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Proverbes dramatiques/La Sonnette

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Proverbes dramatiquesLejaytome V (p. 205-232).


LA
SONNETTE.

SOIXANTE-SEPTIEME PROVERBE.


PERSONNAGES.


M. VICTORIN, Commissaire des Guerres. En petit uniforme, sans chapeau ni épée.
Mad. VICTORIN. En robe de tafetas, petit manteau de gaze blanche à fleurs.
Le Chevalier DU PARC. Officiers d’Infanterie, en uniformes.
M. DE SAINT-VIGNARD.
M. DE LA VIROUX.


La Scène est dans une ville de garnison, à la porte de M. Victorin, la nuit.

Scène premiere.

Mad. VICTORIN, M. VICTORIN.


M. VICTORIN.

Quelle fantaisie de vouloir vous promener à l’heure qu’il est ; il ne fait point chaud du tout : en vérité les femmes sont bien extraordinaires !


Mad. VICTORIN.

Et les maris ne sont gueres complaisants. Cependant vous dites que vous m’aimez ?


M. VICTORIN.

Sûrement, je vous aime.


Mad. VICTORIN.

Vous allez peut-être croire que je ne vous aime pas, moi.


M. VICTORIN.

Je ne dis pas cela.


Mad. VICTORIN.

Pourquoi donc me trouver ridicule ?


M. VICTORIN.

Eh bien, je vous demande pardon.


Mad. VICTORIN.

Vous ne m’auriez pas dit cela avant d’être mon mari : convenez qu’il y a deux ans…


M. VICTORIN.

Je vous dis que j’ai tort.


Mad. VICTORIN.

Hélas ! pourquoi ne peut-on pas rester amans après le mariage !


M. VICTORIN.

Croyez-vous que je ne le suis plus ?


Mad. VICTORIN.

Mais pourquoi ce ton brusque, indifférent & froid, que vous avez tous ? Est-ce qu’il y a une espece de honte à traiter aussi-bien sa femme que celle d’un autre ?


M. VICTORIN.

Vous traitai-je moins bien pour cela ?


Mad. VICTORIN.

Je ne vous reproche que le ton : pourquoi faut-il avoir toujours l’air excédé de ce que l’on aime ? prendre un ton ironique, qui en vérité ne sauroit plaire.


M. VICTORIN.

Le préjugé peut en être cause ; & les exemples des nouveaux mariés, qui dans les premiers momens sont bien ennuyeux, font craindre sans doute de leur ressembler.


Mad. VICTORIN.

Toutes ces raisons sont peu satisfaisantes. Quant à la promenade que vous croyez que je veux vous faire faire, vous vous trompez.


M. VICTORIN.

Pourquoi donc sortir ?


Mad. VICTORIN.

Nous n’irons pas plus loin.


M. VICTORIN.

Vous conviendrez que vous avez des idées bien extraordinaires, & qu’il n’est pas étonnant que…


Mad. VICTORIN.

Point du tout.


M. VICTORIN.

Point du tout est fort bon. Et le chien de basse-cour, que vous avez emprunte à votre frere, par exemple, pour une nuit, qu’en voulez-vous faire ?


Mad. VICTORIN.

C’est ce que je veux vous expliquer.


M. VICTORIN.

Et il faut que ce soit ici.


Mad. VICTORIN.

Oui.


M. VICTORIN.

A la bonne heure ; puisque vous le voulez, il faut bien que cela soit.


Mad. VICTORIN.

Ecoutez-moi.


M. VICTORIN.

Voyons.


Mad. VICTORIN.

Vous connoissez le ton avantageux du Chevalier Du Parc ? c’est un de ces enfans gâtés de Paris…


M. VICTORIN.

A peu-près, qui ne servent que pour pouvoir porter une plume à leur chapeau.


Mad. VICTORIN.

Vous savez que plusieurs Officiers du même Régiment m’ont rendu des soins assez publiquement & inutilement ; ils en sont convaincus ; ils l’ont même dit au Chevalier Du Parc. Le Chevalier Du Parc venoit d’arriver ; il ne les entretenoit que des femmes de Paris, des rigueurs qu’elles avoient essuyées de sa part ; parce qu’il ne pouvoit pas y suffire, lorsqu’il m’apperçut à l’assemblée. Il se récria, fit l’étonné de trouver en Province quelqu’un d’aussi-bien ; il le dit à tout le monde, & se fit détester des autres femmes.


M. VICTORIN.

C’est débuter à merveilles.


Mad. VICTORIN.

On lui dit que je vengerois les femmes de Paris de ses rigueurs.


M. VICTORIN.

Vous ?


Mad. VICTORIN.

Oui : il répondit que sûrement je ne lui résisterois pas, & il eut l’impertinence de le parier le même soir avec ses camarades, en soupant à l’auberge ; cela me revint.


M. VICTORIN.

Il commence a faire froid, vous me conterez tout cela dans la maison tout aussi-bien.


Mad. VICTORIN.

Un moment ; vous allez savoir pourquoi je vous ai amené ici. Le Chevalier Du Parc entreprit de gagner son pari ; je le reçus très-bien ; il me donna de mauvais vers, de plattes chansons ; je trouvai tout cela charmant : on me rendoit compte des progrès qu’il disoit avoir fait. Il eut la hardiesse de me demander un rendez-vous la nuit ; je lui répondis que j’y songerois, & hier je lui ai envoyé la clef de la porte, en lui mandant qu’il pourroit venir ce soir, de bonne-heure même ; parce vous iriez à la campagne.


M. VICTORIN.

Etes-vous folle donc ?


Mad. VICTORIN.

Non, non. Il est vrai qu’il y aura peut-être de quoi rire.


M. VICTORIN.

C’est donc pour cela que vous m’avez tant pressé aujourd’hui d’aller à Morinval ? Vous croyiez que j’y coucherois.


Mad. VICTORIN.

Justement : c’est à cause de cela que je vous ai prié de revenir. Voyez comme cela est conséquent ; & puis je vous dirois tout ce que je viens de vous dire, & ce que vous allez savoir.


M. VICTORIN.

Mais pourquoi lui donner la clef de la porte ? Je parie qu’il l’a montrée déjà à tous les Officiers de son régiment.


Mad. VICTORIN.

Tant mieux ; c’est ce que je veux.


M. VICTORIN.

Je ne sai pas à quoi vous en voulez venir ; mais en garnison, il faut toujours qu’une femme évite les histoires où elle peut avoir part.


M. VICTORIN.

Je vous réponds que celle-ci ne me fera point de tort. Je lui ai recommandé sur-tout de ne point faire de bruit en entrant, de peur de réveiller les domestiques, que j’enverrai coucher de bonne-heure.


M. VICTORIN.

Voyons comment vous sortirez de là ?


Mad. VICTORIN.

Il faut que vous m’aidiez.


M. VICTORIN.

Moi ?


Mad. VICTORIN.

Oui, je n’ai voulu me confier qu’à vous.


M. VICTORIN.

Que faut-il que je fasse ?


Mad. VICTORIN.

Que vous attachiez la corde de la sonnette qui est auprès de la porte, de maniere qu’on ne puisse pas l’ouvrir sans qu’elle sonne.


M. VICTORIN.

Cela est bien aisé.


Mad. VICTORIN.

Elle fera du bruit qui éveillera le chien, qui sera lâché, & qui viendra auprès de la porte : je ne crois pas pour lors que le Chevalier Du Parc ose entrer. Il passera peut-être la nuit comme cela, & tout le monde se moquera de lui.


M. VICTORIN.

Vous êtes bien folle ! Allons, je m’en vais attacher la sonnette. Il étoit bien nécessaire d’être dans la rue pour me conter tout cela. Je n’ai jamais vu de nuit d’été aussi froide. Allons, allons, passez. (Ils rentrent tous les deux.)


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Scène II.

M. DE SAINT-VIGNARD, M. DE LA VIROUX, avec des fusils.


M. DE SAINT-VIGNARD, appellant bas.

La Viroux ?


M. DE LA VIROUX.

Me voilà.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Il vient d’entrer quelqu’un chez Madame Victorin ; si c’étoit le Chevalier ?


M. DE LA VIROUX.

Comment veux-tu que ce soit lui, puisque nous l’avons laissé à table ?


M. DE SAINT-VIGNARD.

Il pourroit avoir couru.


M. DE LA VIROUX.

Et par où ? nous l’aurions rencontré ; il n’auroit pas pris le plus long, apparemment.


M. DE SAINT-VIGNARD.

N’auroit-il pas pu passer à droite, au lieu de passer à gauche ?


M. DE LA VIROUX.

Bon, bon, plaçons-nous, j’entends quelqu’un.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Restes-tu là ?


M. DE LA VIROUX.

Oui.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Je m’en vais de l’autre côté.


M. DE LA VIROUX.

Ne parle donc pas.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Non, non.


M. DE LA VIROUX, revenant.

Je me suis trompé ; il ne vient personne.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Tu crois donc que Madame Victorin, veut se moquer de Du Parc ?


M. DE LA VIROUX.

J’en suis persuadé.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Et moi aussi ; mais ce que nous faisons ici en ce cas-là ne servira à rien pour notre pari ?


M. DE LA VIROUX.

Pour le pari, non ; mais nous nous amuserons toujours à l’impatienter.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Je ne saurois croire que ce soit réellement la clef de la porte, qu’il nous a montrée.


M. DE LA VIROUX.

Nous verrons. Allons, je crois que le voilà. Je l’entends chanter.


M. DE SAINT-VIGNARD, allant se replacer.

Cela est bon.


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Scène III.

Le Chevalier DU PARC, M. DE SAINT-VIGNARD, M. DE LA VIROUX.


M. DE LA VIROUX.

Qui va là ?


Le Chevalier DU PARC.

Officier.


M. DE LA VIROUX.

On ne passe pas.


Le Chevalier DU PARC.

Pourquoi cela ?


M. DE LA VIROUX.

C’est la consigne.


Le Chevalier DU PARC.

Que diable est-ce que cela veut dire ! N’est-ce pas ici la rue de la place au Charbon ?


M. DE LA VIROUX.

Oui, mon Officier.


Le Chevalier DU PARC.

Il ne doit pas y avoir de sentinelle ici.


M. DE LA VIROUX.

Pardonnez-moi, toujours.


Le Chevalier DU PARC.

Ah, je m’en vais par l’autre côté. (Il s’en va, & reparoît.)


M. DE LA VIROUX.

Songe à toi.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Ne t’embarrasse pas.


Le Chevalier DU PARC.

Je passerai sûrement par ici.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Qui va là ?


Le Chevalier DU PARC.

Officier.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Où est votre feu ?


Le Chevalier DU PARC.

Je n’ai point de feu.


M. DE SAINT-VIGNARD.

On ne passe pas.


Le Chevalier DU PARC.

C’est un tour qu’on me joue. Sentinelle ?


M. DE SAINT-VIGNARD.

Mon Officier.


Le Chevalier DU PARC.

De quelle compagnie êtes-vous ?


M. DE SAINT-VIGNARD.

De la compagnie De la Viroux.


Le Chevalier DU PARC.

Je veux voir un peu.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Ne m’approchez pas.


Le Chevalier DU PARC.

Bon ! c’est Saint-Vignard ! Je savois bien qu’il n’y avoit pas de sentinelle ici. Qui est l’autre là bas ?


M. DE SAINT-VIGNARD.

C’est La Viroux.


Le Chevalier DU PARC.

Vous vouliez donc me faire perdre le pari, tous les deux.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Tu le perdras bien sans cela.


Le Chevalier DU PARC.

La Viroux ?


M. DE LA VIROUX.

Eh bien ?


Le Chevalier DU PARC.

Allons, allez-vous-en tous les deux.


M. DE LA VIROUX.

Non, nous voulons voir si tu entreras dans la maison de Madame Victorin.


Le Chevalier DU PARC.

Je te dis que j’ai la clef.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Mais l’on a peut-être changé la serrure.


Le Chevalier DU PARC.

Ne faites pas de bruit, & venez tous deux auprès de la porte : car on m’a recommandé d’entrer bien doucement, de peur d’éveiller les domestiques.


M. DE LA VIROUX.

Ne crains rien.


Le Chevalier DU PARC, mettant la clef dans la serrure.

Tiens, vois si la porte ne s’ouvrira pas.

(Elle s’ouvre ; mais lorsqu’il la pousse, la sonnette sonne, & un gros chien vient en-dedans contre la porte & abboye. Ils s’éloignent bien vite tous les trois, MM. De Saint-Vignard & La Viroux en riant.)


M. DE SAINT-VIGNARD, LA VIROUX.

Ah, ah, ah, ah, ah.


Le Chevalier DU PARC.

Mais voulez-vous bien ne pas faire tant de bruit.


M. DE SAINT-VIGNARD, LA VIROUX.

Ah, ah, ah, ah, ah.


Le Chevalier DU PARC.

Paix donc.


M. DE LA VIROUX.

Il n’y a jamais eu de sonnette à la porte de Madame Victorin.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Ni de chien dans sa maison, à ce qu’il me semble.


M. DE LA VIROUX.

De chien ? mais cela me rappelle qu’hier elle demanda à son frere de lui prêter celui-ci.


M. DE SAINT-VIGNARD.

C’étoit pour recevoir Du Parc.


Le Chevalier DU PARC.

J’espere, qu’ayant entendu ce bruit-la, elle aura fait attacher le chien, & qu’elle aura ôté la sonnette, pour l’empêcher d’aboyer.


M. DE LA VIROUX.

Ma foi, je le crois aussi ; elle est peut-être à présent dans la crainte que tu ne reviennes pas.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Je la plains bien sincérement ; il n’y a pas deux hommes comme Du Parc dans le monde ; & quand une femme a eu le bonheur de lui plaire, elle ne doit plus être malheureuse.


Le Chevalier DU PARC.

Messieurs, vous plaisantez.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Non, vraiment.


Le Chevalier DU PARC.

Vous voudriez bien être à ma place.


M. DE LA VIROUX.

Ah, pas encore.


Le Chevalier DU PARC.

Il me semble que je n’entends rien.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Non : allons.


Le Chevalier DU PARC.

Que diable, restez-là.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Ah, comme tu voudras.


M. DE LA VIROUX.

Oui ; mais il ne faut pas qu’il fasse semblant d’entrer, & qu’il s’en aille.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Oui, oui ; approchons-nous.


Le Chevalier DU PARC.

Ne faites donc pas de bruit.


M. DE LA VIROUX.

Non, non. (Ils approchent tous les trois. Le Chevalier Du Parc ouvre, le bruit de la sonnette recommence, & le chien aboye encore plus fort. MM. De Saint-Vignard & De la Viroux rient encore en s’éloignant de la porte.)


Le Chevalier DU PARC.

En vérité, je ne sai pas ce qu’il y a de si plaisant à cela.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Comment, d’avoir la clef, & de ne pas entrer.


M. DE LA VIROUX.

C’est une bien bonne clef que celle-là !


M. DE SAINT-VIGNARD.

Il n’a pas d’attention non plus ; on lui recommande de ne pas faire de bruit, & il fait un tintamare de tous les diables.


M. DE LA VIROUX.

Ah, oui ; cela n’est pas honnête.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Sans doute ; quand on a le bonheur d’être aimé d’une femme, il faut la ménager.


M. DE LA VIROUX.

Cependant c’est sa faute à elle : que n’empêche-t-elle la sonnette ?


M. DE SAINT-VIGNARD.

Cela est vrai ; à sa place, j’entrerois toujours.


M. DE LA VIROUX.

Oui ; mais il y a le chien.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Est-ce que tu craindrois le chien ?


Le Chevalier DU PARC.

Le chien ? mais…


M. DE LA VIROUX.

Je le connois, moi ; il est bien fort.


Le Chevalier DU PARC.

Mais, Messieurs, si vous étiez à ma place, qu’est-ce que vous feriez ?


M. DE SAINT-VIGNARD.

Moi, j’entrerois sûrement.


M. DE LA VIROUX.

Et moi aussi ; je n’en voudrois pas avoir le démenti.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Oui, mais nous perdrons le pari, en le conseillant comme cela.


M. DE LA VIROUX.

Il faudra bien tôt ou tard qu’il y renonce.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Non pas, si le chien s’endort.


Le Chevalier DU PARC.

Messieurs, vous êtes de mauvais plaisants. Allons, laissez-moi, par grâce.


M. DE LA VIROUX.

Cela ne se peut pas, tu le sais bien. (Le Chevalier Du Parc, va encore pour entrer ; même bruit de la sonnette & du chien.)


Le Chevalier DU PARC.

Le diable emporte & la sonnette & le chien !


M. DE SAINT-VIGNARD.

Ce que je trouve d’étonnant, c’est que personne ne remue dans la maison.


M. DE LA VIROUX.

Ne parle donc pas si haut, j’entends quelqu’un.


M. DE SAINT-VIGNARD.

On ouvre une fenêtre, je crois.


M. DE LA VIROUX.

Oui, paix, paix.


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Scène IV.

Le Chevalier DU PARC, M. DE SAINT-VIGNARD,
M. DE LA VIROUX, M. VICTORIN.


M. VICTORIN, à la fenêtre.

Monsieur le Chevalier Du Parc ?


Le Chevalier DU PARC.

Réponds pour moi, Saint-Vignard.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Ah, ah, vous n’êtes pas encore couché, Monsieur le Commissaire ?


M. VICTORIN.

C’est vous, Monsieur De Saint-Vignard ?


M. DE SAINT-VIGNARD.

Oui, vraiment, je passe par ici.


M. VICTORIN.

Oui ; mais vous avez avec vous Monsieur le Chevalier Du Parc ; n’est-ce pas ?


M. DE SAINT-VIGNARD.

Pourquoi me demandez-vous cela ?


M. VICTORIN.

Je ne vous le demande pas, car j’en suis sûr. Madame Victorin, vient de me dire qu’il avoit parié qu’il entreroit chez elle la nuit.


M. DE LA VIROUX, au Chevalier Du Parc.

On se moque de toi.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Paix donc.


M. VICTORIN.

Elle le prie de renoncer à ce projet ; parce qu’elle a grande envie de dormir.


Le Chevalier DU PARC, bas.

Dis qu’elle m’a donné la clef ; pour la confondre vis-à-vis de son mari.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Mais…


M. DE LA VIROUX.

Dis, dis ; nous saurons plus complettement comme elle le joue.


M. DE SAINT-VIGNARD.

On dit qu’il n’a pas tort ; puisque Madame Victorin, lui avoit donné une clef pour entrer.


M. VICTORIN.

Cela est vrai, elle lui a donné une clef ; mais elle le prie d’être persuadé qu’avec cette clef on reste à la porte.


M. DE LA VIROUX.

Fort bien.


M. VICTORIN.

Qu’en Province, celui qui fait le plus de bruit, ne réussit pas toujours auprès des femmes ; & qu’on ne fait souvent qu’éveiller les voisins, sans alarmer personne.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Cela arrive quelquefois, Monsieur le Commissaire.


M. VICTORIN.

Vous chargez-vous de dire tout cela à Monsieur le Chevalier Du Parc ?


M. DE SAINT-VIGNARD.

Ne vous inquiétez pas ; il le sait déjà.


M. VICTORIN.

Ah, je vous entends. En ce cas-là, je vous souhaite à tous le bon soir.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Et la clef, ne la voulez-vous pas ?


M. VICTORIN.

Non, non ; laissez-la dans la serrure, cela est égal. (Il se retire.)


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Scène V.

M. DE SAINT-VIGNARD, Le Chevalier DU PARC, M. DE LA VIROUX.


Le Chevalier DU PARC, jettant la clef avec dépit.

Tiens, la voilà ta chienne de clef.


M. DE LA VIROUX.

Ah ! tu devois la garder pour une autre fois.


Le Chevalier DU PARC.

Allons, allons nous coucher.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Tu conviendras bien, avant, que tu as perdu le pari ?


M. DE LA VIROUX.

Et que tu as été berné en plein.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Dis que les femmes de ce pays-ci ne se connoissent pas en vrai mérite.


M. DE LA VIROUX, suivant le Chevalier Du Parc.

Où vas-tu donc ? Tu es bien pressé.


M. DE SAINT-VIGNARD.

Attends, attends-nous. (Ils s’en vont.)


Fin du soixante-septieme Proverbe.


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Explication du Proverbe :

67. Plus de Bruit que de Besogne.