Premier recueil de diverses poésies tant du feu sieur de Sponde que des sieurs Du Perron, de Bertaud, de Porchères et autres, non encor imprimées, recueillies par Raphaël Du Petit Val, 1604/Stances B. D. F.

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, François d'Arbaud de Porchères
Premier recueil de diverses poésiesImprimerie Du Petit Val (p. 32-33).

STANCES B. D. F.


Depuis ce triste jour que mon ame captive
S'empestra des liens de vos cruelles loix,
Et que pour vous servir, elle tenoit craintive
Le veuë sur vos yeux, l'oreille à vostre voix,

J'arrestay mes desirs du vent de l'inconstance
D'espoir & desespoir tous les jours combatus,
Et pour les mettre, enfin, dessous quelque asseurance
Je leur choisi le port de vos belles vertus.

Il sembloit que l'amour me prestoit la main forte
Tant il avoit son front serain de tous costez,
Vous mesme, en vos discours, monstriez en quelque sorte
Je ne sçay quoy de plus que les divinitez.

Mais ce calme d'Amour ne couvoit un orage
Qui me devoit bien tost dissiper le repos :
Et vous sous les douceurs de vostre beau langage,
Desguisiez un esprit contraire à vos propos.

Quand vous me vistes pris, au lieu de ma franchise
Meritoit la faveur d'un aimable recueil,
Je n'euz, pour le loyer de si belle entreprise,
Que les esclairs tranchans du courroux de vostre œil.

Desdains dessus desdains, martyre sur martyre
Couronnoyent les travaux de ma fidelité,
Quoy qu'autant que l'estoir digne de vostre Empire
Je fusse indigne autant de vostre cruauté.

Quand j'eus beaucoup souffert, ma longue patience
Blessee, se changea par contrainte en fureur,
La fureur m'alluma le desir de vengeance
Pouvois-je sans mourir, voir mourir mon honneur ?

L'enfer mesme voyant les langueurs de ma vie
Quoy qu'il soit insensible en print quelque pitié,
Et des sanglants cordeaux de la jalouse envie

Entortilla les nœuds de vostre autre amitié.

Confessez franchement, vous qui sentez ces peines
Et le cruel malheur de vos afflictions,
Qu'en matiere d'Amour les offences certaines
Sont certaines aussi de leurs punitions.

Toutesfois, vostre mal seul tous mes maux excede,
Et je vous plains encor ne fust-ce que ce point,
Qu'à tout le moins pour moy vous sçavez le remede
Mais pour vous mesme, helas ! vous ne le sçavez point.

Peut estre que changeant encore de courage
Vos malheurs envers vous se pourroyent bien changer,
Et que ne trouvant point de sujet davantage
La jalousie aurait honte de me venger.

Je le crois pour le moins, & faites-vous l'espreuve
D'autant plus librement qu'il est plus deffendu,
L'attente ennuye bien, mais à la fin on treuve
Qu'un bien fait à propos ne peut estre perdu.