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Prise de possession/3

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III


Prise de possession est plus exact qu’expropriation, puisque expropriation impliquerait une exclusion des uns ou des autres, ce qui ne peut exister, le monde entier est à tous, chacun alors prendra ce qu’il lui faut. La terre au semeur, le marbre au statuaire, l’océan aux navires, ne sont-ce pas des vérités de La Palisse et on est obligé de reconnaître qu’elles ne sont pas encore comprises.

Ceux qui vivent de la bêtise humaine, la cultivent si largement qu’on se refuse de reconnaître des choses absolument élémentaires.

La propriété individuelle s’obstine à vivre malgré ses résultats anti-sociaux, les crimes qu’elle cause de toutes parts, crimes dont la centième partie seulement est connue, l’impossibilité de vivre plus longtemps rivés aux misères éternelles ; l’effondrement des sociétés financières, par les vols qu’elles commettent — la danse macabre des banques, les gaspillages des gouvernements affolés qui se feraient volontiers entourer chacun par une armée pour protéger les représentations propices et festins des hommes de proie, toutes ces turpitudes sont les derniers grincements de dents qui rient au nez des misérables.

Une seule grève générale pourrait terminer, elle se prépare sans autres meneurs que l’instinct de la vie — se révolter ou mourir pas d’autre alternative.

Cette première révolte de ceux qui ont toujours souffert, est semblable au suicide ; toute grève partielle peut être considérée ainsi ; patience ! elle se fera générale et elle n’aura pas de ressources, pas de caisses de secours, rien, puisque le bénéfice n’a jamais été pour les travailleurs — on sera donc porté à considérer comme butin de guerre la nourriture, le vêtement, l’abri indispensable à la vie.

N’est-ce pas butin de guerre en effet, plus que dans aucune guerre, dans la lutte sociale ?

Cette situation ne pourrait durer une fois commencée, tout le prolétariat s’y trouve acculé.

De plus en plus il devient nombreux, les petits et même quelques gros commerçants, ruinés par les grandes entreprises ; les petits employés, un nombre incalculable de ceux qui cachent leur misère traînant à la recherche d’un travail toujours fuyant l’habit noir râpé ; toutes ces vies, toutes ces intelligences qui ne veulent pas mourir, s’y mettront, à la grève générale. L’énergie du désespoir n’est jamais vaincue.

Lors même que les patrons croiraient reculer l’échéance en n’employant plus que des rouages de fer, renverraient tous les bras humains, cela ne les sauverait pas, — eux-mêmes sont traînés à la remorque des empereurs du capital comme ils traînent leurs esclaves.

Le fleuve de l’or a beau couler large chez eux, quelques uns s’en vont à la dérive et verraient sans désespoir leurs maisons devenir magasins généraux de la sociale, au lieu d’être la proie des grands voleurs.

La prise de possession, soit qu’il y ait lutte suprême autour de la bastille capitaliste, soit que l’intelligence humaine l’ait prise d’avance et que l’étape entière entre dans la place les portes ouvertes, — la prise de possession ne peut tarder pas plus que les jours de décembre, monter sur ceux de janvier.

Personne ne peut croire que les transformations des sociétés s’arrêtent à nous et que la plus illusoire des républiques, soit la fin du progrès. C’est l’anarchie communiste qui de toutes parts est à l’horizon, il faut la traverser pour aller plus loin ; on la traversera, le progrès, ne pouvant cesser de nous attirer : les multitudes, ne pouvant s’habituer à vivre sans pain, à dormir sans abri, eux et leurs petits, plus abandonnés que les chiens errants.

Les masses profondes ont un immense remous, elle vont battre en brèche tout le vieux monde.

En Allemagne, grève générale, peut-être l’avant garde de la Sociale.

L’Angleterre, la Belgique, tout se prend, c’est par cent mille que les grévistes se lèvent, bientôt ce sera davantage.

Les ouvriers du gaz à Londres, les porteurs de charbons, les typographes à Berne.

Le fleuve roule, rien ne l’arrête, la misère a levé les écluses.

Comme toujours il y a des inconscients qui crevant de faim comme les autres, viennent se mettre en place de ceux qui font grève, ils ont fait cela à Berne. Anglais, allemands surtout français, n’importe, c’est le temps ou d’un instant à l’autre les grèves de noires se font rouges. Vous savez la chanson ;

 
Le gaz est aussi de la fête,
Si vous résistez mes agneaux ;
Au beau milieu de la tempête,
Je fais éclater ses boyaux.