Poésies (Dujardin)/Les Roses de ton chapeau

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PoésiesMercure de France (p. 237-238).


LES ROSES DE TON CHAPEAU


Oh ! les roses de ton chapeau,
Laisse-moi respirer ces roses.
Mon cœur s’est usé à attendre des renouveaux,
Mon esprit s’épuise à poursuivre les causes,
Ma vie se perd dans la détresse ;
Que ta tête en liesse
Vers mon âme se baisse !
J’ai besoin d’azur et de jardins fleuris,
Et je veux respirer ces roses,
Ces roses de ton chapeau joli.

*

Les cerises de ton chapeau,
Permets que je les goûte.
A l’heure où le midi nous grise.
Je voudrais étancher ma soif
A ces cerises
Dont tu te coiffes.
Tu es l’asile et l’oasis de mon désert,

Tu es la source fraîche où s’apaise ma fièvre,
Tu es la halte en ma traversée sur la mer,
La posada de mon voyage amer !
Oh ! souffre que j’effleure de mes lèvres
Les cerises, oui, les cerises de ce chapeau.

*

Vers je ne sais où,
Par un soir de mélancolie,
Vers un lointain très doux.
Au-dessus des fleuves et des prairies,
En une brume claire.
En les profondeurs bleues de l’atmosphère,
Tandis qu’en bas murmurerait la barcarolle.
J’ai rêvé, ô mon amie très chère,
D’être une âme qui prend son vol
Et d’avoir, ô mutine et maligne et mignonne enfant folle,
Les ailes du tendre oiseau,
Du bel oiseau, de l’oiseau bleu de ton chapeau.