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Râja-yoga/Chapitre 5

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Râja-yoga ou Conquête de la nature intérieure
Traduction par S. W..
Publications théosophiques (p. 74-82).


CHAPITRE V

LA DOMINATION DU PRÂNA PSYCHIQUE


Nous allons parler maintenant des exercices du Prânâyâma. Nous avons déjà vu que, selon les Yogîs, le premier pas consiste à apprendre à se rendre bien maître des mouvements du poumon. Notre but est d’arriver à percevoir les fonctions plus délicates de notre corps. Nos intelligences se sont extériorisées et ont perdu de vue les mouvements subtils internes. Commencer à les ressentir c’est commencer à s’en rendre maître. Les courants nerveux sillonnent en tous sens notre corps. Ils apportent aux muscles la vie et la force, et leur action nous échappe, nous ne les sentons pas. Le Yogî dit que nous pouvons apprendre à nous en rendre compte. Par quel moyen ? En dominant tous les mouvements du Prâna, ceux des poumons, d’abord. Quand nous aurons fait cela pendant un temps suffisamment long, nous devrons dire en état de dominer aussi les mouvements subtils.

Nous arrivons à présent aux exercices de Prânâyâma. Il faut être assis très droit, la moelle épinière, quoique à l’intérieur de la colonne vertébrale, n’y adhère pas. Si vous vous asseyez de travers, vous la déplacez ; et il importe qu’elle soit libre de tout contact. Chaque fois que vous essayez de méditer en étant assis, courbé et ramassé sur vous-même, vous vous faites du mal. Il vous faut maintenir la poitrine, le cou et la tête en une ligne parfaitement droite. Vous y arriverez en vous y exerçant et cela vous sera aussi facile que de respirer. Dominer ses nerfs est le second but à atteindre. La respiration rythmée s’impose ici, car nous avons vu que le centre nerveux qui régit les organes respiratoires a une espèce d’influence directrice sur tous les autres nerfs. Respirer comme nous le faisons d’habitude, n’est, à vrai dire, rien moins que respirer ; nous respirons très irrégulièrement.

Il y a, de plus, des différences naturelles entre la façon de respirer de l’homme et celle de la femme.

La première leçon nous enseigne à respirer rythmiquement, aspirer et expirer, ce qui harmonisera le système. Après avoir pratiqué cet exercice pendant un certain temps, vous ferez bien d’y adjoindre la répétition de quelques mots tels que « Om » ou tout autre vocable sacré, que vous émettrez tout naturellement, en aspirant et en expirant d’une manière rythmée, harmonieuse ; vous constaterez alors que tout votre corps devient rythmique, et vous saurez vraiment ce qu’est le repos. Le sommeil n’en est pas un en comparaison de celui que vous acquerrez ainsi. Vous aurez l’impression de ne vous être jamais réellement reposé auparavant, et lorsque vous connaîtrez ce repos vous éprouverez l’apaisement complet de vos nerfs, même les plus fatigués. Aux Indes, au lieu de compter un, deux, trois, quatre, nous nous servons de certains mots symboliques. C’est pourquoi je vous engage à joindre à Prânâyâma la répétition mentale du mot « Om » ou de quelque autre saint vocable.

Le premier effet de cette pratique respiratoire sera de modifier la physionomie ; les traits durs s’adouciront ; le calme de la pensée donnera le calme du visage. Ensuite, la voix deviendra harmonieuse. Je n’ai jamais connu de Yogî a la voix rude. Ces changements se produiront après quelques mois de pratique. Après avoir pendant quelques jours pratiqué le premier exercice respiratoire, vous en essaierez un second plus compliqué. Remplissez lentement vos poumons d’air que vous aspirerez par l’Idâ, la narine gauche, et, en même temps, concentrez votre penséo sur le courant nerveux. Vous envoyez ainsi, en quelque sorte, le courant nerveux du haut en bas de la colonne vertébrale, en frappant violemment sur le dernier plexus, le lotus basique de forme triangulaire, siège du Kundalinî. Conservez ainsi le courant pendant quelque temps. Imaginez que vous attirez lentement ce courant avec la respiration, de l’autre côté, puis doucement expirez par la narine droite. Vous trouverez cet exercice un peu difficile. Pour le faciliter, bouchez la narine droite en y appuyant le pouce, et respirez alors lentement par la narine gauche ; à ce moment bouchez les deux narines avec le pouce et l’index ; imaginez que vous faites descendre le courant et que vous frappez la base du Sushumnâ ; cessez ensuite d’appuyer le pouce et expirez par la narine droite. Respirez ensuite lentement par cette même narine en fermant l’autre au moyen de l’index, puis rebouchez les deux comme précédemment. Pour les gens de ce pays il est malaisé de faire cet exercice avec autant de facilité que les Hindous qui y sont éduqués dès l’enfance et dont les poumons y sont habitués. Ici, le mieux serait de commencer par quatre secondes et de progresser doucement. Aspirez pendant quatre secondes, retenez votre souffle pendant seize secondes, puis rejetez l’air en huit secondes. Cet exercice constitue un Prânâyamâ. Tout en vous y livrant songez au triangle, concentrez votre pensée sur ce centre. L’imagination peut vous y aider énormément. L’exercice respiratoire suivant consiste à aspirer lentement puis à expirer aussitôt, et à rester alors sans souffle et pendant le même temps que précédemment. La seule différence est que, dans le premier exercice, on retenait son souffle, tandis que dans le second on le chasse. Ce dernier exercice est d’une exécution plus facile que le premier. Il ne faut pas abuser de celui qui consiste à garder l’air dans les poumons. Au début, ne l’appliquez pas plus de quatre fois le matin et quatre fois le soir ; plus tard vous augmenterez ce chiffre avec la durée de chaque exercice. Vous vous apercevrez que cela vous est possible et vous y prendrez goût. Alors, vous irez encore en augmentant, avec lenteur et précaution, vous basant sur votre force et vous arriverez à six répétitions de l’exercice au lieu de quatre. Mais si vous pratiquez sans méthode, vous risquez de vous faire du mal.

Des trois procédés qui ont pour but la purification des nerfs, ceux qui consistent à garder l’air inspiré et à le chasser à peine reçu, pour demeurer quelques instants les poumons vides, ne sont ni l’un ni l’autre dangereux ou difficiles. Plus vous pratiquerez le premier et plus vous deviendrez calme. Pensez à « Om » et vous pourrez vous exercer tout en travaillant à autre chose. Vous en ressentirez le bienfait. Si vous pratiquer, assidûment, un beau jour le Kundalinî s’éveillera. Ceux qui pratiquent une ou deux fois par jour y gagneront un peu de calme corporel et spirituel et leur voix deviendra superbe ; pour ceux-là seuls qui pourront pousser plus avant cet exercice, le Kundalinî s’éveillera, la nature entière commencera à se transformer pour eux, et le livre de la science leur sera ouvert. Ils n’auront pas besoin d’avoir recours aux livres pour savoir ; leur propre pensée sera devenue leur livre et contiendra la science infinie. J’ai déjà parié des courants Idâ et Pingalâ, qui coulent de chaque côté de la colonne vertébrale ainsi que du Sushumnâ, canal longitudinal au centre de l’épine dorsale. Tous trois se rencontrent chez tous les animaux ; toute créature munie d’une colonne vertébrale possède ces trois courants d’actions ; mais le Yogî affirme que, chez l’homme ordinaire, le Sushumnâ est bouché, que l’action n’y est pas certaine, tandis qu’elle est évidente dans les deux autres canaux distributeurs de force aux différentes parties du corps.

Chez le Yogî seul, le Sushumnâ est ouvert. Lorsqu’il s’ouvre et que la pensée commence à s’élever en lui, nous passons à un état qui est au delà des sens ; nos intelligences deviennent supra-sensorielles, supra-conscientes, nous gagnons des hauteurs qui dominent l’intelligence et auxquelles le raisonnement ne peut atteindre. Le but principal du Yogî est d’ouvrir ce Sushumnâ, le long duquel, selon lui, sont rangés les centres de distribution, que, dans un langage plus imagé, les Yogîs nomment les lotus. Le plus bas est placé à l’extrémité inférieure de la colonne vertébrale et se nomme Mûlâdhâra ; le suivant s’appelle Svâdishtâna, l’autre Manipûra, l’autre encore Anâhata celui d’après Vishuddha, puis Ajna et le dernier enfin, qui est dans le cerveau, porte le nom de Sahasrâra, signifiant « qui a mille pétales ». Nous n’avons besoin en ce moment de nous occuper que de deux de ces centres, du plus bas ou Mûlâdhâra, et du plus élevé ou Sahasrâra. C’est dans le centre inférieur que s’emmagasine toute énergie et c’est de là qu’elle doit monter jusqu’au dernier centre, le cerveau. De toutes les énergies contenues dans le corps humain, les Yogîs prétendent que celle qu’ils nomment Ojas est supérieure aux autres. Or cet Ojas est en réserve dans le cerveau ; aussi, plus la tête d’un homme contient d’Ojas, et plus cet homme est puissant, intellectuel et de forte spiritualité. L’action de l’Ojas peut avoir des effets comme celui que je vais dire : Voici un homme qui parle un langage superbe et qui exprime des pensées admirables ; il ne parvient pourtant pas à émouvoir ses auditeurs ; et voici un autre homme, qui ne parle pas un langage superbe et n’exprime pas de magnifiques pensées, mais dont la parole charme. C’est là un des effets d’Ojas qui s’extériorise. Chaque mouvement émanant de cet homme sera puissant.

L’humanité détient une réserve plus ou moins grande d’Ojas. Toutes les forces supérieures qui agissent dans le corps se transforment en Ojas. Souvenez-vous que ce n’est là qu’une question de transformation. La même force qui, au dehors, produit l’électricité ou le magnétisme, se transforme en force interne ; les mêmes forces qui produisent l’énergie musculaire se transforment en Ojas. Selon les Yogîs, l’espèce d’énergie humaine qui se manifeste par le sexe dans la fonction sexuelle peut aisément se transformer en Ojas, si elle est enrayée, dominée, et, comme toutes ces fonctions dépendent du centre le plus bas, c’est celui-là que le Yogî surveille particulièrement. Il s’efforce de recueillir toute cette énergie sexuelle et de la transformer en Ojas. Seuls l’homme et la femme chastes peuvent faire affluer l’Ojas dans leur cerveau, et c’est pourquoi la chasteté a toujours été considérée comme la vertu la plus haute ; l’homme sent en effet que, s’il n’est pas chaste, la spiritualité l’abandonne ; il perd de sa vigueur mentale et de sa force morale. Voilà la raison qui fait que tous les ordres religieux du monde qui ont produit des géants sous le rapport spirituel, insistent toujours sur l’obligation d’une chasteté absolue. Voilà pourquoi les moines ont renoncé au mariage. La chasteté parfaite de pensée, de parole et de fait s’impose. Sans elle, la pratique de Râja Yoya est dangereuse et peut conduire à la folie. Comment peut-on espérer devenir Yogî si, tout en pratiquant Râja Yoga, l’on mène une vie impure ?