Réflexions préliminaires des vrais principes politiques/État malheureux de la généralité du monde par l’iniquité de ses gouvernemens

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IX.

État malheureux de la généralité du monde par l’iniquité de ses gouvernemens.

En parcourant l’histoire, et en jetant les yeux sur le monde entier, on reconnaît qu’elle a été, et quelle est encore la malheureuse situation de l’espèce humaine, sous les chaînes des oppresseurs, dans la plus grande partie du monde. Un prince d’esclaves est le pire des hommes ; c’est un bourreau public qui, pour un sceptre, s’arme du glaive. Il ne tire sa prétendue grandeur, ses richesses, sa splendeur et sa sécurité, que de la misère, de la pauvreté, des dangers, de la ruine et de la destruction de ceux qu’il gouverne. Leur condition est au-dessous des bêtes des champs qui jouissent, du moins, en liberté, de la pâture, de l’air et de l’eau ; ils vivent à la merci d’un tyran, dont la politique consiste dans la terreur et l’oppression. La vie de millions d’hommes, et leurs propriétés, sont à la discrétion d’un être qui, sans justice, et sans humanité, dispose souverainement du genre humain.

À peu d’exceptions, tel est le déplorable état de l’Asie, de l’Afrique, et encore d’une partie de l’Europe.

Il n’y a que le gouvernement fondé sur la liberté qui puisse être un bien public ; sans la liberté le gouvernement est une malédiction, une garantie pour commettre, avec impunité, tous les crimes.