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Principes généraux

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CHAPITRE PREMIER

PRINCIPES GÉNÉRAUX

§ 1. — Pour inculquer au peuple les idées religieuses et morales et pour fournir à la classe des paysans et aux classes inférieures de la population citadine l’instruction primaire, générale, nécessaire à chacun d’eux, partout sont créées, au compte des communes, des villes et des villages, des écoles en nombre proportionnel à la population.

Que signifie : sont créées ? Par quels procédés ? (Que le peuple ne prendra aucune part à cette création, on peut en être sur : le peuple ne voit dans l’impôt des écoles que l’augmentation de ses charges. ) Qui choisira l’emplacement de l’école ? Qui en ordonnera la construction ? Qui nommera le maître ? Qui convoquera les enfants et donnera aux parents l’envie d’y envoyer les enfants ? À toutes ces questions je ne trouve pas de réponses dans le projet. Tout cela se fera par les fonctionnaires du ministère de l’Instruction publique et par les arbitres territoriaux avec l’aide de la police locale. Mais comment et en se basant sur quoi ?

Partout sont créées des écoles en nombre proportionnel à la population. Sans parler de l’impossibilité de niveler toute la population russe, sous le rapport de l’instruction, il me semble en outre très incommode et même nuisible de niveler ainsi l’instruction. Il y a des provinces, des districts, des arrondissements, qui ont un grand besoin d’écoles (certains arrondissements peuvent fournir de deux cents à trois cents élèves par mille habitants), et d’écoles à programmes très larges. Il y a au contraire des localités (où cinquante et même dix élèves par mille habitants ne donnent même pas la mesure proportionnelle de la nécessité de l’école) où l’école obligatoire n’existe pas et sera nuisible ou du moins exigera une dépense inutile.

Je connais des localités distantes d’une vingtaine de kilomètres ; dans l’une, il y a une école gratuite et personne n’y envoie les enfants ; dans l’autre, on y vient de trois kilomètres et l’on paie volontiers cinquante kopeks par mois. La création obligatoire des écoles en nombre proportionnel à la population, dans la première localité, produira seulement la méfiance et l’hostilité contre l’école ; dans la seconde, la proportion générale pour toute la Russie sera insuffisante. C’est pourquoi la création obligatoire des écoles suivant le nombre des habitants serait d’une part nuisible, et, d’autre part, une dépense inutile prise sur les sommes destinées à l’instruction publique.

§ 2. — Les écoles populaires auront le programme de l’enseignement primaire arrêté au ministère de l’Instruction publique.

Définir le programme des écoles populaires me semble tout à fait impossible.

Le chapitre VI constitue le meilleur spécimen d’une telle impossibilité.

Ainsi, par exemple, dans le programme, il n’y a pas l’écriture, et d’après le sens des statuts, on ne peut l’enseigner qu’avec la permission des autorités.

§ 3. — Les écoles populaires sont des établissements sans internat, c’est-à-dire destinés exclusivement aux externes.

Ce paragraphe est un de ces articles nombreux des statuts où l’on explique soigneusement et sérieusement des choses à propos desquelles il ne peut s’élever aucun doute. La présence de tels articles négatifs induit involontairement à la pensée qu’ils sont écrits ou pour augmenter les dimensions du projet, ou parce que certains membres du comité ont demandé que les écoles populaires soient des pensionnats.

§ 4. — Pour la surveillance constante et immédiate de chaque école, les communes qui ont fourni les fonds nécessaires à l’entretien de l’école peuvent choisir des curateurs ou des curatrices ; et où il n’y aura pas de curateurs et de curatrices élus, la surveillance de l’école reviendra à l’arbitre territorial.

Qui choisira ces curateurs ? Qui voudra l’être ? Et que signifient ces curateurs ? Qu’est-ce que cela veut dire, la surveillance des écoles ? En lisant tous les statuts, on n’arrive pas à le savoir.

L’argent ne sera pas chez le curateur. La nomination et la révocation des maîtres ne lui appartiendront pas. Qu’est-ce donc que ces curateurs, se demande-t-on, ces hommes qui sont flattés de ce titre et donnent des roubles pour l’obtenir ? Par respect pour l’homme je ne puis croire que quelqu’un voudrait prendre sur soi un si étrange titre et que les communes voudraient élire quelqu’un à cette fonction dérisoire.

§ 5. — Sous le rapport de l’enseignement toutes les écoles populaires de l’Empire relèvent du ministère de l’Instruction publique, et sont dirigées par des inspecteurs nommés par lui, dans chaque province.

§ 6. — L’administration de chaque école est du ressort de la commune au compte de laquelle l’école est entretenue.

§ 7. — L’instruction dans les écoles populaires est gratuite, sauf dans les cas prévus aux paragraphes 25 et 26.

L’article 7 avec le renvoi aux articles 25 et 26 appartient à la catégorie des articles sérieux et officiels dont j’ai parlé plus haut. D’après cet article, les paysans qui ont payé trente kopeks par âme ont déjà le plein droit de ne pas payer une deuxième fois pour leurs enfants.

Les paragraphes 6 et 7 sont loin d’être aussi positifs.

Qu’est-ce que cela signifie : le côté enseignement est confié aux inspecteurs des écoles, et le côté administration est laissé aux communes ? La nomination et le déplacement des maîtres, la création de l’école, le choix de l’emplacement, le traitement des maîtres, le choix des livres, des programmes, tout cela dépend du ministère de l’Instruction publique. En quoi donc consiste le reste laissé à la commune ? Acheter des paravents, décider si les portes doivent être à gauche ou à droite, louer un gardien pour l’école, laver les parquets, etc. Même sous ce rapport la commune n’a qu’une chose à faire : payer pour tout cela. Comment tout doit-il être arrangé, c’est déjà prévu par les statuts et sera exécuté par les autorités des écoles. Chaque inspecteur aura de trois cents à cinq cents écoles à inspecter. Puisque l’inspecteur n’aura pas la possibilité de visiter toutes les écoles, même une fois par an, la direction des écoles ne sera qu’une formalité de bureau.