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Proverbes dramatiques/L’Officier du Gobelet

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Proverbes dramatiquesLejayTome IV (p. 245-270).


L’OFFICIER
DU
GOBELET,


CINQUANTE-SEPTIEME PROVERBE.


PERSONNAGES.


M. DE SAINT-BRICE, Capitaine d’infanterie. En habit de ratine, moire-doré, boutons d’or, épée & chapeau.
M. DU PARC, Capitaine de Cavalerie. Habit de velours noir, veste d’or, épée & chapeau.
M. DE PLAVEAU, Bailli de Nogent & Officier du Gobelet. En robe-de-chambre, la veste pareille, de bien vieille étoffe, perruque à nœuds.
MARIANNE, Servante. Robe d’indienne, retroussée dans les poches, bonnet & tablier.


La Scène est à Versailles, dans une Auberge, dans la chambre de M. de Saint-Brice.

Scène premiere.


M. DE S. BRICE, M. DU PARC, MARIANNE, les éclairant.


M. DU PARC.

C’est donc ici où tu loges ?


M. DE S. BRICE.

Oui, pour deux ou trois jours, je ne suis pas mal.


M. DU PARC.

Tu es fort bien. Si je logeois à l’auberge, je logerois ici, à cause de cette belle Enfant-là. (Il prend Marianne par le bras, il veut l’embrasser.)


MARIANNE.

Finissez, Monsieur.


M. DU PARC.

Comment ! tu fais la cruelle, je crois ?


MARIANNE.

Non, Monsieur ; mais c’est que je n’aime pas ces manieres-là.


M. DU PARC.

Ah ! tu n’aimes pas ces manieres-là. (Il la poursuit, elle se défend & le repousse.)

Elle est plus forte que moi. Elle m’a déchiré mes manchettes.


MARIANNE.

J’en suis bien-aise. Pourquoi badinez-vous, aussi ?


M. DU PARC.

Attends-moi.


MARIANNE, s’en allant.

Je ne vous crains pas. Monsieur, vous n’avez besoin de rien ?


M. DE S. BRICE.

Non pas à présent.


MARIANNE.

S’il vous faut quelque chose, vous le direz.


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Scène II.

M. DE S. BRICE, M. DU PARC.


M. DU PARC.

Pourquoi ne veux-tu pas venir souper chez Madame de St. Placide ? c’est une très-bonne maison.


M. DE S. BRICE.

Je le sais bien.


M. DU PARC.

Elle t’en a prié : & si tu reviens ici quelquefois, tu seras bien-aise de la trouver.


M. DE S. BRICE.

Si mon affaire se finit, je ne crois pas qu’on m’y revoye de si-tôt.


M. DU PARC.

Oui ; mais il faut qu’elle se fasse.


M. DE S. BRICE.

c’est pour cela que je veux faire mon mémoire, afin de le présenter demain.


M. DU PARC.

Tu trouverois, peut-être, chez Madame de St. Placide, des gens qui pourroient te servir.


M. DE S. BRICE.

Qui ?


M. DU PARC.

Des premiers Commis, il en vient beaucoup chez elle, & qui sont très-honnêtes.


M. DE S. BRICE.

Tu as raison, diable !


M. DU PARC.

Quand je te dis, allons ; viens, viens.


M. DE S. BRICE.

Je veux faire mon mémoire avant, il est encore de bonne-heure.


M. DU PARC.

Et qu’est-ce que c’est que ton affaire ?


M. DE S. BRICE.

On m’a dit que j’aurois de la peine à l’obtenir.


M. DU PARC.

Il faut en parler à Madame de St. Placide.


M. DE S. BRICE.

Si tu crois qu’elle puisse m’y servir, je ne demande pas mieux.


M. DU PARC.

Je te dis que c’est la meilleure femme du monde, & la plus obligeante.


M. DE S. BRICE.

Voici de quoi il est question. J’ai passé l’hyver chez mon pere, comme tu sais.


M. DU PARC.

Oui. Quel âge a-t-il ton pere ?


M. DE S. BRICE.

Soixante & quinze ; mais il se porte bien.


M. DU PARC.

Il faudroit demander la survivance de sa Lieutenance de Roi.


M. DE S. BRICE.

C’est cela justement que je veux.


M. DU PARC.

Tu as raison.


M. DE S. BRICE.

Tu connois Mademoiselle Adélaïde ?


M. DU PARC.

La fille de Madame de la Belliere, à Douai ?


M. DE S. BRICE.

Eh ! non.


M. DU PARC.

Ah ! la fille de Monsieur des Foins, votre Major.


M. DE S. BRICE.

Justement : elle est charmante !


M. DU PARC.

Mais il me semble que non.


M. DE S. BRICE.

C’est que tu ne te la rappelles pas.


M. DU PARC.

Et parbleu sifait ; n’est-ce-pas une grande fille, pâle, qui avoit mal à la poitrine ?


M. DE S. BRICE.

Oui ; mais ce mal-là n’est rien, notre Chirurgien Major l’a entrepris, il m’a promis qu’avant un mois elle seroit guérie.


M. DU PARC.

Si tu avois connu le notre ! il n’en manquoit pas des maladies de poitrine ; c’étoit bien le plus habile homme du monde. Achèves donc. Je parie que tu es amoureux de Mademoiselle Adélaïde.


M. DE S. BRICE.

Il est impossible de l’aimer davantage.


M. DU PARC.

Et t’aime-t-elle aussi, elle ?


M. DE S. BRICE.

Tout ce qu’on peut aimer ; & je parie que sa langueur ne vient que de ce que son pere ne veut pas consentir à notre mariage.


M. DU PARC.

Quoi ! le bonhomme des Foins, est donc un peu entêté ?


M. DE S. BRICE.

Que trop. Il n’y a que dans le cas où j’aurois la survivance de mon pere, qu’il le voudroit bien.


M. DU PARC.

Je le crois.


M. DE S. BRICE.

Mon pere à écrit à son ancien Colonel, qui l’aimoit beaucoup, il venoit de mourir. Il a encore écrit, pour cette survivance, à bien des Officiers généraux de sa connoissance, sous lesquels il avoir servi, quelques-uns ne lui ont pas répondu & les autres lui ont mandé qu’on n’accordoit plus de survivances ; & comme il y a un de ses camarades qui en a obtenu une pour son fils, j’ai pris le parti de venir ici ; ce n’a pas été sans être désespéré de me séparer de Mademoiselle Adélaïde.


M. DU PARC.

Il faudra conter tout cela à Madame de St. Placide. Si tu veux, je la préviendrai.


M. DE S. BRICE.

N’oublies pas de dire que c’est celle du Lieutenant de Roi du Quesnoi, qui a été accordée.


M. DU PARC.

Celle du Quesnoi ?


M. DE S. BRICE.

Il y a six semaines.


M. DU PARC.

Ah ! ça ! tu viendras bientôt ?


M. DE S. BRICE.

Oui, quand j’aurai fini mon mémoire.


M. DU PARC.

Allons, c’est bon ; je m’en vais t’annoncer. Ne sois pas long-temps.


M. DE S. BRICE.

Non, non.


M. DU PARC.

Adieu.


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Scène III.


M. DE S. BRICE, cherchant dans le tiroir de la Table.

Il n’y a ici ni plume, ni encre. Voyons si j’en ai. (Il fouille dans ses poches.) J’ai oublié mon écritoire aussi. La Fille ? Il n’y a pas des sonnettes ici ! La Fille ?


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Scène IV.

M. DE S. BRICE, MARIANNE.


MARIANNE.

On y va.


M. DE S. BRICE.

Allons donc.


MARIANNE.

Qu’est-ce que vous voulez, Monsieur ?


M. DE S. BRICE.

Une écritoire.


MARIANNE.

Est-ce qu’il n’y en a pas là ? Ce matin…


M. DE S. BRICE.

J’y ai regardé.


MARIANNE, s’en allant.

Vous en allez avoir tout-à-l’heure.


M. DE S. BRICE.

Pourvu que je me souvienne de ce qu’il y avoit dans ce mémoire. (Il rêve.)


MARIANNE, revenant.

Monsieur, voilà de l’encre.


M. DE S. BRICE.

Et une plume ?


MARIANNE, s’en allant.

Vous ne dites pas, aussi.


M. DE S. BRICE.

Allez, allez.


MARIANNE, revenant avec une plume.

Tenez, voilà une plume.


M. DE S. BRICE.

Et du papier donc ?


MARIANNE, s’en allant.

Il falloit donc le dire en même-temps. Pardi ! il vous faut bien des choses, toujours.


M. DE S. BRICE.

Ce diable de mémoire que j’ai perdu ! (Il cherche dans ses poches.) Voyons encore. (Il regarde tous ses papiers & il baise une lettre.) Ah ! chere Adélaïde !


MARIANNE, revenant avec du papier, &c.

Voilà tout ce qu’il vous faut, n’est-ce pas ?


M. DE S. BRICE.

C’est bon, laissez-moi.


MARIANNE.

Il ne vous faut plus rien ?


M. DE S. BRICE.

Non.


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Scène V.

M. DE S. BRICE, Une VOIX dans la chambre prochaine.


M. DE S. BRICE, se mettant à écrire.

Il faudra bien que je me souvienne de ce qui étoit dans ce mémoire. (Il rêve.) Oui, je crois que voilà comme il commençoit. (Il écrit.)


La VOIX, sur des tons différens.

A boire pour le Roi. A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE, écoutant.

Qu’est-ce que j’entends là ?


La VOIX.

A boire pour le Roi. A boire pour le Roi. A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Que diable est-ce que cela veut dire ?


La VOIX.

A boire pour le Roi. A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Je n’entends pas bien. Qu’importe-t-il ?


La VOIX.

A boire pour le Roi. A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Cela m’a fait oublier… Il faudra bien que je le retrouve. (Il rêve.)


La VOIX.

A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Encore ? Ah ! je n’entends plus rien. (Il rêve.) Ah !… dire que je ne puisse pas me souvenir !…


La VOIX.

A boire pour le Roi. A boire pour le Roi. A boire pour le Roi. A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Je n’y tiens pas !…


La VOIX.

A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Je ne comprends pas qui ce peut être, il semble qu’il y a trois ou quatre voix.


La VOIX.

A boire pour le Roi. A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Il m’est impossible de rien faire du tout, tant que cela continuera.


La VOIX.

A boire pour le Roi. A boire pour le Roi. A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Il faut savoir ce que c’est. (Il frappe contre le mur.) Qu’est-ce qui est là ?


La VOIX.

C’est moi.


M. DE S. BRICE.

Qui, vous ?


La VOIX.

J’ai l’honneur d’être votre voisin, Monsieur, & si vous voulez, je m’en vais vous aller voir.


M. DE S. BRICE.

Qu’est-ce que vous avez ?


La VOIX.

Je m’en vais vous le dire, Monsieur, je m’en vais vous le dire.


M. DE S. BRICE.

Ce sera sûrement quelque importun, ou quelque fou.


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Scène VI.

M. DE S. BRICE, M. DE PLAVEAU.


M. DE PLAVEAU, à la porte.

Est-il permis d’entrer ?


M. DE S. BRICE.

Entrez.


M. DE PLAVEAU, en robe-de-chambre, une chandelle à la main.

Monsieur, j’ai bien l’honneur de vous saluer.


M. DE S. BRICE.

Monsieur, je suis votre serviteur.


M. DE PLAVEAU.

Monsieur, je vous demande bien pardon de paroître comme cela devant vous ; mais c’est que c’est mon usage, quand je suis rentré chez moi, de me mettre en robe-de-chambre ; parce que vous entendez bien ; cela fait que… je dis… enfin, l’on est plus à son aise.


M. DE S. BRICE.

C’est vrai.


M. DE PLAVEAU.

Monsieur, il me paroît que vous êtes en affaire, vous avez là une plume & de l’encre…


M. DE S. BRICE.

Oui, Monsieur, j’ai un mémoire de très-grande conséquence à écrire, & je n’ai pas de temps à perdre.


M. DE PLAVEAU.

Oh oui, quand on vient dans ce pays-ci,… je m’en doutois bien… parce que…


M. DE S. BRICE.

C’est ce qui fait que je ne vous propose pas de vous asseoir.


M. DE PLAVEAU.

Oh ! moi, vous vous moquez, je ne m’assis jamais ; je resterois comme cela toute la journée. Permettez seulement que je mette ma chandelle sur votre table.


M. DE S. BRICE.

Non, je ne veux pas vous déranger ; car vous avez aussi affaire, vous, Monsieur, à ce qu’il me semble ?


M. DE PLAVEAU.

Oui vraiment, & je n’ai pas de temps à perdre non pus ; car c’est demain… Vous ne savez pas… C’est que…


M. DE S. BRICE.

Quand on n’est ici que pour peu de temps…


M. DE PLAVEAU.

Oh ! moi, j’y suis pour trois mois, & c’est parce que… Vous avez été étonné de ce que vous entendiez ?


M. DE S. BRICE.

Un peu, & si vous pouviez parler un peu plus bas…


M. DE PLAVEAU.

Plus bas ?


M. DE S. BRICE.

Oui, vous me feriez plaisir.


M. DE PLAVEAU.

Cela est bien difficile, ce n’est pas que je veuille faire ce que vous voudriez ; car, moi… Monsieur est Officier, je crois ?


M. DE S. BRICE.

Oui, Monsieur.


M. DE PLAVEAU.

Je le disois bien ; quand je vois qu’on a, comme cela, la croix, je dis, il faut que ce soit quelqu’un qui serve ou qui a servi ; car nous avons une Etape à Nogent.


M. DE S. BRICE.

Vous êtes de Nogent ?


M. DE PLAVEAU.

Oui, Monsieur, je me nomme Plaveau, & je suis Officier aussi, moi ; mais pas de même que vous, je suis Officier de Justice, j’en suis le Bailli ; & j’ai voulu être encore Officier autrement ; c’est à dire… avoir une charge… C’est bien une charge que celle de Bailli ; mais je veux dire une charge plus honorable, quand je dis plus honorable ; c’est à-dire une charge chez le Roi.


M. DE S. BRICE.

Vous êtes Officier du Roi ?


M. DE PLAVEAU.

Oui, Monsieur, j’ai cet honneur-là, je suis Officier du Gobelet.


M. DE S. BRICE.

Ah ! c’est très-bien, Monsieur : je vous souhaite le bon soir.


M. DE PLAVEAU.

Monsieur, vous avez bien de la bonté ; mais pour en revenir à ce que nous disions ; c’est une charge où il faut parler devant le Roi. Je suis bien accoutumé à parler en Public ; car j’ai été reçu Avocat à Bourges, & puis je juge tous les jours ; c’est-à-dire quand il y a des causes à mon Bailliage, pour lors je parle ; mais parler devant le Roi, c’est bien différent, & il faut un peu s’étudier pour cela.


M. DE S. BRICE.

En ce cas-là, Monsieur, je vous demande bien pardon de vous avoir interrompu, je suis bien votre serviteur.


M. DE PLAVEAU.

Vous ne m’avez point interrompu, Monsieur, au contraire, & je pense une chose même.


M. DE S. BRICE.

Quoi ?


M. DE PLAVEAU.

Vous pourriez… je dis, si vous vouliez, vous pourriez me donner votre avis sur la maniere dont…


M. DE S. BRICE.

Une autre fois, tant que vous voudrez.


M. DE PLAVEAU.

C’est bien honnête à vous, Monsieur ; mais c’est demain que je commence, &…


M. DE S. BRICE.

J’en suis bien fâché, mais…


M. DE PLAVEAU.

C’est l’affaire d’un instant.


M. DE S. BRICE.

En vérité, je ne peux pas.


M. DE PLAVEAU.

Je vous en prie. Demain, quand le Roi sera à table ; car j’ai déjà vu tout cela, il est là, & moi ici. Le Roi demande à boire, & moi voilà ce que je dis aussitôt : à boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

C’est fort bien.


M. DE PLAVEAU.

Oui ; c’est ce que je dois dire ; mais c’est le ton que je cherche, j’ai envie de dire comme cela[1]. A boire pour le Roi, ou à boire pour le Roi, ou à boire pour le Roi, non, je n’y suis pas.


M. DE S. BRICE.

Je trouve que c’est fort bien.


M. DE PLAVEAU.

Non, j’avois trouvé un autre ton, à Nogent, que je cherche. Ah ! je crois que le voilà : écoutez, je vous prie. A boire pour te Roi, non, non. A boire pour le Roi ; ce n’est pas tout-à-fait cela, je le sens bien.


M. DE S. BRICE.

Je vous assure que c’est à merveille.


M. DE PLAVEAU.

Vous me flattez ; mais si vous m’aviez entendu à Nogent, vous verriez bien… tenez, voilà, je crois, comme je disois : à boire pour… je ne saurois retrouver ce ton-là ; mais d’ici à demain, il faudra bien en venir à bout.


M. DE S. BRICE.

Sûrement, je vous demande bien pardon, mais…


M. DE PLAVEAU.

C’est juste, il faut que chacun fasse ses affaires, je suis bien-aise d’avoir fait l’honneur de votre connoissance ; parce qu’on cause quelquefois.


M. DE S. BRICE.

Prenez donc votre lumiere.


M. DE PLAVEAU.

Ah ! oui, j’oubliois… quand on a quelque chose comme cela dans la tête… Je vous remercie bien, Monsieur, je suis votre très-humble serviteur. (Il sort.)


M. DE S. BRICE.

Enfin, le voilà parti !


M. DE PLAVEAU, revenant.

Monsieur, je pense une chose ; si je pouvois vous être utile pour votre mémoire…


M. DE S. BRICE.

Non, Monsieur, je vous prie de vouloir bien…


M. DE PLAVEAU.

Je fais acte de bonne volonté, au moins.


M. DE S. BRICE.

Je vous en suis bien obligé, permettez que je finisse mon mémoire. (M. de Plaveau sort & revient.)


M. DE PLAVEAU.

Ah ! je le tiens pour le coup, tenez Monsieur, écoutez. A boire pour le Roi, non, ce n’est pas cela, je vous demande bien pardon. (Il ferme mal la porte.)


M. DE S. BRICE.

Et laissez la porte.


M. DE PLAVEAU.

C’est que la clef…


M. DE S. BRICE.

Cela ne fait rien.


M. DE PLAVEAU.

Je vous souhaite bien le bon soir. Si je retrouve le ton de Nogent, je viendrai vous le dire.


M. DE S. BRICE.

Adieu, adieu.


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Scène VII.

M. DE S. BRICE, M. DE PLAVEAU dans sa chambre.


M. DE S. BRICE.

Le diable emporte l’importun. (Il s’assied.) L’impatience dérange plus la mémoire ! (Il rêve.) Ah ! m’y voilà. (Il écrit.) Fort-bien. Après, qu’est-ce qu’il y avoit ? (Il cherche.)


M. DE PLAVEAU.

A boire pour le Roi, à boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Ah ! le voilà qui recommence. Je voudrois que… Ne l’écoutons pas. (Il rêve.)


M. DE PLAVEAU.

A boire pour le Roi, à boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Je ne ferai jamais rien de la soirée.


M. DE PLAVEAU.

A boire pour le Roi, à boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Voyons l’heure qu’il est. Comment, dix heures moins un quart. (Il se leve.)


M. DE PLAVEAU.

A boire pour le Roi.


M. DE S. BRICE.

Demain matin, je me leverai de bonne heure. (Il prend son épée & son chapeau.)


M. DE PLAVEAU.

A boire pour le Roi. M. l’Officier, je le tiens, écoutez, à boire pour le Roi ; entendez-vous ?


M. DE S. BRICE.

Allons-nous-en, car il va venir. (Il sort.)


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Scène derniere.


M. DE PLAVEAU, dans sa chambre.

Monsieur l’Officier, j’y suis. A boire pour le Roi. Etes-vous content de cela ? (Il vient avec sa lumiere à la main.) A boire pour le Roi. (Il est étonné de ne plus trouver M. de S. Brice.) Il est sorti, j’en suis bien fâché ! mais je ne veux pas oublier ce ton-là, toujours. (Il s’en va en disant.) A boire pour le Roi, à boire pour le Roi.


Fin du cinquante-septième Proverbe.


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Explication du Proverbe :

57. Dieu vous garde d’un homme qui n’a qu’une affaire.



  1. Il prend différens tons.