Poésies (Marie de France)/Fable L

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Poésies de Marie de France, II, Texte établi par B. de Roquefort, Chasseriau (p. 238-239).

FABLE L.

Dou Leu et dou Corbel [1].

[a]Dun Leu cunte ki vint jadiz
Où uns Corbiaus s’esteit assiz
Desour le dos d’une Berbiz ;
Li Lous palla, qi fu maris.
Geo vois, fait-il, mult grant merveille,
[b]Li Corbeax siet deseur l’Oeille,
Siet là où siet, dist ce qu’il dit [2]
Fait ce qu’il vieut sanz cuntredit.
[c]Nul mal ne creint, ne nule rien,

Se gi séisse geo sai bien [3]10
Qe tutes genz mult me huereient,
De tutes parz m’escriereient [4]
Que geo la volreie mengier,
Ne mi laireient apreismier [5]

MORALITÉ.

Tut ensi est du Trichéeur,
En effroi est, et en péeur,
Jà sa conscience le reprent
Que tuit queneissent sun talent.
Forment li poisse dou Loial
[d]Qu’om ne turne lor sens à mal.20


  1. AEsop., fab. cxv.
    Le Grand d’Aussy, Fabliaux in-8° tom. IV, p. 186. 
  2. Il se repose où il lui plait, il dit tout ce qui lui passe par la tête, il fait toutes ses volontés.
  3. Si j’en faisois autant, ces misérables me signaleroient, ils s’écrieroient que je veux manger cette brebis et ne me permettroient pas seulement d’en approcher.
  4. Crieroient après moi.
  5. Approcher, approximare.
Variantes.
  1. D’un lous raconte qui jadis
    Vist un corbel qui fu assis.

  2. Le corb suz le doz d’une oeille.

  3. Mal ne creint-il de nule rien.

  4. Qu’il ne torne ses fais à mal.