Précis du siècle de Louis XV/Chapitre 35

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


CHAPITRE XXXV.

PERTES DES FRANÇAIS.


(Mars 1757) La première perte des Français dans l’Inde fut celle de Chandernagor, poste important dont la compagnie française était en possession, vers les embouchures du Gange. C’était de là qu’elle tirait ses plus belles marchandises.

Depuis la prise de la ville et du fort de Chandernagor, les Anglais ne cessèrent de ruiner le commerce des Français dans l’Inde. Le gouvernement de l’empereur était si faible et si mauvais qu’il ne pouvait empêcher les marchands d’Europe de faire des ligues et des guerres dans ses propres États. Les Anglais eurent même la hardiesse de venir attaquer Surate, une des plus belles villes de l’Inde, et la plus marchande, appartenante à l’empereur. (Mars 1758) Ils la prirent, ils la pillèrent, ils y détruisirent les comptoirs de France, et en remportèrent des richesses immenses, sans que la cour, aussi imbécile que pompeuse, du Grand Mogol, parût se ressentir de cet outrage, qui eût fait exterminer dans l’Inde tous les Anglais sous l’empire d’un Aurengzeb.

Enfin il n’est resté aux Français, dans cette partie du monde, que le regret d’avoir dépensé, pendant plus de quarante ans, des sommes immenses pour entretenir une compagnie qui n’a jamais fait le moindre profit, qui n’a jamais rien payé aux actionnaires et à ses créanciers du profit de son négoce ; qui, dans son administration indienne, n’a subsisté que d’un secret brigandage, et qui n’a été soutenue que par une partie de la ferme du tabac, que le roi lui accordait : exemple mémorable et peut-être inutile, du peu d’intelligence que la nation française a eu jusqu’ici du grand et ruineux commerce de l’Inde.

(Mai 1757) Tandis que les flottes et les armées anglaises ont ainsi ruiné les Français en Asie, ils les ont aussi chassés de l’Afrique. Les Français étaient maîtres du fleuve du Sénégal, qui est une branche du Niger ; ils y avaient des forts ; ils y faisaient un grand commerce de dents d’éléphants, de poudre d’or, de gomme arabique, d’ambre gris, et surtout de ces nègres que tantôt leurs princes vendent comme des animaux, et qui tantôt vendent leurs propres enfants ou se vendent eux-mêmes pour aller servir des Européens en Amérique. Les Anglais ont pris tous les forts bâtis par les Français dans ces contrées, et plus de trois millions tournois en marchandises précieuses.

Le dernier établissement que les Français avaient dans ces parages de l’Afrique était l’île de Gorée ; elle s’est rendue à discrétion (29 décembre 1758), et il ne leur est rien resté alors dans l’Afrique.

Ils ont fait de bien plus grandes pertes en Amérique. Sans entrer ici dans le détail de cent petits combats et de la perte de tous les forts l’un après l’autre, il suffit de dire que les Anglais ont pris (26 juillet 1758) Louisbourg pour la seconde fois, aussi mal fortifiée, aussi mal approvisionnée que la première. Enfin, tandis que les Anglais entraient dans Surate, à l’embouchure du fleuve Indus (2 mars 1759), ils prenaient Québec et tout le Canada, au fond de l’Amérique septentrionale ; les troupes qui ont hasardé un combat pour sauver Québec (18 septembre) ont été battues et presque détruites, malgré les efforts du général Montcalm, tué dans cette journée[1], et très-regretté en France. On a perdu ainsi en un seul jour quinze cents lieues de pays.

Ces quinze cents lieues, dont les trois quarts sont des déserts glacés, n’étaient pas peut-être une perte réelle. Le Canada coûtait beaucoup, et rapportait très-peu. Si la dixième partie de l’argent englouti dans cette colonie avait été employée à défricher nos terres incultes en France, on aurait fait un gain considérable ; mais on avait voulu soutenir le Canada, et on a perdu cent années de peine avec tout l’argent prodigué sans retour[2].

Pour comble de malheur, on accusait des plus horribles brigandages presque tous ceux qui étaient employés au nom du roi dans cette malheureuse colonie. Ils ont été jugés au Châtelet de Paris, tandis que le parlement informait contre Lally. Celui-ci, après avoir cent fois exposé sa vie, l’a perdue par la main d’un bourreau, tandis que les concussionnaires du Canada n’ont été condamnés qu’à des restitutions et des amendes, tant il est de différence entre les affaires qui semblent les mêmes[3].

Dans le temps que les Anglais attaquaient ainsi les Français dans le continent de l’Amérique, ils se sont tournés du côté des îles. La Guadeloupe, petite mais florissante, où se fabriquait le meilleur sucre, est tombée entre leurs mains sans coup férir.

Enfin ils ont pris la Martinique, qui était la meilleure et la plus riche colonie qu’eût la France.

Ce royaume n’a pu essuyer de si grands désastres sans perdre encore tous les vaisseaux qu’il envoyait pour les prévenir ; à peine une flotte était-elle en mer qu’elle était ou prise ou détruite ; on construisait, on armait des vaisseaux à la hâte : c’était travailler pour l’Angleterre, dont ils devenaient bientôt la proie.

Quand on a voulu se venger de tant de pertes, et faire une descente en Irlande, il en a coûté des sommes immenses pour cette entreprise infructueuse ; et, dès que la flotte destinée pour cette descente est sortie de Brest, elle a été dispersée en partie, ou prise, ou perdue dans la vase d’une rivière nommée la Villaine, sur laquelle elle a cherché en vain un refuge. Enfin les Anglais ont pris Belle-Isle, à la vue des côtes de la France, qui ne pouvait la secourir.

Le seul duc d’Aiguillon vengea les côtes de France de tant d’affronts et de tant de pertes. Une flotte anglaise avait fait encore une descente à Saint-Cast, près de Saint-Malo ; tout le pays était exposé. Le duc d’Aiguillon, qui commandait dans le pays, marche sur-le-champ à la tête de la noblesse bretonne, de quelquees bataillons et des milices qu’il rencontre en chemin (1er septembre 1758). Il force les Anglais de se rembarquer[4] ; une partie de leur arrière-garde est tuée, l’autre faite prisonnière de guerre ; mais les Français ont été malheureux partout ailleurs. Au reste, quel a été le prix de ce service du duc d’Aiguillon, et de son sang versé en Italie ? une persécution publique et acharnée, presque semblable à celle de Lally, qui prouve que ceux-là seuls ont raison qui se dérobent à la cour et au public[5].

Jamais les Anglais n’ont eu tant de supériorité sur mer ; mais ils en eurent sur les Français dans tous les temps. Ils avaient détruit la marine de la France dans la guerre de 1741 ; ils avaient anéanti celle de Louis XIV dans la guerre de la succession d’Espagne ; ils étaient les maîtres des mers du temps de Louis XIII, de Henri IV, et encore plus dans les temps infortunés de la Ligue. Le roi d’Angleterre Henri VIII eut le même avantage sur François ier.

Si vous remontez aux temps antérieurs, vous trouverez que les flottes de Charles VI et de Philippe de Valois ne tiennent pas contre celles des rois d’Angleterre Henri V et Édouard III.

Quelle est la raison de cette supériorité continuelle ? n’est-ce pas que les Anglais ont un besoin essentiel de la mer, dont les Français peuvent à toute force se passer, et que les nations réussissent toujours, comme on l’a déjà dit[6], dans les choses qui leur sont absolument nécessaires ? N’est-ce pas aussi parce que la capitale d’Angleterre est un port de mer, et que Paris ne connaît que les bateaux de la Seine ? Serait-ce enfin que le climat et le sol anglais produisent des hommes d’un corps plus vigoureux et d’un esprit plus constant que celui de France, comme il produit de meilleurs chevaux et de meilleurs chiens de chasse ? Mais, depuis Bayonne jusqu’aux côtes de Picardie et de Flandre, la France a des hommes d’un travail infatigable, et la Normandie seule a subjugué autrefois l’Angleterre.

Les affaires étaient dans cet état déplorable sur terre et sur mer, lorsqu’un homme[7] d’un génie actif et hardi, mais sage, ayant d’aussi grandes vues que le maréchal de Belle-Isle, avec plus d’esprit, sentit que la France seule pouvait à peine suffire à réparer des pertes si énormes. Il a su engager l’Espagne à soutenir la querelle ; il a fait une cause commune de toutes les branches de la maison de Bourbon[8]. Ainsi l’Espagne et l’Autriche ont été jointes avec la France par le même intérêt. Le Portugal était en effet une province de l’Angleterre, dont elle tirait cinquante millions par an ; il a fallu la frapper par cet endroit, et c’est ce qui a déterminé don Carlos, roi d’Espagne par la mort de son frère Ferdinand, à entrer dans le Portugal. Cette manœuvre est peut-être le plus grand trait de politique dont l’histoire moderne fasse mention : elle a encore été inutile. Les Anglais ont résisté à l’Espagne, et ont sauvé le Portugal.

Autrefois l’Espagne seule était redoutée de toute l’Europe, sous Philippe II, et maintenant, réunie avec la France, elle ne peut rien contre les Anglais. Le comte de La Lippe-Schombourg, l’un des seigneurs de Vestphalie, est envoyé par le roi d’Angleterre au secours du Portugal ; il n’avait jamais commandé en chef[9] ; il avait peu de troupes. Cependant, dès qu’il est arrivé, il gagne la supériorité sur les Espagnols et les Français réunis ; il repousse tous leurs efforts ; il met le Portugal en sécurité.

Dans le même temps une flotte d’Angleterre faisait payer cher aux Espagnols leur déclaration tardive en faveur de la France.

(13 auguste 1762) La Havane, bâtie sur la côte septentrionale de Cuba, la plus grande île de l’Amérique, à l’entrée du golfe du Mexique, est le rendez-vous de ce nouveau monde. Le port, aussi immense que sûr, peut contenir mille vaisseaux. Il est défendu par trois forts dont part un feu croisé qui rend l’abord impossible aux ennemis. Le comte d’Albemarle et l’Amiral Pocock viennent attaquer l’île ; mais ils se gardent bien de tenter les approches du port ; ils descendent sur une plage éloignée, qu’on croyait inabordable. (13 auguste 1762) Ils assiègent par terre le fort le plus considérable, ils le prennent, et forcent la ville, les forts, et toute l’île, à se rendre avec douze vaisseaux de guerre qui étaient dans le port, et vingt-sept navires chargés de trésors. On trouva dans la ville vingt-quatre de nos millions en argent comptant. Tout fut partagé entre les vainqueurs, qui mirent à part la seizième partie du butin pour les pauvres. Les vaisseaux de guerre furent pour le roi ; les vaisseaux marchands, pour l’amiral et pour tous les officiers de la flotte : tout ce butin montait à plus de quatre-vingts millions. On a remarqué que, dans cette guerre et dans la précédente, l’Espagne avait perdu plus qu’elle ne retire de l’Amérique en vingt années.

Les Anglais, non contents de leur avoir pris la Havane dans la mer du Mexique, et l’île de Cuba, coururent leur prendre dans la mer des Indes les îles Philippines, qui sont à peu près les antipodes de Cuba. Ces îles Philippines ne sont guère moins grandes que l’Angleterre, l’Écosse, et l’Irlande, et seraient plus riches si elles étaient bien administrées, une de ces îles ayant des mines d’or, et leurs côtes produisant des perles. Le grand vaisseau d’Acapulco[10], chargé de la valeur de trois millions de piastres, arrivait dans Manille, la capitale. (31 octobre 1762) On prit Manille, les îles, et le vaisseau surtout, malgré les assurances données par un jésuite de la part de sainte Potamienne, patronne de la ville, que Manille ne serait jamais prise. Ainsi la guerre, qui appauvrit les autres nations, enrichissait une partie de la nation anglaise, tandis que l’autre gémissait sous le poids des impôts les plus rigoureux, aussi bien que tous les peuples engagés dans cette guerre[11].

La France alors était plus malheureuse. Toutes les ressources étaient épuisées ; presque tous les citoyens, à l’exemple du roi, avaient porté leur vaisselle à la Monnaie. Les principales villes et quelques communautés fournissaient des vaisseaux de guerre à leurs frais : mais ces vaisseaux n’étaient pas construits encore, et, quand même ils l’auraient été, on n’avait pas assez d’hommes de mer exercés.

Les malheurs passés en faisaient craindre de nouveaux. La capitale, qui n’est jamais exposée au fléau de la guerre, jetait plus de cris que les provinces souffrantes ; plus de secours, plus d’argent, plus de crédit. Ceux qu’on choisissait pour régir les finances étaient renvoyés après quelques mois d’administration. Les autres refusaient cet emploi, dans lequel on ne pouvait alors que faire du mal[12].

(10 février 1763) Dans cette triste situation, qui décourageait tous les ordres de l’État, le duc de Praslin, ministre alors des affaires étrangères, fut assez habile et assez heureux pour conclure la paix, dont le duc de Choiseul, ministre de la guerre, avait entamé les négociations.

Le roi de France échangea Minorque, qu’il rendit au roi d’Espagne, contre Belle-Isle, que l’Angleterre lui remit ; mais l’on perdit, et probablement pour jamais, tout le Canada avec ce Louisbourg qui avait coûté tant d’argent et de soins pour être si souvent la proie des Anglais. Toutes les terres sur la gauche du grand fleuve Mississipi leur furent cédées. L’Espagne, pour arrondir leurs conquêtes, leur donna encore la Floride. Ainsi, du vingt-cinquième degré jusque sous le pôle, presque tout leur appartint. Ils partagèrent l’hémisphère américain avec les Espagnols. Ceux-ci ont les terres qui produisent les richesses de convention, ceux-là ont les richesses réelles, qui s’achètent avec l’or et l’argent, toutes les denrées nécessaires, tout ce qui sert aux manufactures. Les côtes anglaises, dans l’espace de six cents lieues, sont traversées par des fleuves navigables qui leur portent leurs marchandises jusqu’à quarante et cinquante lieues dans leurs terres. Les peuples d’Allemagne se sont empressés d’aller peupler ces pays, où ils trouvent une liberté dont ils ne jouissaient point dans leur patrie. Ils sont devenus Anglais, et si toutes ces colonies demeuraient unies à leur métropole, il n’est pas douteux que cet établissement ne fasse un jour la plus formidable puissance[13]. La guerre avait commencé pour deux ou trois chétives habitations, et ils y ont gagné deux mille lieues de terrain.

Les petites îles de Saint-Vincent, les Grenades, Tabago, la Dominique, leur furent encore acquises ; et c’est par le moyen de ces îles, ainsi que par la Jamaïque, qu’ils font un commerce immense avec les Espagnols, commerce sévèrement prohibé, et toujours exercé parce qu’il est favorable aux deux nations et que la loi de la nécessité est toujours la première[14].

La France ne put obtenir qu’avec beaucoup de difficulté le droit de pêche vers Terre-Neuve, et une petite île inculte nommée Miquelon pour y faire sécher la morue, sans pouvoir y faire le moindre établissement : triste droit, sujet à de fréquentes avanies.

La France, à laquelle on rendit Pondichéry et quelques comptoirs, fut exclue dans l’Inde de ses établissements sur le Gange ; elle céda ses possessions sur le Sénégal en Afrique, mais on lui remit Gorée. On fut encore obligé de démolir toutes les fortifications de Dunkerque du côté de la mer.

L’État perdit, dans le cours de cette funeste guerre, la plus florissante jeunesse, plus de la moitié de l’argent comptant qui circulait dans le royaume, sa marine, son commerce, son crédit. On a cru qu’il eût été très-aisé de prévenir tant de malheurs en s’accommodant avec les Anglais pour un petit terrain litigieux vers le Canada ; mais quelques ambitieux, pour se faire valoir et se rendre nécessaires, précipitèrent la France dans cette guerre fatale. Il en avait été de même en 1741. L’amour-propre de deux ou trois personnes suffit pour désoler toute l’Europe[15]. La France avait un si pressant besoin de cette paix qu’elle regarda ceux qui la conclurent comme les bienfaiteurs de la patrie. Les dettes dont l’État demeurait surchargé étaient plus grandes encore que celles de Louis XIV. La dépense seule de l’extraordinaire des guerres avait été, en une année, de quatre cents millions : qu’on juge par là du reste. La France aurait beaucoup perdu quand même elle eût été victorieuse.

Les suites de cette paix si déshonorante et si nécessaire furent plus funestes que la paix même. Les colons du Canada aimèrent mieux vivre sous les lois de la Grande-Bretagne que de venir en France ; et quelque temps après, quand Louis XV eut cédé à la couronne d’Espagne la Nouvelle-Orléans et tout le pays qui s’étend sur la rive droite du Mississipi, il arriva, pour comble de douleur et d’humiliation, que les officiers du roi d’Espagne condamnèrent à être pendus les officiers du roi de France qui ne se soumirent à eux qu’avec répugnance. Le procureur général, son gendre, d’anciens capitaines chevaliers de Saint-Louis, des négociants, des avocats, ayant fait quelques représentations sur les formalités qu’il convenait d’observer, le commandant envoyé d’Espagne les invita à dîner ; on leur fit leur procès au sortir de table, on les condamna à la corde, et par grâce on les arquebusa : ce qui est, dit-on, plus honorable. Le commandant qui fit cette étrange exécution était ce même O-reilly, Irlandais au service d’Espagne, qui fit battre depuis l’armée espagnole par les Algériens. Cette défaite a été publique en Europe et en Afrique, et l’indigne mort des officiers du roi de France dans la Nouvelle-Orléans est encore ignorée.



  1. Louis-Joseph de Montcalm-Gozon, blessé le 13 septembre, périt le 14 ; et quatre jours après tout le Canada tomba au pouvoir des Anglais. (Cl.)
  2. Dans une lettre à d’Argental, qui voulait que Voltaire retranchât certaines choses de son histoire, le philosophe dit : « Le gouvernement ne me pardonnera donc pas d’avoir dit que les Anglais ont pris le Canada que j’avais, par parenthèse, offert, il y a quatre ans, de vendre aux Anglais : ce qui aurait tout fini, et ce que le frère de M. Pitt m’avait proposé. »
  3. Le munitionnaire général du Canada était prévenu d’avoir volé six millions ; il donna trente mille francs à l’avocat Gerbier, qui sut prouver que l’État lui devait au contraire dix millions. Un autre fournisseur avait une jolie femme ; il fut condamné au simple bannissement, etc. (G. A.)
  4. La flotte anglaise, après s’être montrée le 3 septembre à une lieue au nord de Saint-Malo, et y avoir mouillé, mit à terre à Saint-Briac, le 4, un corps de douze à treize mille hommes. La bataille de Saint-Cast est du 11 septembre. (B.)
  5. Voltaire fait la part trop belle à ce neveu du duc de Richelieu, qu’il donne comme un martyr. Ce personnage montra, au contraire, une grande hésitation dans l’affaire de Bretagne. Ce fut un officier, d’Aubigny, qui attaqua sans ordre, et tout le monde suivit. (G. A.)
  6. Dans le Panégyrique de Louis XV.
  7. Le duc de Choiseul.
  8. Par la conclusion du Pacte de famille, qui est du 15 auguste 1761. (B.)
  9. Dans la première édition, Voltaire disait : « Le comte de La Lippe-Schombourg, l’un des seigneurs de Vestphalie, encore jeune, qui n’avait commandé jusqu’alors aucune troupe, qui même avait servi à peine, envoyé au secours du Portugal par le roi d’Angleterre, à la tête de quelques Hanovriens et de très-peu d’Anglais, repousse toujours les Espagnols au delà de leurs frontières ; et une flotte d’Angleterre leur a fait payer cher en Amérique leur déclaration tardive en faveur de la France. La Havane, etc. »

    Une réclamation fut insérée dans le Journal encyclopédique du 1er avril 1769 (tome III, page 122) où l’on racontait les services militaires du comte régnant de Schombourg La Lippe, et où l’on niait qu’il eût des troupes hanovriennes on Portugal.

    Voltaire fit insérer dans le tome IV du même Journal (15 juin 1769, page 466} la déclaration que voici :

    « L’auteur s’est servi d’un terme très-impropre en disant que le comte régnant de La Lippe-Schombourg n’avait point encore commandé de troupes, lorsqu’il se signala, en 1762, dans la défense du Portugal. Il est vrai que sa campagne du Portugal n’en serait que plus glorieuse ; mais il fallait dire qu’il n’avait point encore été général d’armée. Cette petite méprise est corrigée dans les éditions nouvelles auxquelles on travaille actuellement. À Ferney, le 30 avril 1769. »

    La correction fut faite en effet dans l’édition in-4°, tome XII, datée de 1709. (B.)

  10. Voyez page 316.
  11. L’archevêque de Manille était gouverneur de la place ; mais il ne se conduisit point comme l’évêque Goslin, qui défendit Paris contre les Normands. Il resta dans son palais. En vain quelques officiers français qui étaient dans la ville lui annoncèrent-ils que la brèche était praticable, les conseillers lui soutinrent qu’il ne fallait pas que Sa Seigneurie s’exposât à l’aller visiter ; qu’ils savaient bien qu’elle ne l’était pas ; on délibérait encore, que l’assaut était donné et la ville prise. Elle fut pillée pendant quarante heures, et rançonnée ensuite. Il y avait alors à Manille une illuminée, nommée la mère Paul ; elle assurait que les Anglais n’étaient venus que pour se convertir. Les moines annonçaient que saint François paraîtrait sur la brèche, et mettrait les Anglais en fuite avec son cordon. Personne, à Manille, ne doutait que cette ville n’eût été sauvée par lui, lorsque les Chinois tentèrent de s’en emparer, en 1603 : on l’avait vu sur les murailles combattre à la tête des Espagnols. Les Anglais firent leurs approches, et établirent leurs batteries, couvertes par deux églises qui étaient hors de la ville. Le gouverneur Arandia, prédécesseur de l’archevêque, avait voulu faire abattre ces églises, sachant bien le tort qu’elles feraient à la ville en cas de siège ; les moines menacèrent de l’excommunier, mais sa mort les délivra bientôt d’un gouverneur qui préférait le salut de la colonie à l’amitié des moines, et cette mort fut regardée généralement à Manille comme l’effet du poison. Voyez le Voyage dans les mers des Indes, tome II, par M. Le Gentil. (K.)
  12. Dans les éditions de 1768 et 1769, au lieu de cet alinéa, ajouté en 1775, on lisait celui que j’ai rapporté dans ma note, page 333. (B)
  13. Le ministère anglais, en 1768, ne crut pas plus à cette prophétie qu’à celles de Franklin. Boston s’affranchit du joug en 1774 ; et, en 1777, La Fayette se réunit à Washington, près d’un an avant la mort de Voltaire. (Cl.)
  14. Voyez, page 370, le texte et la note 3.
  15. Voltaire veut désigner Marie-Thérèse d’Autriche, Élisabeth de Russie, la marquise de Pompadour, ainsi que le cardinal de Bernis. (G. A.)