Premier recueil de diverses poésies tant du feu sieur de Sponde que des sieurs Du Perron, de Bertaud, de Porchères et autres, non encor imprimées, recueillies par Raphaël Du Petit Val, 1604/Chanson/Doux objet de mes desirs

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, François d'Arbaud de Porchères
Premier recueil de diverses poésies tant du feu sieur de Sponde que des sieurs Du Perron, de Bertaud, de Porchères et autres, non encor imprimées, recueillies par Raphaël Du Petit ValImprimerie Du Petit Val (p. 23-25).

CHANSON


Doux objet de mes desirs,
Charme de mon ame seduite,
Où vous envollez vous si vite ?
Me laissant dans ces desplaisirs
Où vous m'avez ainsi reduite,

Sera-ce donc à ceste fois
Que la cruelle tragedie
Donra ceste entorce à ma vie,
Et que ma languissante voix
Mourra dans l'air esvanouye ?

Ceste offence est hors de pardon :
Car au lieu de prendre les armes

Pour me sauver de ces vacarmes
Vous me laissez à l’abandon
L’ame aux douleurs
Les yeux aux larmes

Je le sçay, vous craignez de voir
Ceste orpheline desolee
D’une nuict de chagrins voilee
Heurter au roc du desespoir,
A faute d’estre controlee.

Quand vous serez doncques absent
L’as d’où voulez vous que je tire
Moyen d’affoiblir mon martire ?
Qui se va sur moy renfonçant
Alors que vostre œil se retire.

J’ay beau de vous me souvenir,
Il faut que je le confesse,
La foule des maux m’oppresse
Ne se peut guere soustenir
Par une idee de liese.

Je n’ay point l’esprit contrefait,
Et n’est possible que j’assemble
Ces deux contraires tout ensemble,
Que je sois pour vous tout à fait,
Et que pour l’autre je le semble.

Mais puis que fuyant vostre arrest
Il faut prouver que je vous aime,
Je voudrois en ce mal extreme,
Qu’au moins quand mon mal sera prest
Mon remede fust prest de mesme.

J’endurerois mille fois mieux
Tout ce mal qu’il faut que j’endure
Mais je suis mise a l’adventure,
Et le beau secours de vos yeux
S’enfuit du mal qui me demeure.


Mais quoy ? je me travaille en vain,
J'augmente par ma doleance
De mes malheurs ma violence,
Et mon remede plus certain
Ne despend plus que du silence.

Adieu beaux yeux, yeux tant aimez
Allez où vostre ame est poussee,
Chez nourrissons de ma pensee
Je ne vous laisseray jamais
Encore que vous m'avez laissee.