Poèmes épars (Lenoir-Rolland)/Roi des aulnes

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Texte établi par Casimir HébertLe pays laurentien (p. 63-64).

1859
Le roi des aulnes
BALLADE
(Imité de l’allemand de Goethe)

Qui voyage si tard par le vent et la nuit ?
 C’est un enfant avec son père.
Un cheval les emporte à travers la bruyère.
L’enfant ferme les yeux et tremble au moindre bruit.

— Pourquoi donc, ô mon fils, caches-tu ton visage ?
 La nuit luit, aurais-tu peur ?
— Regarde ! enveloppé d’une blanche vapeur,
Le Roi des Aulnes vient là-bas par le rivage !
 — Mon fils, je ne vois qu’un nuage !

 « — Cher petit enfant, doux trésor,
 Viens avec moi, viens, viens, je t’aime !
 Ma mère porte un diadème !
 Tu seras son bonheur suprême,
Elle a des fleurs sans nombre et de beaux jouets d’or ! »
— Entends-tu ce qu’il dit ? Père, prête l’oreille !
— Je n’entends que le bruit du vent qui se réveille !


 « — Veux-tu venir ? Veux-tu venir ?
 Mes filles sont jeunes et belles.
 Tu pourras m’aimer avec elles ;
 Et, quand viendront tes nuits nouvelles,
Elles auront des chants sereins pour t’endormir ! »

— Oh ! ses filles sont là, dans le passage sombre !
— Du saule aux rameaux gris, enfant, ce n’est que l’ombre !
 « — Que ton charmant visage est doux !
 Je t’aime ! Ange, veux-tu me suivre ?
 Comment, sans toi, pourrai-je vivre ?
 Viens donc ! ton bel œil bleu m’enivre !
 Je te veux, malgré toi, bercer sur mes genoux ! »

— Mon père, il me saisit ! oh ! son haleine ardente,
En passant sur mon front, me glace d’épouvante !

Et pressant dans ses bras son fils avec effort,
Le père se hâtait de gagner sa demeure ;
Mais lorsque du retour au foyer sonna l’heure,
 Le petit enfant était mort !