Procès-verbaux des séances de la Société du 24 février au 29 mai 1878

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SÉANCE DU 24 FÉVRIER 1878.


Depuis longtemps, un grand nombre de nos concitoyens appelaient de leurs vœux la création d’un foyer scientifique et littéraire ouvert à tous et animé par un esprit de large et cordiale hospitalité. Quelques personnes, amies dévouées des sciences, de l’industrie, des lettres, de l’histoire, des arts, de la littérature, s’entendirent et provoquèrent une réunion à l’Hôtel-de-Ville, dans le but d’organiser définitivement une nouvelle Société.

Plus de soixante personnes répondirent à l’appel qui leur avait été envoyé par les soins du Comité organisateur et sous la présidence de M. le Maire de la ville du Puy, assisté de MM. Aymard et Alix, doyens d’âge, assesseurs, et de MM. Jacotin et Gazanion, Secrétaires, procédèrent à la constitution de la Société.

Après les paroles de bienvenue adressées par M. le Dr Morel aux personnes présentes ; après l’improvisation de M. Aymard, qui, sur la demande de M. le Maire, expose en quelques mots l’objet de la nouvelle Société, il est procédé à la nomination d’un bureau provisoire. Le scrutin donne les résultats suivants :

Président............. M. Aymard
Vice-présidents… M. E. Vissaguet, avocat.
M. le Docteur Morel.
Secrétaires.......... M. A. Jacotin.
M. L. Gratuze, avocat.
Trésorier.............. M. L. Mauras, notaire.

Le bureau constitué, M. Aymard remercie en quelques mots l’assemblée de l’avoir choisi pour Président. « Pendant cinquante ans, dit-il en terminant, je me suis voué à la science ; tout ce qui me reste de force vitale, je le consacrerai au bien et au développement de la nouvelle Société, qui a bien voulu me désigner comme son Président. »

La discussion s’engage ensuite sur le point de savoir quel titre sera donné à la Société en formation. Après plusieurs propositions le titre de Société des amis des science, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire, est définitivement adopté.

L’un des Secrétaires,
A. Jacotin.



SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1878.


Présidence de M. Aymard

Après la lecture du procès-verbal, M. A. Jacotin communique à l’assemblée un projet de règlement. Certains articles soulèvent quelques observations à la suite desquelles diverses modifications sont introduites dans ledit projet.

Au sujet de l’article 21, la Société décide que ses membres seront appelés à concourir pour les prix qui seront distribués, chaque année, comme encouragement aux sciences, à l’histoire, à la littérature, aux beaux-arts, etc.

L’un des Secrétaires,
L. Gratuze.



SÉANCE DU 14 MARS 1878.


Présidence de M. Aymard.

M. L. Gratuze, sur l’invitation de M. le Président, donne lecture de l’arrêté de M. le Préfet, autorisant la constitution et approuvant les statuts de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire.

M. Aymard charge notre confrère M. P. Gervais, chef du cabinet de M. le Préfet, d’être l’interprète de la reconnaissance de la Société, auprès du premier fonctionnaire de notre département. M. le Président donne ensuite la parole à M. Gougeon, pour lire une pièce de vers, que la naissance de la nouvelle Société a inspirée à notre jeune confrère. Cette poésie, interrompue à plusieurs reprises par d’unanimes applaudissements, impressionne vivement l’assemblée qui décide de la faire imprimer dans ses Mémoires. M. Gougeon s’exprime en ces termes :


Messieurs,

À votre saint amour de la vieille patrie,
Au culte du Travail qui fait l’homme si grand,
À la fraternité des Arts, de l’Industrie.
Au progrès, qui toujours s’avance en conquérant,


Vous venez aujourd’hui rendre un illustre hommage.
Permettez que ma voix s’ose élever ici,
Non pour vous haranguer en un pompeux langage,
Mais pour crier : « Vivat ! » et vous dire : « Merci ! »

Je n’ai point le talent qu’il me faudrait, pour faire
L’éloge anticipé de vos futurs travaux,
À les encourager je serais téméraire,
Mais je veux leur offrir en tribut mes bravos.

Bravo donc à tous ceux à qui vint la pensée
D’associer ainsi, dans un but généreux,
L’ardente activité, jusqu’ici dispersée,
D’hommes qui pour le bien pourront s’aider entre eux !

Car nous allons, Messieurs, entreprendre une tâche
Qui, sans efforts communs, ne se peut accomplir :
« Tirer la Vérité de l’ombre qui la cache
Et devant tous les yeux l’amener à jaillir. »

Nous ne chercherons point à devenir célèbres,
Chacun prendra son rang, et, modeste soldat,
Au préjugé tenace, à l’erreur, aux ténèbres,
Livrera corps à corps un incessant combat.

Je sais qu’à ces labeurs plus d’un fort se harasse,
Mais nous nous prêterons un mutuel secours,
Et puis, quand la raison au cœur sert de cuirasse.
Sans hésiter ni craindre, on peut marcher toujours.

À l’œuvre, travailleurs, il ne faut pas attendre,
Aux entrailles du sol arrachez leurs trésors.
Quoique d’autres aient pris, il reste encore à prendre,
Allez, la mine est riche et vous êtes aux bords.

Vous, des âges anciens recueillez la mémoire,
Faites, en vos écrits, vivre les temps passés ;
Dans leurs débris épars, vous qui lisez leur gloire,
Cherchez, cherchez toujours, vous nous enrichissez.

Médecins, de nos maux les causes inconnues
Offrant ample matière à votre noble ardeur ;
Chimistes, ravivez le feu sous vos cornues ;
Astronomes, des cieux sondez la profondeur.


Merci d’être avec nous, industrie et commerce
Double gage de paix et de prospérité ;
Par vous des nations l’influence s’exerce,
Car vous êtes leur force et leur virilité.

Notre pays vous doit, et c’est bien quelque chose,
D’être en fort grande estime auprès de la beauté ;
Le voile de guipure ajoute au teint de rose
Un charme incontestable autant qu’incontesté.

Vous accueillerez bien, Messieurs, la Poésie ?
Laissez-moi l’espérer, et si, dans vos loisirs,
D’entendre quelques chants il vous prend fantaisie,
Elle s’honorera de combler vos désirs.

Tout le monde a d’ailleurs sa place, ils sont si vastes
Les champs de la Science et du Savoir humain,
Et l’émulation aux cœurs enthousiastes
Des succès glorieux y montre le chemin !

Cette voie est la vôtre : acceptez-en l’augure,
Car l’astre du Velay jette un rayon nouveau.
Salut aux champions dont la victoire est sûre,
Salut à vous, Messieurs, salut, honneur, bravo !


L’ordre du jour appelle ensuite l’élection des membres du bureau définitif et du conseil d’administration. À la suite d’un scrutin, sont proclamés :

Président............. M. Aymard, archiviste départemental.
Vice-présidents… M. E. Vissaguet, avocat.
M. le Docteur Morel Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire - Mémoires et procès-verbaux, 1878, Tome 1 (page 14 crop).jpg, maire de la ville du Puy.
Secrétaires.......... M. A. Jacotin, membre de plusieurs sociétés savantes.
M. L. Gratuze, avocat.
Trésoriers............. M. L. Mauras, notaire.
M. A. Alix, propriétaire.


Membres du conseil d’administration.
M. Chabannes, avoué.
M. E. Bonnet, adjoint à la Mairie.
M. Béliben Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire - Mémoires et procès-verbaux, 1878, Tome 1 (page 14 crop).jpg, inspecteur honoraire.
M. Lascombe, conservateur de la bibliothèque.
M. T. Braud, conseiller général.

M. le Président attire l’attention de la Société sur un remarquable fusain exposé par notre confrère, M. Vincent-Daniel.

Sur la demande de M. le Président, M. Moullade promet de faire un résumé pratique, à la portée de tous les agriculteurs, des travaux qu’il a publiés sur la cachexie aqueuse des moutons, dans le journal la Haute-Loire, et qui ont si vivement intéressé tous ceux qui en ont pris connaissance. À ce propos, M. Chauvin, directeur de l’école normale, désirerait qu’une photographie, représentant le distome de la cachexie, soit jointe à ce résumé, ainsi que cela a été fait pour le doryphora, ce fléau de la pomme de terre.

M. le Dr Morel donne lecture d’une lettre de M. Gire, vétérinaire, qui constate la décroissance notable de cette maladie, dans l’arrondissement du Puy.

M. A. Jacotin communique une lettre de M. le sous-préfet de Brioude qui signale des découvertes archéologiques effectuées dans cette localité. Outre de nombreux ossements, les fouilles ont mis au jour des cercueils en pierre, des carreaux émaillés, des chapiteaux et des fragments de colonnes.

M. H. Mosnier rend compte, en ces termes, de précédentes fouilles qui avaient été faites à Brioude, et annonce à l’assemblée que de nouvelles vont être commencées, grâce à la générosité du gouvernement :


Messieurs,

Les travaux faits récemment à Brioude, pour l’établissement d’une halle au blé, ayant amené la découverte de sépultures en pierre et autres objets anciens et ayant permis de penser que des fouilles, conduites plus profondément dans le sol, amèneraient des découvertes archéologiques plus importantes, M. le Préfet de la Haute-Loire a bien voulu demander à M. le Ministre de l’instruction publique et des beaux-arts un crédit destiné a ces fouilles.

M. le Ministre ayant généreusement mis à la disposition de M. le Préfet une somme de 300 fr., les recherches ont immédiatement commencé.

Les terrains sur lesquels ces fouilles sont faites avoisinent l’église Saint-Julien. Ils étaient jadis occupés, en partant de l’aspect sud, par l’hôtel du Doyen du Chapitre, aujourd’hui propriété communale louée par un cercle ; par l’église Notre-Dame et les dépendances du Doyenné, le cimetière de l’église précitée ; le tout limité au nord par le cimetière et le cloître de l’église Saint-Julien.

Au mois de février 1857, l’hiver étant trés-rigoureux, le maire de Brioude, pour donner du travail aux ouvriers nécessiteux, fit voter par son conseil municipal une somme de 300 fr., destinée à l’ouverture d’un atelier de charité. Cet atelier, dont la direction avait été confiée à M. Paul Le Blanc, fut installé sur les terrains autrefois occupés par le cimetière de l’église Saint-Julien. Les explorations durèrent du 23 février au 3 mars. À ce moment le temps devint si beau, que l’on fut obligé d’interrompre les travaux au moment même où la découverte des couches inférieures aurait probablement amené de curieuses exhumations.

Nous empruntons aux notes mises à notre disposition par M. Paul Le Blanc les détails suivants sur ces fouilles aujourd’hui à peu près oubliées. Ils ne sont qu’une analyse succincte de ces notes et ne comprennent qu’une partie des observations qui y sont consignées.

La première journée amena l’ouverture du caveau de l’église de la Magdeleine, où se trouvait une grande quantité d’ossements. Les ouvriers rejetèrent hors des tranchées de nombreux fragments de briques à rebords d’une pâte grossière et quelques restes de poterie en gaube blanche. Les bords d’une tombe en pierre furent également mis à nu. Le lendemain, on enleva cette tombe qui était en brèche volcanique de la Chomette. Le squelette avait les bras croisés sur la poitrine. Aucun objet ne se trouvait auprès de lui.

Au-dessous de cette tombe en fut exhumée une autre en grès de Beaumont, recouverte de trois dalles d’inégale grandeur. Comme dans la précédente, les bras du squelette étaient croisés sur la poitrine. Rien ne se voyait auprès du corps. Cette tombe offrait cette particularité que dans le fond avait été ouverte une rigole conduisant à un trou pour l’écoulement des eaux.

Tout auprès fut découverte une troisième tombe en brèche de la Chomette. Dans celle-ci, au côté gauche du corps, à la hauteur des hanches, furent trouvés les débris d’un vase rempli de charbon. Comme la tombe avait déjà été ouverte, des débris de ce vase se trouvaient répandus au dehors. Au milieu de ces tombes furent trouvés de nombreux corps, dans leur position primitive, sans aucune trace de cercueils.

Un seul de ces corps avait été placé dans une bière en bois, ainsi que le démontraient des clous d’une forme différente de ceux de nos jours. Il avait dû être plié dans un suaire, comme le prouvaient des épingles en cuivre ayant dû servir à l’attacher.

Le 25 février, furent encore exhumées d’autres tombes, qui n’offraient rien de particulier ayant déjà été vidées. De nombreux fragments de poterie à vernis vert furent retirés ainsi que d’autres vases en terre noire, des sébiles en bois. On découvrit, en outre, de nombreuses sépultures formées par des parements de pierre sans ciment, recouverts, vers la tête, d’une simple dalle.

Le 28, on exhuma aussi un grand nombre de tombes offrant cette particularité que la place de la tête était creusée de façon à emboîter cette partie des corps. Un certain nombre de ces corps inhumés sans bière étaient couchés sur un lit de sable et avaient à leur côté gauche du charbon de bois. Ces ossements étaient très-altérés et tombaient en poussière au moindre contact.

Quelques-unes des tombes présentaient cette particularité que l’on y rencontrait des coquilles d’escargots de notre pays. Toutes avaient déjà été bouleversées et plusieurs d’entre elles coupées par le milieu afin de permettre le placement d’autres tombes. Elles avaient, presque toutes, perdu leur couvercle.

La plupart des tombes les plus basses étaient en trachyte de Sarcoui près le Puy-de-Dôme ou en tuf trachytique du mont de Chevade, entre Murat et Dienne.

La dernière sépulture visitée à 2 mètres 15 centimètres du sol était creusée de 20 centimètres dans le terrain primitif, le corps reposait sur un véritable lit de charbon. À la tête, était une coquille marine. La tête reposait sur une pierre plate. Le corps était protégé par quelques cailloux fort irrégulièrement rangés et orienté du nord au sud.

Ces fouilles produisirent, en outre, une infinité de fragments de poterie et autres menus objets qui furent transportés à la mairie où plusieurs existent encore.

Telles furent les principales découvertes opérées, il y a 21 ans, sur une partie des terrains dont l’exploration a été de nouveau entreprise le mois dernier.


La lecture du travail de M. Aymard sur les faits de guerre et de stratégie, est renvoyée à la prochaine séance, fixée au jeudi 4 avril.

L’un des Secrétaires,
A. Jacotin.



SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU 21 MARS 1878.


Présidence de M. Aymard.

Conformément à l’avis du Conseil d’administration, M. le Président convoqua la Société pour lui faire part de diverses questions urgentes.

M. A. Jacotin communique à la Société les propositions relatives au Musée, aux publications périodiques, à l’achat de divers registres, au fractionnement de la Société en sections, etc., qui les approuve sans discussion.

M. P. Gervais donne ensuite lecture du rapport suivant sur la demande de reconnaissance de la Société, comme établissement d’utilité publique.


Messieurs,

Notre honorable président m’a fait l’honneur de me charger d’exposer devant vous quelques considérations générales, touchant la reconnaissance de notre Société par le gouvernement, comme établissement d’utilité publique.

Les établissements d’utilité publique sont les institutions privées, qui, en raison des services qu’elles rendent, obtiennent du gouvernement une consécration en quelque sorte solennelle, qui leur donne la qualité de personne civile.

Cette qualité, vous le savez, Messieurs, est précieuse à plus d’un titre : elle investit les institutions, auxquelles elle est conférée, des droits civils exercés par les citoyens : les droits de posséder, de vendre, d’acquérir, d’ester en justice. Encore, à la vérité, faudra-t-il, dans certains cas, l’autorisation de l’autorité supérieure pour user de ces droits, mais ils n’en constituent pas moins un des traits les plus saillants du caractère de personne civile.

Lorsqu’une demande est formée pour la reconnaissance d’un établissement d’utilité publique, les statuts doivent être adressés à M. le Ministre de l’intérieur, par l’intermédiaire du préfet ; le Conseil d’État est appelé à donner son avis sur ces statuts.

Le gouvernement fait alors procéder à une enquête sur le but de la Société, et sur ses moyens de l’atteindre : il faut en ce cas deux conditions essentielles : d’abord que la Société soit en fonctions, ensuite qu’elle justifie de ressources suffisantes pour pouvoir poursuivre son but, sans craindre des embarras.

Ici, Messieurs, se présente une légère difficulté, sur laquelle j’ose appeler toute votre attention.

Il faut le reconnaître, a priori, que notre Société ne remplit, pour le moment, la seconde de ces conditions que d’une façon… insuffisante.

Même toutes nos cotisations une fois versées, nos ressources seront loin d’être considérables, et de présenter ces garanties, dont je vous parlais tout-à-l’heure, et que le gouvernement exige à bon droit, — sinon toujours dans l’application, au moins en principe, — des sociétés qui demandent à être reconnues d’utilité publique.

D’autre part, j’ai cru comprendre que notre Société pouvait espérer un secours de la générosité du Conseil général, dont quelques membres, et des plus marquants, sont à notre tête.

Ce secours serait l’appoint qui nous est nécessaire, je crois, pour que notre demande ait des chances d’aboutir.

Je suis donc porté à croire, Messieurs, qu’il est de l’intérêt de notre Société d’attendre que le Conseil général ait terminé sa session du mois d’avril prochain, pour faire auprès du gouvernement les démarches nécessaires à la réalisation de notre projet.

J’ai dit plus haut, Messieurs, que le Gouvernement recherchait également le but de la Société.

Il ne saurait en être autrement, et cette disposition n’a rien qui puisse nous étonner.

Notre but, à nous, a été tout au long défini et développé dans nos statuts.

Néanmoins, Messieurs, le bruit a couru — je l’ai entendu dire, — que notre Société était une Société politique, ou que tout au moins la politique était appelée à y jouer un rôle.

Messieurs, ces allégations sont fausses ; et, je n’hésite pas à le déclarer, si elles étaient fondées, je n’aurais point l’honneur d’être parmi vous.

Non, Messieurs, je l’affirme hautement — certain que je suis en ceci l’interprète de vos sentiments, à tous, — la politique n’a été pour rien dans les mobiles qui nous ont déterminé à constituer cette Société, et, pour ce qui regarde l’avenir, respectueux observateurs de l’art. 2 du règlement, nous saurons la bannir, d’une manière absolue, de nos discussions et de nos actes.

Notre but est plus élevé, si j’ose le dire : il tend à répandre le goût des sciences, de l’industrie et des arts, comme à développer les connaissances spéciales qui se rattachent à ces matières ; à élever, si c’est possible, par le levier puissant de l’émulation, le niveau intellectuel de ce pays ; il tend enfin, Messieurs, à nous donner à nous-mêmes les saines et douces satisfactions de l’étude, du travail, et surtout du sentiment qu’en agissant ainsi, nous serons peut-être utiles, dans la limite de nos faibles forces, au développement de la prospérité générale.

Ce n’est qu’ainsi du reste, Messieurs, ce n’est qu’en restant dans les strictes limites de ce programme, que nous pourrons conquérir l’appui du gouvernement, et, comme première conséquence de cet appui, l’amener à décerner à notre Société le titre d’établissement d’utilité publique.


M. le Président lit ensuite un extrait de son travail sur les faits de guerre et de stratégie, travail que l’assemblée décide de faire paraître, dans un des plus prochains numéros des Mémoires de la Société.

L’un des Secrétaires,
A. Jacotin.


SÉANCE DU 4 AVRIL 1878.


Présidence de M. Aymard.

Au début de la séance, M. le Président fait connaître à l’assemblée, qu’un de ses membres est heureux d’offrir à ses confrères une assez grande quantité d’une pomme de terre précoce, dite early-rose. M. Boyer, le généreux donateur, fournit de précieux renseignements sur la culture de cette pomme de terre et sur les résultats qu’il a obtenus.

Originaire d’Amérique, l’early-rose fut introduite par la Société d’agriculture qui était alors présidée par M. Aymard. Plantés dans un terrain bien fumé, sept tubercules produisirent en un an un double décalitre, qui, confié à la terre, l’année suivante, c’est-à-dire en 1877, donna un rendement de trente doubles décalitres. M. Boyer ajoute que cette pomme de terre est très-précoce, excellente et très-abondante et que, plantée depuis deux mois, elle donne des fruits assez forts pour qu’on puisse les cueillir et les consommer ; on aura soin cependant de ne point arracher le pied, mais on devra seulement gratter la terre et choisir les fruits les plus gros.

M. le Président remercie notre confrère de ce don et fait remarquer que cet acte est d’un bon augure pour l’avenir ; car il ne doute pas que tous les sociétaires ne se fassent un devoir de distribuer les produits de leur culture, qui ne seraient pas suffisamment répandus.

M. le Président annonce ensuite la constitution définitive de la section d’agriculture de la Société, section qui, sous le nom de Comice agricole, est destinée à rendre les plus grands services à notre pays. Le ministre de l’agriculture a déjà, sur la recommandation des autorités de notre département, accordé une subvention de 1000 francs pour le concours de la Passion, au Comice agricole.

M. le Président fournit ensuite quelques renseignements sur les produits agricoles et industriels de notre département, qui doivent figurer à l’ Exposition universelle. Il est heureux de constater que nos fabricants de dentelles pourront prendre part, sans avoir rien à payer pour les frais d’installation, à cette grande lutte de la paix, du travail et du progrès.

L’hôpital général, qui doit aussi figurer pour ses lainages à l’Exposition, a été exempté de toutes les charges d’installation. M. le Président qui a pris connaissance des différents articles de lainages et de draperies qui seront envoyés à Paris, vante beaucoup ces produits habilement facturés, qui, grâce à la savante direction de notre confrère M. Berry, peuvent concourir avec ceux d’Elbœuf et autres draps en renom.

M. Châlons, sur la demande de M. le Président, fait connaître qu’il vient de créer une fabrique de velours de soie dont le siège principal est à Bonneville, commune d’Aiguilhe. Plus de vingt métiers fonctionnent à présent et offrent aux ouvrières habiles un gain assuré de 1 fr. 50 cent. par jour. Cette communication attire à notre confrère les vives félicitations de M. le Président, auxquelles s’associe l’assemblée entière.

M. le Tellier lit ensuite la pièce de vers suivante qui est unanimement applaudie :

LE CANAL DE SUEZ ET L’EXPOSITION.

Dieu ne mit au génie humain d’autres limites
       Que les confins de l’univers :
De tout temps des esprits nommés cosmopolites
       Entraînés par de là les mers
Se sont fait un honneur de vaincre la nature.
       Non pour servir leur vanité,
Pour briller, mais jaloux d’une gloire plus pure,
       Du bonheur de l’humanité.

Colomb qui découvrit le nouveau monde à l’autre
       Et mourut pauvre, abandonné,
Gama qui, d’une idée aussi, devint l’apôtre
       Mort dans l’Inde roi couronné,
Avaient bravé les vents ; et l’étendue immense
       Des mers ne les fit pas pâlir ;
Des tempêtes le cap prit le nom d’Espérance
       Pour les vaisseaux de l’avenir.

Le Cap ! combien de nefs ont sillonné ses plages
       Depuis l’heure où l’heureux Gama
Découvrit le chemin conduisant aux parages

       Des disciples du Dieu Brahma !
Combien de pavillons aux couleurs éclatantes
       Ont flotté sur leurs plus hauts mâts.
Protégeant les trésors des régions ardentes
       Et de la zone des frimas.

Les bâtiments français passant près des Açores
       Cinglaient vers le rocher maudit,
Sainte-Hélène voyait nos drapeaux tricolores
       Saluer, et tout était dit.
Le temps, de cette route, a fait enfin justice.
       Entendez-vous ce grand concert
Vers l’Inde proclamant pour ligne directrice
       Le canal de Suez ouvert.

Ce siècle glorieux a vu surgir un homme
       De labeur, de sens et d’action ;
L’Egypte vous dira de quel nom on le nomme :
       Il est de notre nation.
Rien n’a pu l’arrêter : ni l’argent, ni l’envie,
       Ni les niveaux des grandes mers,
Ni les sables mouvants ; il a voué sa vie
       Au mélange des lacs amers.

Maintenant le canal, cette œuvre sans pareille
       Donne un sûr et facile accès
À nos vaisseaux partis du vieux port de Marseille
       Engagés sur le lac français,
La Méditerranée aux eaux resplendissantes
       Qui baigne Toulon et Alger
Et porte nos trésors, loin du cap des tourmentes,
       Vite à Suez et sans danger.

Dix ans sont écoulés ! l’entreprise féconde
       Fit appel à des monceaux d’or ;
Les petits et les grands du Royaume du monde
       Ont voulu lui donner essor.
Le succès couronna tant d’efforts magnanimes
       En harmonie avec nos progrès.
De l’Europe debout les peuples unanimes
       Du canal tiennent les arrêts.

Qu’importe le canon qui tonne à la mer Noire
       Sur les restes des Osmanlis ?
Le croissant peut encore aux fastes de l’histoire
       Pâlir comme les fleurs de lis ;

L’Europe est là qui veille attentive, inquiète,
       Pour assurer le grand chemin
Le Cosaque du Don n’aura jamais sa tête
       Où Sésostris eut son destin.

L’Allemagne se tait, mais l’Autriche est émue ;
       Sur Brindisi Rome a les yeux ;
L’Angleterre a grondé ; sa flotte se remue
       Vers le Bosphore radieux.
Et la France plaintive en ses maux se recueille
       En cet instant où tous sont prêts,
Où nulle main ne peut tracer sur une feuille
       Ce qui sortirait d’un congrès.

La France fait des vœux pour une paix propice
       Au rendez-vous des nations,
Afin qu’au grand soleil son œuvre s’accomplisse
       Et qu’elle entasse des millions.
Que la terre et les mers de l’un à l’autre pôle
       Unissent leur part de grandeur :
Enfants de ce pays, apportez votre obole,
       À ce faisceau réparateur.


M. le Président fait la communication suivante sur la découverte d’objets préhistoriques en bronze, trouvés dans la Lozère et dans la Haute-Loire :


J’ai l’honneur de signaler à l’attention de la Société, deux trouvailles d’objets préhistoriques en bronze. L’une a été faite dans la Lozère, l’autre dans la Haute-Loire, deux départements qui, géographiquement, font partie de la région supérieure du plateau central, avec ceux du Cantal, du Puy-de-Dôme, de la Loire et de l’Ardèche. On sait que la science n’est pas encore parvenue à établir l’existence de grandes circonscriptions politiques ou de nations, pour les temps antérieurs à l’histoire. On y supplée en créant des divisions territoriales basées sur la configuration générale du sol, de façon à rendre compte des traits distinctifs que présentent, dans ces sortes d’assez vastes districts, certaines affinités anthropologiques et les témoignages de l’archéologie.

Notre circonscription régionale m’a paru rationnelle et, après l’avoir adoptée dans le classement des collections du Musée, j’ai eu la satisfaction de la voir approuver par la plupart des savants explorateurs des départements limitrophes de la Haute-Loire. C’est pourquoi ils ont bien voulu fournir à notre Musée les éléments de tablettes spéciales pour chacun des six départements répondant plus ou moins à des subdivisions probablement préhistoriques qui, connues à l’époque gauloise sous le nom de pagi, sont outre le pays des Velaves (Velay), ceux des Arvernes (Auvergne), des Ségusiaves (Forez), des Helviens (Vivarais) et des Gabales (Gévaudan). La Lozère, ancien pays des Gabales, est représentée sur une de ces tablettes de notre région, par une intéressante collection d’un certain nombre de pièces que j’ai fait mouler, grâce aux obligeantes communications de MM. André archiviste et l’abbé Boissonade. Ces Messieurs nous font connaître incessamment toutes les trouvailles dont ils enrichissent le Musée de Mende. M. André vient encore de nous envoyer de grands anneaux ou bracelets de bronze dont je soumets à l’assemblée deux moulages. Les anneaux qui sont minces, fermés et d’un diamètre de 5 et de 6 centimètres, s’ils sont des bracelets, n’ont probablement servi qu’à orner des bras d’enfants ou de jeunes filles. Leur comparaison avec des objets similaires observés principalement dans les palafittes de la Suisse, de l’âge du bronze, permettent de les attribuer a la même période préhistorique.

M. André nous écrit que ceux-ci ont été découverts dans « la commune de Loubies, dans le bassin d’une source minérale comblé et sur lequel on avait roulé un bloc énorme de rocher. C’est en faisant sauter ce roc et en creusant le bassin qu’on a trouvé un assez grand nombre de ces anneaux, » dont quelques-uns ont pu être recueillis pour le Musée de Mende. Il n’est pas invraisemblable de supposer qu’à l’instar d’une foule d’ex-voto qu’on extrait souvent d’antiques réceptacles de sources minérales ou d’autres fontaines jadis très-vénérées, ces objets aient été également des offrandes au génie de cette source sacrée.

La deuxième trouvaille dont il me reste à entretenir la société, a été faite, au mois de février dernier, dans la commune de Brives près le Puy, non loin de l’ancienne maison conventuelle de Doue et de la propriété dite de Montagnac. Il s’agit d’une lame de couteau et d’un bracelet en bronze que M. G. Marcet, boucher, déterra à la profondeur d’environ un mètre, en creusant les fondations d’un mur de clôture latérale vers le bas de sa vigne. Le possesseur qui n’a pas pu nous céder ces objets, a bien voulu néanmoins autoriser à en faire les moulages qui sont mis sous les yeux de la Société.

La lame de couteau, par sa forme et sa dimension, ressemble à deux ustensiles de ce genre qui sont au Musée et proviennent, ainsi que d’autres pièces de notre collection, de la station palaffitique de Mœringen, dans le lac de Bienne en Suisse, station qui a été classée à la fin de l’âge du bronze ou au commencement de l’âge du fer. C’est une lame à un seul tranchant, longue de 42 centimètres, large de 2 centimètres à la base, légèrement arrondie à la pointe. Elle fait corps avec un appendice assez étroit ou âme qui servait à la fixer à un manche de bois, d’os ou de corne. Cette pièce offre une particularité instructive dans un ornement gravé au dos de la lame : il consiste en cinq rangées de huit traits parallèles, lesquels sont séparés à égales distances par deux traits croisés en X. C’est un système de décor qui n’est pas rare, principalement pour les bracelets de l’âge du bronze, et dont notre collection locale offre des exemples. J’ajoute que cette variété de couteau diffère de toutes celles découvertes jusqu’à ce jour dans notre département.

Le bracelet est assez épais, ovale, d’un diamètre de 7 et de 5 centimètres et sans aucun ornement. Les deux bouts vont en s’amincissant, comme les plus anciens bracelets de bronze. C’est, du reste, un type qui a dû persister longtemps dans le pays, quoiqu’il soit le premier de ce genre que nous y ayons recueilli jusqu’à ce jour.

Il ne serait pas impossible que ces deux objets, la lame et le bracelet qui ont été trouvés — avec quelques menus débris d’une poterie paraissant avoir été façonnée a la main, — sous des blocs de rochers, aient été entraînés par quelque débâcle d’eau, des parties supérieures de la colline où l’on m’a signalé des vestiges de très-anciennes excavations ou grottes.


Après cette communication, qui intéresse vivement l’assemblée, MM. A. Jacotin et Lascombe lisent des extraits de travaux historiques destinés à être publiés dans les Mémoires de la Société.

L’un des Secrétaires,
L. Gratuze.


SÉANCE DU 2 MAI 1878.


Présidence de M. Aymard.

À l’ouverture de la séance, M. le Président annonce qu’une partie des allocations demandées par lui au Conseil général en faveur de la Société ont été accordées, et que dorénavant, grâce à la sollicitude du premier corps électif de notre département, la Société a devant elle un avenir de prospérité.

M. le Président fait ensuite part du projet de M. Bardoux, ministre de l’Instruction publique, qui proposait, dans une réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne, d’organiser un congrès scientifique international, pour le mois d’août 1878. M. Aymard exprime le désir que, si le projet de M. Bardoux est mis à exécution, MM. les membres de la Société préparent des travaux pour ce congrès, de manière à y occuper dignement une place.

M. le Président rappelle qu’en juin 1878, doit avoir lieu, à Paris, un concours général de bestiaux. « Il est d’usage, dit M. Aymard, de désigner pour ces concours des délégués, afin de prouver aux éleveurs qu’on s’intéresse à leurs progrès. » M. le Président se propose comme délégué et demande qu’un des membres de la Société veuille bien s’adjoindre à lui.

M. Couderchet, vice-président du Comice agricole du Puy, annonce qu’il ira à ce concours avec dix-sept bêtes et que, sur ses instances, la Compagnie du chemin de fer P.-L.-M. a concédé de grands avantages aux exposants. En effet, jusqu’à ce jour, les exposants de bestiaux des concours régionaux, étaient admis à la faveur du demi-tarif ; mais ils étaient obligés de payer, au départ, la totalité des frais de transport de leurs bestiaux et se trouvaient ainsi exonérés de la totalité au retour. Il en résultait un grave inconvénient, car si les exposants perdaient ou vendaient des bestiaux en route, ils ne profitaient pas de la totalité du demi-tarif. La Compagnie du chemin de fer, sur la demande de M. Couderchet, s’est décidée à ne prélever que le demi-tarif, pour l’aller et le retour.

Il devait aussi y avoir un avantage à transporter des bestiaux en wagon ; la dépense de chacune des bêtes ainsi réunies en wagon se trouvait moindre, que si les exposants avaient à payer par tête. C’est encore ce que notre honorable confrère a obtenu. Grâce aussi à ses démarches, un conducteur pour deux wagons a été mis gratuitement à la disposition des exposants.

M. Couderchet, en réponse à une question de M. L. Paul, dit que tous les exposants ont été prévenus de ces mesures du chemin de fer à leur égard.

M. le Dr Langlois résume en quelques mots ses travaux sur la présence du phylloxera, dans des vignes de la Haute-Loire.

« Au mois de février dernier, dit-il, quelques agriculteurs de la commune de Beauzac me signalèrent une maladie de la vigne, dont ils ne pouvaient s’expliquer la cause. Comme président de la commission départementale du phylloxera, je me transportai sur les lieux et fis arracher quelques ceps dans les endroits les plus attaqués. Soumis à l’examen minutieux de notre confrère M. Moullade, il fut constaté que le fléau de la vigne avait fait son apparition dans nos parages, mais que, grâce à la froide température de notre pays, le phylloxera avait été obligé, pour s’y soustraire, de s’enfouir à d’assez grandes profondeurs dans le sol, ce qui l’avait empêché de se propager rapidement. D’après la différence de climat, nous sommes en effet en retard d’un mois sur le midi de la France, et l’animal, à cause de la précocité de l’hiver dans notre département, ne pourra pas reproduire sa génération hyménoptère, si dangereuse pour nos viticulteurs. » Avant cette découverte, M. Faure-Pomier, président du Comice agricole de Brioude et membre non résidant de notre Société, avait écrit à M. le Dr Langlois pour le prévenir que, malgré de minutieuses recherches, il n’avait pu découvrir aucune trace du phylloxera dans l’arrondissement de Brioude.

Sur la demande de M. le Président, notre confrère M. le Dr Langlois, fournit quelques explications sur les mœurs et la propagation du phylloxera.

Cet animal, qui commence son travail au mois d’avril, s’attache aux radicelles de la vigne, qu’il dévore et fait bientôt succomber. Pendant cinq ou six générations, il est susceptible de reproduire sans la fécondation du mâle. Tous les vingt jours il pond et, vingt jours après, les animaux qu’il procrée peuvent, à leur tour, engendrer une nouvelle génération. Cette facilité de reproduction explique les ravages qu’il peut occasionner. Les sujets qui résistent aux froids de l’hiver, se transforment, pour la plupart, au mois de septembre suivant, et prennent la forme d’une sorte de petit cousin. Sous ce nouvel aspect, le phylloxera est bien plus redoutable, car, emporté par le vent, il peut se propager à des distances considérables. Dans cet état d’insecte hyménoptère, ils sont alors composés de femelles et de mâles ; ces derniers meurent aussitôt après la fécondation, car ils ne sont point pourvus d’organes digestifs. La femelle pond quatre ou cinq œufs sur la vigne ou sur les échalas. Au printemps, ces œufs éclosent et recommencent une nouvelle génération.

M. le Dr Langlois termine son intéressante communication, en émettant le vœu que les viticulteurs de nos contrées, et principalement ceux de Brioude, emploient des moyens énergiques pour combattre l’envahisseur. On s’est servi, dans le Puy-de-Dôme, de sulfure de carbone qui, injecté par les appareils puissants de la Compagnie du chemin de fer de P.-L.-M., a produit les meilleurs résultats. Il serait très-important d’utiliser les expériences de nos voisins et d’employer le sulfure de carbone pour nos vignes de la Haute-Loire, lorsque le phylloxera les attaquera.

M. le Président remercie M. le Dr Langlois des renseignements qu’il vient de donner sur le phylloxera, et le prie de signaler à la Société cet animal, toutes les fois que sa présence aura été démontrée dans notre région. Notre confrère promet d’accéder au désir de M. le Président.

Suivant l’ordre du jour, M. le Président fait passer sous les yeux de l’Assemblée deux tableaux représentant l’insecte doryphora. À ces tableaux qui émanent du ministère de l’Instruction publique et que M. Nicolas, directeur de la ferme-école a bien voulu communiquer, est jointe une notice explicative sur les mœurs de ce coléoptère. La Société, sur la proposition d’un membre, émet le vœu que ces cartes soient répandues dans tout notre département, afin d’attirer l’attention des agriculteurs de la Haute-Loire, sur ce destructeur de la pomme de terre[1].

Notre confrère, M. T. Braud, qu’une indisposition a empêché d’assister à la séance, s’excuse par lettre de son absence forcée et invite les membres de la Société, à visiter les produits de nos fabricants de dentelles qui doivent figurer à l’Exposition universelle et qui sont déposés dans une des salles de la mairie. « Votre visite, dit l’honorable Président de la chambre syndicale des dentelles, attestera l’intérêt que vous portez à notre principale industrie et récompensera nos fabricants des efforts qu’ils ont faits et des sacrifices qu’ils se sont imposés pour relever ce commerce, et ramener ainsi dans notre pays le bien-être et la fortune. » La Société décide d’accéder au désir manifesté dans la lettre si aimable de M. T. Braud, et se propose, aussitôt la séance terminée, d’examiner avec soin l’exposition de dentelles, et de charger un de ses membres de faire un rapport détaillé sur cette visite.

M. le Président fait part à l’assemblée des demandes formulées par le Conseil municipal du Puy, à l’effet d’obtenir le classement, à titre d’intérêt général, de quatre grandes voies ferrées qui doivent traverser notre département et lui donner, par conséquent, une grande importance à tous les points de vue. Ces voies qui ne sont après tout que des raccordements de lignes déjà construites, ainsi que cela sera démontré dans un rapport inséré dans nos mémoires et qui a été rédigé à la prière de M. le Maire et sur la demande de notre Conseil municipal, comprennent :

1o Le chemin de fer du Puy à Langogne ;

2o                   —                  à Aubenas par la vallée de la Loire ;

3o                   —                  à Dunières par Yssingeaux.

4o                   —                  à Ambert.

M. le Président annonce qu’il a été question, à la Chambre des députés, de voter une somme de 500,000 francs, pour l’envoi, à l’Exposition universelle, de délégations ouvrières. Bien que la question n’ait pas été encore résolue, il importe toutefois de s’en occuper immédiatement, pour qu’au moment donné, la Société ait pris les mesures nécessaires, afin d’assurer pour notre département une part de la somme précitée.

M. Gougeon a la parole pour lire une étude sur l’ouvrage d’un de nos compatriotes, M. Rabany-Beauregard, ouvrage qui traite des questions d’esthétique de l’art.

« Le livre qui nous occupe, dit notre confrère, est intitulé : L’art de la peinture, poëme, traduction libre et en vers du latin de Charles-Alphonse du Fresnoy, avec des notes critiques et littéraires, par M. A. Rabany-Beauregard. Il a été édité à Clermont et date de 1810. Après une courte dédicace adressée au jurisconsulte Jeudy Dumonteix, il débute par une intéressante préface où, indiquant les raisons qui l’amenèrent à entreprendre cet ouvrage, le traducteur cite avec à-propos les jugements favorables portés sur du Fresnoy par les critiques les plus autorisés et fait de lui une courte biographie.

« Né à Paris en 1611, Charles-Alphonse du Fresnoy fut poussé par une heureuse vocation vers les études artistiques. Poète autant que peintre, Horace et le Titien furent les deux modèles dont s’inspira son génie et dont ses œuvres portent l’empreinte. Il mourut à Villers-le-Bel en 1665. On reprocherait à son poëme d’être écrit en latin s’il n’avait su en rendre la lecture attrayante par un remarquable talent de versification, une profondeur de vue et une justesse d’esprit qui lui ont à bon droit conquis des enthousiastes.

« Ses contemporains goûtaient beaucoup cet ouvrage auquel Boileau fit de nombreux emprunts et que l’abbé de Montville compare à l’art poétique d’Horace. Il en parut en 1673 une méchante traduction d’un M. Rogers de Piles, recherchée, dit Brunet[2], à cause des figures de Sebastien le Clerc. Une autre fut donnée à Paris, en 1789, par le peintre Renou. De beaucoup la meilleure, celle qui nous occupe, œuvre de Rabany-Beauregard, est digne à la fois de l’auteur et du sujet. Entre autres qualités, son exactitude la rend surtout recommandable. »

M. Gougeon donne ensuite l’analyse sommaire de L’art de la peinture, qui se divise en trois parties traitant successivement de la peinture, du dessin et enfin de la chromatique ou coloris. Puis, passant à l’ensemble de l’ouvrage, il résume ses appréciations sur cette œuvre remarquable « qui a le mérite fort rare en ces sortes d’ouvrages, de pouvoir être lue sans fatigue d’un bout à l’autre. »

En terminant, notre confrère, esquisse en quelques mots la biographie de Rabany-Beauregard. Né à Brioude le 25 mars 1765, Antoine Rabany-Beauregard embrassa de bonne heure la carrière des lettres. Après avoir été professeur d’histoire à l’École centrale du Puy-de-Dôme, il devint chef d’institution à Évaux, département de la Creuse[3], et mourut à Brioude, sa ville natale, le 22 octobre 1843. On a de lui plusieurs ouvrages dont voici l’intitulé par ordre de dates :

1o La veillée des fêtes de Vénus, traduction en prose et en vers du Pervigilium Veneris, 1792, in-8o, et in-12, 1813 ;

2o Le mariage de Mars et d’Astrée, divertissement allégorique sur le retour de la Paix. Riom, an IX (1813), broch. in-8o de 16 pages ;

3o Tableau de la ci-devant province d’Auvergne, ouvrage écrit en collaboration avec M. Gault de Saint-Germain, Clermont, 1802, broch. in-8o de 26 pages ;

4o L’art de la peinture, traduit de du Fresnoy, Clermont, 1810, in-8o, et in-8, 1822 ;

5o La sensibilité, poëme en quatre chants, 1813, in-18 ;

6o Promenade à Royat, poëme, Clermont, broch. in-8o de 16 pages ; le même, édition corrigée et augmentée, Clermont, 1823, broch. in-8o de 32 pages.

M. Rocher donne ensuite lecture d’une étude sur la Ligue en Velay, accompagnée de plusieurs documents inédits sur nos guerres religieuses. Notre honorable confrère recommande à l’attention des chercheurs les titres relatifs à l’évêque Antoine de Senectère, la figure, dit-il, la plus noble et la plus attrayante de cette terrible époque. Il déduit les raisons de haute morale et d’ardent patriotisme qui dictèrent à l’évêque son changement d’attitude et de ligueur implacable, en firent un modéré, le chef des politiques en nos parages. L’assemblée décide l’impression de cette étude.

À ce propos, M. le président mentionne des lettres adressées au baron de Saint-Vidal, gouverneur du Gévaudan (1562-1589), citées dans le t. V, p. 596, de la Revue des Sociétés savantes des départements. Il émet le vœu qu’une demande soit adressée à M. le Ministre de l’Instruction publique, pour que ces lettres qui pourraient jeter un jour nouveau sur la vie du Grand ligueur soient communiquées à la Société. L’Assemblée se rallie unanimement au désir de M. le Président.

M. Rocher fait part, d’après le Journal des Débats et le Journal officiel, d’une séance de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres du 17 avril 1878, où la Bible de Théodulfe a vivement intéressé la docte assemblée. Mgr l’évêque du Puy a eu l’idée très-heureuse d’envoyer à l’Exposition le précieux manuscrit dont est si justement fier le trésor de notre Cathédrale, et M. Léopold Delisle a présenté à ses confrères de l’Institut ce magnifique monument de la calligraphie carlovingienne. Le journal La Haute-Loire, dans ses numéros des 25 et 27 avril, a reproduit avec d’intéressants commentaires les explications de M. Léopold Delisle[4].

Il est fâcheux que M. Delisle ait passé sous silence la belle dissertation que feu M. Philippe Hedde a consacrée au manuscrit de Théodulfe dans les Annales de la Société d’agriculture de 1837-1838, et l’étude que M. Aymard a faite sur le méme sujet dans l’Album d’archéologie religieuse. M. Delisle a fait de très-précieux rapprochements entre notre exemplaire et un manuscrit identique qui sort du même atelier, dirigé au commencement du IXe siècle par Théodulfe, soit près de la cathédrale d’Orléans, soit dans son abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire : on sait que la Bibliothèque nationale possède deux bibles de Théodulfe, l’une complète et en parfait état de conservation, l’autre incomplète et provenant de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

Les trois volumes, le nôtre et ceux de la Bibliothèque nationale, ont été burinés par la même main, et M. Delisle a fait ressortir de la comparaison des textes respectifs, des inductions qu’il poursuivra, on l’espère, avec sa supériorité habituelle. S’il veut bien consacrer à l’exemplaire du Puy un nouvel examen, M. Rocher se permet de recommander à son attention, le mémoire de M. Hedde. M. Delisle trouvera dans ce remarquable travail, écrit avec une rare compétence, de très-curieux renseignements sur l’exécution technique de l’ouvrage, son écriture, les onciales qui le décorent, les tissus intercalés entre les feuilles du livre, etc. Un point, resté obscur, provoquera sans doute la critique de l’illustre académicien. Comment, en effet, et à quelle époque le manuscrit est-il venu dans le trésor de l’Eglise angélique ?

Voilà un petit problème historique encore sans solution. D’un côté, on rappelle le mémoire envoyé dans le siècle dernier à Dom Vaissette par un chanoine du Puy, M. de Trèves, et que le grand bénédictin inséra dans ses Notes de l’Histoire du Languedoc. M. de Trèves alléguait sa tradition immémoriale, d’après laquelle Théodulfe, évêque d’Orléans, aurait, dans sa visite à l’église du Puy, offert la Bible dont il s’agit à notre sanctuaire. Cette tradition, rapportée par nos hagiographes, Gissey (1621) et le frère Théodore (1693), s’appuie sur les récents travaux de l’érudition locale, qui justifient le pèlerinage de Charlemagne à l’église d’Anis. M. Rocher rappelle les arguments exposés dans l’Étude sur les rapports de l’Église du Puy avec l’Église de Girone, en Espagne, et il invoque aussi la notice de M. l’abbé Payrard sur les Chanoine pauvres.

Les partisans de l’opinion contraire font remarquer que le premier témoignage de l’existence au Puy de la Bible de Théodulfe, date de 1511, suivant une inscription grecque de cette époque, qui est au fo 314 et nomme Pierre Rostan, chanoine de Notre-Dame. Si Théodulfe eût envoyé ou porté lui-même le splendide velin, il en eût fait mention, selon l’usage de l’époque, par un ex dono dans la Préface ou l’Épilogue[5]. D’autre part, l’Inventaire du trésor de la Cathédrale, dressé en 1444 (Médicis, I, pp. 104 et sq.), contient l’état de la bibliothèque de l’église et, en fait de bibles, ne renferme que cet article : Unam bibliam cum duobus ferraliis argenti, cum armis domimi Raymundi de Cadris antiquam… Cette brève et sèche description semble peu s’appliquer au chef-d’œuvre paléographique qui nous reste. En tout cas, Raymond de Cayres, dit d’Agrain, ne fut doyen du Chapitre que de 1376 à 1393 (Gall. Christiana, t. II, Eccl. Aniciensis, col. 744), c’est-à-dire cinq siècles après l’époque de Théodulfe.

La question en est là, dit en terminant M. Rocher, et il se gardera bien de la résoudre avec les arguments contradictoires qui s’échangent de part et d’autre. Le litige est debout : il sera peut-être résolu quelque jour par de nouvelles investigations, et, si M. Léopold Delisle veut bien consacrer à cette recherche sa lumineuse critique, il acquerra un nouveau titre à la reconnaissance des érudits vellaves.

M. Aymard s’associe de grand cœur à l’hommage qui vient d’être rendu à la mémoire de M. Ph. Hedde. La notice sur le manuscrit de Théodulfe est jusqu’ici le dernier mot de la science sur la célèbre bible. Quant à la date où le manuscrit a pris place dans le trésor de notre cathédrale, la question, il est vrai, reste indécise, mais il ne faut point ajouter trop d’importance à la lacune que signale M. Rocher dans l’Inventaire de 1444. Si l’on examine bien cette pièce, on voit que le catalogue des livres porte exclusivement sur les manuscrits à l’usage quotidien du culte : les missels, évangéliaires, psautiers, responsoires, recueils d’épîtres, proses et collectes, en un mot tous les volumes exposés en public sur les divers autels de la Cathédrale et nécessaires à la célébration des offices. Le Chapitre avait une bibliothèque sacrée et profane, assez bien fournie pour l’époque, ainsi qu’il résulte d’un savant article inséré par M. Léopold Delisle lui-même dans les Annales de la Société d’agriculture de 1866-1867 sous ce titre : Recherches sur l’ancienne bibliothèque de la cathédrale du Puy. On ne voit point figurer dans l’Inventaire de 1454[sic] les divers volumes, signalés par M. Léopold Delisle comme garnissant, avant 1444, les rayons de la bibliothèque canoniale, entre autres l’Histoire de Raymond d’Aiguilhes, donnée au rapport de Médicis, t. II, p. 71, par Jean Barthélemy, citoyen du Puy en l’année 1414.

Le Chapitre avait donc, en dehors des livres proprement dits d’Église, une collection assez volumineuse que n’a point visée l’Inventaire de 1444. Il y avait aussi dans notre Cathédrale, un retraict, une pièce Spéciale destinée aux reliques. Le Gallia Christiana, t. II, col. 692, dit précisément que la Bible de Théodulfe était conservée dans l’armoire des reliques. Lorsque les chanoines Guy Saunier, Audibert d’Alzon et Jean d’Azolis, procédèrent à leur récolement de 1444, ils ne relevèrent que les objets vraiment sacrés. Ils décrivirent les reliques, mais peut-être à ce moment, la Bible se trouvait-elle dans la bibliothèque non inventoriée par eux. Les inventaires, ajoute M. Aymard, sont des titres précieux, mais leur exactitude n’est pas irréprochable ; ils contiennent parfois d’étranges omissions. Ainsi l’on ne voit mentionnés, dans aucun inventaire du Chapitre, ni le superbe Oliphant qui formait l’une des plus belles pièces du trésor de notre basilique, ni le manuscrit cité par Odo de Gissey comme ayant été donné par l’évêque Adalard.

En terminant, M. le Président rend compte d’une visite faite au Musée du Puy, par un savant antiquaire de l’Irlande, M. Devismes, membre de la Société royale d’Archéologie de Dublin. M. Aymard dit que M. Devismes s’est fort intéressé à toutes nos collections et qu’il a surtout admiré nos monuments préhistoriques.

À l’occasion de l’inauguration de l’Exposition universelle, la Société, sur la proposition de son président, manifeste son admiration de l’énergique persévérance qui a été apportée à l’organisation de l’Exposition universelle, cette grande fête du travail, de la paix, des arts et du progrès, si glorieuse pour la nation française. Le bureau de la Société est prié de transmettre à M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, l’expression de ce sentiment, à laquelle l’assemblée est heureuse d’associer les commissariats si intelligemment dirigés par leur chef éminent M. le sénateur Krantz.

Dans ce témoignage de sa vive satisfaction, la Société comprend aussi les comités départementaux et en particulier celui de la Haute-Loire, qui a fait les plus actifs appels à toutes les notabilités industrielles et agricoles du département, pour obtenir leur participation à l’Exposition universelle. Notre honorable confrère M. Th. Braud, président de la chambre syndicale des dentelles, reçoit en outre des félicitations chaleureuses pour son excellente organisation de l’exposition collective des dentelles du Puy, qui feront certainement honneur à notre département.

À sept heures, l’assemblée lève la séance et se transporte tout entière dans la salle où a lieu cette exposition qui, toute la journée, a attiré une foule nombreuse de nos concitoyens.

L’un des Secrétaires,
A. Jacotin.



SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU 29 MAI 1878.


Présidence de M. Aymard.

À l’ouverture de la séance, M. le Président se fait l’interprète des regrets qu’a causés, au sein de la Société, la mort soudaine d’un de nos confrères, M. F. Beinier, qui se proposait d’organiser, avec deux associés, une papeterie dans les environs de notre ville et qui a succombé, samedi dernier, à la suite d’un grave accident.

M. le Président dit ensuite que les peintures, envoyées de Paris par notre jeune compatriote Maurin, témoignent des progrès qu’il a faits à l’École des Beaux-Arts. On ne saurait trop applaudir à la délibération du Conseil municipal du Puy, qui a continué à ce jeune artiste la pension Crozatier. M. le Président propose à la Société de joindre ses félicitations à celles du conseil municipal, félicitations qui ne pourront qu’encourager M. Maurin dans son art, où déjà il apporte beaucoup de goût.

M. le Président fait aussi connaître que dimanche prochain des éleveurs du Mézenc vont se rendre à Paris, pour y affronter la lutte : ils y conduisent cinquante bêtes à cornes dont trente environ de la race du Mézenc. M. Couderchet en expose, de son côté, dix-sept de diverses races. Il y a tout lieu de penser que nos compatriotes obtiendront à l’exposition universelle de Paris, le même succès qu’ils ont remporté l’année dernière au concours régional de Lyon, où les produits présentés ont été l’objet de récompenses nombreuses et bien méritées.

M. le Président pense qu’il serait du devoir de la Société et du Comice agricole de se rendre à la gare du Puy, avant le départ de nos éleveurs, pour les remercier et, en même temps, visiter les bêtes qu’ils emmènent à Paris.

Cette proposition est accueillie avec le plus vif empressement.

M. le Président indique, en outre, que le mémoire de notre confrère M. Moullade sur la cachexie aqueuse, qui s’imprime en ce moment, sera accompagné d’une planche photo-lithographique qui représentera le distome, cause de cette maladie qui a sévi si cruellement cet hiver sur nos bêtes à laine. Il remercie M. Moullade de prêter, en cette circonstance, un concours si dévoué à notre Société.

M. le Président invite ensuite les membres présents à constituer la section de l’Industrie et du Commerce, l’art. 25 des statuts décidant que la Société sera répartie en six sections : déjà la section d’agriculture est formée sous le nom de Comice agricole ; on s’occupera plus tard de l’organisation des autres sections.

Pour simplifier le travail en ce qui touche la constitution de la section de l’Industrie et du Commerce, M. le Président dit qu’il a relevé cinquante-huit noms de sociétaires, qu’il juge très-aptes à s’occuper des questions industrielles et commerciales. M. le Président fait d’ailleurs observer que d’autres membres peuvent demander à faire partie de la section, les statuts n’interdisant pas d’appartenir à plusieurs sections.

Celle de l’Industrie et du Commerce doit avoir un président, un vice-président, un secrétaire et un vice-secrétaire.

Les membres présents décident qu’un bureau provisoire sera élu et chargé de convoquer les sociétaires pour s’entendre sur la constitution définitive de ladite section.

Le bureau provisoire est alors nommé par acclamation : MM. Braud, président ; Victor Faure, vice-président ; Gimbert, secrétaire ; Girollet, vice-secrétaire.

M. le Président estime qu’il est utile de faire connaître à la Société le dépôt à la Chambre des députés du projet de loi, tendant à la déclaration d’utilité publique du chemin de fer du Puy à Mende. Ce dépôt révèle, chez M. le Ministre des travaux publics, l’intention formelle de commencer bientôt les travaux de cette ligne. Nous ne pouvons que hâter de nos vœux la construction de cette voie ferrée, qui importe tant à la prospérité de notre département.

M. le Président informe la Société que M. Braud, notre honorable confrère, part demain pour Paris et qu’à son retour, il nous rendra compte de ses impressions sur notre belle exposition de dentelles, sur les expositions rivales et nous fera part des vues qu’il aura échangées, sur la question dentellière, avec M. Aubry, président de la classe 36 des dentelles.

M. le Président s’empresse aussi de faire connaître que le Code rural vient d’être voté, à une immense majorité, par le Sénat. Désormais le syndicat sera obligatoire pour les chemins ruraux, et, sans entrer dans les détails de cette nouvelle loi, nous pouvons affirmer que cette importante amélioration intéresse au plus haut point le département de la Haute-Loire qui compte 9,001 kilomètres de chemins ruraux, c’est-à-dire chemins communaux non classés comme vicinaux[6]. Cette mesure était vivement sollicitée par toutes les sociétés agricoles et sa réalisation sera très-prochaine, si, comme il y a lieu de l’espérer, la Chambre des députés sanctionne par son vote la décision du Sénat. La Société en exprime le vœu unanime.

L’un des Secrétaires,
L. Gratuze.





  1. Nous apprenons au dernier moment, que M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, vient d’ordonner de placarder, dans toutes les gares de chemins de fer et dans les mairies, ces planches représentant le doryphora ou colorado, sous les aspects d’œufs, de larves, de nymphes et d’insectes accomplis. Nous ne saurions trop féliciter l’administration de l’agriculture de cette vigilante détermination.
  2. Manuel du libraire, t. II, col. 864.
  3. Biographie nouvelle des contemporains, par Arnault et Jouy, t. XVII, p. 190.
  4. Voici, d’après le Journal officiel, la communication faite par M. Léopold Delisle, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, sur la bible de Théodulfe :
    · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

    M. Léopold Delisle communique une note sur une bible appartenant au trésor de la cathédrale du Puy.

    Le manuscrit, dit M. Delisle, que j’ai l’honneur de mettre sous les yeux de mes confrères, m’a été communiqué par M. A. de Barthélemy, à qui Mgr l’évêque du Puy l’a confié pour le déposer dans une des vitrines de l’Exposition, que notre

    confrère, M. Adrien de Longpérier, prépare avec tant de soin et de dévouement.

    C’est l’un des plus précieux monuments qui nous soient parvenus du siècle de Charlemagne. Ce volume renferme les livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, suivis de quatre opuscules : 1o la Chronographie de Saint-Isidore ; 2o l’Explication des Noms Hébraïques de Saint-Eucher ; 3o la Clé de Méliton. 4o le miroir de Saint-Augustin. En tête sont deux préfaces, l’une en vers, l’autre en prose, rappelant la succession et le sujet des différentes parties de l’Écriture. À la fin, une seconde pièce de vers explique l’utilité, au point de vue de la chronologie, de l’onomastique et de la symbolique des quatre opuscules précités. Les premiers vers de ce morceau annoncent que Théodulfe a fait exécuter cette œuvre pour l’amour de l’auteur de la loi sainte. Théodulfe occupa le siège d’Orléans de 788 jusqu’en 821 ou environ.

    C’est un magnifique spécimen de la calligraphie carlovingienne. Nulle part ailleurs M. Delisle n’a vu de plus remarquables exemples de régularité et de finesse d’écriture. Il n’y a point à proprement parler de peintures, mais l’emploi qu’on y fait de l’or et de l’argent sur des fonds pourprés, l’élégance des inscriptions en grandes lettres enclavées, la pureté et la variété des encadrements de plusieurs pages et des médaillons suffisent pour constituer une très-belle décoration.

    Une tradition locale voudrait que Théodulfe, après avoir fait exécuter cette bible, l’eût offerte à Notre-Dame du Puy. De cette croyance on ne trouve point de trace avant le XVIIe siècle. On se demande d’ailleurs, si telle était la destination spéciale que l’évêque d’Orléans donna à ce manuscrit, comment il ne s’en trouve aucune mention dans les préfaces et dans l’épilogue. Il parait certain que la Bible était déjà au Puy en 1511 ; cela résulte d’une inscription grecque, qui est au folio 314, et nomme Pierre Rostan, chanoine de l’église du Puy.

    La Bible du Puy, très-précieuse en elle-même, prend un nouvel intérêt quand on la compare à un manuscrit similaire conservé à la Bibliothèque nationale, et que M. Delisle met également sous les yeux de ses confrères. Dans les deux volumes mêmes préfaces, même épilogue, même ordre des livres saints, des quatre opuscules, mêmes feuillets pourprés réservés aux mêmes passages, même système de titres courants en petites onciales, même procédé pour l’application de l’or et de l’argent, même pagination, même réglure. Évidemment, ils sont sortis du même atelier que Théodulfe dirigeait, vers le commencement du IXe siècle et qu’il avait établi soit près de la cathédrale d’Orléans, soit dans son abbaye de Saint-Benoist-sur-Loire. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale était encore au XVIIIe siècle dans les collections de la famille de Mesmes : c’est dans l’hôtel de cette famille que Jérôme de Viguier l’examina pour y copier le Miroir de Saint-Augustin ; c’est là que le consulta le P. Sirmond, là aussi que l’admirèrent les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. On ignore comment il était arrivé là, comment il en est sorti pour passer dans notre grand dépôt. Au XIe siècle, il se conservait au trésor de la cathédrale d’Orléans ; une charte de l’évêque Odolric, copiée au folio 346, l’atteste. D’où l’on peut inférer que c’est l’exemplaire que Théodulfe s’était réservé pour son usage et qu’il dut léguer à la cathédrale d’Orléans. On ne saurait donc l’étudier trop attentivement pour déterminer la part qui revient à Théodulfe dans les travaux accomplis sur le texte de la Bible par l’ordre de Charlemagne. On est généralement enclin à rapporter à Alcuin tout l’honneur de cette entreprise. M. Delisle ne doute pas qu’une étude approfondie ne conduise quelque jour à distinguer l’une de l’autre les deux recensions du IXe siècle siècle. L’œuvre d’Alcuin doit étre représentée par la Bible de la Vallicellana, par la bible que le British Musœum a acquise en 1836, et par la bible de Charles le Chauve (Manuscrit 1 du fonds latin de la Bibliothèque nationale). L’œuvre de Théodulfe ne nous a pas été seulement conservée par les deux volumes en question ; il en existe, à la Bibliothèque un troisième exemplaire, incomplet toutefois, provenant de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés.

    Il serait fort curieux de rechercher jusqu’à quel point les bibles d’Alcuin et de Théodulfe ont servi de types aux copies des livres saints exécutées en France sous les Carlovingiens. La question est des plus délicates à résoudre et l’établissement des familles des manuscrits bibliques de cette époque présentera de grandes difiicultés, moins à cause de la multiplicité des exemplaires que par suite de l’habitude prise par les copistes de combiner plusieurs exemplaires pour constituer leur texte. Ainsi, dans la bible de Charles le Chauve, qui appartenait originairement au trésor de Saint-Denis, le scribe a reproduit la préface de Théodulfe, moins les deux derniers vers, et il a disposé tout différemment les livres de l’Ancien Testament. Les deux exemplaires originaux de la bible de Théodulfe, si parfaitement semblables quant à l’exécution matérielle, contiennent déjà beaucoup de variantes et d’annotations marginales, qui, pour avoir été tracées par le même scribe, n’en forment pas moins des différences sensibles. Les divergences sont plus accusées encore dans les traités accessoires.

    Dans l’exemplaire du Puy, le Miroir de Saint-Augustin est dépourvu de la table et de la rubrique initiale ; quant au texte des traités, les variantes sont telles que les deux copies ne comporteraient pas une collation. Les notes marginales étant beaucoup plus nombreuses et plus développées dans le manuscrit de Paris que dans celui du Puy, serait-il téméraire de supposer que Théodulfe avait choisi le premier exemplaire pour y faire consigner les observations dont il avait trouvé la matière après l’achèvement de la copie ? J’émets cette conjecture sous toute réserve, dit en terminant M. L. Delisle, et sans avoir la prétention de placer le manuscrit de Paris au-dessus du manuscrit du Puy. Sortis du même atelier, il y a plus de mille ans, ces deux volumes, qu’une circonstance extraordinaire nous permet de rapprocher aujourd’hui, ont chacun leurs mérites particuliers et serviront tous les deux à l’histoire le la calligraphie comme à celle des travaux bibliques accomplis au temps de Charlemagne.

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  5. Aucun des manuscrits donnés par Théodulfe ne porte d’ex dono.
    (Note des secrétaires.)
  6. Ces chemins, qui ont une largeur moyenne de 2m 50, sont pour la plupart mal entretenus.