Portraits et Souvenirs/Docteur à Cambridge

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Société d’édition artistique (p. 133-147).

DOCTEUR A CAMBRIDGE

(1893)


I

De temps en temps, l’Université de Cambridge confère à certaines personnalités le titre de Docteur honoris causa ; le gouvernement anglais n’est pour rien dans ces promotions, comme quelques personnes sembleraient le croire, habituées qu’elles sont à voir le gouvernement mêlé dans toutes nos affaires. Cambridge crée des docteurs en droit, lettres, sciences et musique ; dans la première classe rentrent les spécialités qui ne pourraient prendre place dans les deux autres. C’est ainsi que dans la présente promotion figuraient comme docteurs en droit le Maharajah de Bhaonagar, récompensé pour avoir fondé dans son royaume des hôpitaux et des académies, et le général baron Roberts de Kandahar, ancien général en chef des armées de l’Inde, en souvenir de ses victoires. Les promotions de docteur en musique sont assez rares, et dans les années 1880, 1882, 1885, Cambridge n’a créé aucun docteur de cette sorte.

La promotion comprenait, outre les deux noms précités, ceux du baron Herschell, descendant du célèbre astronome, Lord Chancellor, président de l’Institution impériale récemment fondée pour consolider les liens entre l’Angleterre et ses colonies ; de M. Julius Jupitza, professeur de philologie anglaise à Berlin, historien et poète ; de M. Standish Hayes O’Grady, auteur de savants travaux sur la langue ères (ancien langage des Irlandais), et des cinq docteurs en musique, MM. Max Bruch, Pierre Tchaïkovsky, Arrigo Boïto, Édouard Grieg, et l’auteur de cette relation. Ce luxe de musiciens s’explique par ce fait que l’Université fêtait le cinquantième anniversaire de sa Société musicale (Cambridge University musical Society). Les Anglais, c’est chose convenue, ne sont pas musiciens, alors que nous le sommes jusqu’au bout des ongles ; et cependant, je ne vois pas que nos Facultés des lettres et des sciences s’ajoutent l’ornement d’une Société de musique avec chœurs et orchestre, donnant dans une salle construite ad hoc et pourvue d’un orgue, des concerts de musique ancienne et moderne, indigène et étrangère. On juge les Anglais sur quelques ploutocrates (il y en a de tels en tous pays) qui donnent de grandes soirées pour lesquelles ils engagent des artistes comme des meubles de luxe, demandant des chanteurs "qui n’aient pas trop de voix, pour ne pas gêner les conversations" (le fait s’est passé pendant un de mes séjours à Londres) ; c’est très mal juger. Depuis que j’étudie l’Angleterre, je l’ai toujours trouvée avide de musique, patiente à l’audition, réservée dans l’appréciation, intéressée par l’art et très capable d’accueillir avec enthousiasme les œuvres et les artistes qui ont eu le don de lui plaire. Le public anglais est poli, applaudissant même ce qui l’ennuie ; mais que de nuances dans ses applaudissements, et qu’il est aisé d’y démêler la vérité, quand on n’a pas d’intérêt a s’illusionner !


II

De plus habiles que moi ayant appris aux lecteurs du continent ce que sont les Universités anglaises, je me dispenserai de le faire, et parlerai seulement du plaisir que j’ai eu à visiter cette charmante ville de Cambridge, nid d’ogives dans la verdure, si originale avec tous ses colleges, vastes constructions gothiques ou Renaissance, anciennes, ou modernes du même style, ayant cours immenses, pelouses magnifiques, arbres séculaires ; souvent contiguës, se communiquant et formant ainsi des ensembles de palais et de vastes espaces, où le visiteur novice s’égare facilement. Chaque collège a là jouissance d’un parc où les étudiants prennent librement leurs ébats, sans parler de la rivière (the Cam d’où Cam-brîdge, pont sur la Cam) où les rameurs s’entraînent, comme on sait. Cette vie au grand air, dont les exercices du corps prennent une bonne partie, est bien différente de celle de nos étudiants, et les ombrages d’Oxford et de Cambridge n’ont aucun rapport avec le Quartier Latin, malgré l’agrément qu’y met le jardin du Luxembourg, délices de mon enfance. Malheureusement cette éducation coûte cher et n’est pas à la portée de tout le monde. Chaque collège est pourvu d’une chapelle — s’il est permis de donner ce nom à ce qui pourrait ailleurs passer pour une cathédrale — et là, chaque jour, les élèves assistent à l’office et chantent, revêtus d’un surplis. Ce n’est pas un des côtés les moins curieux de ces Universités que leur caractère religieux, dont nos étudiants s’accommoderaient malaisément. Mais cette religion anglaise est si peu gênante ! Les offices, très courts, consistent surtout à entendre de bonne musique fort bien chantée, les Anglais étant d’admirables choristes. J’ai entendu là des chœurs de Barnby, d’un beau sentiment, écrits d’une plume impeccable qui n’est pas sans parenté avec celle de Gounod, un psaume de Mendelssohn. L’église anglicane est un lieu sérieux, artistique, nullement redoutable comme notre Église catholique, où la Présence réelle, la Confession, mettent la terreur des inquiétants mystères. Entre le salon anglais, où la correction absolue s’impose, et le temple, la transition est à peine sensible, comme entre le parfait gentleman et le prêtre marié, père de famille, menant une vie élégante et ne se retranchant aucune des joies permises de la vie. Un peu plus de gravité dans le maintien ici que là, et c’est tout, ou peu s’en faut. A part certaines sectes, comme la ridicule Armée du Salut, les Anglais ne me semblent pas avoir la tendance au mysticisme qu’on leur prête d’ordinaire ; ces étudiants, qui assistent tous les jours à l’office et endossent le surplis, n’ont rien dans leurs allures qui sente l’illuminisme ou la bigoterie ; ils sont gais, remuants et bons vivants, ainsi qu’il sied à la jeunesse.


III

Tous ceux gui me connaissent savent à quel point je suis peu apte à recevoir des honneurs et à payer de ma personne dans les réunions d’apparat ; aussi n’allais-je pas à Cambridge sans une certaine appréhension. Je me disais, pour me rassurer, qu’on ne doit point s’effaroucher des honneurs qui viennent d’eux-mêmes au-devant de vous, quand le fardeau en est partagé. J’aurais banni toute inquiétude si j’avais mieux connu la bonhomie et la simplicité, très réelle on sa grandeur, qui tempère en Angleterre la solennité.

Il me fallut d’abord, contrairement à mes habitudes, accepter l’hospitalité du président de la Société musicale, prévôt du King’s College, que j’avais d’abord refusée. « Il entre tellement dans les mœurs anglaises », m’écrivait-on, « de recevoir sous son propre toit les hôtes les plus honorés, que le Comité s’exposerait à bien des reproches de la part des membres de notre Société s’il consentait à abandonner le représentant de la France à l’hospitalité d’un hôtel. » Devant une insistance exprimée en tels termes, il n’y avait qu’à céder. Tout a été dit sur l’hospitalité anglaise, et vraiment on n’en saurait trop dire ; jamais obséquieuse, elle vous entoure de soins sans vous imposer aucune gêne, aucune corvée plus ou moins déguisée ; et dans ces vastes demeures, pourvues en abondance de tout le confort imaginable, on a conscience de n’être pas soi-même un embarras.

Donnée principalement en l’honneur de la musique, la cérémonie proprement dite devait être précédée, la veille, d’un grand concert dont le programme avait été passablement difficile à organiser. Cinq compositeurs à produire, et même six, en y comprenant M. Stanford, directeur musical de la Société, ce n’était pas une mince affaire. En ce qui me concerne, il avait d’abord été question de mon psaume : « Cœli enarrant » ; mais il dure trois quarts d’heure, il fallut y renoncer. Je tournai la difficulté en me réduisant à un morceau pour piano et orchestre, Africa, exécuté par l’auteur, sous la direction de M. Stanford. Le programme fut ainsi composé :

1. Le Banquet des Phæaciens, fragment d’Ulysse (op. 41), MAX BRUCH.

2. Fantaisie pour piano et orchestre : Africa, SAINT-SAËNS.

3. Prologue de Mefistofele, BOÏTO.

4. Poème symphonique (op. 32) : Francesca da Rimini, TCHAÏKOVSKY.

5. Suite (op. 45), Peer Gynt, GRIEG.

6. Ode (op. 52), East to West, STANFORD.

Préparé par plusieurs répétitions préalables à Londres et une dernière, le matin même du concert (qui eut lieu dans l’après-midi), réalisé dans une belle salle de dimensions moyennes, devant un public favorablement disposé, ce concert a obtenu, est-il besoin de le dire ? un énorme succès ; quand on invite les gens, ce n’est pas pour leur faire affront.

En France, le gros public ne connaît guère de M. Max Bruch que son concerto en Sol mineur pour violon, qui est sous l’archet de tous les violonistes ; c’est assurément une de ses meilleures œuvres, mais il en a écrit beaucoup d’autres qui méritent d’être connues. Son idée de mettre en musique, pour le concert, l’Iliade et l’Odyssée, est heureuse ; il y a ample matière à musique dans ces deux illustres poèmes, alors qu’ils s’adaptent difficilement à la représentation théâtrale ; Ponsard on a fait l’expérience à ses dépens.

Le Banquet des Phæaciens, avec le chant des Rhapsodes accompagné par les harpes, les plaintes d’Ulysse soupirant après su patrie, ont plein de charme ; les chœurs y sonnent magnifiquement et l’impression qui s’en dégage est celle que doit donner toute musique bien pensée et bien écrite. On trouverait peut-être chez nous quelle n’est pas assez pimentée ; on va un peu au concert comme au feu d’artifice, avec l’espoir d’être surpris et ébloui ; or M. Max Bruch ne tire jamais de fusées, n’allume pas de soleils tournants ; encore que je prenne, tout le premier, grand plaisir à ces exercices, je ne saurais blâmer un artiste de faire tranquillement son œuvre et de modeler dans l’argile sacrée de nobles figures, aux belles attitudes. Même en Allemagne, où tout le monde sait le métier, le posséder à fond, écrire de la musique vraiment bonne est chose rare, et c’est l’apanage de M. Max Bruch, qui a le droit d’en être fier.

Le prologue de Mefistofele devrait être dans la mémoire de tous les amateurs de musique ; il y a beau temps que je l’ai signalé à nos directeurs de concerts. L’auteur me pardonnera-t-il si je dis que ce morceau merveilleux, écrit pour le théâtre, me semble beaucoup mieux à sa place en dehors de lui ? Représenter à la scène une nébuleuse derrière laquelle se dissimulent les phalanges célestes, y faire entendre les sept trompettes et les sept tonnerres de l’Apocalypse, n’est-ce pas excéder ses ressources ? Seule, l’imagination peut se donner à elle-même de tels spectacles ; de plus, on arrive au concert à des effets de sonorité que le théâtre ne saurait rendre. C’est pourquoi j’ai toujours regretté que nos sociétés musicales ne fassent pas connaître à notre public cette œuvre étonnante à laquelle ils donneraient toute la splendeur désirable, cette œuvre qui, par son originalité, son audace, le bonheur de son inspiration, est un des miracles de la musique moderne.

Ni les saveurs pimentées, ni les soleils d’artifice ne font défaut à la Francesca da Rimini de Tchaïkovsky, hérissée de difficultés, ne reculant devant aucune violence ; le plus doux et le plus affable des hommes a déchaîné là une terrible tempête, et n’a pas eu plus de pitié pour ses exécutants et ses auditeurs que Satan pour les damnés. Tel est le talent, l’habileté suprême de l’auteur, qu’on prend plaisir à cette damnation et à cette torture. Une longue phrase mélodique, le chant d’amour de Francesca et de Paolo, plane sur cet ouragan, cette bufera infernal qui déjà, avant Tchaïkovsky, avait tenté Liszt et enfanté la symphonie Dante. La Francesca de Liszt est plus touchante, plus italienne surtout que celle du grand composteur slave, l’œuvre entière est ty pique, le profil de Dante y apparaît. L’art de Tchaïkovsky est plus raffiné, le dessin y est plus serré, la pâte plus savoureuse ; au point de vue purement musical, l’œuvre est supérieure ; l’autre satisferait plus complètement, je crois, les peintres et les poètes. En somme, elles peuvent vivre en bonne intelligence ; toutes deux sont dignes du modèle, et, au point de vue du tapage, elles n’ont rien à se reprocher.

La Suite, de M. Grieg, a causé une impression de tristesse, due à l’absence de l’auteur retenu chez lui par le mauvais état de sa santé. Écrite pour un drame d’Ibsen que je ne connais point, la musique de Peer Gynt n’a rien d’étrange ; elle est toute de grâce et de fraîcheur, comme sont d’ordinaire les œuvres de son auteur.

La cantate De l’Est à l’Ouest, qui terminait le concert, a été composée par M. Stanford à l’occasion de l’Exposition de Chicago, sur un poème spécialement écrit par le poète américain Swinburne, et dédiée au Président et au Peuple des États-Unis. Elle est peu développée, mais brillante et écrite de main de maître ; c’est tout ce qu’on est en droit d’exiger d’une œuvre de circonstance.

Après le concert, banquet de cent couverts pour fêter le Cinquantenaire de la Société musicale ; les docteurs en lettres et en droit n’y assistaient pas. J’occupais la place d’honneur, à la droite du président, et j’avais été prévenu que la tâche m’incomberait de répondre, au nom de mes confrères, au toast porté par M. Stanford ; avantages dus, non a mes faibles mérites, mais au triste privilège de l’âge. Moitié manque d’habitude, moitié timidité naturelle, je redoute de parler en public ; il fallut pourtant s’exécuter. D’ordinaire, en pareil cas, il me vient à l’esprit une foule de choses que je garde pour moi, n’osant les exprimer ; cette fois, encouragé par un accueil extrêmement cordial et réfléchissant qu’après un demi-siècle d’existence, la timidité n’est plus de saison, j’ai dît tout ce qui me passait par la tête, « mêlant le grave au doux, le plaisant au sévère », ainsi qu’il est d’usage en Angleterre où l’on prononce des discours en toute occasion, sans prétention ni pédanterie. Mes camarades de promotion ont bien voulu se déclarer satisfaits des paroles que j’avais prononcées en leur nom.


IV

Le lendemain, mardi 13 juin, cérémonie de l’investiture dans une salle de moyenne grandeur, où l’on n’avait accès que sur invitation ; une galerie circulaire était occupée parles étudiants. On a commencé par nous revêtir d’amples robes de soie, aux larges manches, mi-parties blanches et rouges, nous coiffer de mortiers de velours noir à torsade et à gland d’or ; et, ainsi parés, nous avons processionné par la ville, sous un soleil torride. En tête du groupe des docteurs marchait le roi de Bahonagar, en turban d’or étincelant de fabuleuses pierreries, un collier de diamants au cou. Oserai-je avouer qu’ennemi des banalités et des tons neutres de nos habillements modernes, j’étais enchanté de l’aventure ?

Les membres du cortège ayant pris place sur une estrade, la cérémonie commença par des discours en prose et en vers, en anglais et en latin. De temps en temps, un étudiant lançait une plaisanterie ; on riait, l’orateur attendait patiemment qu’on eût fini de rire et reprenait son discours. J’ai connu le temps où les choses se passaient ainsi sous la coupole de l’Institut, à la distribution des prix de l’Académie des Beaux-Arts ; on y a mis bon ordre, et l’agrément des séances n’y a rien gagné. Les discours terminés, un assesseur, accompagné d’un massier portant une longue masse d’argent, invite chaque docteur à se lever, et après l’avoir harangué en latin, le conduit au président revêtu d’hermine qui le salue docteur in nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti, et lui donne une poignée de main, que suivent les applaudissements frénétiques de l’assistance. Les harangues sont des plus fleuries : on cite Homère et Schiller à propos de M. Max Bruch, Properce à propos de Tchaïkovsky. Voici, à titre de curiosité, celle qui m’était destinée :

     Die hesterno, societas quædam arti musicæ inter nosmet-ipsos
     colendæ dedicata annos quinquagenta ab origine suâ prospere actos
     auspiciis optimis celebravit. Adera dux et signifer ipse qui
     Musarum in choro velut Apollinis Musagetæ vicem tam diu, tam
     feliciter gessit. Aderant etiam alii artis tam jucundæ Professores
     illustres, quorum e numero nonnullos o gentibus inter se diversis
     ad nos devectos titulo nostro hodie decoramus. Ceteris autem et
     ætate et experientia excellit vir gentis vicinæ inter lumina
     numeratus, qui memoria prope incredibili præditus, Musas
     Mnemosynes, fuisse filias suo exemplo luculenter comprobavit.
     Musicæ sacræ interpres quam doctus, artis musicæ existimator quam
     subtilis existitit ! Quot terras ipse peragravit ! in quot orbis
     terrarum regiones, coram quanta audientium multitudine, fama ejus
     exivit ! Lætamur eum, qui olim ignis cœlestis datorem Promethea
     celebravit, ipsum inter tot gentes artis musicæ numera cœlestia
     toties tam feliciter dispersisse. Lætamur etiam Samsonis scriptorem
     celeberrimum Phrynes ex fabula laudis suæ coronæ flores novos nuper
     intexuisse.

Le dux et signifer, comparé à Apollon Musagète, est M. Stanford, depuis longtemps directeur des concerts de la Société, appelé actuellement à Londres pour occuper, au Royal College of music, un poste important.

Après la cérémonie, lunch d’apparat chez le président, prévôt du Christ’s College, en l’honneur des docteurs qui y assistent, en costume, et promenade dans les jardins où l’on admire l’ « arbre de Milton ». On a soin de nous prévenir charitablement que cet arbre, un très antique mûrier, n’a jamais eu rien de commun avec le chantre du Paradis perdu. Et pendant que, sous les frais ombrages, mes heureux confrères se reposent en conversant avec des femmes charmantes, il me faut aller, dans la chapelle du Trinity College, pleine de curieux, m’escrimer sur l’orgue, instrument excellent et d’un maniement commode, fort heureusement. Le soir même, je me séparais de mes hôtes devenus des amis, et je rentrais à Londres, enchanté de mon voyage et de l’accueil qui m’avait été fait.

N’en pouvant parler comme il convient, j’ai omis une grande soirée, donnée le 12 juin dans les salles du Musée, soirée très brillante sous tous les rapports ; je me sentais fatigué et n’y ai paru que quelques instants.

Telles furent ces fêtes, qui m’ont laissé un des meilleurs souvenirs de ma carrière d’artiste. J’en suis revenu confirmé, une fois de plus, dans l’idée que les Anglais aiment et comprennent la musique, et que l’opinion contraire est un préjugé. Ils l’aiment à leur manière, ce qui est leur droit ; mais cette manière n’est pas si mauvaise, puisque l’art lui est redevable des oratorios de Haendel, des grandes symphonies de Haydn, de l’opéra Obéron de Weber, d’Élie et de la Symphonie écossaise, de Mendelssohn, de Rédemption, Mors et Vita, de Gounod, toutes œuvres écrites pour l’Angleterre, et qui, sans elle, ne seraient probablement jamais nées. J’ai toujours sou tenu cette thèse, par amour de la vérité ; à ce sentiment se joint maintenant celui de la reconnaissance, que je suis heureux d’avoir eu l’occasion d’exprimer.