Petit cours d’histoire de Belgique/p04/ch3

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Maison d'édition Albert De Boeck (p. 82-94).



CHAPITRE III

Luttes des communes flamandes contre la France.


§ 1. — Bataille de Groeninghe (1302).


1. Confiscation de la Flandre (1300). — « La plus belle comté est Flandre » avaient coutume de dire les rois de France. Aussi aspiraient-ils à rétablir leur autorité sur ce fief magnifique, devenu en fait un État indépendant. Les circonstances leur parurent favorables à ces desseins sous le gouvernement de Gui de Dampierre.

Le roi d’Angleterre Edouard ier était en guerre avec la France. Désireux de s’attacher le comte de Flandre, il lui demanda la main d’une de ses filles pour son fils aîné. Gui de Dampierre accepta de grand cœur une aussi brillante proposition. De là, irritation vive du roi de France. Toutefois le rusé monarque n’en fit rien paraître. Simulant même une entière satisfaction, il envoya féliciter la princesse, sa filleule, l’invitant, à venir à Corbie, lui faire ses adieux avant le départ. Gui et sa fille s’empressèrent de déférer au désir royal. Mais quand il les vit en son pouvoir, Philippe le Bel jeta le masque et éclata en violents reproches : « Flamand ! s’écria-t-il, tu t’es rendu coupable de félonie ! Tu as forfait ton comté ! je déclare toi et les tiens mes prisonniers ! » Peu après cependant, il relâcha le vieux comte, mais retint captive la jeune princesse qui mourut de douleur.

Gui de Dampierre, commença des préparatifs de guerre, et conclut une alliance avec le roi d’Angleterre et l’empereur d’Allemagne. Mais le roi de France, devinant ses projets, envahit aussitôt la Flandre avec une armée considérable. Le comte, abandonné de ses alliés, perdit successivement toutes ses villes, en dépit de la vaillance de ses fils, de l’aîné surtout, nommé Robert de Béthune. Alors suivant le conseil de Charles de Valois, frère de Philippe le Bel, il se rendit à Paris avec deux de ses fils et cinquante de ses plus nobles barons ; le vieillard s’agenouilla devant le spoliateur de ses biens et le ravisseur de sa fille. Mais celui-ci, impassible et dur, fit emprisonner le comte avec sa suite, et déclara la Flandre confisquée.

Peu de temps après, le roi vint visiter la Flandre avec sa femme Jeanne de Navarre. La noblesse flamande et la haute bourgeoisie, que le comte Gui avait mécontentées à maintes reprises, accueillirent le monarque avec des transports d’enthousiasme. Les Leliaerts [1] rivalisèrent de magnificence à tel point que Jeanne de Navarre en éprouva du dépit (voir p. 72). Jacques de Châtillon, l’oncle de cette princesse, fut nommé gouverneur de la Flandre.

2. Matines brugeoises. Orgueilleux, violent, cupide, Châtillon réussit en peu de temps à soulever contre lui une réprobation universelle. Il voulait conduire comme des serfs de France, nos fières populations flamandes ! Ses exigences en matière d’impôts provoquèrent du tumulte à Bruges. Mais le gouverneur réprima la sédition avec une impitoyable rigueur. Plusieurs bourgeois furent pendus. Nombre d’autres jugèrent prudent de s’exiler. Ces fugitifs mirent à leur tête Pierre de Coninck et Jean Breydel, le premier doyen des tisserands, déjà vieux, chétif, borgne, mais de bon conseil et doué d’une mâle éloquence : « C’était merveile de l’ouïr » ; le second, doyen des bouchers, dit-on, homme d’une vigueur et d’une audace extrêmes [2]. Apprenant que le gouverneur méditait de nouveau les plus sinistres desseins, ils résolurent, de les prévenir. Pendant la nuit du 18 mai 1302, ils pénétrèrent en silence dans la ville, s’éparpillèrent par petits groupes devant les maisons où logeaient les Français ; puis, soudain, au cri de « Flandre au lion ! Bouclier et ami ! ils enfoncèrent les portes et massacrèrent les étrangers ; quatre mille furent égorgés ! Châtillon presque seul put se sauver grâce à un seigneur flamand qui le cacha dans sa maison. Ce terrible épisode porte le

nom de Matines brugeoises.

3. Bataille de Groeninghe. — Les bourgeois aussitôt s® mirent en état d’affronter la colère du roi de France. Celui-ci, en effet, rassembla immédiatement une magnifique armée de 60.000 hommes. Robert d’Artois, son frère, la conduisit en Flandre. Alors commença une affreuse dévastation. De Douai à Lille, les Français ne laissèrent debout ni un arbre ni une maison. Les enfants ni les femmes n’obtenaient grâce. Ils arrivèrent ainsi jusqu’à Courtrai où ils se trouvèrent en présence des Flamands. Gand avait refusé son aide aux Brugeois. Ceux-ci, au nombre de 20.000 environ, commandés par Guillaume de Juliers et leurs deux chefs intrépides, de Conynck et Breydel, occupaient une forte position à l’est de Courtrai. Ils avaient la Lys à dos ; leur droite était protégée par les fossés de Courtrai ; sur leur gauche et à quelque distance de leur front coulait un ruisseau, bordé de prairies marécageuses ; enfin ils s’étaient postés derrière un fossé profond.

Les archers italiens du roi de France commencèrent avantageusement l’action. Alors la brillante chevalerie de France, craignant que ces vilains ne remportent l’honneur de la journée, s’élance en avant foulant ses propres fantassins sous les pieds des chevaux. Les premiers cavaliers qui parvinrent au fossé ne pouvant le franchir s’y abattirent ; les suivants écrasèrent les premiers ; quand le fossé fut rempli, les autres, passant par dessus, chargèrent impétueusement les Flamands. Mais ceux-ci immobiles comme un mur, reçurent sans broncher ce choc furieux. Avec leurs lourdes piques, ils perçaient les chevaux et renversaient les chevaliers, qu’ils assommaient ensuite à grands coups de goedendags. Bientôt, s’ébranlant à leur tour, les Flamands prennent vigoureusement l’offensive, et refoulent les Français vers un marécage — le pré sanglant — où les chevaux s’embourbèrent. Le massacre y fut terrible ! Pas un cavalier n’échappa : les bourgeois, rendus furieux par le carnage, n’accordaient pas de quartier ! Robert d’Artois, Jacques de Châtillon, sept mille cavaliers, vingt mille fantassins, restèrent sur le champ de bataille.

Cette prodigieuse victoire de l’héroïque bourgeoisie sauva la liberté de la Flandre. On l’appelle la bataille des Éperons d’or, parce qu’on recueillit après le combat

sept cents éperons dorés de chevaliers, qui furent suspendus, comme un glorieux trophée, à la voûte de Notre-Dame, à Courtrai.

1. Confiscation de la Flandre (1300). — Le comte Gui de Dampierre, victime d’une odieuse perfidie du roi de France, avait pris les armes contre lui. Mais vaincu par son suzerain, il fut emprisonné dans la tour du Louvre, à Paris, et la Flandre fut confisquée.

2. Matines Brugeoises (1302). — Le gouverneur Jacques de Châtillon, fit bientôt peser sur la Flandre une tyranie insupportable. Aussi, pendant la nuit du 18 mai 1302, sept mille Brugeois qui avaient dû fuir sa colère, rentrèrent dans leur ville sous la conduite de Pierre de Coninck et de Jean Breydel. Ils firent des Français un terrible massacre connu sous le nom de Matines brugeoises.

3. Bataille de Groeninqhe (1302). — Aussitôt Robert d’Artois, frère du roi de France, pénétra en Flandre avec une magnifique armée de 60,000 hommes, qui dévasta affreusement le pays de Douai à la Lys. Mais cette brillante et célèbre chevalerie fut exterminée devant Courtrai, le 11 juillet 1302, Par 20.000 Brugeois que commandait Guillaume de Juliers, de Coninck et Breydel. Plus de 27,000 Français restèrent sur le champ de bataille, et parmi eux, Robert d’Artois et Jacques de Châtillon. Ce prodigieux succès sauva l’indépendance de la Flandre. Il est souvent appelé la victoire des Éperons d’or.

§ 2. — Jacques Van Artevelde.


1. Détresse des Flamands. — Le roi Philippe le Bel laissa trois fils qui moururent sans postérité. Deux princes sollicitèrent la couronne de France : Edouard III, roi d’Angleterre, dont la mère était fille de Philippe le Bel, et Philippe de Valois, prince français, parent plus éloigné des derniers rois : ce dernier fut élu par les barons de France. Dix ans plus tard, Edouard III résolut de recourir aux armes pour faire valoir ses droits. L’alliance avec les Flamands lui paraissait désirable, mais le comte de Flandre, Louis de Nevers, petit-fils de Robert de Béthune, resta fidèle à Philippe de Valois. Aussi Edouard III, irrité, défendit de vendre encore des laines aux Flamands. Une déplorable situation résulta bientôt de l’imprévoyance de Louis de Nevers : les ouvriers flamands durent cesser le travail, car la plupart tissaient le drap ; or « sans laine, on ne pouvait draper » et l’Angleterre seule en fournissait ; la classe ouvrière se trouva dans une profonde détresse. Mais le comte s’obstina dans sa résolution, et fit même arrêter à Bruges, le 7 juillet 1337, et enfermer au château de Rupelmonde, le vénérable Sohier le Courtraisien, illustre bourgeois de Gand qui conseillait l’alliance avec les Anglais.

2. Neutralité de la Flandre. — Les gens du peuple allèrent demander conseil à Jacques Van Artevelde [3], riche bourgeois affilié au métier des tisserands. C’était un homme d’expérience doué d’ailleurs d’une rare éloquence ; aussi avait-il dans la ville une grande réputation de sagesse. Le sage homme conseilla aux Gantois de vivre en bon accord avec les deux rois rivaux et de rester neutres entre les deux. Les Gantois se rangèrent à son avis et l’élurent capitaine de la paroisse de Saint-Jean, avec la direction supérieure de la ville [4], le 3 janvier 1338. Aussitôt Jacques Van Artevelde entama des négociations avec les Anglais, et dès le mois de février un arrangement provisoire permettait aux Flamands d’aller s’approvisionner de laines anglaises à Dordrecht.

Le comte irrité fit mettre à mort, à Rupelmonde, Solhier le Courtraisien (21 mars 1338) ; puis, de Tournai, l’évêque de Senlis jeta l’interdit sur la ville de Gand : les églises furent fermées, les cérémonies religieuses suspendues. Mais les Flamands ne se découragèrent pas ; et bientôt même des cavaliers leliaerts s’étant aventurés jusque sous les murs de Gand, Jacques Van Artevelde les fit poursuivre ; quelques jours plus tard, avec des milices gantoises, il enleva d’assaut leur château de Biervliet. Ce succès fut aussitôt suivi d’une alliance avec Bruges et Ypres.

Voyant la vanité de leurs efforts, Louis de Novors et le roi de France durent se résigner. Le 10 juin 1338, une convention conclue à Anvers rétablit définitivement les rapports commerciaux entre l’Angleterre et la Flandre, et Edouard III y reconnut la neutralité de la Flandre ; le 13 juin, Philippe de Valois la reconnut à son tour. En peu de jours le commerce et l’industrie reprirent toute leur activité.

3. Alliance avec l’Angleterre. Bataille de l’Écluse (1340). — Bientôt les Flamands réclamèrent les villes de Lille, Douai et Orchies, que l’artificieux Philippe le Bel avait traîtreusement enlevées vingt ans auparavant. Philippe de Valois refusa de les satisfaire. Toujours habile, Edouard III promit la restitution des villes s’il devenait roi de France. Les Flamands, séduits par ses brillantes promesses, désiraient une alliance avec lui. Une seule chose les retenait : ils avaient juré de ne plus combattre le roi de France. Ces derniers scrupules tombèrent quand Edouard, sur le conseil de Van Artevelde, eut été solennellement couronné roi de France, à Gand, le 26 janvier 1340  [5]. L’alliance fut conclue.

De ce moment, Edouard III poussa les hostilités avec vigueur. À la tête d’une petite flotte, il attaqua, dans le Port de l’Écluse, cent quarante gros vaisseaux français qu’il coula presque jusqu’au dernier, grâce en partie à l’intervention des Flamands. Cette fatale journée coûta vingt mille hommes à la France. Edouard alla mettre aussitôt le siège devant Tournai. Une magnifique armée de quarante mille bourgeois l’accompagnait sous les ordres de Van Artevelde. Le roi de France accourut au secours de la ville ; on n’en vint pas aux mains toutefois : une trêve fut conclue entre les deux rois, et des conditions avantageuses furent accordées aux Flamands.

4. Administration et mort de Jacques Van Artevelde (1345). — La paix rétablie, la Flandre fut gouvernée, sous l’inspiration de Jacques Van Artevelde, par les trois membres de Flandre  [6] Le comte Louis de Nevers avait perdu toute confiance. Des modifications importantes furent apportées à l’administration des villes et une part plus large y fut accordée aux petits [7].

Toute son habileté pourtant ne put empêcher des troubles sanglants : Il y avait rivalité dans les villes entre divers métiers. À Gand même, le 2 mai 1345, les foulons et les tisserands se livrèrent un violent combat sur le marché du Vendredi : cinq cents hommes perdirent la vie dans cette funeste journée du mauvais lundi [8]. — D’autre part, les grandes communes ne souffraient pas que les petites villes fabriquassent certains produits dont elles avaient obtenu le monopole par privilège. Ypres par exemple, défendit aux gens de Poperinghe de tisser du drap fin, et après de longues querelles, elle saccagea leur ville. Partout d’ailleurs les agents du comte provoquaient des troubles. Artevelde comprit qu’il fallait pour maintenir l’ordre une autorité supérieure à la sienne, celle d’un prince. Après de vains efforts pour amener Louis de Nevers à l’alliance anglaise, il résolut, dit-on de le faire remplacer par le prince de Galles [9], fils d’Edouard III. Il eut à ce sujet des conférences à l’Écluse avec le monarque anglais. Mais à Gand, ses ennemis l’accusèrent de trahison et répandirent le bruit qu’il avait livré le grand trésor de Flandre aux anglais. Quand il rentra dans la ville, Jacques Van Artevelde s’aperçut bientôt des dispositions hostiles des bourgeois. Ceux qui avaient coutume d’ôter leur chaperon à sa vue lui tournaient le dos ou rentraient dans leurs maisons. Il entendit même des gens crier : « Voilà celui qui est trop grand maître en le comté de Flandre, ce qui n’est pas à souffrir ! » Il se hâta de gagner son hôtel et fit barrer portes et fenêtres. Aussitôt, la rue se remplit de gens du menu peuple. Alors Van Artevelde se montre tête nue à une fenêtre. — Bonnes gens, dit-il, que vous faut-il ? Qui vous pousse ? En quelle manière ai-je pu vous courroucer ? — Nous voulons avoir compte du grand trésor de Flandres que vous avez détourné ! crie la foule ! — Certes, seigneurs, je n’ai rien pris au trésor de Flandre. Retirez-vous doucement, je vous en prie, et revenez demain matin, je vous satisferai. — Non, non ! nous le voulons avoir de suite ! Nous savons de vérité que vous l’avez envoyé en Angleterre ; pour cela vous devez mourir ! — Artevelde se sentit perdu ; il joignit les mains et commença à pleurer, disant : « Seigneurs, tel que je suis vous m’avez fait, et maintenant vous me voulez occire sans raison. Vous le pouvez car je suis seul et sans défense contre vous tous. Vous me voulez petite récompense des grands biens qu’au temps passé je vous ai faits. Ne savez-vous pas comment tout commerce était mort en ce pays. Je l’ai relevé. Et après je vous ai gouvernés en si grande paix que vous avez eu toutes choses à volonté, blés, laines, avoines et toutes marchandises ». Ces paroles touchantes n’attendrissent point la foule ; elle crie tout d’une voix : Descendez et ne nous sermonnez plus de si haut, car nous voulons avoir compte du grand trésor de Flandre ». Artevelde alors ferma la fenêtre et voulut chercher asile dans une église voisine. Mais déjà sa maison était envahie. Les forcenés s’élancèrent sur lui, et il tomba sous leurs coups [10]. La ville de Gand a élevé une magnifique statue, sur le marché du Vendredi, au plus illustre de ses enfants.

1. Détresse des Flamands. — En 1328, le trône de France étant vacant, Edouard III, roi d’Angleterre, et Philippe de Valois, prince français, sollicitèrent la couronne ; le second fut élu. Dix ans plus tard, Edouard III prit les armes pour conquérir la couronne de France, mais le comte Louis de Nevers resta fidèle à Philippe de Valois. Edouard III, irrité, défendit l’exportation des laines anglaises en Flandre, et tous les ouvriers tisserands se trouvèrent bientôt sans travail.

2. Neutralité de la Flandre. — Des Gantois dans leur détresse demandèrent conseil à Jacques Van Artevelde, riche bourgeois affilié à la corporation des tisserands. On l’appelait le sage homme ; Artevelde conseilla aux Gantois de rester neutres entre les deux rois rivaux. Élu capitaine général de la ville, il provoqua l’union intime des trois grandes villes de Gand, de Bruges et d’Ypres, et des députés de chacune de ces villes se réunirent fréquemment en parlement (les trois membres de Flandres) pour veiller aux intérêts du pays. Devant la volonté formelle des Flamands, les deux rois consentiront à reconnaître la neutralité de la Flandre (1388).

3. Alliance avec l’Angleterre (1340). — Bataille de l’Écluse. — Mais en 1340. le roi de France refusant de rendre les villes de Lille, Douai et, Orchies, qu’il détenait injustement, les Flamands, séduits par les brillantes promesses d’Edouard III, firent alliance avec lui. Ensemble, ils détruisirent la fiotte française à l’Écluse, en 1340 : puis ils allèrent assiéger Tournai. Une trêve avec la France fut conclue devant cette ville, à des conditions avantageuses pour les Flamands.

4. Administration de Van Artevelde. — Sa mort (1345). — Pendant les cinq années suivantes, Jacques Van Artevelde s’efforça de maintenir partout le bon ordre, et réprima sévèrement les troubles que provoquaient les partisans du comte. Ayant voulu, dit-on, donner la couronne de Flandre au fils du roi d’Angleterre, il fut accusé de trahison. Une émeute éclata, sa maison fut envahie, et lui-même mis à mort (1345). La ville de Gand lui a élevé une magnifique statue sur le marché du Vendredi.

§ 3. — Philippe Van Artevelde.


1. Mariage de Marguerite de Maele avec Philippe le Hardi (1369). — Louis de Ne vers, tué à la bataille de Crécy en 1356, fut remplacé par son fils, Louis de Maele. Celui-ci mérita d’abord quelque affection de la part de ses sujets. Il remporta de brillants succès sur le méprisable duc de Brabant, Wenceslas de Luxembourg. Il obtint de la France la rétrocession des villes de Lille, Douai et Orchies, à la condition que sa fille unique. Marguerite de Maele, épouserait Philippe le Hardi, duc de Bourgogne et frère du roi de France.

2. Révolte à Gand. — Mais Louis de Maele se livrait à de folles dépenses. Il avait autour de lui foule d’astrologues, de nains, de fous ; il faisait venir des bêtes rares des pays les plus lointains : il avait des collections curieuses de singes, qu’il affectionnait beaucoup, et de perroquets. Il n’était divertissement que ses courtisans n’inventassent. Par là, le prince contracta des dettes énormes que les bourgeois payèrent trois fois. À la fin pourtant, il se fatiguèrent des subsides continuels qu’on ne cessait de réclamer : « Il ne faut plus, dit un bourgeois de Gand, que la sueur coule de nos fronts pour de telles charges ! » Or, bientôt après, le comte voulut faire payer par les Gantois les frais d’un brillant tournoi qu’il se proposait de donner. Gand refusa. Les Brugeois fournirent le subside, à la condition de pouvoir creuser un canal de leur ville à Deynze. — Les Gantois irrités, car ce canal allait nuire à leurs intérêts, dispersèrent les travailleurs et brûlèrent le château de Wondelghem, demeure favorite du comte. Les mécontents portaient le nom de Chaperons blancs, à cause de leur coiffure. La guerre éclata entre les Gantois et le comte, soutenu par la noblesse. Après des alternatives de succès et de revers, et des paix sans durée, le comte remporta quelques avantages qui lui permirent de bloquer la ville de Gand. Il ne Pouvait la prendre : elle était en mesure de résister à 200,000 hommes. Il se contenta de détruire son commerce et d’intercepter les vivres. La ville souffrit bientôt cruellement de la famine.

3. Victoire de Beverhout. — Les Gantois dans leur misère, se souvinrent du grand nom de Van Artevelde. Jacques avait laissé un fils, nommé Philippe, qui jusqu’alors avait vécu dans la retraite, sans s’occuper des affaires de la ville. Le peuple l’élut capitaine général. Van Artevelde jugea la paix nécessaire. Il se rendit à Tournai pour conférer avec le comte. Louis de Maele exigea une soumission sans conditions. Le peuple de Gand, d’une voix unanime, rejeta cette prétention ; on décida qu’un dernier effort serait tenté. Il restait à peine cinq mille hommes en état de combattre. Philippe Van Artevelde se mit à leur tête pour aller attaquer l’armée du comte, qui se trouvait à Bruges : « Allez combattre, leur disaient les vieillards et les femmes ; mais ne revenez que vainqueurs, car si nous apprenons que vous avez été vaincus, nous mettrons le feu à la ville et nous périrons avec elle ».

Les cinq mille Gantois s’avancèrent jusqu’à Beverhout, où ils se mirent en bataille. Le comte, à leur approche, indigné de leur audace, accourut avec 40,000 hommes, sans prendre la peine de les disposer avec ordre, tant le succès lui semblait certain. Mais les Gantois les attaquèrent avec furie, les dispersèrent, et les poursuivirent jusque dans Bruges, où ils entrèrent avec les fuyards. Pendant la nuit, ils firent un grand massacre des partisans du comte : 1200 hommes fuient égorgés ! Le comte se réfugia dans la cabane d’une pauvre femme, qui le cacha sous son misérable grabat. Le lendemain, vêtu de la houppelande d’un valet, il put sortir de la ville et gagner la France. Les héroïques vainqueurs firent dans leur ville une rentrée triomphale. Artevelde, proclamé Père de la patrie, reçut un bouclier d’or, symbole de la liberté reconquise, toutes les villes de Flandre rentrèrent dans l’alliance de Gand.

4. Défaite de Roosebeke (1382). — Mais le roi de France, Charles VI, s’empressa d’envahir la Flandre avec une puissante armée de 80,000 hommes, car la victoire des Gantois avait eu un immense retentissement. Elle avait provoqué une vive effervescence dans les communes du nord de la France, ainsi qu’à Paris. « Partout les menues gens se flattaient que la ruine des grands était proche ». Philippe Van Artevelde, à la tête de 50,000 hommes, vint s’établir à Roosebeke. Là fut livrée une bataille terrible. Les Flamands, massés en un seul corps, enfoncèrent d’abord le centre des Français. Mais ceux-ci, de leurs deux ailes, enveloppèrent les communiers qui, pressés les uns sur les autres, purent à peine se servir de leurs piques. Les Flamands vaincus laissèrent la moitié de leur armée sur le champ de bataille. Le lendemain, Van Artevelde fut retrouvé parmi les morts. Le roi de France le foula du pied et le fit pendre à un arbre.

5. Paix de Tournai (1385). — Gand, pourtant, l’admirable cité, ne fut pas encore abattue par ce grand revers. Elle continua la lutte sous la conduite d’un homme de guerre vaillant et expérimenté, François Ackerman. Mais en 1384, Louis de Maele mourut, et Philippe le Hardi, son successeur, manifesta le désir de voir la paix rétablie. C’est pourquoi cinquante notables bourgeois de Gand se rendirent à Tournai pour traiter.

Le duc de Bourgogne les reçut au milieu d’une cour brillante. Les Gantois s’y présentèrent avec fierté. Le duc les ayant sommés de se mettre à genoux, ils s’y refusèrent : « Nous avons ordre, dirent-ils de traiter avec Philippe, et non pas de lui demander pardon ! » Le duc, plein de colère, allait rompre les négociations, quand la duchesse de Bourgogne se jeta à ses genoux et demanda grâce pour les Gantois. Le duc apaisé leur accorda une amnistie entière et la confirmation de tous leurs privilèges.

1. Mariage de Philippe le Hardi avec Marguerite de Maele (1369). — Louis de Maele, fils de Louis de Nevers, mérita d’abord l’affection de ses sujets. Il obtint la rétrocession des villes de Lille, Douai et Orchies, en donnant sa fille unique, Marguerite de Maele, en mariage à Philippe le Hardi, due de Bourgogne et frère du roi de France.

2. Révolte à Gand. — Malheureusement, ce prince se livrait aux dépenses les plus extravagantes, qui l’obligeait à solliciter constamment de lourds subsides. La ville de Gand finit par refuser. Ce fut le signal d’une guerre longue et acharnée. Le comte bloqua la ville rebelle et, les vivres n’y pouvant plus pénétrer, la famine s’y fit cruellement sentir.

3. Victoire de Beverhout. — Dans cette triste situation, les Gantois élurent Philippe Van Artevelde capitaine général de la ville. Celui-ci voulut faire la paix avec le comte. Mais les conditions imposées étant inacceptables, il se mit à la tête des cinq mille hommes valides qui restaient et attaqua, dans la bruyère de Beverhout, l’armée du comte, forte de 40,000 hommes. Il remporta une éclatante victoire qui obligea le comte à fuir en France.

4. Défaite de Roosebeke (1382). — Mais le roi Charles VI accourut avec une armée de 80,000 hommes, et livra aux Flamands une furieuse bataille à Roosebeke. Philippe Van Artevelde vaincu resta sur le champ de bataille avec la moitié de son armée (1382).

5. Paix de Tournai (1385). — Néanmoins la guerre continua jusqu’en 1384. Louis de Maele étant mort en 1384. son successeur, Philippe le Hardi, conclut avec les Gantois la paix de Tournai, qui accordait aux vaillants communiers une amnistie entière et la confirmation de tous leurs privilèges.

La défaite de Roosebeke arrêta le développement des communes, dont la puissance, à partir de ce moment, ne cessa de décliner.





  1. Partisans du lis (lelie = lis). Les fleure de lis formaient les anciennes armoiries de France.
  2. Breydel parait appartenir à la légende plutôt qu’à l’histoire.
  3. Voir la narration ai pittoresque de Froissart. — La question de savoir si Van Artevelde fut brasseur ou tisserand est toujours discutée.
  4. De sa pension de hoofdman et de ses frais dans la conduite de la ville (in ’t beld van der stede) 2309 livres. (Comptes de Gand, année 1340).
  5. Et non le 23 janvier. La date du 26, fixée par nous d’après divers indices, a été confirmée depuis par des documents découverts à Florence.
  6. L’origine des assemblées des Trois Membres est fort incertaine. Elle est fort antérieure à l’époque de Jacques Van Artevelde. Voir, sur l’autorité des Trois Membres, les précieuses Annales Flandriæ, de Meyer
  7. van der Kindere : Siècle des Artevelde.
  8. Le quaden maandag.
  9. Tous les auteurs contemporains l’affirment. La question est très bien discutée dans van der Kindere : Siècle des Artevelde.
  10. Froissart.