Premier recueil de diverses poésies tant du feu sieur de Sponde que des sieurs Du Perron, de Bertaud, de Porchères et autres, non encor imprimées, recueillies par Raphaël Du Petit Val, 1604/Chanson/C'est trop, je perds patience

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, François d'Arbaud de Porchères
Premier recueil de diverses poésiesImprimerie Du Petit Val (p. 25-26).

CHANSON,


Un bien qu'on desire tant
Il ennuye à qui l'attend

C'est trop, je perds patience
De me voir tant abusé,
Et la longue experience
Me rendra plus advisé :

Un bien qu'on, &c.

Quoy donc ? ce peu de journee
Prises si mal volontiers
Feront elles des annees
Mais des siecles tout entiers ?

Un bien qu'on, &c.

Je m'estonne bien encore
En la langueur où je suis
Que le temps qui tout devore
Ne devore mes ennuis :

Un bien qu'on, &c.

Mais c'est que ma belle flame
N'a point d'autre qualité,
Que la qualité de l'ame

Qui court vers l'éternité :

Un bien qu'on, &c.

J'ay beau flater de parole
Ce mal sourd comme la mort,
La medecine est trop mole
Et le mal beaucoup plus fort :

Un bien qu'on, &c.

Ceste absence si cruelle
Me met en estrange point,
Je vis d'avoir veu ma belle
Je meurs de ne la voir point.

Un bien qu'on, &c.

S'il est vray ce qu'on raconte
Soleil, de tes premiers feux
Pour Daphné, je fais mon conte
Que nous sçavons bien tous deux.

Un bien qu'on, &c.

Haste donc pour moy la suite
De tes journaliers plaisirs,
Mais prens pour voller plus viste
Les aisles de mes desirs :

Un bien qu'on, &c.

Que si ta course retard
La fin de mon triste esmoy,
Voy ma Belle, & pren bien garde
Qu'elle sente comme moy

Un bien qu'on desire tant,
Il ennuye à qui l'attend.