Poissons d’eau douce du Canada/Cyprin

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C. O. Beauchemin & Fils (p. 525-526).

LE CYPRIN DORÉ



Les Cyprins dorés ou poissons chinois, venus d’abord en Angleterre, se sont répandus ensuite dans tous les étangs de l’Europe, d’où il n’ont pas tardé à passer en Amérique. Avec un art merveilleux et la patience qui les caractérise, les Chinois sont parvenus à modifier la forme du corps et à changer la disposition des nageoires chez le cyprin doré.

« De Lacépède parle de ces poissons, et à la suite de l’article sur le poisson doré, il cite comme des espèces distinctes cette variété à gros yeux qu’il nomme cyprin télescope. »

Cette année même (1897), à l’hôtel Vendôme de la rue Saint-Laurent, nous avons pu voir de ces poissons d’or à trois queues qui ont été pour tous un objet de grande curiosité. Presque tous « les poissons d’or et d’argent » apportés au siècle dernier en Europe, étaient des individus monstrueux ; c’est ainsi que l’exemplaire conservé dans l’esprit-de-vin que l’ambassadeur de Suède remit à Linnée, en 1746, et que celui-ci présenta, au mois de septembre de la même année, à l’Académie des sciences de Suède, offrait une double nageoire anale et un dédoublement presque complet de la nageoire caudale.

Cette variété est encore aujourd’hui une des plus communes ; on la voit très fréquemment figurer dans les manuscrits et les peintures chinoises et japonaises. La queue n’est plus placée dans le plan vertical ; elle est à trois lobes, et comme double, comme si l’animal avait deux queues réunies seulement par leurs bords supérieurs et s’écartant à angle aigu comme les côtés d’un toit. Les animaux monstrueux n’ont ordinairement pas de dorsale, et cette nageoire est remplacée par un tubercule.

On sait que dans nos appartements on tient le cyprin doré en captivité dans des bocaux hémisphériques ou dans de petits aquariums que l’on orne de diverses plantes aquatiques. Le poisson vit de substances végétales aussi bien que de vers et d’insectes ; on peut lui jeter quelques larves de fourmi, de la mie de pain ou des fragments de pain à cacheter ; lorsque le vase dans lequel il se trouve est petit, ce qui est le cas le plus ordinaire, il est préférable de ne donner que très peu de nourriture à la fois. Il est, en tous cas, nécessaire de changer l’eau, de temps en temps ; une excellente précaution pour garder ces animaux pendant longtemps serait d’insuffler de l’air au moyen d’un soufflet muni d’une fine pointe ; cette manœuvre n’est pas indispensable lorsque les cyprins sont gardés dans un aquarium pourvu de plantes aquatiques. On doit se garder de prendre les cyprins à la main ; ce sont des animaux essentiellement sociables ; aussi, doit-on en mettre plusieurs ensemble ; on a remarqué que, habituellement, ils ne survivent pas longtemps à la perte d’un compagnon de captivité auquel ils étaient habitués.

Avec quelques soins, les cyprins s’apprivoisent parfaitement ; ils viennent prendre alors leur nourriture au bout des doigts, et lorsqu’ils sont parqués dans de grands aquariums, de petits étangs, ils accourent en foule au son d’une cloche.

« En liberté, dit de Brehm, dans les cours d’eau de France, le cyprin doré vit parfaitement et se propage, pourvu que l’eau ne soit pas trop froide ; le poisson rouge est, en effet, frileux. À Roubaix, dans l’ancien canal, le cyprin formait de véritables bandes, qui se tenaient toujours dans le voisinage immédiat de la sortie de l’eau chaude provenant des machines à vapeur ; en certains points où prospéraient les dorades, l’eau du canal ne gelait jamais, et était toujours à une température sensiblement égale.


LE BARBEAU


Après le cyprin doré qu’on dit avoir été importé en France par la Pompadour, il faut être un peu amateur de contrastes pour parler du barbeau, car Athénée rapporte que ce poisson était consacré à la chaste Diane. L’histoire vaut-elle mieux que la légende ? Le doute est peut-être permis dans le cas actuel. « On prétend, dit Coulon, que l’abbaye du Barbeau, fondée par Louis vii, fut ainsi nominée parce que ce prince, pêchant dans la Seine, prit un de ces poissons qui avait une pierre précieuse dans l’estomac. Le barbeau fut souvent placé dans les armes de l’abbesse. À diverses époques, il fut pris des mesures pour la conservation de l’espèce comme pour celle de la carpe.

On ne compte pas moins de 250 variétés de barbeaux dans le vieux monde, et c’est pourquoi je le préconise autant. Je me hâte de l’entourer d’ablettes, de vérons, de goujons, de bouvières, de gardons, de rotangles, pour engraisser nos achigans, nos dorés, nos maskinongés, nos huananiches, nos gloires du Saint-Laurent et du Labrador.