Poésies (Dujardin)/Je vous ai connue trop tard

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PoésiesMercure de France (p. 91-92).


JE VOUS AI CONNUE TROP TARD


Je vous ai connue trop tard,
Aujourd’hui je pars.

Vous êtes bonne,
Votre âme est un fruit d’automne
Qui s’abandonne et se donne,
En vous résonne
L’écho des cris qui en moi tourbillonnent,
Vous êtes bonne.

Vous êtes jolie,
Votre grâce est doucement fleurie,
Vous n’avez point les beautés sublimes et leurs moqueries,
Vous avez la gentillesse, la rêverie,
Ô jeune femme, vous êtes gracieuse, gentille et jolie.

Vous êtes amoureuse,
Vos yeux ont des caresses lumineuses,

Vos lèvres s’ouvrent langoureuses,
Sans doute qu’en des baisers vous seriez heureuse,
Si tendre vous vous feriez une amoureuse !

Trop tard je vous ai connue,
Je dois vous quitter à l’heure où vous voici venue,
J’irai plus loin, ailleurs, dans l’inconnu,
J’oublierai votre vue.

Au temps où j’ignorais votre visage,
Je me rappelle des oiselles de passage,
Elles ont enchanté mon cœur de leurs ramages,
Elles ont meurtri mon cœur de maint carnage,
Ah ! que leurs ailes furent volages !

Meilleure vous eussiez été, meilleure ;
La bonté de votre cœur,
La grâce de vos rires et de vos pleurs
Et cette volupté que trahissent vos yeux charmeurs
Eussent à votre souvenir mis le parfum des plus chères heures.

Trop tard je vous connais ;
D’autres soucis sont là, d’autres regrets, d’autres souhaits ;
Nous ne nous reverrons jamais.