Poésies (Marie de France)/Fable LXXIV

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Poésies de Marie de France, II, Texte établi par B. de Roquefort, Chasseriau (p. 313-314).

FABLE LXXIV.

D’une Singesse et de son Enfant [1].

Une Singesse aleit mustrant
A tutes Bestes sun Enfant,
Si l’en teneïent tuit pur fole
E par sanlant è par parole ;
[a]Tant k’a un Liun le mustra.
Au commencier li demanda
Se il est biax ; cil li a dit
Qu’ains plus leide beste ne vit ;
Porter li reuve en sa meisun
E si recort ceste rèsun.10
Chascuns Houpix prise sa couwe [2]
Si s’esmerveille quele est souwe.
Cele s’en vait triste et dolente,
Un Ors encuntre en mi la sente [3] ;

Li Ors s’estut [4], si l’esgarda
Par cointise l’arèsonna [5].
[b]Voi-jeo, fet-il, illec l’Enfant
Dunt les Bestes parolent tant,
Qui tant parest pruz è gentilx ?
Oïl, fet-ele, c’est mes filx.20
Baille le ça tant que jel’ bès [6],
Qar gel’ wol véir de plus près.
Cele li baille et l’Ors le prent
[c]Si l’a mengié hastiwement.

MORALITÉ.

Pur ce ne devrait nus mustrer [7]
Sa priveté ne sun penser ;
Car tel cose puet-hum joïr
Qui ne fet mie à tuz plaisir.
Par descuvrance vient grant max
N’est pas li siècles tuz loiax.30


  1. Le Grand d’Aussy, Fabliaux, in-8°, tom. IV, p. 189.
  2. Chaque renard prise sa queue, il est glorieux qu’elle lui appartienne.
  3. Au milieu du chemin.
  4. S’arrêta.
  5. Il lui parla en termes apprêtés.
  6. Que je l’embrasse.
  7. J’ai voulu démontrer qu’on ne devoit pas découvrir ses affaires et ses secrets à des étrangers.
Variantes.
  1. Tant qu’au Lyon l’ala moustrer,
    Si li commance à demander
    Cis enfès est biax ; ce li a dit.

  2. Si dit à lui veschi l’enfant
    Que les bestes vont tant prisant
    Il est molt biaus ce m’est avis.

  3. A-tant s’enfuit hastivement.