Réflexions sur l’esclavage des nègres/Chapitre VII

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Société typographique (p. 29-30).

VII.

Qu’il faut détruire l’eſclavage des Negres, & que leurs maîtres ne peuvent exiger aucun dédommagement.


Il ſuit de nos principes que cette juſtice inflexible, à laquelle les Rois & les nations ſont aſſujettis, comme les citoyens, exige la deſtruction de l’eſclavage.

Nous avons montré que cette deſtruction ne nuiroit ni au commerce, ni à la richeſſe de chaque nation, puiſqu’il n’en reſulteroit aucune diminution dans la culture.

Nous avons montré que le maître n’avoit aucun droit ſur ſon eſclave, que l’action de le retenir en ſervitude n’eſt pas la jouiſſance d’une propriété, mais un crime ; qu’en affranchiſſant l’eſclave, la loi n’attaque pas la propriété, mais ceſſe de tolerer une action qu’elle auroit dû punir par une peine capitale. Le Souverain ne doit donc aucun dédommagement au maître des eſclaves, de même qu’il n’en doit pas à un voleur, qu’un jugement a privé de la poſſeſſion d’une choſe volée. La tolerance publique d’un crime abſout de la peine, mais ne peut former un véritable droit ſur le profit du crime.

Le Souverain peut, à plus forte raiſon, mettre à l’eſclavage toutes les reſtrictions qu’il jugera convenables, & aſſujettir le maître aux taxes, aux gênes qu’il voudra lui impoſer. Une taxe ſur les terres, ſur les perſonnes, ſur les conſommations, peut être injuſte, parce qu’elle attaque la propriété & la liberté, toutes les fois qu’elle n’eſt pas une condition, ou néceſſaire au maintien de la ſociété, ou utile à celui qui paye l’impôt. Mais, puiſque les poſſeſſeurs d’eſclaves n’ont point ſur eux un véritable droit de propriété, puiſque la loi qui les ſoumettroit à des taxes, leur conſerveroit la jouiſſance d’une choſe, dont non-ſeulement elle a droit de les priver, mais que le légiſlateur eſt même obligé de leur ôter, s’il veut être juſte : cette loi ne ſauroit être injuſte à leur égard, par quelque ſacrifice pécuniaire qu’elle leur fît acheter une plus longue impunité de leur crime.