. Les dents des rats leur préparent le papier; celles du lapin, les écorces des arbres; celles des loups leur préparent des viandes.

695 (1175. II, f° 82). — Il est plus facile de faire 20 une micrographie comme MM. Hooke, Atrocquer et Joublot, que d’apprendre à jouer à ces jeux que les gens oisifs ont inventés pour se dérober à un temps qui les accable.

696* (2o16. III, 3i3 v°).— Si l’Espèce humaine 25 périssoit, quelle différence dans les autres espèces? Comment les poules, les brebis pourroient-elles se soutenir?

697 (1173. II, f° 82).— Les vaisseaux du corps humain, veines et artères, étant de figure conique ou pyramidale, le sang va, par les artères, de la base au sommet et revient par les veines du sommet à la 5 base. — Voir ce que cela doit opérer pour le mouvement du sang.

698(123c). II, f° 1o1 v°). — Pourquoi le thymus, pourquoi les capsules atrabilaires, diminuent-ils dans l’adulte? Pourquoi le canal veineux se sèche

10 t-il? Pourquoi [le] cordon ombilical devient-il ligament? C’est que tout est plein dans l’animal, tout y est en mouvement, tout se presse. A mesure que les parties voisines grossissent, celles dont les fonctions sont inutiles diminuent et décroissent, et même se

i5 dessèchent. Tout est (?) dans le corps humain aux dépens l’un de l’autre.

699 (124o. II, f° 1o1 v°).— Le sang de l’artère coronaire ne passe pas par les poumons. Ce qui fait une troisième circulation différente des deux

20 autres. J’en ai trouvé la raison. C’est que le sang est pris de l’oreillette ou ventricule gauche et n’a pas été veineux; c’est du sang artériel. Il n’a pas besoin de passer par les poumons.

700 (1241. II, f° 1o2). — Il n’y a point de communi*5 cation du sang de la mère au fœtus, mais que les

veines du placenta s’anastomosent dans les artères de la mère, et les veines de la mère, dans les artères du placenta, et, par là, les liqueurs les plus subtiles et les plus préparées de la mère passent, et non pas les globules rouges, et c’est aujourd’hui le sentiment commun.

Mais on objecte une mère morte d’une hémorragie, et il ne se trouva pas de sang dans le fœtus. 5

A cela, je réponds que, la communication étant telle que nous l’avons établie, le plein fournissoit au vide, et non le vide au plein. Toute la partie aqueuse et lymphatique du sang de l’enfant a donc passé dans les veines de la mère. Les globules 10 rouges, qui sont en très petite quantité, en comparaison des autres liqueurs du sang, sont restés dans les tuyaux (?) du fœtus, où on ne les vit pas.

701 (6i3. I, f° 449 v°).— Il semble que les semences des plantes ayent de l’analogie aux œufs des i5 animaux : l’esprit séminal en est dans la terre. Il est incertain si les terres vierges qui produisent des plantes ont l’esprit séminal dans elles, ou si l’air en est chargé.

702 (16. I, p. 7).— Mystère obscur que celui de la 2o génération! Le microscope qui fît voir des vers dans la semence des animaux féconds, et non dans les inféconds, comme les mulets, donna cours à l’opinion des vers, qui a ses difficultés. Car: i° il faut que le vers porte avec lui son placenta : car, si le »5 placenta étoit dans l’œuf, comment pourroit-on comprendre que le vers s’allât attacher à ce cordon, qui le perceroit au nombril pour faire une continuité de vaisseaux; 2° il est difficile de comprendre comment, y ayant un million de vers, deux trompes et deux ovaires, les enfants ne naissent pas ordinairement gémeaux : il faut donc qu’il n’y ait jamais, dans chaque femelle, qu’un œuf propre à être rendu b fécond1.

Il est bien difficile de dire pourquoi les mulets n’engendrent point, et pourquoi une jument qui a conçu d’un baudet ne peut plus concevoir d’un cheval2.

10 703* (1o2.I, p.94).—• Ces animaux que nous appelons fabuleux, parce que nous ne les trouvons plus sur la Terre, quoiqu’ils ayent été exactement décrits par les anciens auteurs, ne pourroient-ils pas avoir existé et leur espèce s’être perdue ? Car je suis per

i5 suadé que les espèces changent et varient extraordinairement, qu’il s’en perd et s’en forme de nouvelles. La Terre change si fort tous les jours qu’elle donnera sans cesse de l’emploi aux physiciens et observateurs3. Que dis-je? Elle les déshonorera

20 toujours. Pline et tous les anciens physiciens seront convaincus d’imposture, quelque vrais qu’ils fussent de leur temps. Il n’y a personne qui, voyant aujourd’hui le ruisseau du Jourdain, ne regarde comme une expression emphatique tout ce qu’en ont dit

25 les écrivains sacrés. Une fontaine a aujourd’hui une propriété; il est impossible que, dans le mouvement

1. Il y a, Journal des Sçavants(zi mars 169o), plusieurs choses curieuses sur ces matières.

2. La comtesse Borromée a eu une mule qui a engendré.

3. Idem, les maladies, aux médecins. de tous les principes, elle la conserve invariable. Or le plus ou le moins suffiroit pour changer tout. Les auteurs qui nous décrivent la Gaule n’ont pas pu errer au point de se tromper dans une chose si générale et si connue. Voyez, pourtant, comme 5 Justin la décrit! Nous accusons sans cesse les Anciens de trahir la vérité. Pourquoi voulons-nous qu’ils l’aimassent moins que nous? Ils devoient, au contraire, l’aimer davantage, parce que leur philosophie avoit pour objet les mœurs plus que la nôtre. 10 Cet admirable ouvrage de MM. de l’Académie que nous regardons comme la vérité physique sera sujet quelque jour aux reproches des modernes futurs, et ils ne pourront souffrir de lire des descriptions qu’ils ne trouveront pas conformes à ce qu’ils verront1. i5

704 (788. I, p. 51o).— Les animaux ont plus d’esprit à mesure qu’ils ont plus de facilités pour l’exercer: les singes, avec leurs mains; les éléphants, avec leur trompe; les castors, avec leur queue; les hommes, avec leurs bras et leur langue. î0

705(425. I, p. 38i). — Les brebis ne crient pas quand on les écorche, parce que les cris ne sont pas, dans leur machine, l’expression de la douleur.

706 (3i9. I, p. 333). — Sur les taches des envies

1. *Nota que j’ai ouï parler d’un Voyage d’Addisson où il a cherché à faire voir, par les choses que les poètes ont chantées, et par ce qu’elles sont à présent, combien il seroit dangereux de les croire. Mais ce qu’il attribue à des mensonges poétiques pourroit bien, peut-être, être attribué à des changements réels.* des femmes, deux impossibilités : que tous les corps soyent tellement formés qu’ils n’ayent jamais de certaines marques; l’autre, que ces marques ne ressemblent à quelque chose.

b 707* (1 19o. II, f° 89). — Un ministre de l’Évangile qui est actuellement à Berlin n’avoit jamais été poète. Il tombe dans une fièvre chaude; il ne parle plus qu’en vers. Une bonne santé eût caché ses talents.

10 Donnez-lui tel sujet que vous voudrez, il le dictera aussi vite qu’on pourroit lire. Il y a un volume de ses œuvres impromptu (sic) imprimées.

Il falloit qu’il fût autrefois né poète sans s’en apercevoir; et cette fièvre, lui ayant donné de la

i5 hardiesse, a découvert le talent, et l’homme l’a fait valoir: car on aime à faire une chose extraordinaire; et le ministre a attribué à la fièvre ce qui n’étoit que l’effet de la Nature : car la chose en elle-même n’est pas extraordinaire; témoin les improviseurs (sic)

30 d’Italie.

III. HYGIÈNE ET MÉDECINE.

708 (1421. II, f° 2o4 v°). — Notre corps est comme tout autre instrument, qui dure à proportion de ce que l’on l’use.

?t 709 (9o6. II, f° 12). — Je mettrois bien en question si les hommes ont gagné à la coutume de manger de la chair des animaux, au lieu de se nourrir de leur lait et des fruits de la terre. Je suis persuadé que la santé des hommes en a diminué. La viande a eu besoin d’être apprêtée; il a fallu augmenter la salure et les ragoûts; d’ailleurs, il faut que les pâtu- 5 rages s’employent à nourrir des animaux qui doivent ensuite nourrir l’Homme. Or, si l’Homme se nourrissoit du fruit de la terre, de la première main, le même pays nourriroit beaucoup plus d’hommes. On expérimente en Angleterre que la multiplication des 10 pâturages diminue le nombre des hommes, en diminuant le nombre de ceux qui cultivent la terre; et je suis persuadé que ce grand nombre de gens qu’il y a à la Chine ne vient que de ce que la plupart du peuple y vit de riz1; ce qui fait qu’un champ i3 peut nourrir un très grand nombre d’hommes2.

710(665. I, p. 463).— Dans le journal de mes voyages, j’ai remarqué la gourmandise ou plutôt la gloutonnerie des anciens Romains et l’étonnante sobriété de ceux-ci (sic). Je n’en ai pas marqué la 20 raison, et je crois que je l’ai trouvée: c’est l’usage fréquent que les Anciens avoient des bains.

Dans les Lettres édifiantes, tome II (Lettre du père Antoine Sepp au père Guillaume Stinglhaim, sur le Paraguay), il est dit: « Les rivières sont « nécessaires aux habitations des Indiens, parce que ces peuples, étant d’un tempérament fort chaud, ont besoin de se baigner plusieurs fois le jour. —

1. Mis la fin dans mes Loix.

2. Voyez le volume Mythologica et Antiquitates, page m. J’ai même été surpris, ajoute-t-il, de voir que, lorsqu’ils ont trop mangé, le bain étoit l’unique remède qui les guérissoit de leur indigestion. »

Vous remarquerez que les Romains se baignoient 5 toujours avant dîner. Cela paroît dans Plutarque: je crois dans la Vie de Caton. — Voyez mon extrait de Plutarque, où je crois avoir mis quelques passages là-dessus. — Idem, anciens Grecs.

Je crois, d’ailleurs, que, dans la campagne de 10 Rome inhabitée, l’air peut être devenu plus épais, et, par conséquent, a moins de ressort.

Tout ce qu’on peut objecter, c’est les Turcs, qui se baignent beaucoup et mangent peu. Mais ils fument continuellement; ce qui ôte l’appétit1.

i5 711 (682. I, p. 47o). — Les anciens Romains faisoient cinq repas. Le cinquième se faisoit pendant la nuit2, s’appeloit comissatio. Tout le monde ne le faisoit pas.

Aujourd’hui, à Rome, une dignité, qui ne s’obtient 20 que dans la vieillesse, inspire aux principaux, et, par conséquent, à tous, une sobriété générale3.

712 (411. I, p. 374). — Dans le Regenskii Exercitationes sex, page 85, un rabbin conseille le déjeuner pour treize raisons. Il n’est pas difficile 25 d’imaginer la meilleure.

1. Voyez trois feuillets plus bas.

2. J’ai pris ce fait des Ouvrages des Sçavants, 1688-1689, art. 12.

3. Voyez trois feuillets plus haut.

713 (995. II, f° 29 v°). — Je disois : « Le souper tue la moitié de Paris; le dîner, l’autre. »

714 (1228. II, f° 1oo). — Je disois: « Les dîners sont innocents; les soupers sont presque toujours criminels. >

715* (13o9. II, f° 178). — Les Groënlandois trouvent un grand délice à boire de l’huile de baleine. C’est que les fibres de leur estomac sont assez fortes, dans des pays si extrêmement froids, pour soutenir la nourriture de l’huile, qui abîmeroit les estomacs dans les pays du midi.

716 (ii5i. II, f° 8o). — Dampier dit que les grands seigneurs de (sic) Tonkin portent tous une robe longue de drap d’Angleterre, sans quoi ils ne se présenteroient pas à la Cour. Il est singulier que nos laines d’Europe, si propres pour nos climats plus froids, ne soyent presque plus d’usage parmi nous, pour faire place aux soyes et cotons du Tonkin, et qu’elles soyent portées au Tonkin, où la Nature a donné tant de soyes et de cotons, dont nous nous habillons, quoique ce soit contre notre climat.

717 (1146. II, f° 79 v°). — J’ai lu dans les Relations que, lorsque quelques Sauvages de l’Amérique voyent que leurs chasses ne vont pas bien, ils se serrent le ventre et se mettent par là en état de supporter longtemps la faim. Vous verrez dans Aulu-Gelle, livre XVI, chapitre m, que les Scythes, pour supporter la faim, se serrent le ventre avec des bandelettes, comme le dit Érasistrate, médecin, qui se sert de ce fait pour prouver que « esuritionem 5 faciunt inanes patentesque intestinorum Jibrœ, quœ, ubi cibo complentur aut inanitate diutina contrahuntur, voluntas capiendi restinguitur ». La faim est d’abord plus pressante et diminue ensuite. un extrait de Y Histoire de la Médecine de M. Freind, que les médecins dont il parle sont parvenus à une grande vieillesse. Raisons physiques: i° Les médecins sont portés à avoir de la tempérance; — 20 préviennent leurs maladies dans les commencements; 5 — 3° par leur état, ils font beaucoup d’exercice; — 4° en voyant beaucoup de malades, leur tempérament se fait à tous les airs, et ils deviennent moins susceptibles de dérangements; — 5° connoissent mieux le péril; — 6° ceux dont la réputation est 10 venue à nous étoient habiles; ils ont donc été conduits par des gens habiles, c’est-à-dire euxmêmes.

o 718* (322. I, p. 334).— Il n’y a point d’allure meilleure pour la santé que celle du cheval. Ainsi celui qui a inventé les ressorts des carrosses a rendu un’très mauvais service au public. Chaque pas d’un cheval fait une pulsation au diaphragme, et, dans

5 une lieue, il y a environ quatre mille pulsations de plus qu’on n’auroit eu.

719 (1688. III, f° 34). — On demandoit à Chirac si le commerce avec les femmes étoit malsain. Il disoit: « Non, pourvu qu’on ne prenne pas de drogues; mais

o j’avertis que le changement est une drogue. »

Il avoit raison, et cela est bien prouvé par les sérails d’Orient.

720 (683. I, p. 47o).— Les anciens médecins disent que les malades ne se révoltoient jamais que quand ils leur défendoient le bain: « Artemidorus ait balneum nih.il aliud suo œvo fuisse quam transitum ad cœnam. » (Lipsius.)

721 (1076. II, f° 66 v°).—J’ai remarqué, en lisant un extrait de l’Histoire de la Médecine de M. Freind, que les médecins dont il parle sont parvenus à une grande vieillesse. Raisons physiques: i° Les médecins sont portés à avoir de la tempérance; — 20 préviennent leurs maladies dans les commencements; 5 — 3° par leur état, ils font beaucoup d’exercice ; — 40 en voyant beaucoup de malades, leur tempérament se fait à tous les airs, et ils deviennent moins susceptibles de dérangements; — 5° connoissent mieux le péril ; — 6° ceux dont la réputation est 10 venue à nous étoient habiles; ils ont donc été conduits par des gens habiles, c’est-à-dire euxmêmes.

722 (88. I, p. 84). — Quant à la différente constitution, sitôt que l’on en parle, on se prend d’abord i5 aux épiceries, comme si elles étoient l’unique cause du mal ou une cause nouvelle.

Les Anciens avoient leurs épiceries, leurs ragoûts, comme nous; ils excitoient leur appétit, comme nous. 20

723 (671. I, p. 465). — Quelqu’un a dit que la médecine change avec la cuisine.

724* (1389. II, f° 2o1). — On a cru remarquer que, dans de certains pays, les maladies sont venues avec les médecins. Ce sont plutôt les médecins qui sont a5 venus avec les maladies. A mesure qu’on s’est écarté de la simplicité et de l’innocence des mœurs, les maladies sont venues. Dans une vie frugale, il y a peu de maladies et peu de changements, de variétés et de métamorphoses dans les maladies. Quelques observations vulgaires, deux ou trois remèdes, suffisent pour conduire à la vieillesse dans 5 ces pays. Il y a peu de maladies populaires, parce que la bonne constitution des Jiabitants fait qu’on résiste à l’intempérie d’une mauvaise année; au lieu que, lorsque les mœurs sont corrompues, une infinité de corps sont prêts à être dérangés par le 10 dérangement d’une mauvaise saison ou le moindre accident physique qui arrive.

725 (2147. ni, f 352).— Il a fallu que Molière ait fait parler M. Diafoirus pour faire croire aux médecins la circulation du sang: le ridicule jeté à i5 propos a une grande puissance.

726* (14o3. II, f° 2o2 v°). — Je dis que ce qui fait que les Anglois ont de meilleurs médecins, c’est que, les femmes n’y faisant pas la réputation, le bavardage ne mène pas à la considération. Je fais 10 grand cas d’un homme qui, sans être beau parleur, acquiert de la considération.

727* (2129. III, f° 35o v°). — Quand Helvétius passa à Bordeaux, on couroit à lui comme à l’ombre de saint Pierre. — * Non inverti tantam fidem in a5 Israël. »

728 (1121. II, f° 76). — Les charlatans réussissent. Voici comment! Il y a d’excellents remèdes que les médecins ont abandonnés, parce qu’ils sont violents. Ils ont une réputation à conserver; il faut donc qu’ils se servent de remèdes généraux, et dont l’effet, s’il se tourne mal, ne soit pas prompt. Or un remède qui ne tue pas promptement ne guérit pas 5 non plus promptement. Les charlatans se saisis, sent de tous ces remèdes: telles sont certaines préparations d’antimoine, qui font des cures quelquefois miraculeuses. Ils n’ont point une réputation à conserver, mais à établir. Or cette manière établit 10 bien une réputation, mais ne la conserve pas. Voilà pourquoi tous les remèdes des charlatans tombent à la longue. Le Peuple aime les charlatans, parce qu’il aime le merveilleux, et que les guérisons promptes tiennent de ce merveilleux. Si l’empirique i5 et le médecin ont traité le malade, le Peuple absout de sa mort l’empirique, qu’il aime, et en accuse le médecin. Il arrive quelquefois qu’un remède guérit une maladie et en donne une autre; la médecine le proscrit, et la charlatanerie s’en saisit : ainsi elle »o guérit la goutte en perdant le sang. Enfin, on croit que, lorsqu’un médecin traite une maladie longue, c’est la Nature qui guérit; mais, pour un empirique, on croit que c’est l’art.

729 (2113. III, f° 349 v°). — Ce n’est pas les méde-" cins qui nous manquent, c’est la médecine.

730* (138. I, p. 124).— Quand on dit que la Nature est si prévoyante qu’elle fait toujours trouver des remèdes particuliers dans les lieux qui sont affligés de certaines maladies, parce que, sans cela, les hommes n’y auroient pas pu subsister, il faut faire attention que l’on raisonne a priori, quoique peut-être on feroit mieux de les rapporter simple5 ment aux différentes combinaisons. Il y a de certains lieux sur la Terre inhabitables; d’autres qui sont habitables sans aucun inconvénient; d’autres, enfin, qui ne seroient pas habitables, à cause de certains inconvénients, s’il ne s’y étoit pas rencontré des

10 remèdes à ces inconvénients. Ainsi, il n’est pas (je crois) vrai que, par une providence particulière, les remèdes ayent été établis dans de certains lieux pour les rendre habitables; mais il faut dire que, les remèdes s’y étant trouvés, les lieux ont été rendus

iS habitables.

731 (2o91. III, f° 346 v°). — Maladies. — Il est certain que l’air de la mer, chargé de parties salines, doit crisper les fibres, augmenter leur ressort, et diminuer dans les vaisseaux la faculté qu’ils ont de

20 céder au trop grand mouvement des liqueurs. Or, lorsque l’on arrive par mer dans des climats extrêmement chauds, où le sang, en arrivant, se raréfie beaucoup, les fibres roides des vaisseaux ne peuvent plus se prêter. Voilà pourquoi La Martinique, et

2? Saint-Domingue, et les autres îles de ces parages, sont si fatales aux étrangers, et qu’ils y tombent d’abord dans des fièvres causées par une extrême raréfaction du sang, qui ne peut être guérie que par des saignées étonnantes. Cela se prouve par ces

3o circonstances. On n’a plus la maladie quand on l’a eue. On ne l’a pas quand on a (sic) resté longtemps sans l’avoir. Les gens accoutumés à la mer, c’est-à-dire ceux à qui l’air de la mer a fait moins d’impression sur leurs fibres, y sont moins sujets. Enfin, malgré les saignées qui semblent avoir épuisé toutes les forces, 5 elles reviennent d’abord qu’on est guéri : marque certaine du ressort des fibres. Tout ce qui augmente le ressort des fibres, comme le vin, est fatal. Tout ce qui augmente leur action, comme les actes vénériens, y est fatal. Les femmes y sont moins sujettes 10 parce que leurs fibres sont plus lâches, et qu’elles ne font point, par une retenue naturelle, les débauches qui peuvent augmenter la crispation, et que, par conséquent, l’effet de l’air de la mer est plus tôt réparé. i5

Voilà pourquoi les îles, dont le climat est ordinairement sain par lui-même, sont si fatales quand elles sont situées dans des climats chauds; et l’on ne remarque point que ceux qui arrivent par terre dans les climats chauds y contractent ces maladies 20 de dissolution du sang, telles que celles que l’on éprouve en arrivant par mer à La Martinique et autres Iles Antilles, au Continent chaud de l’Amérique, aux Indes Orientales. Voilà pourquoi, lorsque l’on arrive par mer dans des climats froids, comme 25 au Canada, dans les établissements anglois, le long du golfe du Mexique, qui sont au nord, on ne connoît point cette maladie. Voilà pourquoi, dans les maladies des Antilles, l’air est très sain pour les habitants. Voilà pourquoi cette fièvre n’est point 3o proprement épidémique. On peut voir, dans Chardin, la maladie de Bender-Abassi, qui est aussi une dissolution du sang. Je voudrois commencer ainsi une dissertation, « M. Raulin, célèbre médecin de Nérac, dans une

5 très bonne dissertation sur les ingrédients de l’air, qu’il m’a communiquée en manuscrit, a très bien remarqué que les sels et autres matières qui étoient des ingrédients de l’air de la mer, roidissoient les fibres, etc. Ceci m’a fait faire les réflexions sui

1o vantes >

732 (366.1, p. 355). — Il n’y a pas cinquante ans qu’en Espagne, lorsqu’on avoit fait saigner un homme au bras droit, on le faisoit saigner au bras gauche, pour mettre l’équilibre. Il n’y a que queli5 ques années que l’on fait usage du quinquina en Italie; actuellement, le mercure et l’émétique y sont formidables. Les modes arrivent lentement dans la Médecine.

Nos pères seroient bien étonnés, eux qui pre20 noient, dans la santé, un lavement chaque jour, et un cautère; qui, dans leurs maladies, gardoient la fièvre jusques à ce qu’elle s’en allât; qui s’accabloient d’autant de juleps que les apothicaires leur en distribuoient; qui gardoient une blessure six ï5 mois avec une tente (?): s’ils voyoient la manière expéditive de la Médecine et de la Chirurgie.

733(367. Ii P- 355). — Autrefois, les parties d’apothicaire étoient une des grandes dépenses: on donnoit à l’apothicaire, pour l’entretien de la famille, autant d’argent qu’on en donne à présent à un pourvoyeur.

734(1238. II, f° 1oo v°).— La saignée à la jugulaire est révulsive, non pas du côté de la veine que l’on saigne, mais elle l’est du côté opposé. Pour -s une idée plus claire, supposons que la saignée se fasse à la carotide, à la droite, par exemple. Elle ne sera, par rapport à cette veine, que vacuative, quant à l’effet : car, si elle est dérivative du côté de la tête, elle est aussi dérivative du côté du cœur. 10 Ces deux dérivations contraires feront un effet nul. Mais cette saignée devient révulsive par rapport à la carotide gauche : car, comme la même quantité de sang passe toujours par les deux carotides prises ensemble, s’il en passe plus par la droite, à cause i5 de la saignée, il en passera d’autant moins par la gauche. La saignée donc de la carotide droite est révulsive de la carotide gauche.

On appelle [la] saignée dérivative, en ce qu’elle appelle le sang du côté que l’on saigne, et révulsive, 20 en ce qu’elle diminue le cours du sang qui alloit vers le côté opposé. Ainsi la saignée du bras droit est dérivative du côté droit et révulsive du côté gauche.

On répond à l’explication que j’ai donnée que la î5 veine jugulaire du côté droit communique à la jugulaire du côté gauche. Mais qu’est-ce que cela fait? Mon principe subsiste toujours; aussi bien que dans l’objection qu’on fait, que le tronc commun des deux carotides est si gros qu’il en monte très peu; moins 3o par la carotide gauche. Mais il en monte moins; cela me suffit.

Il faut que je voye le traité de la saignée de M. Silva et les traités de ceux qui ont écrit contre 5 lui.

735 (22o5. III, f° 463 v°). — L’Inoculation de la petite Vérole. — Un homme manqué fera plus d’impression que cent qui sont dans le succès. Il faut savoir calculer. C’est ce qui doit décider de la plu10 part des choses de la vie.

736(1217. II, f°94v°). — Il est très plaisant qu’en Angleterre, lorsqu’il étoit incertain si l’inoculation de la petite vérole réussiroit, tout le monde voulut se faire inoculer, et qu’à présent, que le succès en

i5 est sûr, personne n’y pense. On aime à avoir fait une chose singulière, et, de plus, on s’entête d’une chose que l’on voit contredite mal à propos ou par de mauvais raisonnements, comme dans ce cas-ci, où l’on voyoit les médecins pour et les théologiens

2o contre.

737* (137.1, p. 122). — Il me semble que nous ne sommes pas en état en Europe de faire les observations convenables sur la peste. Cette maladie qui y est transplantée ne se manifeste pas avec des 25 symptômes naturels. Elle varie plus selon la diversité des climats; sans compter que, n’étant pas continuelle et se passant des siècles entiers d’intervalle, on ne peut pas faire des observations continuelles ; outre que les observateurs sont si troublés de crainte qu’ils ne sont en état d’en faire aucune.

Mais il faudroit envoyer des observateurs bien exacts, bien éclairés, bien payés, dans les lieux où 5 cette maladie est épidémique et arrive tous les ans, comme en Egypte et dans plusieurs endroits d’Asie. Il faudroit voir quelles en sont les causes, quelles saisons sont favorables ou contraires, les vents, les pluies, la nature du climat, quels âges, quels tem- 10 péraments y sont les plus exposés, quels remèdes, quels préservatifs, quelles cures, quelles variétés; avoir des observations de plusieurs lieux, de plusieurs temps; se servir de quelques lumières que nous peuvent donner certains pays. L’Égypte, entre i5 autres, est sujette à la peste toutes les années, et elle cesse d’abord qu’une certaine pluie, qu’on appelle la goutte a tombé. Il faudroit examiner la nature de cette goutte et voir si, avec des éolipiles, on ne pourroit pas produire dans les chambres des a0 malades une goutte artificielle, comme on a imité par art tous les phénomènes de la nature : M. Lémery ayant fait des tremblements de terre, des bombes, etc. On a trouvé des remèdes dans la patrie de la v...., qui n’étoient point dans nos climats, et on pourroit 25 citer bien des exemples semblables.

738 (2114. III, f° 349 v°). — Il y a des maladies qui font mourir plus courageusement que d’autres: par exemple, la gangrène dans le sang; témoin Louis XIV, Nointel et d’autres. 3o

739* (1314. II, f° 179 v°).— Hydropisie.— Hydropisie, maladie commune à la mer du Sud. Le capitaine Dampier (tome Ier, page 193) dit: «Plusieurs des nôtres étoient morts de cette maladie. » 5 II étoit dans cette mer. « On me mit sous le sable chaud, dont on me couvrit jusqu’à la tête. Je souffris cette chaleur pendant demi-heure. Après quoi, l’on me retira et l’on me laissa suer dans une tente. Je suai prodigieusement pendant que je fus dans le 10 sable, et je suis persuadé que cela me fit beaucoup de bien: car je me sentis mieux bientôt après. »

Il dit ensuite que l’extrême diète qu’il fut obligé de faire sur le vaisseau allant de la mer du Sud aux îles des Larrons acheva de le guérir. C’est dans ce ,5 même volume.

Ce remède a sans doute été négligé, comme tous les remèdes violents, que les malades refusent, d’un côté, et que les médecins, qui ne veulent pas hasarder leur réputation, craignent de donner, de »o l’autre 1.

740* (1468. II, f° 216 v°). — Morbus castrorum, dont parle Végèce, n’est plus connu aujourd’hui. C’est que les Romains, autrefois, n’avoient point de forteresses; leurs camps étoient des forteresses "divisées en quartiers, rues; ils étoient pressés. Lorsqu’ils y restoient longtemps, cela causoit des maladies. Aujourd’hui, nos camps tiennent une

1. Ceci doit être mis à la suite d’un passage d’Aulu-Gelle (livre XIX, chapitre Vin) qui parle de la cure de l’hydropisie, d’un homme guéri par du sable chaud. Il n’explique pas comment. grande campagne; ils sont ordinairement sous une place ou des lieux forts d’assiette et tiennent quelquefois plusieurs lieues. Point de maladies.

741 (1113. II, f°75 v°). — La plupart des gens qui meurent de la taille meurent de peur: l’abbé de 5 Louvois, par exemple. Il fit le fanfaron; mais son sang étoit si figé qu’il n’en vint point.

742* (216. I, p. 238).— Il est croyable que la v

nous est venue des Indes, et qu’elle étoit inconnue aux Anciens. Mézeray (chapitre vm) dit que les io François la prirent des Napolitains; ceux-là des Espagnols revenus des Indes. Ceux qui ont confondu cette maladie avec la lèpre ignorent qu’il y a des pays où ces deux maladies sont connues. Il y a des gens qui prétendent qu’elle est venue des i5 Caraïbes, qui mangeoient des hommes.

Le Novus Orbis dit qu’en i5o6 la v ravagea

le pays de Calicut, que cette maladie, auparavant inconnue, y avoit été apportée par les Portugais, dix-sept ans auparavant; ce qui cadre fort avec 20 la découverte des Indes faite en 1493 1. Que si l’on objecte qu’il n’y a plus de lépreux depuis qu’on

connoît la v , cela vient de ce qu’il n’y a plus

de croisades, et qu’on ne va plus en corps d’armée à la Terre-Sainte, où cette maladie est commune. 23

1. Dans la dernière expédition d’Écosse, quelques officiers

réfugiés dans les montagnes y portèrent la v , qui n’y avoit

jamais été. Ces gens tomboient en pièces. 11 fallut envoyer les chirurgiens d’Édimbourg ou de Londres.

Ce qui feroit pencher pour le sentiment contraire, c’est que Suétone, dans la Vie de Tibère, lui donne tous les symptômes de ce mal: les pustules, les boutons au front, les insomnies.

5 743 (1 196. II, f° 91 v°). —Je crois avoir remarqué que plusieurs personnes qui avoient eu la vraye

v n’avoient jamais eu la petite: le prince Eugène

en est un. La

744 (368. I, p. 355). — On ne voudra donc jamais

10 calculer; et, moi, je veux le faire; je veux juger de l’ancienne médecine et de la nouvelle.

Je veux prendre les princes et particuliers les plus fameux des principaux pays, de siècle en siècle, et voir : sous quelle médecine ils vivoient

Id plus longtemps; ce qu’ont fait les découvertes nouvelles, les remèdes spécifiques nouveaux; ce qu’ont fait les maladies anciennes, les maladies nouvelles. Il est certain qu’autrefois ils mouroient presque tous d’une maladie inconnue, d’un bou

20 ton (?), disoit le Peuple, et les historiens après eux; car le Peuple veut toujours que les princes meurent par quelque coup extraordinaire. Et, comme les Princes aiment autant à vivre, dans un temps qu’un autre, il faut croire qu’ils se sont, de tout

25 temps, défendus du poison avec le même soin.

Il faut exclure de mon calcul tous les princes qui sont morts violemment. Il faut pourtant en faire mention.

Il faut faire ce calcul sur chaque pays : commencer par la France; et je crois qu’il faudroit tâcher de prendre les états, parce que là sûrement il n’y a pas de choix. Ainsi vous prendriez tous les roix, tous les chanceliers, tous les premiers présidents, tous les archevêques de Paris et autres diocèses; toutes les reines, qui sont moins exposées que les roix; tous ducs et duchesses de Lorraine, tous ducs et duchesses de Savoye; listes d’autres princes ou seigneurs qui se suivent; et en tirer des résultats 1.

745 (1 157. II, f° 8o v°). — Les médecins disent que, pour un homme malade, il y a deux femmes. Il semble que cela soit égal à la campagne. D’où l’on peut conclure bien naturellement que la moitié des maladies des femmes sont imaginaires.

Je ne parle pas des accouchements, qui sont des maladies volontaires.

IV. DÉCOUVERTES ET INVENTIONS.

746* (24o. I, p. 254). — L’Écriture dit que Tubalcaïn inventa les ouvrages de fer. Ce n’est pas l’invention des ouvrages de fer qui est admirable, non plus que celle de le fondre, de le faire couper, etc.; c’est de le tirer de la terre. Comment a-t-on imaginé que cette terre, dont la superficie

1. Voir pour cela Moréri, le père Pétau. ne nous montrent aucuns métaux, les contenoit dans son sein? Comment a-t-on pu imaginer que la terre intérieure, métallique, contenoit des substances d’une autre nature que la terre ordinaire? 5 II me paroît qu’il a fallu bien des siècles pour cela.

747 (1372. II, f° 196 v°). — On voit par Diodore combien les arts sont anciens. On voit des richesses, chez les premiers roix assyriens, si grandes qu’on voit bien qu’ils n’ont pu les acquérir que par le

10 dépouillement qu’ils firent des nations qu’ils subjuguèrent. Lors de la fondation de leur empire, par exemple, les trois statues d’or massif que Sémiramis plaça sur le temple de Bélus qu’elle bâtit: Jupiter avoit quarante pieds de haut et étoit du

i5 poids de mille talents babyloniens, plus forts d’un septième; celle de Rhéa, sur un chariot d’or, étoit de même poids. Table d’or (cinq cents talents) et autres prodiges en fait de richesses. Les roix de Perse pillèrent tout cela. Voyez aussi, dans tous ces

20 édifices de Sémiramis, combien les arts étoient

perfectionnés : sculpture, Jardins en l’air:

trois couches, la dernière de plomb, pour empêcher que l’humidité de la terre ne penchât les murs. Mur, dans le milieu, creux depuis le haut jusques

ib en bas, dans l’épaisseur duquel on avoit placé des pompes, qui descendoient dans le fleuve et montoient l’eau dans le jardin. (Ils avoient donc déjà l’usage des pompes. Il est vrai que ce jardin étoit postérieur à Sémiramis). Pierre de i3o pieds de Ion

?j gueur et de 2 5 de largeur et d’épaisseur, qu’elle tira des montagnes d’Arménie et en fit un obélisque à Babylone. Tout cela tiré de Diodore (livre II). Remarquez aussi que Sémiramis tira des ouvriers de marine de la Phénicie, Syrie, île de Chypre. La nature du pays est de tous les temps. 5

748 (1424. II, f° 2o5). — Ce qui fait que nous sommes si prévenus pour nos modernes, c’est que les découvertes nouvelles nous paroissent plus surprenantes que les anciennes, qui ne nous touchent plus, et dont nous partons toujours. Nous y sommes 10 familiarisés, et il nous semble que tout le monde auroit pu les découvrir. Mais faites la somme des anciennes et des nouvelles, et vous verrez.

749* (1313. II, f° 179).—Jean d’Antioche dit que Dioclétien, offensé contre les Égyptiens, fit brûler i5 tous leurs livres anciens « de chemia auri et argenti conscriptos », pour qu’ils n’eussent pas sujet de se révolter, et ne leur vînt de trop grandes richesses i.

Cette maladie est donc bien ancienne, et il n’est pas vrai, comme quelques-uns ont dit, qu’elle soit 20 moderne.

750(329-1, p. 335). — Il est étonnant que les Romains, qui avoient du verre, ne l’employassent point en vitres, mais se servissent de pierres transparentes, qui certainement ne font pas un si bon effet. î5

751 (992. II, f° 29). — On peut connoître comment 1. Extraits Histoire universelle, page 311 v°. les poids et mesures des Anciens sont venus jusqu’à nous, par la façon dont sont venus à nous les poids et mesures des Indes, depuis que le commerce des Indes Orientales a été fait directement par l’Europe.

5 752 (86. I, p. 79). — Notre eau-de-vie, qui est une invention nouvelle des Européens, a détruit un nombre infini de Caraïbes, et même, depuis qu’ils en boivent, ils ne vivent pas si longtemps; et je ne suis pas étonné que, n’étant pas préparés à l’ivresse 10 de l’eau-de-vie par l’usage du vin, elle fasse sur eux des effets si étranges.

Nous avons aussi apporté aux Caraïbes le mal de Siam.

Je crois que nous leurs avons aussi apporté la i5 petite vérole (comme à l’Amérique), laquelle nous avoit été apportée par les Arabes.

Ces pays nous ont rendu le pian, qui est communiqué (disent quelques-uns) par la piqûre de certaines mouches dans un endroit écorché, ce qui com20 munique dans le sang, ou (comme dit un auteur anglois) par la morsure d’un serpent.

Les maladies mortelles ne sont donc pas les plus funestes. Si les mouches n’avoient communiqué que la peste, ceux qui l’auroient eue seroient morts, et 25 la communication auroit cessé; au lieu qu’elle est devenue éternelle.

Avec les richesses de tous les climats, nous avons les maladies de tous les climats.

753* (77. I, p. 68).— Il est étonnant que les hommes n’ayent inventé les lettres de change que depuis si peu de temps, quoique il n’y ait rien dans le monde de si utile. Il en est de même des postes. Par l’invention des lettres de change, les Juifs se sont assuré des retraites permanentes: ils ont fixé 5 leur état incertain. Car tel prince qui voudroit se défaire d’eux ne sera pas pour cela d’humeur à se défaire de leur argent.

Nous avons, outre cela, l’invention du linge; de plus, plusieurs remèdes spécifiques. Mais nous avons aussi plusieurs maladies qui n’existoient 10 point.

754* (899. II, f° 11). — Quand on voit, dans l’Antiquité, le cas infini qu’on faisoit d’un philosophe célèbre ou d’un savant, et comme quoi on venoit l’entendre de toutes parts, on diroit que nous i5 n’avons plus le même amour pour les sciences. C’est que, les livres et les bibliothèques étant rares, on estimoit plus la science de ceux qui étoient des livres vivants. — Il sait l’histoire. — Mais j’ai l’histoire. — C’est la découverte de l’imprimerie qui 20 a changé cela: autrefois on estimoit les hommes; à présent, les livres.

755 (653.1, f° 458 v°). — Nous avons découvert un nouveau monde en grand et un nouveau monde en petit, par les télescopes et les microscopes. 25 Ces découvertes, nous avons l’imprimerie, pour les conserver, la boussole, pour les publier et les répandre.

756 (22o3. III, f° 463 v°). — L’utilité des académies est que, par elles, le savoir est plus propagé. Celui qui a fait quelque découverte ou trouvé quelque secret est porté à le publier, soit pour le consi

5 gner dans les archives, soit pour en recueillir la gloire et même augmenter sa fortune. Auparavant, les savants étoient plus secrets.

757 (791. I, p. 511). — A mesure que les princes ont trouvé des arts pour devenir maîtres de nos

10 secrets, par l’art d’ouvrir les lettres sans qu’on s’en aperçoive, nous avons trouvé l’art de publier les leurs par des façons plus secrètes d’imprimer.

758* (79. I, p. 71). — Vol des Oiseaux. — Il y a là trois choses à considérer: la pesanteur de leur

i5 corps, l’étendue de leurs ailes et la force du muscle qui pousse l’air. Il faut faire plusieurs observations pour plusieurs oiseaux; voir, en leur laissant autant d’ailes qu’il faut pour le vol, si l’étendue (ou diamètre) de l’aile est proportionnée à la pesanteur,

20 et quel rapport il y a avec la force du muscle: car, plus le muscle est fort, plus il agit sur l’air avec vitesse. Or, c’est cette vitesse qui fait la force: témoin la feuille de papier qu’une balle perce sans la faire mouvoir. Il y a, outre ce, l’habitude: car les

25 oiseaux non accoutumés à voler ne peuvent plus voler.

Or, ce qui fait que les hommes ne peuvent (je crois) parvenir à voler, c’est:

i° Leur grande pesanteur: ce qui demanderoit une aile trop étendue et trop difficile à remuer sans accident;

20 Le mouvement de l’épaule, qui devroit suppléer à celui du muscle de l’aile, qui est si fort dans les oiseaux, seroit trop foible dans l’homme; sans 5 compter qu’il faudroit que le mouvement partît du centre de gravité; ce qui ne peut être dans l’homme. Pour suppléer à cela, il faudroit que les ailes régnassent tout le long du corps; et, si l’on y parvient, il faudra que l’on imagine quelque machine par 10 laquelle la force du mouvement de l’épaule soit augmentée.

3° Le danger.

Si l’on avoit ce qu’il faut pour voler, on n’y réussiroit pas pour cela : tout homme peut nager, mais 25 très peu le savent et réduisent en acte ce qu’ils ont en puissance. Dans ce cas, il faudroit être suspendu tout le long du corps sur une corde et se faire au mouvement de remuer les ailes. Ainsi les Romains, avant de mettre une flotte en mer, instruisirent leurs 20 matelots futurs en leur faisant faire la manœuvre sur terre. Nos oiseaux de basse-cour ne volent pas (je crois) la plupart du temps, parce qu’ils n’ont pas accoutumé de voler.

On pourroit donner de la force au mouvement 25 du bras, en faisant une espèce de levier, appliquant le point d’appui au milieu du bras. Le long bras seroit depuis le bras jusqu’au point d’appui; le court, depuis le point d’appui jusqu’au point où l’aile seroit attachée. 3o On pourroit donner une tunique de plumes qui seroit construite de manière qu’en agitant l’aile pour monter, elles fussent collées sur le corps; après quoi, elles seroient hérissées. Il faudroit choisir de jeunes enfants : plus de har5 diesse, moins de pesanteur; plus propres à instruire; et, par l’habitude, les muscles du bras se fortifieroient.

Ils commenceroient à se laisser tomber d’un lieu un peu élevé, sur un lieu garni de paille ou de ma10 telas.

Je crois qu’il faudroit que leurs pieds tombassent sous le ventre, et qu’on leur donnât une espèce de queue. La même action qui feroit mouvoir les ailes pourroit faire mouvoir cette queue.

Le point d’appui seroit appliqué à une ceinture de fer, fort mince et légère.

Il faudroit comparer l’aile de plusieurs oiseaux avec leur pesanteur. On verroit ce qui resteroit pour la force du muscle. 20 Il faudra voir les éclaircissements que l’on pourra tirer du traité de Borelli, De Motu Animalium1.

759 (1o7o. II, f° 66).— Sur les nouvelles découvertes, je disois : « Nous avons été bien loin pour des hommes. >

25 760 (797. I, p. 5i3). — Il ne seroit peut-être pas impossible qu’on ne perdît quelque jour la boussole.

1. Il y a un livre sur le vol des oiseaux, in-folio. — Il faut le voir.

V. GÉOGRAPHIE.

761* (13oi. II, f° 138). — Remarques Sur Les Cartes Du Père Du Halde Et Des Jésuites, Et Celle Du Capitaine Beerings, Envoyé Par Le Czar, Et Celle De M. De L’isle, A L’égard De La 5 Tartarie.

La carte de la Tartarie chinoise du père Du Halde va au nord jusques au 55e degré.

La carte du capitaine Beerings prend, du midi au nord, depuis le 5o" degré jusques au cap Sche- 10 linskoy, qui est au 73e degré moins quelques minutes.

On n’y voit point l’embouchure du Sagalien ou Amur ou Mur (?) placé dans la carte du père Du Halde au 52, 5o minutes, degré nord; et, comme i5 cette carte est plus exacte, parce que les Pères Jésuites n’ont pas mesuré là, il faut que le Sagalien se jette dans la mer plus au midi.

Le capitaine Beerings ne nous donne le cours de la Léna que jusques au 6o° degré. Ainsi, il ne paroît 20 pas que les Moscovites ayent été de l’embouchure de la Léna au cap Schelinskoy.

L’extrémité la plus boréale du Japon étant au 4oe degré nord, les Moscovites ont bien du chemin à faire par mer, du nord au sud, pour aller du cap »5 Schelinskoy dans la mer de Corée.

Il paroît que, depuis Tobolskoy sur l’Irtis jusqu’à la mer de Camkakka, il n’y a qu’environ mille lieues de chemin, que l’on peut presque partout faire par eau, à cause de la disposition des rivières. Cette nouvelle carte étend vers l’orient, de plus 5 de deux cents lieues, les terres, qu’elles ne sont dans la carte de M. de L’Isle.

Depuis le lac ou mer de Baïkal, tout le long de l’Angara, jusques à ce qu’elle se jette dans la Jéniséa, tout est horriblement mal posé dans la carte 10 de M. de L’Isle.

La Léna, qui, pendant près de trois cents lieues depuis sa source, va au nord-est-est, se trouve aller droit du midi au nord dans la carte de M. de L’Isle» qui tombe dans de plus grandes erreurs à mesure i5 qu’il s’éloigne de la Moscovie.

Par la carte de M. de L’Isle, le fleuve Amur se jette dans la mer au 46e degré latitude nord; au lieu que, dans la carte de Tartarie des Pères Jésuites, il ne s’y jette qu’au 52e degré, 5o minutes; et, 20 comme nous avons dit que cette embouchure ne se trouve point dans la carte du capitaine Beerings, qui commence au 5o» degré, allant au nord, il se pourroit être que la position de M. de L’Isle seroit encore meilleure que celle des Pères Jésuites.

2b 762* (1o3. I, p. 96).—J’ai vu le lac Régille, qui n’est pas plus grand que la main.

763* (139. I, p. 125). — Sabis est un fleuve qui se jette dans le Danube selon Justin i. Je ne l’ai trouvé

1. Page 232, ligne 32. ni dans Baudran, ni Étienne de Byzance, Holstenius, Moréri, Bayle, ni Corneille.

764 (8o6. I, p. 516). — Il faut que le Nord ait changé beaucoup depuis quinze ou seize siècles, et que la terre en soit devenue plus stérile. 5

Les relations que nous avons à présent de l’Islande ne cadrent plus à ce que les auteurs anciens nous en disent. C’est de là d’où sont sortis les Hérules, et, dans cette île, il y avoit un grand nombre de royaumes1. 10

Ce que nous avons du Groënland et des anciennes colonies des Danois dans le pays ne convient pas non plus avec les relations que nous en avons aujourd’hui.

L’ancienne terre d’Asie étoit très sujette autrefois i5 aux tremblements de terre. Elle ne l’est plus à présent.

A quoi vous pouvez joindre les réflexions que j’ai faites sur les changements arrivés aux terres qui peuvent rendre aujourd’hui Pline menteur; ce qui »• arrivera de même aux livres de l’Académie des Sciences.

C’est peut-être la bonne raison des différences qui se trouvent dans le Nord, qui n’envoye plus de colonies, comme autrefois, dans le Midi, quoique »5 la Suède en ait envoyé assez dans les guerres de Gustave et des deux Charles.

765* (1189. II, f° 89).— Les Landes. — Dans la 1. Voyez mes extraits. carte de l’empire de Charlemagne, on ne trouve rien, si ce n’est Ager Syrticus, depuis Bordeaux jusqu’à l’Adour, si ce n’est Basato à l’ouest, et Lire (?): fleuve qui va, de l’ouest au nord, dans 5 l’Océan, coulant parallèlement à la Garonne, s’embouchant dans le Médoc, et, dans la carte de de L’Isle, passe à Belin et se jette dans le bassin d’Arcachon.

Dans la carte des conciles, on trouve dans ces 10 quartiers une ville : Nugariolum.

766(135i. II, f° 194.)— Flandres et Artois, Sylva carboniana, grand-forestier de Flandres. — Quand les bons pays sont devenus déserts par quelque accident, ils sont d’abord couverts de bois, et il est i 5 bien difficile de les défricher.

767 (Sp., f° 323). — La Guyenne plus tempérée que la Provence. C’est que les Pyrénées la mettent à l’abri. Mais les vents brûlants qui ont passé par les sables d’Afrique échauffent l’autre.

a0 768 (1325. II, f° i85 v°). — Avantages des Pays tempérés. — Dans les pays extrêmement chauds, peu d’eau, parce qu’elle se perd ou s’évapore avant de se ramasser ou après s’être ramassée. Dans les pays extrêmement froids, l’eau ne peut pas percer la terre.

»5 769 (1356. II, f° ig5). — Grande différence entre l’Asie et l’Europe. Dans celle-ci, le chaud et le froid sont à peu près à proportion de la latitude, de façon que l’on passe par le chaud, le pays tempéré, le froid. Mais, en Asie, il n’y a pas de pays tempéré entre les pays chauds et froids: au sortir des chaleurs de la Chine, on passe au quarante, quarante et un et quarante-deuxième degré, où il fait plus 5 froid que dans la Norvège, et tellement1, que souvent le blé n’y peut venir; ce qui vient de la hauteur des terres et de leur nitre. Or cela a influé sur les différents génies, les différentes mœurs : il a été plus aisé de faire des invasions du nord au midi; il n’y a i0 eu que deux sortes de peuples : des peuples rudes et féroces ou des peuples amollis par la chaleur.

770 (1359. II, f° 195 v°). — C’est la grande connoissance de la marine qui fait que la géographie, après avoir tant avancé, s’arrête : on sait si bien les i5 routes, et on a des règles si sûres pour les tenir, qu’il est rare qu’un vaisseau s’en écarte. On ne découvre donc plus rien par hasard, et il faut qu’on envoye à dessein des navires pour faire des découvertes, afin qu’on en fasse. 20

771 (382. I, p. 36o).— Les villages sont plus voisins les uns des autres près des grandes villes. Or on n’aime pas les fractions. S’il y a trois quarts de lieue, on met une lieue. — Faux (?).

772 (2o69. III, f<, 343). — A Paris, les ponts sont 2b cachés comme les canaux.

1. Mis dans les Loix.

773 (1679. Iîî> 29 v°)- — L’air est très mauvais à Madrid. Il se dépeuple continuellement. Il se repeuple de même par les étrangers qui y viennent. Les accouchements n’y sont guère heureux: les femmes 5 font de fausses couches et meurent. Il n’y a guère que deux enfants par famille; en Italie, trois; dans les pays plus septentrionaux, quatre.

774(1578. II, f 455). — M. de Vaudémont disoit au roi Guillaume que Monaco étoit une roche qui 10 avoit une lieue perpendiculaire dans la mer.


  1. J’ai mis tout cela dans la Bibliothèque.