Quand viendra-t-elle ?

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Chants révolutionnairesAu bureau du Comité Pottier (p. 129-131).



QUAND VIENDRA-T-ELLE ?



Au citoyen Mijoul.


J’attends une belle,
Une belle enfant,
J’appelle, j’appelle,
J’en parle au passant.
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?

J’appelle, j’appelle,
J’en parle au passant.
Que suis-je sans elle ?
Un agonisant.
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?

Que suis-je sans elle ?
Un agonisant.
Je vais sans semelle,
Sans rien sous la dent…
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?

Je vais sans semelle,
Sans rien sous la dent,

Transi quand il gèle,
Sans gîte souvent.
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?

Transi quand il gèle,
Sans gîte souvent,
J’ai dans la cervelle
Des mots et du vent…
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?

J’ai dans la cervelle
Des mots et du vent.
Bétail, on m’attelle
Esclave, on me vend.
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?

Bétail, on m’attelle,
Esclave, on me vend.
La guerre est cruelle,
L’usurier pressant.
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?

La guerre est cruelle,
L’usurier pressant.
L’un suce ma moelle,
L’autre boit mon sang.
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?


L’un suce ma moelle,
L’autre boit mon sang
Ma misère est telle
Que j’en suis méchant.
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?

Ma misère est telle
Que j’en suis méchant.
Ah ! viens donc, la belle,
Guérir ton amant !
Ah ! je l’attends, je l’attends !
L’attendrai-je encor longtemps ?


Paris, 1870.