Poèmes épars (Lenoir-Rolland)/La fenêtre ouverte

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Texte établi par Casimir HébertLe pays laurentien (p. 60-61).

La fenêtre ouverte

(Traduit de l’anglais de H. W. Longfellow)


Le vieux logis, muet et sombre,
Se cachait sous les tilleuls verts,
Et le jardin disputait à l’ombre
Les sentiers de sable couverts.

J’allais m’asseoir sous la fenêtre,
Et je dis : « où donc êtes-vous ? »
Mais je n’y revis plus paraître
D’enfants rieurs aux regards doux.

Auprès du seuil de la demeure,
Un chien gardant leur souvenir,
S’étonnait de voir passer l’heure
Sans qu’aucun d’eux pût revenir.

Son œil où brillait la tendresse,
Cherchait en vain sous les tilleuls,
Ses gais compagnons d’allégresse !…
L’ombre y tendait ses noirs linceuls !

J’entendis gazouiller encore
L’oiseau dont le chant familier
Toujours éveillait, dès l’aurore,
Ceux que je ne puis oublier !

Mais la voix des anges que j’aime,
Voix qui charmait par ses doux bruits,
Ne chantera, douleur suprême !
Que dans les rêves de mes nuits !

Et, comme nous marchions ensemble,
L’enfant qui suivait mon chemin,
Disait : « Oh ! que votre main tremble,
Qu’elle tremble en pressant ma main ! »


Montréal, Mars, 1858.