Réflexions près du Mont Rydal

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher

AnonymeHenry Grazebrook

Réflexions près du Mont Rydal




               Elle se mirerait encor……
Mais voilà qu’à ses yeux sous des formes étranges
Divinités du lac apparaissent deux anges ;
       Leur armure est d’écailles sur fond d’or.
               Sans oublier son point de mire,
               Notre Sélima les admire.

               Et puis elle étend tout d’abord,
Le poil de sa moustache, et puis après la patte,
Et puis se rapetisse ainsi qu’un acrobate,
       Et puis s’allonge, et cela jusqu’au bord,
               Pour attraper si belle proie
               Elle cherche à se frayer voie.

               Du poisson !… pour un tel butin
Chatte ferait ce que pour de l’or fait la femme !…
Elle allongea les doigts, soit dit sans épigramme
       Sur le rebord…. Et puis dans le bassin
               Tomba tête en avant…. le Diable
               Rit d’un rire incommensurable !

               Huit fois elle surgit de l’eau,
Huit fois elle invoqua Neptune et les Naïades,
Huit fois en dépit d’elle, elle but huit rasades,
       Huit fois enfin elle appela son beau,
               Rien ne vint – ni Tom, ni Suzanne !…
               Il lui manqua même sœur Anne !…

               Apprenez donc, jeunes Beautés
Qu’un faux pas n’est jamais fait qu’avec une entorse,
Qu’audace est bien souvent prélude de divorce,
       Que tous désirs ne sont pas voluptés,
               Et que le clinquant, d’aventure,
               N’a de l’or que la couverture



Réflexions près du Mont Rydal.



Es-tu donc bien parti ?… Je croyais dans mon âme
Sentir de ton regard la douce et pure flamme,
Cependant que mon corps devant ton nom muet
En extase, pensif et frémissant restait.
L’imagination me créait les merveilles
Du lac, – et de ces vers le doux fruit de tes veilles.


Es-tu donc bien parti ? … Je croyais ressentir
Cette vibration dont j’aimais à jouir
Quand ta voix s’élevait tranquille, harmonieuse,
Et frappait la paroi de mon oreille heureuse.
Oh ! ce n’était hélas ! que le soupir d’été
À la brise venant parler d’éternité.

Mais es-tu donc parti ?… Cette noble prestance
Qu’avait mûri des ans la nombreuse séquence,
Elle a donc trépassé !… Deux mots – deux seuls [1] font foi
Que dans ta Majesté simple tu gis là – Toi !
Mais tous ces beaux ressorts, ces jeux d’un Esprit Maître
Après ta vie, à Toi, tu les laisses paraître ;
Ils sont chargés de dire à tous comme à chacun,
La langue du Très Haut, du Triple qui n’est qu’Un,
Que chacune des fleurs qui naît sur notre terre,
De ta sainte harmonie est le vocabulaire.

Se tenir sur le point où planait ton regard,
Admirer la beauté des lacs – un monde à part,
Du poëte sentir l’ineffable puissance,
Et de son art divin diviniser l’essence,
Ô Wordsworth ! qui n’est plus ! voilà ce que produit
Ton tant doux souvenir sur chaque noble Esprit !



Le vieux temps ! le vieux temps ! le gai ! le bon vieux Temps !
           Alors que j’étais jeune et libre,
Quand de Pasque entendais les carillons charmants,
Qui de mon cœur ému venaient toucher la fibre.
Mon frais rameau de Pasque à mes côtés placé,
Ma croix en mains, mon cœur en repos, pas glacé,
           L’espérance d’un jour prospère,
           Et du beau soleil sur la terre !
           Le vieux temps ! ô le bon vieux temps !




  1. In Grasmere Churchyard a simple slab, inscribed : “William Wordsworth” marks the Poet’s grave. – Henry Grazebrook