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Récits de voyages d’un Arabe/Le mont sacré du Sinaï

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Traduction par Olga de Lébédew.
(p. 35-54).


AU NOM DU DIEU UNIQUE, ÉTERNEL, INFINI, NOTRE AIDE ET NOTRE REFUGE !


Commençons avec l’aide du Dieu Très-Haut, en Lui demandant d’y réussir, à décrire le mont sacré du Sinaï, ses églises et ses cellules, et le mont sacré avec les églises qui s’y trouvent, ainsi que d’autres couvents.

Nous profitons de la description qu’en a faite le diacre Ephrème le moine. Ensuite viendra la description des routes qui mènent au mont Sinaï, de l’Égypte, de Gaza, de Jérusalem et de la ville de Tour. Un des adorateurs de Jésus chargea mon infime personne de faire une brève description du saint couvent, et des chemins qui y conduisent. Commençons par le chemin d’Égypte.

Apprends, mon frère bien-aimé, que dès que tu quittes le Caire pour te rendre au saint couvent, tu dois aller à l’Orient. C’est un désert inhabité, presque entièrement couvert de sable.

Il faut que tu prennes en Égypte de la nourriture pour toi et ta bête, et tout ce dont tu as besoin.

Après avoir voyagé une demi-journée tu arriveras à un endroit qui s’appelle « Birkète », ou tu rempliras ton outre et où tu feras boire ton chameau, vu qu’aucune autre bête ne traverse ce désert excepté les chameaux, à cause du manque d’eau et de pâturage. Le petit étang de Birkète s’est formé de l’eau du Nil. De là, tu iras pendant trois jours vers une source qui s’appelle Adjroûd. Son eau est salée et amère (on la retire d’un puits à l’aide d’un chameau qui tourne en tirant des seaux attachés à une corde). C’est un lieu d’arrêt pour les pèlerins égyptiens.

Au Sud de cette source, à une journée de voyage, se trouve la Mer Rouge, au bord de laquelle est située une petite ville qui s’appelle Sonéïss. Le fort de Kalzame est près de cette ville, et c’est d’ici que partent les vaisseaux pour Tour, et de là pour Djédda ; la plupart des pèlerins et des marchands partent de ce port pour Hidjâz.

D’Adjroûd jusqu’à la source de Moïse, tu iras pendant deux jours. L’eau de cette source est salée et amère.

Lorsque le Prophète Moïse fit sortir les fils d’Israël de l’esclavage égyptien, il mit quatre jours pour les conduire au bord de la Mer Rouge du côté de l’Occident.

Quand Pharaon eut appris la fuite des Israélites et leur entrée dans le désert, il les poursuivit avec une grande armée, pendant qu’ils se trouvaient du côté occidental de la Mer Rouge.

Quand les Israélites virent arriver le roi avec ses troupes nombreuses, ils eurent grand’peur et se mirent à accabler Moïse de reproches. Alors Moïse éleva sa prière vers Dieu, qui lui ordonna de frapper la mer de son bâton. À peine eût-il levé le bras pour frapper la Mer Rouge, qu’elle se divisa en deux parts et il se forma un chemin sec. Les fils d’Israël entrèrent dans la mer et passèrent par la terre sèche, et la mer se dressa des deux côtés du chemin, comme deux murailles.

Lorsqu’ils sortirent de la mer, ils vinrent en ce lieu (Onyoûne Moussa, ou les sources de Moïse).

Quant à Pharaon et à ses troupes, avec leurs chariots et leur chevaux, lorsque les Israélites les virent entrer dans la mer, ils s’effrayèrent et se mirent à faire des reproches à Moïse ; mais celui-ci pria Dieu, et Dieu lui ordonna de frapper la mer de son bâton, en signe de croix. À peine l’eut-il fait, que la mer s’en retourna et engloutit Pharaon et ses troupes, et il ne s’en est pas sauvé un seul.

Quand les Israélites furent arrivés à cet endroit, ils ne purent boire de l’eau de cette source, parce qu’elle était amère, et ils donnèrent le nom de « Mourrâne » à cet endroit[1].

Ils se plaignirent de Moïse et celui-ci s’adressa à Dieu, et Dieu lui ordonna de jeter une branche dans l’eau, et l’eau devint douce. Dès ce jour et jusqu’à la fin du monde, ces sources existeront.

En quittant ces sources, tu iras pendant trois jours jusqu’à Ouadï-Garnazl, où se trouvent beaucoup de sources, mais elles sont toutes salées et amères.

Après avoir mis une journée à traverser cette vallée, tu arriveras devant deux chemins, dont l’un mène au port de Tour et l’autre au couvent du mont Sinaï.

Et de là jusqu’à la vallée de Ouadï-Farâne, il faut voyager pendant trois jours. Tu y trouveras beaucoup d’eau douce et de palmiers.

De cette vallée tu arriveras tout droit au mont Sinaï.

Le mont Sinaï se trouve entre deux montagnes ; celle qui est à la droite du couvent, est le mont Horeb, ou montagne de Dieu, par laquelle tu dois monter au Sinaï.

Et l’autre montagne, à la gauche du mont Sinaï, est dénudée, haute, grande, d’accès difficile et presque impossible.

Quant au couvent, il est entouré d’une muraille élevée qui ressemble à une forteresse, et il possède trois nouvelles portes intérieures. Derrière la première porte (extérieure) se trouvent une cour et une écurie pour le bétail du couvent, tandis que les deux portes intérieures mènent à l’enceinte du couvent.

Lorsque tu auras pénétré dans l’enceinte du couvent, tu feras quelques pas dans l’intérieur du couvent et tu descendras par un escalier de pierre à la sainte église, et tu entreras par la grande entrée de la nef à l’église sacrée, ainsi que par la porte royale[2] de l’autel. Du côté droit de la porte est représenté le serpent d’airain que Moïse le Prophète éleva sur une lance au désert. Au milieu, on voit l’armée des fils d’Israël ; il existe encore deux petites portes par lesquelles les frères passent ; l’une est à la droite de la porte royale et l’autre à sa gauche.

En entrant à l’église, tu verras que son sol est recouvert de beau marbre, admirablement orné, et tu trouveras six colonnes noires à droite et six à gauche.

Une image est suspendue à chaque colonne, et ces douze colonnes représentent les douze mois de l’année. Chacune de ces images représente les fêtes de chacun de ces mois, telles que : celles des saints et des saintes, et des martyrs, en un mot, de tous ceux que l’on célèbre dans le courant de ce mois. Au-dessus de chaque colonne se trouve une fenêtre, dans l’embrasure de laquelle est posé un coffret d’airain, contenant les ossements des saints dont on célèbre la fête dans le courant du mois. Ces colonnes sont sur montées d’arc-boutants en pierre qui soutiennent le toit de plomb en pente. Le saint autel est surmonté d’une grande et haute coupole. Son sol et ses murs sont recouverts de marbre blanc.

À droite du saint autel se trouvent les reliques de la sainte martyre Catherine, enfermées dans un tombeau monolythe de marbre, qui est fermé par trois cadenas en fer. Ces saintes reliques sont surmontées de trois lampes qui brûlent jour et nuit. Vis-à-vis du tombeau de Ste-Catherine se trouve l’entrée de l’église de St-Jean Baptiste, par laquelle on arrive à la chapelle du « buisson ardent ». Derrière les colonnes de la grande église se trouvent six petites chapelles, trois à droite et trois à gauche. La première à droite est dédiée aux saints Cosme et Damien ; la seconde — à St-Siméon le Thaumaturge, et la troisième aux saints Joachim et Anna. Derrière le grand autel du côté oriental, se trouve la chapelle du « buisson ardent », dédiée à Notre-Dame la Mère de Jésus.

Ce couvent sacré fut construit en l’honneur de ce lieu sacré, puisque Dieu s’est fait voir à Moïse dans ce buisson ardent, en lui disant : « Moïse, Moïse ! ôte tes souliers, car le lieu où tu te trouves est saint ».

À droite de la chapelle du « buisson ardent », se trouve celle de Jean-Baptiste, et à gauche — celle de l’apôtre Jacques, le frère du Seigneur. La porte de la chapelle du « buisson ardent » est en ivoire et en bois d’ébène ; on y a représenté les mystères et les miracles accomplis par Moïse au désert, à la mer et au mont Sinaï.

On entre dans la chapelle de Jean-Baptiste en passant devant le tombeau de Ste-Catherine.

Du côté droit de cette chapelle on voit une grotte avec les reliques des saints pères du mont Sinaï, ces soutiens de la foi, qui furent tués par les barbares. Quant à la chapelle du « buisson ardent », son sol est entièrement couvert de tapis, et personne ne peut y entrer autrement que pieds nus, fût-ce même un roi, pour se conformer à l’ordre que Dieu avait donné au Prophète.

Il y a une quantité de lampes dans cette chapelle et les trois lampes suspendues au-dessus du maître-autel brûlent jour et nuit. Tous ses murs sont en marbre blanc drapé d’étoffes de soie. De la chapelle du « buisson ardent » tu passes à celle de St-Jacques. À côté de cette chapelle au Nord, se trouve une petite porte par laquelle passent quelques moines ; et à l’Occident se trouve une jolie sacristie. On peut aussi passer de cette chapelle dans la grande église.

Quant aux trois chapelles du côté gauche de la grande église, la première d’entre elles est dédiée à Ste-Irène, la seconde aux saints Souverains Constantin et Hélène, et la troisième — au saint évêque Antipas. Voici les traits caractéristiques de la grande église. Il se trouve à son entrée, du côté Nord, un puits qu’on appelle « le puits de la gazelle ». C’est le puits où le Prophète Moïse a fait boire le troupeau des filles de Rahuel, le prêtre madianite. Auprès du puits croît un beau grenadier planté à l’époque de la construction du couvent. C’est un arbre mystérieux en ce qu’il donne tous les ans autant de fruits qu’il y a de moines au couvent.

Ce couvent sacré possède encore plusieurs petites églises. La première d’entre elles est dédiée à St-Étienne, le premier martyr et l’archidiacre.

La seconde — à Jean-Baptiste ; la troisième aux Saints Serge et Bacchus ; la quatrième au Saint du Seigneur, Aaron le frère du Prophète Moïse ; la cinquième à St-Jean Chrysostome ; la septième[3] à St-Théodore ; la huitième à la Nativité de la Sainte Vierge ; la neuvième — aux apôtres ; la dixième à St-Georges ; la onzième à Ste-Catherine, destinée aux pèlerins européens. Vis-à-vis de cette église se trouvent beaucoup de maisons pour les pèlerins ; et la douzième est dédiée aux cinq martyrs surnommés « lumières de la foi ». La treizième à Jean le Théologien ; la quatorzième aux Saints Joachim et Anna ; la quinzième à Notre-Dame, et c’est la première église qui fut construite dans l’enceinte du couvent ; on l’appelle pour cela l’église du château.

Ainsi donc, le nombre des églises de ce saint couvent est de vingt-sept. En outre ce couvent possède une table énorme à laquelle mangent tous les moines ; une cuisine, une boulangerie, deux moulins tournés par des mulets et un moulin pour presser les olives et en faire de l’huile.

Dans la muraille du Nord du couvent se trouve une porte de fer de quatre tailles d’homme, au-dessus du niveau de la terre ; on passe le pain aux Bédouins par cette porte de la manière suivante : un moine s’assied dans la porte et descend un panier avec du pain aux Bédouins, donnant à chacun sa part ; on appelle cette porte « la porte des pèlerins ».

Vis-à-vis de la porte s’élève le clocher où sont suspendues, au lieu de cloches, cinq plaques, dont deux en bois, deux en acier et une en pierre ; on utilise les quatre premières pendant toute l’année et les grandes fêtes, tandis qu’on ne frappe la plaque de pierre que pour annoncer la mort de quelque moine. En dehors de cette porte il y a un grand verger avec des vignes, d’autres fruits et des légumes, arrosé de sources d’eau.

C’est dans la partie inférieure de ce verger que les Israélites ont fait le veau d’or.

À droite du verger, dans sa partie supérieure, vis-à-vis de la porte du saint couvent se trouve le cimetière des moines. On y entre par une petite porte du côté occidental et l’on y voit deux grands édifices, l’un à droite et l’autre à gauche ; celui de droite est destiné aux moines supérieurs et aux Pères, tandis que celui de gauche est pour le commun des moines. Tous deux sont remplis des dépouilles mortelles des frères.

Anciennement, le cimetière se trouvait sous ces deux édifices, qui étaient des églises où l’on officiait tous les samedis.

Lorsque le cimetière fut plein, on dut déposer les nouveaux morts dans ces deux édifices. Il est à remarquer que les corps déposés ici n’exhalent aucune mauvaise odeur et n’ont subi aucune altération, ni putréfaction.

Ce couvent est dirigé par un évêque, un supérieur, un économe et quatre anciens ou archontes. Ils dirigent toutes les affaires du couvent et s’occupent de tout ce qui concerne les moines. Aucune femme ne peut y vivre, fût-elle reine, ni aucune femelle du genre animal, ni un très jeune homme, à moins que ce ne soit un pèlerin.


Le mont sacré du Sinaï.


Quand tu voudras y monter, tu devras sortir d’ici par la grande porte du couvent et, après avoir traversé la campagne, au Midi, à peu près à un demi-mille, tu t’approcheras du pied de cette montagne. Le chemin par lequel on y monte se présente sous la forme d’un escalier de pierre d’à peu près douze mille marches, selon l’histoire. Après être monté environ un mille, tu rencontreras une source d’eau douce et froide qu’on appelle « la source de Harrar ». Ce Harrar est le même qui a opéré de grands miracles en Égypte au mont Moukattame ; il est venu au mont Sinaï où il revêtit l’habit du moine, et se fixa dans ce lieu même, et Dieu (que Son nom soit loué) fit jaillir cette source, dont il but jusqu’à sa mort.

Après encore un demi-mille, tu trouveras l’église de Notre-Dame « la Gardienne ». Et voici ce qu’on en raconte :

« Dans le temps, il se propagea au couvent du Sinaï une masse de reptiles venimeux, tels que serpents, vipères, scorpions et de vilains insectes. Les provisions du couvent diminuèrent.

En même temps, les pères étaient toujours en lutte avec les Bédouins et les Barbares ; ils eurent l’idée d’abandonner le couvent et d’aller chacun de son côté. Mais avant de le faire, ils formèrent le commun projet de faire l’ascension du mont sacré et de s’y prosterner pour implorer la bénédiction de Dieu.

En revenant, pendant qu’ils descendaient et qu’ils s’étaient arrêtés à cet endroit, la Sainte Vierge leur apparut, mais ils ne la reconnurent pas, la prenant pour une des reines de l’Arabie. Sa figure brillait comme le soleil ; elle leur parla et les questionna sur leur état. Les moines lui contèrent en détail les circonstances dans lesquelles ils se trouvaient, et parlèrent de leur intention d’abandonner le couvent. La Sainte Vierge leur dit :

« Ne quittez pas ce couvent sacré et que personne de vous ne s’en aille. Dès ce jour et jusqu’à la fin du monde, la nourriture ne manquera pas aux moines et ils ne souffriront d’aucune privation. Vous ne verrez plus ni serpents, ni scorpions, ni insectes venimeux, et pas un seul des moines qui seront morts au service de ce couvent, n’entrera dans le feu de l’Enfer ». Après avoir prononcé ces paroles elle s’éleva au ciel et disparut à leurs regards. Ce n’est qu’alors que les Pères reconnurent que c’était la Mère de Dieu ; ils s’en réjouirent grandement et construisirent en ce lieu saint une église, comme preuve évidente du miracle opéré par Elle. Lorsque les moines furent descendus au pied de la montagne, ils trouvèrent près de la porte du couvent une caravane de deux cents chameaux, char gés de sacs remplis de toutes sortes de provisions, telles que : froment, graines diverses, huile et autres choses. Les moines demandèrent aux chameliers : Qui avait amené cette caravane ? À quoi ceux-ci répondirent : Un moine avec une barbe rare, du nom de Moïse, qui vient d’entrer au couvent. Les moines s’empressèrent de rentrer pour le chercher, mais ils n’y trouvèrent personne. Ils furent suivis des Bédouins qui virent l’image du Prophète Moïse suspendue au-dessus de la porte de la grande église.

Ils reconnurent sa figure, et déclarèrent aux Pères que c’était là l’homme qui avait guidé la caravane. Les moines furent donc persuadés que c’était le Prophète Moïse et remercièrent Dieu en le louant.

Depuis ce jour on n’a plus vu ni serpent, ni aucune bête nuisible, et les provisions n’ont jamais manqué.

Telle est l’histoire de l’église de « Notre-Dame la Gardienne ».

En avançant toujours, tu verras, non loin de cette église, une porte cintrée et encore une autre porte toute pareille ; après avoir fait quelques pas par le plateau uni, tu verras quatre belles églises. La première est dédiée à St-Élie le Vivant.

Sous le maître-autel de cette église se trouve une jolie grotte dans laquelle le Prophète Élie jeûna pendant quarante jours et quarante nuits. Le fait est qu’un jour il était endormi, près de Jérusalem, sous un térébinthe, et voilà qu’un ange lui apparut en disant : « Lève-toi, mange et bois, parce que tu dois faire un long voyage ». Quand il s’éveilla, il vit auprès de sa tête une corbeille de maïs et une cruche d’eau. Il mangea et but et se rendormit.

Après cela, il marcha pendant quarante jours et quarante nuits, sans manger autre chose jusqu’à son arrivée sur cette montagne, et il s’assit dans cette grotte.

Dans cette église se trouvent une chapelle dédiée au Prophète Élisée et une autre à Marie l’Égyptienne, et encore une autre à la Sainte Marina. Il y a une source d’excellente eau juste devant l’église. De là on monte au mont sacré du Sinaï et tout le chemin est en pierre ; l’ascension depuis l’église de St-Élie jusqu’au sommet de la montagne est très pénible. Quand tu seras arrivé au sommet du mont Sinaï, tu y verras le rocher sacré sur lequel se tenait le Prophète Moïse et qui se fendit au moment où Dieu parut devant lui. Ce rocher est du côté oriental et sa hauteur est de deux tailles d’homme et sa longueur est de six coudées. D’un côté du rocher est construite l’église de St-Michel, dont la muraille est posée sur le bord du rocher. En passant devant ce rocher tu entreras à l’église du Prophète Moïse, par une porte de fer. Elle est grande et extrêmement belle. C’est en ce lieu que Dieu a parlé au Prophète Moïse. Tu la traverseras pour entrer à l’église de l’Archange Michel. Si tu fais quelques pas en sortant de l’église du Prophète Moïse, tu verras une grotte où tu descendras par quatre degrés en pierre.

C’est la grotte en laquelle le Prophète a jeûné pendant quarante jours et quarante nuits, après quoi Dieu lui a donné les Tables de la Loi, sur lesquelles Il a écrit avec Son doigt.

Auprès de cette grotte se trouve une mosquée pour les musulmans, auprès de laquelle il y a un puits avec de l’eau douce.

Toute cette montagne sacrée est en pierre, continuellement brûlée par le soleil ; elle fond comme de la cire depuis que Dieu est apparu au Prophète Moïse, selon les paroles du Prophète David : « Les montagnes fondent comme la cire devant le visage du Seigneur ».

Lorsque, en descendant, tu reviendras auprès de l’église du Prophète Élie, tu iras, à peu près un mille à gauche, et tu y trouveras une petite église dédiée à Jean-Baptiste, entourée de maisons et de cellules ; et devant l’église tu verras une vigne et un puits d’eau froide.

À un mille de là, tu rencontreras l’église de St-Georges et une autre nommée église de la ceinture de Notre-Dame, vis-à-vis de laquelle se trouvent une vigne et une citerne.

Marche encore un demi-mille pour arriver à l’église du martyr Pantélémon, devant laquelle tu verras un bassin d’eau. Au-dessus de cet endroit on voit des cellules et une prison pour les enfants des rois.

Encore à un demi-mille de là tu trouveras l’église de St-Joachim et de Ste-Anna. Après les avoir visitées tu reviendras vers l’église de Pantélémon.

Il y a en tout douze églises sur le mont Horeb.

D’ici tu descendras au couvent de St-Loudja, situé à un mille de distance. Ce couvent est grand. Il possède une église voûtée, dédiée à quarante martyrs. Il y a beaucoup de cellules et une porte de fer. On a planté devant le couvent un grand verger avec beaucoup d’oliviers, divers arbres fruitiers et cinq sources d’excellente eau. Et l’église de St-Onuphre l’Anachorète est ici. Puis on monte vers la montagne de Ste-Catherine, qui se trouve à quatre milles du couvent de Loudja. Elle est très élevée et difficile à escalader. Quand tu arriveras à son sommet, tu verras qu’elle consiste en un rocher unique. Le corps de Ste-Catherine se trouvait sur la cime de ce rocher. Lorsqu’elle se mourait martyrisée à Alexandrie, elle pria Dieu de transporter son corps au mont sacré du Sinaï, et quand ses bourreaux lui eurent coupé la tête, les anges emportèrent son corps et le déposèrent sur cette montagne où il est resté pendant de longues années, gardé par deux anges assis à ses côtés jour et nuit, jusqu’à ce que Dieu voulut bien faire connaître l’histoire de ce miracle à l’évêque du mont Sinaï. Alors l’évêque se rendit en ce lieu avec ses moines et enleva le corps de Ste-Catherine qu’il déposa à la grande église, qu’on appelle depuis : « La grande église dédiée à Ste-Catherine », comme en témoignent les chroniques. L’endroit où le corps de la sainte était resté, sur la cime de la montagne, est encore visible aujourd’hui et le sera jusqu’à la fin des siècles. Il en est de même des places où étaient assis les deux anges, l’un à droite et l’autre à gauche.

En retournant vers le couvent de Loudja et le dépassant d’un mille, tu verras le rocher que Moïse frappa de son bâton pendant qu’il traversait le désert, d’où il fit jaillir douze sources d’eau, où vinrent boire les fils d’Israël. Sa hauteur, ainsi que sa largeur sont de deux tailles d’homme. À un mille de là se trouve une grande vigne, près de laquelle tu verras un grand couvent avec une porte de fer, et un grand verger contenant beau coup d’arbres fruitiers et de légumes pour les moines. Ce couvent s’appelle « Le couvent de la Colline ». Il a une église dédiée aux Apôtres et une quantité de cellules. Il y a, tout près du couvent, un grand jardin pour les malades. Il a été fondé par le Père David de Géorgie. Anciennement, il possédait trois églises, qui sont tombées en ruines et qui n’ont plus de toits.

Si tu t’éloignes du « couvent de la Colline » à la distance de trois milles, tu rencontreras le « couvent des pauvres », qui possède une église des Saints Cosme et Damien et une quantité de cellules. Il y a une porte de fer et une grande vigne, beaucoup d’oliviers, un verger avec des arbres fruitiers et cinq sources d’eau douce. En prenant la route du côté occidental, à une portée de fronde, on trouve l’endroit où la terre s’ouvrit et engloutit Dathan et les partisans d’Abiran, lors qu’ils se révoltèrent contre Moïse.

À un mille du « couvent des pauvres », tu descendras dans la vallée de Talah (Ouadi-Talah) où tu trouveras un couvent en ruines, qui servit de prison pour les moines repentants, à l’époque de l’auteur de « L’échelle des vertus » St-Jean Climaque. En continuant ta route tu trouveras, à la distance d’un mille, un grand rocher sous lequel se trouve une grande grotte, qu’avait habitée le même saint lorsqu’il écrivait son livre. Il y resta pendant quarante ans, après quoi il fut élu supérieur du couvent. Il faut faire cinq milles pour revenir au couvent du mont Sinaï.

Voici, mon frère en Jésus-Christ, la description du couvent du mont Sinaï.

Toutes les provisions des pères, telles que : froment, graines, farine, boissons et habits, tout vient de l’Égypte, par un chemin qui traverse le désert inhabité, qu’on ne quitte pas de treize jours. Quant à l’huile d’olives, l’huile de sésame, les sirops, etc. ils viennent de Gaza et de Ramlé.

De là, il y a dix-huit jours de route et le transport des vivres coûte plus cher que les produits mêmes.

Sur tout le parcours de cette route il n’existe qu’une source d’eau, parce que la pluie ne tombe dans ce désert qu’une fois en plusieurs années.

Ce couvent possède beaucoup de reliques et autres objets sacrés. Et il n’y a plus un seul insecte d’aucun genre, comme nous l’avons dit plus haut. Et les céréales, les graines diverses et le pain, ne sont jamais gâtés par les vers, même s’ils y restent pendant vingt ans.

Quant aux moines, ils sont en guerre continuelle avec les Bédouins et en lutte avec les intrus de toute espèce, parce que les Bédouins viennent tous les jours au couvent, pour prendre tout ce qui leur tombe sous la main ; en outre, ils insultent et battent les moines, puisqu’il n’y a ni gouverneur, ni juge, ni police, dans les parages du couvent. Tous les Bédouins sont des barbares portés au mal, des assassins, et les moindres d’entre eux sont aussi arrogants que les plus grands.

Tous les habitants de ce désert, à deux mois de route à la ronde, ne sont que des Bédouins barbares et sauvages. Si, ce dont Dieu préserve, les moines s’avisaient de refuser quelque chose à ces brigands, ceux-ci les attaqueraient, leur couperaient le passage et s’empareraient de tout ce qu’on leur envoie de l’Égypte et de Gaza.

Apprends, mon cher frère, que lorsque tu voudras te rendre du couvent sacré au port de Tour (ou Raïfa), tu marcheras vers le midi une demi-journée entière, à travers des campagnes ouvertes, après quoi tu descendras dans la vallée qu’on appelle « Ouadi-Açla ». Anciennement, cette vallée appartenait au couvent ; il s’y trouve beaucoup de sources d’eau douce et de dattiers. Il faut une bonne journée de marche pour la traverser. Puis tu iras à l’Occident par une plaine sablonneuse, d’où tu arriveras au port de Tour, après une demi-journée de marche. Le nom biblique de cette ville était Raïthôa. Elle est située au bord de la Mer Rouge et sert de port aux vaisseaux qui viennent des Indes pour apporter des épices et autres marchandises, et aux marchands qui se rendent aux Indes, à Suid, à Iémène, à Adène, à Souakime et à Calcutta. La plupart des habitants de Tour sont des chrétiens assez riches. Si tu vas à l’Occident de cette ville à la distance de quatre milles, tu trouveras le couvent de Raïthôa, qui n’a point d’évêque. St-Jean Climaque présenta son livre « L’échelle des vertus » au supérieur de ce couvent. Ses moines furent massacrés par les barbares et leurs corps sont ensevelis au couvent du mont Sinaï. Vis-à-vis du couvent se trouve une source d’eau douce où s’abreuvent les habitants de Tour et les voyageurs.

À un mille vers l’Occident de ce couvent se trouve Salime, la ville mentionnée dans la Bible, lorsqu’on y dit que Moïse fit passer les fils d’Israël par le désert de Salime. Il y avait douze sources d’eau et soixante-dix dattiers. Les sources existent encore et existeront jusqu’à la fin des siècles. Entre autres il s’y trouve une source chaude où les habitants de Tour viennent faire leurs ablutions. Quant aux palmiers dattifères, leur nombre s’est augmenté au point qu’on ne peut les compter. La plupart de ces palmiers sont la propriété du couvent du mont Sinaï.

De là tu marcheras à l’Occident en traversant une grande montagne en pierre blanche, dont l’ascension est fort pénible. Après l’avoir passée tu verras, tout près, la Mer Rouge qui s’étend du côté Sud.

Il y a sur cette montagne beaucoup de cellules d’anachorètes, habitées jusqu’à présent. Devant ces cellules, il y a un puits d’eau douce.

À l’Occident de cette montagne se trouve un couvent caché, selon la mention du livre des Pères du mont Sinaï.

Si tu veux revenir de Tour en Égypte, tu marcheras vers l’Occident pendant trois jours, jusqu’à ce que tu arrives à la Mer Rouge que tu traverseras à gué à la distance d’un mille, vu qu’on ne peut la traverser en nul autre endroit[4]. Cet endroit s’appelle « Mahadate » (passage). De là tu marcheras pendant une journée pour arriver à la route du Sinaï, par laquelle tu iras à l’Occident, jusqu’à ce que tu arrives en Égypte, avec l’aide de Dieu.


Le chemin de Jérusalem à Gaza et de Gaza au mont Sinaï.


Apprends, mon cher frère en notre Seigneur, que tu dois d’abord marcher pendant une longue journée, de Jérusalem à Hébron. Il y a sept stations le long du chemin. De Hébron à Gaza il y a deux jours de marche avec cinq arrêts. En te mettant en route de Gaza au mont Sinaï, tu dois te munir de tout ce qu’il faut pour boire et manger, et remplis ton outre d’eau, car ce désert est le vrai désert des fils d’Israël, où tu ne rencontreras ni ville, ni village, ni station. C’est un immense désert vide et sablonneux, et tu devras coucher où la nuit te surprendra. Tu auras le soin d’abreuver ton chameau, car aucun autre animal ne peut traverser ce désert.

De Gaza à Ouadi-el-Arîche, il y a une distance de quatre jours et il n’y a que de l’eau salée.

De cette vallée tu marcheras encore deux jours jusqu’à la source surnommée « Hassanà », source d’eau amère et salée.

De Hassanà tu marcheras trois jours pour atteindre la vallée des Palmiers (Ouadi-Nakhl), où l’eau est salée. Il y a deux puits très profonds dont on retire l’eau à l’aide de chameaux, qui, en tournant autour du puits, versent l’eau dans deux grands réservoirs. Les caravanes des pèlerins égyptiens takraurj et kataurj[5] s’arrêtent ici. De Wadi-el-Nakhl tu marcheras trois jours jusqu’à Nakb-er-Râkina, où tu trouveras de l’eau douce. De là tu descendras par une côte très escarpée, pendant presque une journée, jusqu’à Er-Ramlatèïne, où tu quitteras la route de Tour et tu marcheras pendant trois jours jusqu’à la source salée d’Akhdar. Tu n’auras qu’une journée de marche d’ici au couvent du Sinaï où tu entreras en paix ; que Dieu le conserve jusque dans les siècles des siècles. Amen. Voilà tout ce que nous avons appris concernant le couvent du mont sacré du Sinaï et les chemins qui y mènent de Gaza et d’Égypte.

Que le bon Dieu nous garde par la bénédiction des églises de ce couvent, les prières de ceux qui en ont soin, l’intervention du Saint Prophète Moïse et Notre-Dame la Mère de Dieu et la bienheureuse Catherine et tous les saints.


Amen.
  1. En hébreu et en arabe, « mourràne » veut dire « très amer ».
  2. Dénomination de l’une des trois portes, celle du milieu, qui enferment l’autel à l’église orthodoxe.
  3. Il a oublié la sixième.
  4. Cet endroit est très étroit : l’eau s’en éloigne à certaines époques de l’année.
  5. Noms d’endroits.