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Pour « la Sœur valeureuse » de Monsieur Mareschal

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XIX

Pour la Sœur valeureuse de Monsieur Mareschal.

Ces vers se trouvent, signés du nom de Corneille, aux feuillets 5 verso et 6 recto de la Sœur valeureuse ou l’Aveugle amante, tragi-comédie dédiée à Monseigneur le Duc de Vandosme, par le Sr Mareschal, à Paris, chez Anthoine de Sommaville… M.DC.XXXIII, in-8o. Signalés déjà par les frères Parfait dans leur Histoire du Théâtre françois (tome V, p. 6), ils ont été recueillis par M. Édouard Fournier dans les Notes sur la vie de Corneille (p. xcvi) qui précèdent Corneille à la butte Saint-Roch. Ils figurent ici pour la première fois dans les Œuvres de notre poëte.


Rendez-vous, amants et guerriers,
Craignez ses attraits et ses armes :
Sa valeur, égale à ses charmes,
Unit les myrtes aux lauriers.
Miracle d’amour et de guerre, 5
Tu vas dompter toute la terre.
À l’éclat de tes yeux on voit de toutes parts
Mille cœurs à l’envi voler sous ta puissance ;
Et s’il est un mortel rebelle à tes regards,
Ton bras soudain le range à ton obéissance. 10
Telle contre le roi d’Arger
Courut autrefois Bradamante[1],
À la quête de son Roger ;
Telle, mais avec moins d’adresse,

Vénus s’arma contre la Grèce[2] ; 15
Telle contre son fils[3], pour le roi des Latins,
Camille dans le choc se jetoit animée,
Et telle du cerveau du maître des destins,
Son mari[4] fit sortir Minerve toute armée.


  1. Au commencement du dix-septième siècle on disait indifféremment Arger ou Alger ; on trouve les deux formes dans Malherbe : la première au tome I, p. 315 ; la seconde au tome IV, p. 202. — Voyez dans le XXXVe chant du Roland furieux de l’Arioste le combat de Bradamante contre Rodomont, roi d’Alger (d’Arger).
  2. Dans le Ve livre de l’Iliade, Vénus, voulant protéger Énée, est blessée à la main par Diomède.
  3. Contre Énée, fils de Vénus. — Voyez le XIe chant de l’Énéide de Virgile.
  4. Vulcain, mari de Vénus.