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Promenade dans la Grande Bretagne - 2e/L’Angleterre

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L’ANGLETERRE.


Ce fut le quinze de Mai, que je partis avec un de mes amis, qui consentit à m’accompagner jusqu’à Windsor. Pendant mon séjour à Londres, j’étais parvenu à lire tout seul, la partie des gazettes qui est traduite du français, mais ne pouvant dire un seul mot d’anglais, je pris la précaution de mettre par écrit toutes les choses nécessaires dans les auberges, comme bread, meat, dinner, supper, bed, fire[1] ; puis me mettant dans la tête ces deux mots (give me) ; je me crus fort, parce qu’en les ajoutant à quelque chose que ce soit, c’en est assez pour être entendu. Nous dirigeames notre course sur Richemond par le parc de Kew, dont le pont est très-élégant et n’a de vilain que l’argent que l’on fait payer au voyageur, même à pied.

Le roi paraît préférer le jardin de Kew à tous les autres, et il est en effet très-bien tenu : on y voit une tour chinoise de dix à douze étages, différentes espèces d’animaux étrangers et beaucoup d’arbustes rares. Ce qui frappe le plus, c’est la charmante promenade le long de la Tamise, qui, quoique à quatre ou cinq milles de Londres, n’est plus une grande rivière et semble un canal fait à dessein au bas des jardins pour en augmenter l’agrément. Des deux côtés les bords sont unis, et l’herbe descend jusques dans l’eau.

La beauté du pays, près de Richemond, que l’on découvre d’une hauteur sur le bord de la rivière, est vraiment remarquable : c’est là, où les gens tranquilles et aisés, qui préfèrent la paix au fracas de la ville, viennent se retirer. Deux heures après, nous arrivames à Hampton-court ; c’est la seule des maisons royales, que j’aye vu dans la Grande Bretagne, avoir cet air de grandeur qui annonce la dignité du maître. Un jardinier reconnaissant que nous étions étrangers nous conduisit au labyrinte, et après en avoir fait le tour nous mena à la porte du grand jardin, où il nous demanda pour sa peine ; quoiqu’il n’y eût pas cinq minutes qu’il fût avec nous, il ne nous parut pas très-satisfait de ce que nous lui donnames : n’est-il pas singulier que plus les gens chez qui on se trouve, sont grands et riches, plus il faille payer leurs valets pour le moindre service : il semblerait plus naturel et plus généreux au maître, de leur défendre de rien prendre.

Nous primes la route de Windsor, à travers une vaste lande couverte d’ajoncs, comme en Basse Bretagne, ce qui surprit fort mon camarade, qui enthousiaste de l’anglomanie, s’imaginait qu’aucune terre n’était inculte, et que les plus mauvaises, étaient rendues fertiles par le génie des Anglais. J’ai appris depuis, qu’il y avait un grand nombre de ces communes aux environs de Londres, comme dans la Bretagne appartenantes aux paysans, qui y envoyent leurs bestiaux, et que l’on ne peut cultiver par cette raison.

Ce qui nous étonna le plus, fut de voir que du plus loin que les hommes s’apercevaient, ils paraissaient craindre de s’approcher, et ne le faisaient qu’avec quelques précautions. Comme nous réfléchissions sur cette crainte peu naturelle à ce qu’il nous semblait, si près de Londres et en plein jour, nous vimes un homme dans un cabriolet s’arrêter, et délibérer s’il viendrait à nous ; il nous joignit pourtant, dans le même temps que de l’autre côté venait une voiture à quatre roues ; la personne qui était dedans, dit à mon camarade, qui entendait quelques mots d’anglais, que quatre hommes à cheval et masqués, s’étaient approchés de la voiture, et voyant qu’il n’y avait que le domestique, s’étaient retirés. Là-dessus l’homme du cabriolet commença à trembler, nous lui offrimes notre secours dont il ne parut pas se soucier, et il tourna bride sur-le-champ ; la personne dans la voiture, nous exhortait fort à retourner aussi sur nos pas, mais le cocher dit avec emphase : « G—d d—m ; they are strangers, and where are Englishmen on horseback to be found, attacking strangers on foot, upon the high way ?[2] »

Quoi qu’il en soit, je fus enchanté de l’occasion, et nous poursuivimes notre chemin. La malice entrait bien pour quelque chose dans cette détermination. Il me paraissait si extraordinaire d’être volé en plein jour, entre la capitale et la résidence du roi, que je crois en vérité que le plaisir de le raconter à toute la terre, m’eût empêché d’en être fâché. Mais les voleurs nous regardèrent dédaigneusement, et sans nous dire un mot, ce qui choqua presque notre amour-propre : des émigrés voyageant à pied, ne sont pas le gibier qu’il leur faut.

À travers un pays assez bien cultivé et très-varié, nous atteignimes Windsor. Malgré la fatigue de notre longue marche, la curiosité nous entraîna sur la terrasse. Nous primes tant de plaisir à considérer l’immense vue qui s’offrait à nous, que la nuit nous surprit, il fallut bien nous retirer ; car la nuit, quand on est bien fatigué, la plus belle vue, est celle d’un bon lit.

Le lendemain de grand matin, nous retournames sur la terrasse, et après avoir admiré quelque temps la beauté et l’étendue de la vue, le vieux château réparé, le donjon, et la mauvaise statue qui est au milieu de la cour, aussi bien que la chapelle gothique sur les vitraux de laquelle, il y a plusieurs peintures modernes de la plus grande beauté : nous fimes une longue promenade dans le parc, en caressames les chevreuils, qui sont privés comme des chiens, puis retournant à la ville, je pris congé de lui, en l’embrassant le plus cordialement du monde, en bon français au milieu de la rue. Cette manière d’agir nous attira le regard de bien des gens, qui j’imagine, s’étonnaient fort de notre façon de faire ; dans ce pays ce n’est pas l’usage d’embrasser, on se contente de serrer vigoureusement les doigts à son ami, quand on le revoit ou quand on le quitte, en raison de l’intérêt qu’on lui porte, car si on lui est peu attaché on ne fait que lui toucher très-légèrement dans la main, avec un ou deux doigts et sans les fermer, comme si on craignait de se brûler. On doit aussi toujours ôter son gant, ou dire, excuse my glove, Sir[3].

Après avoir marché à-peu-près huit à neuf milles, je rencontrai le coche de Londres : me trouvant fatigué, je fis signe avec mon pouce, suivant l’usage ; le cocher arrêta, et je me plaçai plus haut que personne sur la place impériale.

Le pays entre Windsor et Oxford, à quelques parties près, ne répondit pas à l’idée brillante que j’avais de l’agriculture anglaise. La jolie vallée dans laquelle est situé le village de Maidenhead, mérite seule l’attention : quoiqu’au fait ce village ne soit qu’un petit trou, sa situation le rend très-intéressant : la nature a beaucoup fait pour ce joli pays, qui n’attend que les efforts de l’homme, pour devenir fertile. La principale entrée est par un beau pont, qui traverse la Tamise et sur lequel le voyageur est obligé de payer, car s’il y a un pays, où le proverbe rien pour rien, soit vrai, c’est en Angleterre[4].

La ville d’Oxford est assez bien bâtie, et ne manque pas de promenades, que le grand nombre de corbeaux, empêchent d’être aussi agréables qu’elles pourraient l’être. Il n’est peut-être pas de ville en Europe, où les établissemens des différentes universités, soient si considérables et si nombreux. C’est là, que les jeunes gens Anglais viennent étudier, pour le barreau, la médecine, ou l’église. Quelque part qu’on aille, on est sûr de les rencontrer, ce qui fait que je ne pense pas que le séjour d’Oxford soit très-agréable.

La cathédrale est un immense bâtiment gothique, auprès duquel il y a un baptistère, ou un bâtiment séparé pour donner le baptême ; Oxford, Rome, Florence, Pise et Elgin au nord de l’Écosse, sont les seules villes où j’en ai vu. En parcourant les différens édifices j’ai été assez surpris, de voir au-dessus d’une porte, la statue du cardinal de Wolsey en habits pontificaux, avec une inscription flatteuse sous le piédestal.

La Tamise est navigable pour les bateaux jusqu’à Oxford, mais la navigation est prolongée beaucoup plus loin par le moyen des canaux.

Le sur-lendemain, à travers sept milles d’un pays peu cultivé, je me rendis à la superbe et orgueilleuse maison de Bleinheim ; chacun sait pourquoi, et pour qui elle fut bâtie. De l’autre côté du lac, qu’on a creusé au fond de la vallée et en face du corps-de-logis, qui est vraiment royal, on aperçoit une colonne élevée, sur laquelle est placée la statue du duc de Malbrough. Cette colonne que l’orgueil national, plus que la reconnaissance élevèrent, est aussi couverte des traces du motif qui la fit construire : le piédestal haut de plus de vingt pieds, est couvert sur les quatre faces, de marbre blanc de la même hauteur, où de longues inscriptions en caractères assez fins, annoncent aux races futures les victoires des Anglais, et les défaites des Français, lors de la ligue universelle, contre Louis XIV. Il m’a fallu une grande heure pour les lire toutes, et en les finissant je ne pus m’empêcher de penser, que quand les Anglais parlent de leurs exploits, ils n’employent pas le laconisme du style lapidaire.

J’admirais à quelque distance, la noble fierté du vainqueur de Bleinheim, la prodigieuse hauteur où on l’a placé, comme pour indiquer l’élévation de son génie, et de son courage ; son habillement romain excitait aussi mon attention, quand regardant attentivement, dessous les plis de son manteau guerrier, formés par la poignée de son épée, je vis sortir un gros corbeau, qui bientôt retourna porter à manger à ses petits, qu’il avait laissés sous la protection du héros. — Jupiter avait son aigle.

Retournant ensuite sur mes pas, quoique plus à l’ouest, je fus coucher avec une pluie continuelle, à quatorze milles d’Oxford, après en avoir fait près du double. Il faudrait bien peu connaître les aubergistes anglais, pour imaginer qu’un piéton mouillé et crotté fût reçu sans difficulté ; il n’y a dans ce bon pays que des riches ou des pauvres ; vous êtes traité comme un seigneur ou comme un faquin. Les plus pauvres gens ont une telle horreur pour les voyages à pied, que lorsque la misère les y contraint absolument, ils voyagent la nuit, crainte d’être vus. Si, près des villes à manufactures, on rencontre quelques ouvriers, c’est avec un petit paquet à la main, dans un mouchoir de soie, mais jamais rien sur leurs épaules, ainsi qu’en Allemagne et en France, quelquefois des gens riches, ne dédaignent pas de se rappeler qu’ils ont des jambes. — Quoi qu’il en soit, après une assez froide réception, que j’eusse fait sécher mes habits de mon mieux, je fus sur le pas de la porte prendre l’air. Un homme qui avait paru s’appitoyer sur mon sort, quand j’étais auprès du feu, me fit quelques questions, (moitié en français, moitié en anglais, que je commençais déjà à entendre quoique ce ne fût que mon quatrième jour d’exercice) sur l’endroit où je voulais aller, je lui dis que je me rendais à Bristol ; pensant que la misère seule, pouvait forcer à faire une telle route à pied, il m’offrit avec beaucoup de bonhomie, un shelling ! Quoique je sentisse la bonté du procédé, quelques petits brins d’orgueil me firent tirer quelques guinées de ma poche, que je lui présentai, en le remerciant. — Ce petit trait de vanité, ne servit qu’à me faire payer double le lendemain.

Le monument de Stone-henge, dans le Somerset-Shire, peut être regardé comme la cathédrale des druides dans la Grande Bretagne ; il n’est pas en Europe de restes aussi splendides de la religion des Celtes. Ce sont des roches de trente pieds de haut, sur douze pieds de large, placées sur le bout et jointes au sommet par des pierres de même grandeur ; il y en a ainsi une vingtaine, qui forment un cercle considérable et dont l’aspect imprime un sentiment religieux, qui doit donner une idée de ceux qui agitaient ces peuples au milieu de leurs cérémonies. Ces pierres énormes ont encore cela de particulier, c’est que la carrière d’où on les a tirées est fort éloignée.

M’écartant de la grande route, et me dirigeant par ma carte, à travers le pays vers Burton et Wolton-Basset, je me trouvai conduit par un sentier détourné sur le bord de la Tamise, qui dans cet endroit était très-profonde quoique peu large ; il n’y avait point de pont qu’à une grande distance, et il m’aurait fallu retourner sur mes pas et perdre entièrement cette journée. J’aperçus un grand bateau de charbon dans lequel il n’y avait personne ; je m’aventurai à y monter et je le poussai avec beaucoup de peine de l’autre côté du rivage ; au moment que je débarquais les bateliers parurent à l’autre bord. Je laisse le lecteur inventif imaginer quels furent les complimens que ces pauvres diables me firent. Quoique je n’en entendisse pas les trois quarts, ils me semblèrent très-expressifs. Cependant pour ne pas les laisser trop dans l’embarras, je mis à flot un petit bateau, qui était de mon côté, et je le leur poussai : puis pendant que le courant le leur envoyait, je leur souhaitai le bonjour et je m’éloignai prudemment.

Wolton-Basset est une petite ville presqu’entièrement séparée du reste du pays, par les mauvais chemins qui y conduisent. Son aspect n’annonce pas qu’aucune espèce de manufacture y soit établie. Je me rappelle avoir vu, une inscription où un certain homme y donne avis au public, qu’il lui est redevable d’un sentier large de deux pieds, qu’il a fait paver à ses frais, depuis le village jusqu’à l’église. De tels gens, sont payés par la pierre qui porte leur nom : le public leur a peu d’obligation, car c’est pour avoir l’honneur de passer à la postérité à très-bon marché, qu’ils lui ont rendu service.

Bientôt, du sommet de la montagne qui domine Bath, j’aperçus la belle vallée de l’Avon, et la ville superbe qui l’embellit encore, son agréable situation, beaucoup plus que les eaux minérales, y attire cette foule de riches oisifs, qui y répandent l’abondance et les plaisirs. Quoiqu’à plus de quatre milles, j’arrivai dans un moment, et oubliant la fatigue de ma longue marche, je commençai à parcourir la ville ; à chaque pas, je voyais des gens qui m’examinaient des pieds à la tête, ricannaient, et se parlaient à l’oreille ; ce fut bien pis lorsque je voulus chercher à me loger, quoique j’employasse les termes les plus honnêtes, les auberges étaient toujours pleines ; on ne pouvait pas me recevoir, disait-on, en regardant mes bottes et mes cheveux. — Après bien des réflexions, j’avisai qu’il était dimanche, qu’il y avait de la poussière sur mes bottes, et qu’il n’y avait pas de poudre sur mes cheveux : ces gens qu’on nous peint comme si sévères, le sont vraiment à un point extrême..... sur la toilette.

J’employai le lendemain et le sur-lendemain à parcourir les environs, qui sont charmans, et à visiter la ville dont j’admirai les beaux bâtimens ; le croissant sur-tout excita mon attention, aussi bien que le quartier où sont les parades du nord et du sud. La ville forme un amphithéâtre assez vaste, garantie des vents du nord, par la montagne dont elle occupe le pied et le centre.

Par curiosité je pris un bain dans les eaux chaudes et minérales. Il me parut assez extraordinaire de me trouver dans la même eau, avec une douzaine de femmes, car il n’y a point de places séparées pour elles ; chacun est enveloppé dans sa robe de chambre de flanelle, qui a cela de dégoûtant, qu’elle est publique et sert à tout venant : on ne distingue les femmes que par leur coiffes tandis que les hommes ont communément un bonnet de coton.

La salle de la pompe est auprès ; elle est assez vaste et bien ornée en dehors : c’est là, où les ennuyés, qui sont en assez bon nombre dans ce pays, viennent bâiller au son d’un charivari, qu’ils appellent musique, avaler quelques verres d’une eau assez puante, se promener de long en large au milieu de gens attaqués de la même maladie, s’informer des nouvelles et avoir ainsi un sujet de conversation pour le reste du jour. — Les oisifs qui habitent la ville de Bath, malgré les plaisirs qui s’y trouvent, ont communément l’air très-ennuyé ; ils s’en vont bâillant de la pompe au jeu, du jeu au bal, du bal chez le libraire et du libraire au lit ; qui, du moins pour quelques heures, les empêche de sentir le poids de leur existence.

Cette ville infiniment agréable à tous égards, cesse cependant de l’être après quelque temps, lorsqu’on n’y a pas de société formée : on y court tellement après le plaisir, que le plaisir s’enfuit et qu’on n’est rien moins que sûr de l’attraper.

Je me rendis à Bristol, qui beaucoup plus considérable, n’est pas à beaucoup près si agréable que Bath, cependant la ville ne manque pas de beauté, mais d’un genre très-différent. Le commerce qui pendant long-temps avait fait de Bristol, la seconde place d’Angleterre, semble s’être transporté depuis quelques années à Liverpool. La ville n’a qu’un bassin ; l’eau y est retenue à la marée basse par des écluses, qui à la marée haute s’ouvrent, et y laissent entrer et sortir les vaisseaux.

Elle a peu de beaux bâtimens ; l’ancienne cathédrale est une vieille église gothique, sans beauté. Il y a une assez belle place, au milieu de laquelle on voit une assez mauvaise statue. Les bords de l’Avon sont charmans et très-pittoresques, à l’ouest particulièrement ; on arrive par une pente aisée, sur un terrain qui ne semble pas beaucoup plus élevé que le niveau de la ville ; après un mille de marche à-peu-près, tout-à-coup le terrain cesse, un vaste et profond précipice s’ouvre, au milieu duquel on voit couler l’Avon, et où les vaisseaux vont et viennent sous les pieds du spectateur, à une profondeur de plus de trois cents pieds.

Un jour je fus visiter les eaux minérales de Bristol, elles sont situées au pied d’un roc, qui forme le précipice dont j’ai déjà parlé ; les médecins y envoient leurs malades, lorsqu’ils ne savent plus qu’en faire. C’est un spectacle cruel, que celui des moribonds poulmoniques, que l’on rencontre à la pompe, et aux autres places publiques. On va souvent aux autres eaux, pour les amusemens qui s’y trouvent, c’est bien rarement le cas ici. Cette eau n’a presque point de goût, et est plus froide que chaude ; elle a la réputation d’être bonne pour la poitrine : qu’elle ait cette qualité, ou qu’elle ne l’ait pas, voilà ce que je n’oserais pas examiner, crainte d’ôter l’espérance aux malades qui la regardent comme leur dernière ressource.

L’apathie qui tient les personnes qui demeurent aux eaux de Bristol, a quelque chose de bien remarquable : la poulmonie est une espèce de maladie de langueur, qui laisse souvent libres jusqu’aux derniers momens, les facultés de l’esprit et même du corps ; on voit les malheureux attaqués de ce mal cruel, se traîner dans les lieux publics et se mêler aux amusemens qui s’y trouvent. Il est arrivé plus d’une fois d’en voir mourir les cartes à la main, ou au milieu d’un bal.

Suivant le cours de la rivière, j’arrivai avec beaucoup de peine, après un long circuit, et par un sentier raboteux, jusqu’à l’endroit où elle se jette dans la Séverne. Je fus là bien récompensé de ma peine, par l’immensité du coup-d’œil qui s’offrit à moi. On aperçoit à l’autre bord, les montagnes du pays de Galles : à l’ouest, l’œil se perd dans la mer d’Irlande, tandis qu’à l’est, on aperçoit la rivière se retrécissant insensiblement, les bords devenant plus unis et offrant à la vue un pays fertile et bien cultivé.

On trouvera bon que je me repose ici, et que j’en fasse autant, toutes les fois qu’après avoir traversé l’île, je serai arrivé à la mer opposée au côté d’où je serai parti, et que j’intitule tous mes chapitres du nom de celle, vers laquelle j’adresserai mes pas.


  1. Pain, viande, dîner, souper, lit, feu : donne-moi.
  2. Dieu me damne ils sont étrangers, et où sont les Anglais à cheval, qui se permettraient d’attaquer des étrangers à pied sur le grand chemin.
  3. Excusez mon gant, monsieur.
  4. Quoique ce passage contienne bien réellement la description du pays, je soupçonne que le grave auteur a voulu se divertir. Le lecteur peut chercher le nom de ce village dans le dictionnaire.
    (Note de l’éditeur.)