Poésies de Benserade/Description de sa maison de Gentilly

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Poésies de Benserade, Texte établi par Octave UzanneLibrairie des bibliophiles (p. 178-180).



STANCES.

Description de sa Maison de Gentilly.


Possesseur d’un terrain de petite étendue,
Je partage un ruisseau qui laisse aller ma vûë
En des lieux où pour moi l’on a quelques égards ;
Et si tout n’est à moy, tout est à mes regards.

Un vieux tronc, desséché par la suite des ans,
Commença ce berceau qu’un long âge décore ;
D’autres issus de lui l’entretiennent encore :
Ainsi le père mort revit dans ses enfans.

Ces grands arbres venus sans soin et sans culture,
Qui prétendent du ciel atteindre la hauteur,
Semblent dire : Il est doux de suivre la Nature,
Mais il faut s’élever jusques à son Auteur.

Quelle folie est plus fameuse ?
C’est grand pitié de voir deux vieillards amoureux
D’une belle et jeune dormeuse,
Qui n’est froide, ce semble, et marbre que pour eux.

Icy Philomèle s’empare
D’un endroit solitaire, où son cœur attendri
Étudie et polit les airs qu’elle prépare
Pour le Printemps son favori.

Au murmure des fontaines.
Les oiseaux se mêlent tous :
Le monde et ses pompes vaines
Ne font pas un bruit si doux.

Icy, loin du tumulte et franc d’inquiétude,
J’aime à m’entretenir avec les bons esprits ;
Et si quelque fâcheux trouble ma solitude,
Il m’en fait d’autant mieux reconnoître le prix.

Ambition, Fortune, adieu vous et les vôtres ;
L’on ne vient point icy vos grâces mendier :
Adieu vous-même, Amour, bien plus que tous les autres
Difficile à congédier.

D’une coulante veine et saintement féconde,
Touché de mon salut, quelquefois en ce lieu,
J’ai fait parler [d’amour] le plus grand Roy du monde,
Pécheur, et cependant selon le cœur de Dieu.

Ce n’est rien moins qu’un partisan
Qui fit ces cascades ; et, vive
La Nature naïve,
L’Art est trop courtisan.

Ce réduit si charmant et si propre à rêver,
Inspire aux tendres cœurs de profanes délices :
Gardez-vous, tête à tête ici de vous trouver,
À moins que d’être armez de haires, de cilices.

Le monde a bien plus d’un détour
Par où s’égare qui s’y fonde :
Tout en est mauvais, et la Cour
Pire que le reste du monde.



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