Réfutation des sectes/Livre 2

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LIVRE DEUXIÈME.

RÉFUTATION DE LA RELIGION DES PERSES.




1. Tandis qu’il n’y avait encore rien, disent-ils, ni cieux, ni terre, ni aucunes autres créatures qui sont dans les cieux ou (sur la) terre, était un nommé Zérouan, (mot) qui se traduit : * sort ou gloire. Mille ans il fit sacrifice, afin qu’un fils lui advînt, dont le nom (serait) Ormizt, qui fasse les cieux et la terre, et tout ce qui y (est), et, après mille ans de sacrifices faits, (Zérouan commença à réfléchir, et dit : * De quelle utilité sera le sacrifice que je fais ? m’adviendra-t-il un fils Ormizt, ou ferai-je enfin des efforts ? Et pendant qu’il pensait encore cela, Ormizt et Arhmèn furent envoyés (ou conçus) dans la matrice de leur mère. Ormizt, d’après le sacrifice fait, et Arhmèn, d’après le doute (exprimé) ; puis instruit (de cela), Zérouan dit : Deux fils sont ici dans ce ventre. Celui qui d’ (entre) eux viendra le premier à moi, je le ferai roi ; et Ormizt, ayant connu les pensées de son père, (les) révéla à Arhmèn. Il dit : * Zérouan, notre père, a pensé que celui qui de nous viendrait à lui le premier, il le fera roi. Ce qu’ayant entendu, Arhmèn troua le ventre (de sa mère), et alla se présenter devant son père ; et l’ayant su, Zérouan ne sut pas qui il était, et il demandait : Qui es-tu ? et lui (Arhmèn) dit : * Je suis ton fils. (Mais), dit Zérouan, * mon fils est d’une odeur suave, et lumineux, et toi, tu es ténébreux et puant. Et tandis qu’ils parlaient encore entr’eux, Ormizt étant né à son heure, lumineux, et d’une odeur suave, vint se présenter devant Zérouan ; et, l’ayant vu, Zérouan sut qu’il était son fils Ormizt, pour lequel il faisait des sacrifices ; et ayant pris les baguettes qu’il avait en main, il (les) donna à Ormizt, et dit : * Jusqu’à présent, pour toi, je faisais des sacrifices ; dès ce moment, tu en feras pour moi ; et, en lui donnant les baguettes, Zérouan de bénir Ormizt. Arhmèn s’étant (alors) présenté devant Zérouan, lui dit : * N’as-tu pas ainsi fait serment ? que celui qui, de mes deux fils, le premier viendra à moi, je le ferai roi ? Et Zérouan, pour éluder son vœu, dit à Arhmèn : Oh ! être faux et malfaisant, qu’il te soit donné un règne de neuf mille ans, et j’établirai Ormizt roi sur toi, et, après neuf mille ans, Ormizt régnera, et tout ce qu’il voudra faire, il le fera. Alors Ormizt et Arhmèn commencèrent à faire des créatures, et tout ce qu’Ormizt faisait était bon et droit, et ce qu’Arhmèn faisait était mauvais et tortu.

2. À ces discours impies, à ces billevesées d’esprits ignares, fantastiques, il ne fallait pas du tout faire réponse ; car suffisante était leur ineptie pour les confondre, (et confondre la fausseté) de leurs paroles qui s’entre-choquent les unes les autres, et sont contraires les unes aux autres. Mais, comme par cela même, les chefs de leur religion paraissent en grande estime à ceux qui leur obéissent, et, jetant (pour ainsi dire) le lacet sur eux, les entraînent dans l’abîme, il faut donner une réponse, et montrer que (ces chefs) ne disent rien de plus que (ce qu’a dit) Mani, qu’ils ont eux-mêmes écorché.

Car lui (Mani) dit (qu’il y a) deux racines, (l’une) du bien et (l’autre) du mal, et cela non par projection et naissance, mais existantes d’elles-mêmes et contraires l’une à l’autre ; et ceux-là (les mages) disent la même chose, (comme produites) par les désirs de Zérouan au moyen de projection et de naissance ; et, si c’est même religion des deux (côtés), pourquoi les mages haïssent-ils les sectaires (de Mani), si ce n’est qu’ils sont séparés entre eux par les mœurs, quoique (ce soit) par les formes et non par la réalité ? Mais, dans une seule et même religion, ils sont deux (partis) ; ceux-là admettent deux racines, et ceux-ci de même ; ceux-là adorateurs du soleil, et ceux-ci serviteurs du soleil ; ceux-là attribuent le souffle à toute chose inanimée, et ceux-ci pensent de la même manière.

Mais, c’est que Mani a voulu feindre des mœurs plus excellentes que les leurs, comme s’il était tout à fait libre des passions, des désirs (charnels), non pas plus qu’eux seulement, mais aussi plus que (les croyants de) toutes religions, d’où (il arriva que), ayant été accusé de séduction (envers) de jeunes filles, il fut privé de la vie par une mort (cruelle), il fut écorché. Par là, il est évident que, par les mœurs seulement sont séparés les uns des autres (les Perses et les Manichéens).

3. Or, laissant ceux-là, nous demanderons à ceux-ci : Zérouan, qu’ils disent antérieur à tout, était-il (un être) parfait ou imparfait ? S’ils disent qu’il était parfait, qu’ils écoutent ceci : S’il était parfait, avait-il donc besoin de demander à quelqu’un un fils, qui vienne et fasse les cieux et la terre ? car s’il était parfait, il était lui-même capable de faire les cieux et la terre ; puis, s’il était imparfait, il est évident qu’il était quelqu’un au-dessus de lui, qui pouvait remplir (le vide de) son imperfection ; et, s’il était quelqu’un au-dessus de lui, il fallait à ce quelqu’un faire les cieux et la terre, et tout ce qui s’y trouve, pour montrer sa bienfaisance et sa puissance, et non pas accorder à Zérouan un fils qui fasse les cieux et la terre, et tout ce qui s’y trouve.

Mais, disent-ils, à la gloire il faisait sacrifice.

Nous demanderons : la gloire, de qui lui était-elle advenue ? puisqu’il était éternel, il était glorifié. Si par quelqu’un lui était donnée la gloire, il faut penser qu’il était quelqu’un au-dessus de lui, plus puissant et plus glorieux, d’où lui est arrivée la gloire. Puis, s’il n’y avait personne au-dessus de lui, il était en vain de faire des sacrifices millénaires ; car la gloire n’est pas à l’état de personne ; mais, d’après le bonheur d’un individu, on dit gloire, comme, d’après l’infortune d’un individu, on dit adversité ; et ces deux (états) sont produits d’accidents, et non constitutions de personnes.

Autre (chose) encore ; car si le soleil et la lune n’étaient pas encore produits, (ces astres) par qui les heures, et les jours, et les mois, et les années sont réglés, (ce compte de) mille ans, d’où paraissait-il ? car il n’y avait pas dans l’espace d’astres qui réglassent le nombre des jours, et des mois, et des années ; mais il est évident que pleines de sottise sont ces balivernes.

Puis encore, si les cieux et la terre et ce qui s’y trouve n’était pas, où (donc Zérouan) faisait-il sacrifice ? ou, avec quoi ? Quand la terre n’était pas, ni les plantes qui (viennent) d’elle, d’où trouvait-il (à tirer) des baguettes à avoir en main, ou que sacrifiait-il donc, puisque les brutes n’étaient pas encore formées ? Et ce qui est plus stupide que tout (le reste), mille ans, disent-ils, il fit sacrifice, et, après mille ans, il douta et dit : * M’adviendra-t-il Ormizt, ou n’adviendra-t-il pas, et travaillerai-je en vain ? et par là, (Zérouan) montre que Zérouan était impuissant, besoigneux et sans connaissance. La cause des maux, c’est lui-même et non pas Arhmèn ; car si lui (Zérouan) n’avait pas douté, comme ils disent, Arhmèn ne serait pas advenu, (Arhmèn) qu’ils proclament créateur des maux ; mais il douta, ce qui est incroyable et plein de confusion.

Car jamais d’une seule (et même) source deux flux ne sortent, l’un doux et l’autre amer ; ni d’un seul et même arbre deux fruits, l’un suave et l’autre acerbe. Or, si (comme) doux ils reconnaissent Zérouan, ils ne doivent pas penser sorti de lui un fruit amer, Arhmèn ; et s’ils tiennent (Zérouan) pour amer, il n’y a pas de raison pour admettre (comme sorti) de lui un fruit doux, Ormizt. Ainsi leur convient le langage divin, qui dit : * Ou faites l’arbre doux, et son fruit doux aussi ; ou faites l’arbre amer et son fruit amer ; car, d’après l’arbre, son fruit est connu.

Et si les créatures restent chacune dans leur (état) de formation, et jamais ne dépassent les limites à elles assignées, combien plus encore Zérouan, s’il était un être immortel, et cherchait les moyens de faire des créatures, soit par lui-même, soit par autrui, soit par son fils, comme ils disent, devrait montrer quelque ordre et non pas désordre et confusion !

Car jamais nous n’avons vu que des vaches donnassent naissance à des ânes, ni des ânes à des bœufs, ni des loups à des brebis, ni des brebis à des renards, ni des lions à des chevaux, ni des chevaux à des serpents. Mais seulement il est une propagation que les hommes ont inventée en dehors des règles de la nature, (propagation qui consiste à) faire naître des mulets (de l’accouplement) des chevaux et des ânes ; et ces (produits ou mulets) sont sans sperme et sans génération ; car ils n’ont pas été établis par Dieu, mais par une invention des hommes. Or, Zérouan, s’il était bœuf, comment engendrerait-il le scorpion Arhmèn ? et, s’il était loup, comment engendrerait-il l’agneau Ormizt ? Ne sont-ce donc pas là des sottises de l’imagination des hommes ?

Car Zérouan est fait homme, personnage fameux chez les Titans. Comme sont habitués les Grecs, les Arik et toutes les nations des païens à prendre les braves pour fils de dieux ; considérant (sous ce point de vue) le chef de la religion des Perses, puisque les hommes de ce pays le tiennent pour Dieu, moi, quant à la création même des cieux et de la terre, et de toutes les créatures, je supposerai (qu’ils la font émaner) de lui.

Et, comme véritable est ce discours, de là il est évident que (Zoroastre) institue sa religion à la manière humaine, et que par (voie d’) engendrement et de naissance il compose cette religion ; car d’abord il publie comme (provenant) d’un seul père les naissances de deux créateurs, (savoir celui) du bien et (celui) du mal, et puis, par (voie d’) inceste avec la mère et avec les sœurs, il introduit la créature des astres, et cela non pour autre chose, si ce n’est à cause de la sensualité et de l’agréable concupiscence ; car, ayant égard à la nation des Arik, (voyant) qu’ils étaient portés aux femmes, d’après cela propice à ces inclinations, il a combiné ses lois, afin que, quand (les Arik) entendront dire de leurs dieux qu’ils se sont portés à d’infâmes mélanges, eux aussi, en leur ressemblant, commettent indistinctement les mêmes turpitudes, ce dont est bien éloignée la Divinité qui est en haut ; car Dieu, (pour) avoir un fils, n’use pas du mariage ; mais (il a ce Fils) de toute éternité, comme la raison de l’intelligence, le flux de la source, la chaleur du feu, l’action lumineuse du soleil ; et non pas, comme ils l’assurent, que Zérouan avait besoin qu’un fils lui advînt, dont le nom serait Ormizt.

Ô sottise ! Nulle part de fils présent, et (Zérouan) imposait un nom à qui n’était ni conçu ni né ; à tous les enfants, après leur naissance seulement des noms sont imposés, et lui (Zérouan), comment avant la naissance (de son fils), lui imposait-il le nom Ormizt ? si ce n’est qu’il croyait que justement il lui viendrait un fils ; et, s’il le croyait, pourquoi douta-t-il, et fut-il par son doute cause de la naissance d’Arhmèn ? d’où (vient que) les maux sont entrés dans le monde ; et, chose encore étonnante, c’est que l’un (des enfants), d’après un sacrifice fait pendant mille ans, était à peine produit, l’autre aussitôt du doute (était le résultat).

Puis (lui, Zérouan), qui sut que deux fils étaient ici dans le ventre (de leur mère), pourquoi ne sut-il pas aussi cela : que l’un (était) bon et l’autre mauvais ? et s’il le sut, et ne détruisit pas le mauvais (fils), il est lui-même cause du mal ; puis, s’il ne le sut pas, comment est-il croyable qu’il connût l’autre ? Et, si alors il ne comprit pas (la vérité), quand il vit le ténébreux et puant (Arhmèn), ne le sut-il pas alors ? Mais il le sut et le vit, et fit roi (cet être) ténébreux ; il est lui-même cause des maux, par cela même qu’il n’anéantit pas le mauvais (fils), mais même lui donna un règne de neuf mille ans ; et sur qui donc le fit-il régner, si ce n’est sur les bonnes créatures produites par Ormizt, pour les tourmenter en mêlant avec elles ses mauvaises créatures ?

Mais aussi, quant à Ormizt, disent-ils, Zérouan le fit régner sur Arhmèn.

Si Ormizt était son roi, comment lui donnait-il ses bonnes créatures à tourmenter ? Si le père n’a pas soin des créatures de son fils, par cela même qu’il les a livrées aux mains du mal, et le fils comment ne ménage-t-il pas les siens ? (Est-ce) par impuissance ou par méchanceté ? Si, par impuissance, il ne les préserve pas, donc à présent il ne lui est pas (donné) de régner, ni même à la fin, il ne peut vaincre, comme ils disent. Mais, si (c’est) par méchanceté (qu’il ne préserve pas les siens), il se trouve que non-seulement le père, qui a fait régner le mauvais fils, est responsable des maux, mais même son fils (Ormizt) qui fut complice de son père et libérateur du méchant (Arhmèn), ou plutôt cause de son irruption.

Puis, comme (Zérouan) donna le royaume à ses fils ; à l’un (pendant) neuf mille ans, et à l’autre pour toujours, dans quel ordre était-il donc, lui (Zérouan) ? car, tandis qu’il n’y avait encore rien, il n’était roi de personne, car il n’était créateur de rien ; et, quand ses fils furent (nés), ils furent créateurs, l’un des biens, et l’autre des maux, et ils furent rois, l’un temporairement et l’autre éternellement ; et Zérouan resta dépourvu (du pouvoir) de création et de royaume. Il n’est pas créateur, car il n’a rien fait ; il ne fut pas roi, car de quelles créatures serait-il roi ? Et il est évident qu’il n’y eut jamais de Zérouan et qu’il n’y en a pas ; car quiconque est quelqu’un, est ou créateur ou créature. Or, lui (Zérouan), comme il n’est ni créateur ni créature, jamais (il ne fut) Dieu, il ne l’est pas et ne le devint point.

4. Mais, comme Zérouan, disent-ils, a pensé cela dans son esprit : Si l’un de mes enfants vient le premier vers moi, je le ferai roi, Ormizt le sut et découvrit le projet à Arhmèn.

Si Ormizt connut la pensée de son père, pourquoi ne connut-il pas le projet de son perfide frère, qui troue le ventre (de leur mère), s’élance, et va en avant pour prendre le royaume, qui par malheur devait lui advenir à lui et à ses créatures ? car, d’abord l’ayant rejeté en arrière, (Arhmèn) maltraitera (Ormizt), et puis, pendant neuf mille ans, (Ormizt) sera affligé, désolé, par suite du mauvais œil lancé sur ses bonnes créatures, que (Arhmèn) vaincra, corrompra ; ou bien Zérouan, qui sut la conception de ses deux fils dans le ventre de leur mère, quand devant lui se présenta Arhmèn, pourquoi ne le connut-il pas ?

Puis (Zérouan), qui savait son fils Ormizt être d’une odeur suave, et lumineux dès le ventre (de sa mère), comment ne sut-il pas que son autre fils était puant, et ténébreux ? N’est-il donc pas évident que ce ne sont pas choses certaines qui sont racontées par eux, mais fables et sottises ?

Et encore une autre chose qui est plus incroyable que tout, (c’est) que l’un (des fils), d’après un sacrifice de mille ans, était à peine produit, l’autre aussitôt d’après le doute advint ; et, si d’après ce doute advint le fils Arhmèn, (Zérouan) ne devait pas l’appeler son fils ; car s’il était son fils, il était semblable à lui, ou bon, si (son père Zérouan) était bon, ou mauvais, s’il était mauvais. Est-ce qu’aussi leur père Zérouan était bon et mauvais, et de la bonne veine lui advint le bon fils, et de la mauvaise artère (naquit) le mauvais (fils) ? S’il n’en était pas ainsi, (Zérouan) n’appellerait pas le méchant son fils et ne lui donnerait pas le royaume. Mais, si (Zérouan) était lui-même bon, il anéantirait le méchant, et au bon donnerait le royaume ; par là il deviendrait lui-même (digne d’un) nom illustre, et ne rendrait pas son bon fils Ormizt toujours contristé. Mais de tout cela il est évident que jamais il n’y eut de Zérouan père des dieux, et donateur de royaumes.

5. Ils disent encore : Les baguettes que (Zérouan) avait en main, il les donna à son fils Ormizt, et dit : Jusqu’à présent pour toi j’ai fait des sacrifices, dorénavant tu en feras pour moi.

Or, si (Zérouan) faisait des sacrifices pour lui (Ormizt), afin qu’à lui (Zérouan) il lui advînt un fils ; Ormizt au sujet de qui faisait-il des sacrifices pour Zérouan ? Est-ce que quelque soupçon était venu de quelque part (à Zérouan), et que, à cause de cela, il avait enjoint à Ormizt de faire des sacrifices pour lui ? Est-ce que celui de qui il sollicitait un fils, en lui donnant ce fils, en prendrait sa part ? Si cela était dans son esprit, les baguettes ne pouvaient pas l’aider ; et, en lui donnant ces baguettes, (Zérouan) ne dit point à Ormizt : Tu me feras des sacrifices, pour montrer qu’il était quelqu’un à qui lui, (Zérouan), pour son fils faisait des sacrifices, et (Zérouan) ordonna à son fils (Ormizt) de faire à cet être des sacrifices pour lui.

S’il était quelqu’un au-dessus de lui (Zérouan) et de son fils, (quelqu’un) à qui ils faisaient des sacrifices, il fallait croire ce quelqu’un cause de (Zérouan et d’Ormizt), et créateur de tous, et non pas (croire) Zérouan cause d’Ormizt et d’Arhmèn, et ceux-ci créateurs des maux et des biens ; (plutôt) que de donner à Zérouan un fils créateur, celui qui était au-dessus de Zérouan ne pouvait-il pas, par lui-même, faire les cieux et la terre et tout ce qui s’y trouve, comme il a été dit précédemment, et montrer (ainsi) sa puissance et sa bienfaisance ? ou, si de son fils Arhmèn Zérouan avait quelque soupçon, et à cause de cela donnait les baguettes à Ormizt, afin que, par (la vertu de) ces baguettes, en faisant des sacrifices à un être supérieur, il fût sans inquiétude ; donc il fallait qu’il y eût quelqu’un là à qui il fit des sacrifices, et, s’il était quelqu’un là à qui il y avait obligation de faire des sacrifices, donc Zérouan n’était pas éternel, mais produit par quelqu’un, et il fallait s’enquérir de qui il provenait, et qui était celui à qui il faisait lui-même des sacrifices, et qui était celui à qui il ordonna à son fils de faire des sacrifices pour lui ? car il n’est pas possible à quelqu’un de prendre commencement d’être, si d’un autre il ne prend (ou ne reçoit) l’être. Et Dieu seul pourrait faire de rien quelque chose, comme il veut. Donc, qui est-ce qui a fait Zérouan, si ce n’est Dieu, à qui (Zérouan) faisait des sacrifices, (Dieu) qui lui donna un tel fils, afin que (ce fils) fasse les cieux et la terre et tout ce qui s’y trouve ? Il est étonnant que lui-même ne fit pas (tout cela), et put donner au fils de Zérouan le (pouvoir de) le faire.

Mais il n’y avait personne là, disent-ils, à qui Zérouan faisait sacrifice : s’il en est ainsi, Zérouan même n’était point ; et c’est une chose bien digne de moquerie, que qui n’était pas, à qui n’était pas, pour qui n’était pas faisait des sacrifices.

6. Mais si fortune était, comme ils disent, Zérouan, donc de quelqu’un il était la fortune. Et, quel était donc celui dont il était la fortune ? car fortune n’est rien à l’état de personne, mais accident de prospérité ; comme de la justice est appelé le juste, de la vaillance le vaillant, de même aussi de la gloire (est appelée) la fortune. Donc, si fortune était Zérouan, il n’était rien à l’état de personne. D’où il est évident que même n’était pas du tout Zérouan.

Et si, comme ils disent, du doute fut conçu Arhmèn, d’abord, il lui fallait (à lui Zérouan) douter, car aussitôt un fils lui serait advenu, et non pas attendre mille ans, faire des sacrifices afin qu’il lui naquît un fils. Cependant, il lui arriva bon et méchant (fils, le méchant) prit de ses mœurs sa méchanceté, et non de la naissance même ; car il n’était pas possible à une seule matrice de recevoir le fabricateur des maux, et le créateur du bien ; car si (cette matrice) était mauvaise, du méchant seulement elle devait être le réceptacle ; et, si elle était bonne, du bon (seulement) elle devait être le contenant ; car le bon et le méchant dans une même (matrice) ne pouvaient advenir ; comme les loups et les agneaux d’une même matrice ne naissent point. Le côté du bien, ils le supposent émané de la part d’Ormizt, (tels que) les bœufs, les brebis et autres animaux utiles ; le côté du mal, (ils l’imputent) à Arhmèn, (tels que) les loups, les bêtes féroces et animaux nuisibles. Ils ne savent pas que, comme aux êtres nuisibles, avec les êtres inoffensifs, il est impossible d’habiter, de même aussi il n’était pas possible au bon d’être conçu dans une même matrice avec le méchant ; car, par exemple, il n’est pas possible de faire (réunir) le feu et l’eau en un même point, sans que le côté prédominant devienne destructeur de son compagnon, de même aussi au bon et au méchant, il n’était pas possible d’entrer en un même lieu ; sinon, ou celui-là corrompait celui-ci, ou celui-ci celui-là.

Or, si (Ormizt et Arhmèn) étaient produits de sperme, il n’était pas possible à un seul individu de projeter deux spermes contraires l’un à l’autre. De plus, (il n’était pas possible) à une même matrice de recevoir deux spermes différents ; car, quoique plusieurs hommes s’approchent d’une même femme, les spermes de tous ces hommes ne se combattent point ; car le premier sperme tombé (dans la matrice) laisse les autres comme superflus (et inutiles), et comment serait-il (advenu) que cette matrice-là reçût deux spermes ennemis l’un de l’autre ?

Et puis, pourquoi ne vainquit-elle pas, (elle), progéniture issue des sacrifices, et lui advint-il un obstacle dans la progéniture issue du doute ? Mais descendus là ensemble, ces ennemis, avec un accord (tout) pacifique, dans une même matrice se prélassaient. Il y a plus, le père, s’il savait deux enfants (enfermés) dans ce ventre, ne devait pas inconsidérément promettre le royaume ; mais il devait (le promettre) à celui-là seul pour qui il faisait des sacrifices.

Mais Ormizt, avant qu’il fût né, était donc imparfait ; et comment, imparfait, comprit-il la pensée de son père ? car celui qui peut connaître la pensée de quelqu’un, celui-là est au-dessus de (l’autre). Ce qui est (le fait) de Dieu et non de l’homme. D’où (il suit que) Ormizt est plus excellent que son père, (plus) fort et (plus) sage ; car, tandis qu’il était encore dans le ventre (de sa mère), il connut la pensée de son père, et sortit de ce ventre ; il fut (assez) puissant pour faire les cieux et la terre, que son père ne put pas faire.

Et maintenant, (Ormizt), qui était si fort et si sage, (plus) que son père, se trouve plus dupe, parce qu’il a été trompé par le perfide, en ce qu’il a révélé la pensée de son père à celui-là avec lequel il devait avoir une inimitié implacable, et non pas amitié.

Puis encore, s’il fallait trouer le ventre de la mère, et en sortir, c’était à lui, (Ormizt), qui connaissait la pensée de son père ; car ainsi, il allait le premier (se présenter), et prenait le royaume, et non pas à Arhmèn, qui ne savait pas la pensée du père, et n’était point (destiné) au trône. Mais, si (Arhmèn) troua le ventre (de sa mère), il fit peut-être même périr sa mère. Il faut s’enquérir si vraiment (Ormizt et Arhmèn) eurent une mère.

Mais, d’où serait-il évident qu’ils avaient une mère, surtout parce qu’ils disent que, tandis qu’il n’y avait encore rien, ni cieux, ni terre, Zérouan seul était ? Ce qui est bien digne de risée, (c’est) que : il serait père, et (il serait) mère ; le même (individu) aurait projeté le sperme, et l’aurait recueilli. Et ce qui est encore plus pitoyable : Quand Arhmèn, disent-ils, eut troué le ventre (de sa mère) et vint se présenter devant son père, le père ne le reconnut point. Comment ne le connaissait-il pas, puisqu’il n’y avait personne, quand lui-même était seul ? N’était-il donc pas évident que celui qui vint à lui était un de ses enfants ? Et il se trouve encore une chose plus pitoyable que la pitoyable (proposition ci-dessus), c’est que celui-là (Arhmèn) connut celui-ci (Zérouan), et celui-ci (Zérouan) ne connut pas celui-là (Arhmèn), et reniait son fils, (disant :) Mon fils est d’une odeur suave, et lumineux ; et toi, tu es ténébreux, et puant ; et comment n’était-il pas son fils, celui qui avec son bon fils avait été conçu dans la même matrice ; et il le reniait, (disant :) Toi, tu n’es pas mon fils, et reconnaissait l’autre, (disant :) C’est mon fils. S’il reniait (Arhmèn) comme étant mauvais, donc il ne devait pas le trouver digne d’être conçu, mais (il devait) le rejeter comme méchant, et l’exterminer, non-seulement lui (Arhmèn), mais encore Ormizt, qui révéla les pensées (de son père).

7. Mais encore autre chose plus ridicule, qu’ils disent : c’est que (Zérouan) donna ses baguettes à (Ormizt) pour faire des sacrifices en sa faveur, comme si (ce n’était) pas dans Ormizt ou dans le sacrifice même qu’était la puissance, mais dans les baguettes ; car, si (Ormizt) avait l’assurance d’être exaucé, il lui était superflu d’avoir en main des baguettes ; et, s’il n’était pas digne, les baguettes n’étaient pas (chose) suffisante pour rendre digne de faire des sacrifices celui qui était indigne ; car avoir (en main) ces baguettes et faire des sacrifices, c’est le fait de l’homme et non pas de Dieu. Or, si lui (Ormizt) était Dieu, et était (assez) puissant pour faire les cieux et la terre, quel besoin avait-il d’avoir (en main) ces baguettes, et de faire des sacrifices pour délivrer son père de ses craintes ? lui (Ormizt) qui était assez puissant pour faire les cieux et la terre sans ces baguettes, comment ne pouvait-il pas tranquilliser son père sans ces baguettes ? Il fut donc évident que le père était insensé, impuissant, et cherchant appui dans un autre, et que le fils (était) également impuissant, insensé ; car ni celui-là (Zérouan) ne put engendrer son fils sans faire des sacrifices, ni le fils, sans prendre en main les baguettes, ne put affranchir (son père) de ses craintes.

8. De plus, aux vexations du mal il y eut deux causes, de tourmenter les bonnes créatures du bien ; car Ormizt, disent-ils, (tout) ce qui était bon, il le faisait, et les hommes justes et bienfaisants ; et Arhmèn faisait les mauvaises créatures et les démons.

Or, si les démons étaient mauvaises créatures et méchants par nature, nul d’entre eux ne pourrait jamais rien concevoir de bon, Arhmèn principalement. Mais nous voyons ici que, d’un objet qui est même très-agréable au milieu des créatures, comme ils disent, Arhmèn fut l’inventeur. Quand il vit, disent-ils, qu’Ormizt avait fait de belles créatures et qu’il ne savait pas faire la lumière, il réfléchit avec les démons, et dit : Quel avantage y a-t-il pour Ormizt ? Il a fait ces belles créatures, et elles demeurent dans les ténèbres ; car il n’a pas su faire la lumière. Maintenant, s’il était sage, il entrerait (en commerce) avec sa mère, il se jetterait sur sa sœur, et la lune naîtrait ; et il donnerait ordre que personne ne révélât sa pensée. Ayant ouï cela, Mahmi, démon, alla promptement près d’Ormizt, et lui révéla ce projet. Ô ineptie et insipide sottise ! (Ormizt), qui put trouver le moyen de faire l’économie des cieux, de la terre, et de tout ce qui y est, ne pouvait pas pressentir ces quelques moyens de ruses ; et, par cela même, non-seulement ils font Ormizt insensé, mais aussi (ils font) Arhmèn bon, auteur de bonnes créatures.

Comme ils disent encore une autre chose, (savoir) qu’Arhmèn a dit : Non pas que je ne puisse faire quelque chose de bon, mais je ne veux point ; et, pour établir cette assertion, il fit le paon. Vois-tu que par sa volonté il est méchant, et non par nature ?

Or, qu’y a-t-il de plus éclatant que la lumière, dont Arhmèn fut l’inventeur ? ou bien, quoi de plus beau que le paon qu’il fit, pour montrer sa puissance à faire le beau ? et par là, il est évident que, si mauvais par nature était Arhmèn, il ne serait pas l’inventeur de la lumière, ni le créateur de la beauté. De plus, si les démons par nature étaient mauvais, il ne serait pas possible à Mahmi de pressentir les conditions de la création de la lumière, à laquelle jusqu’à présent les sectateurs de cette religion, trois fois par an, offrent des sacrifices. D’où (il suit que) ils sont atteints du reproche d’être, eux aussi, sectateurs des démons ; et les démons ne sont pas mauvais par nature, mais par volonté ; et, si eux-mêmes offrent des sacrifices aux démons, par quelle puissance chasseront-ils les sectateurs des démons ? Vois-tu que tout ce qui par eux est dit, ce sont fables et vaines histoires ?

9. Puis ceux-là qui imputent à ces causes la création des (corps) lumineux, contournant cette assertion, introduisent une autre cause de l’existence du soleil ; Arhmèn, disent-ils, convia Ormizt à un repas ; Ormizt y étant allé, ne voulut pas manger que d’abord leurs fils ne se fussent battus ; et le fils d’Arhmèn ayant terrassé le fils d’Ormizt, (les deux pères) furent à la recherche d’un juge, et n’en trouvèrent pas ; puis ils firent le soleil pour qu’il devînt leur juge.

Là, ils disent Arhmèn inventeur de l’être du soleil ; ici, il est évident (qu’il ne fut que) cocréateur de la lumière ; et, s’il n’y avait pas là quelque autre être pour juge, ne pouvaient-ils pas (Ormizt et Arhmèn) aller près de leur père ou près de celui à qui le père et le fils (Ormizt) faisaient des sacrifices selon la fable ?

Et maintenant, comment étaient-ils ennemis l’un de l’autre, Ormizt et Arhmèn, eux qui, dans une même matrice reposèrent, et allaient au repas l’un de l’autre ; eux qui, par une mutuelle coopération, ayant créé le soleil, l’établissaient leur juge ? Or, en premier, un certain Zratachd (Zoroastre) attribue (le fait) au libertinage (disant que), du commerce incestueux avec la mère et la sœur, furent produits le soleil et la lune, afin qu’en voyant cela, sa nation (c’est-à-dire la nation de Zoroastre) se livrât sans réflexion aux mêmes turpitudes. Une autre fois, pour cacher cette honte, Zoroastre publie que, pour le (besoin de) jugement (Ormizt et Arhmèn) ont fait (le soleil), et, comme par écrit ne sont pas (consignées) les religions, tantôt ils disent cela, et par là ils trompent, et tantôt (ils disent) ceci, et par cela même ils abusent les ignorants. Mais, si Ormizt était Dieu, de rien il pouvait faire les astres, comme les cieux et la terre, et non pas par suite d’un commerce infâme, ou bien d’un manque de juge.

10. Puis ils disent encore une autre chose, qui n’est pas du tout croyable ; (ils disent que :) comme mourait Ormizt, il projeta son sperme en une source, et près de la fin, de ce sperme doit naître une vierge, et d’elle un enfant (issu), défait grand nombre des troupes d’Arhmèn ; et deux (êtres) de même espèce s’étant produits, battent ses troupes et les exterminent.

D’abord, par cela ils sont confondus ; car l’eau n’est pas conservatrice du sperme, mais (elle en est) destructrice ; et puis, sur un autre point, ils sont aussi battus : plutôt que de donner à une fontaine son sperme à conserver en vie, pourquoi (Ormizt) ne put-il pas lui-même se conserver en vie ; mais fils de ce Dieu bon, par le mauvais fils (Arhmèn) il fut exterminé. Il est évident que ceux qui, dans leur état d’abjection, ont vaincu (l’être) bon (Ormizt) et son fils, à la fin doivent dominer ceux qui comptent des troupes si innombrables.

Puis, si leurs dieux sont mortels eux-mêmes, comment auront-ils espérance de la résurrection, et surtout d’une résurrection triple, qu’il ne faut pas réputer résurrection, mais non-résurrection. Mais si justement, comme ils disent, son fils, (le fils d’Ormizt) mourut, touchant Ormizt et son autre fils Chorached, il n’était pas permis de douter qu’ils ne mourussent, puisque de race d’ (êtres) mariés et mortels est la maison de leurs dieux.

De tels dieux, il faut les tenir, non (pour) de vrais dieux, mais (pour) de faux dieux ; car celui qui est le vrai Dieu a tout (réuni) autour de son éternité ; comme son essence, de même aussi, (il a) l’éternelle vitalité, et son fils, toujours avec lui, sans cause, sans intermédiaire de qui que ce soit. La création, (il la tient), non pas de quelque invention, mais de sa puissance volontaire ; il n’a personne (qui lui soit) contraire, (personne autre qui, tandis) qu’il serait, lui, créateur des biens, (soit, elle), créateur des maux ; comme eux ils attribuent à Ormizt les bonnes créatures, et à Arhmèn les mauvaises. Ce qu’ils ne peuvent démontrer, s’ils y regardent attentivement, (c’est qu’il n’est pas une) mauvaise créature, qui soit mauvaise par nature, ni Arhmèn, ni même les démons qu’ils supposent ses créatures ; comme bien des fois, par de fréquents exemples, nous n’avons pas oublié, dans notre premier discours, de le démontrer.

Mais, si Arhmèn leur paraît mauvais, à cause qu’il porte le nom d’Haraman, pour avoir jeté hors du soleil (de la vie) les sectateurs du soleil, (circonstance) d’où il a pris le nom d’Haraman ; de même aussi le nom de Satan n’est pas un nom de nature, mais de mœurs, comme de la bonté, quelqu’un est appelé bon, et de la méchanceté, méchant. Ce n’est pas que les mœurs soient innées, mais (elles sont) venues (avec le temps). Et de là il est évident que bien des fois nous voyons beaucoup (de gens) irréfléchis devenus réfléchis, et des (gens) réfléchis devenus irréfléchis ; des gens insensés devenus sensés, des gens sensés devenus insensés. Voilà ce qui (arrive) de la part des êtres raisonnables.

11. De plus, (quant à ce qui est) des êtres irraisonnables, des brutes, à cause de leurs différentes mœurs, il ne faut pas leur croire deux créateurs, comme ces gens-là, par ineptie, ont pensé qu’Ormizt fit les brutes, les quadrupèdes, et les oiseaux, et les poissons, et tout ce qui est bon et beau ; et qu’Arhmèn (fit) les bêtes féroces et les oiseaux impurs, et les reptiles, et les serpents, et les scorpions, et tous les animaux nuisibles. Si les cieux et la terre, et les eaux, d’Ormizt étaient créatures, comment les êtres nuisibles faits par Arhmèn habiteraient-ils sur la terre d’Ormizt et suceraient-ils l’air, (se nourriraient-ils) des aliments qui sont (tirés) de la terre, et dans les mêmes eaux croîtraient les animaux impurs avec les poissons non impurs, et dans le même air les oiseaux carnassiers tourneraient-ils avec les plus doux oiseaux, (êtres malfaisants) qu’Ormizt, (auteur) des bonnes créatures, devait exterminer et non pas entretenir ; car de lui sont la terre, et les eaux et les airs.

Et, si les bêtes féroces, à cause de leur action malfaisante, sont réputées (provenir) de quelque mauvais créateur, il est plus convenable de croire les hommes (faits) par le mauvais créateur, et non pas les animaux ; car ceux-ci (c’est-à-dire les hommes), sont plus nuisibles aux bêtes féroces que les bêtes féroces à ceux-ci ; car ceux-ci (les hommes), sortis des villes et des villages, se mettent à poursuivre, pour les exterminer, les bêtes féroces ; et celles-là, (les bêtes féroces) s’élancent dans les montagnes et les lieux abruptes, se hâtent de se jeter partout fugitives. Les tanières de la plupart (de ces bêtes féroces) sont hors de la fréquentation des hommes.

De même aussi des reptiles percevant le bruit seul de l’homme ; il en est qui dans des trous, qui dans des tanières, qui dans des excavations de la terre pénètrent et se tapissent ; et, si, en poursuivant trop les animaux, les hommes éprouvent dommage, le tort en est aux hommes, et non pas à ceux-là, (c’est-à-dire aux animaux), par cela même par quelque mauvais créateur il ne faut pas croire les bêtes féroces et animaux (nuisibles) produits, mais bien créés par un seul bon créateur ; moitié pour nos besoins et moitié pour ornement, quelques-uns (comme) épouvantail pour rabaisser l’injuste orgueil de l’homme. Même, en regardant à leur action nuisible, on ne les voit pas se nuire les uns aux autres ; et, s’il faut haïr leur action malfaisante, qui ne se produit pas par la pensée, combien encore plus (faut-il haïr) l’action malfaisante des hommes qui s’exerce par la réflexion et la ruse !

De plus, par (les êtres) les plus infimes (Dieu) nous fait tourmenter, comme par la puce et par la mouche, et par le cousin et par la guêpe, et par le moustique et par le rat, et par d’autres semblables (insectes) qui sont des animalcules, et peuvent nous fatiguer ; car il en est parmi eux qui nous fatiguent, et il en est qui nous sont nuisibles, comme le rat, la teigne et le ver, et autres (animaux) qui leur sont semblables. (Dieu), par leur moyen, abaisse et déprime (l’orgueil de) nos pensées ; car, quand nous saurons que de si petits (animaux) peuvent nous être nuisibles, nous descendrons (du faîte) d’un injuste orgueil (pour) ne pas avoir notre personne en si grande estime.

Puis (il nous faut) considérer la providence de Dieu ; si de petits (animaux) peuvent nous nuire, comment pourrions-nous vivre si, avec les reptiles et avec les bêtes féroces, (Dieu) nous avait fait cohabitants ? Mais aussi à cela nous devons regarder, (c’est) que, combien de brutes (Dieu), pour nos besoins, nous a soumises : les chevaux, les chameaux, les éléphants, les troupeaux de bœufs et de brebis ; et, dans les montagnes et dans les plaines, les daims, les cerfs, les moutons sauvages et les sangliers, (tous animaux) dont la moitié est bêtes de charge, et la moitié bonne à manger.

Et (Dieu) nous a donné à connaître que des animaux dont il veut (que nous triomphions), nous pouvons devenir vainqueurs, et (que) de ceux dont il ne veut pas (nous rendre vainqueurs), nous ne pouvons triompher, non-seulement des (animaux) considérables, mais même des (plus) infimes. Quoi de plus misérable que la puce et le rat ? et nous ne pouvons exterminer cette (engeance) ni l’expulser du monde. Il est encore quelque autre être dans les eaux, (fait), non pas pour satisfaire nos besoins, mais seulement pour nous tourmenter. Quand nous verrons que nous ne sommes pas capables de les exterminer, nous connaîtrons notre impuissance, et nous rabattrons de notre vain orgueil, et à celui-là seul nous donnerons la victoire, qui par des êtres infimes nous fatigue, et nous assujettit les plus grands animaux ; par exemple, les éléphants et les chameaux, et les lions, et les léopards, et les panthères, (animaux) dont Dieu façonne et apprivoise la moitié, pour (servir de) bêtes de charge, et l’autre moitié pour l’amusement (de l’homme).

12. Mais d’autres ont pensé différemment de Satan, (croyant) que Dieu même l’a fait mauvais.

Or, si Dieu l’a fait mauvais, pourquoi l’Église chasse-t-elle les démons ? Si vengeurs des maux ont été établis les démons, l’Église fait donc tort à ceux-là qui par eux sont admonestés, et s’oppose aux volontés de Dieu ; car (Dieu) a fait les démons pour la correction (de l’homme), et celui-ci les chasse ; mais ce pouvoir de les chasser, (l’homme) ne l’a pas de lui-même, mais de Dieu, (cela) est évident. Si le Seigneur n’avait d’abord soufflé son esprit sur les douze, et donné puissance aux soixante-dix (disciples), ils ne pouvaient chasser les démons ; bien plus, si (Dieu) lui-même savait les démons propres à corriger les hommes, il ne sévirait pas contre eux, et il n’ordonnerait pas à ses disciples de chasser (des démons), à qui il aurait donné ordre d’entrer dans les hommes.

Et comment serait-il (vrai) que les anges, lorsqu’ils entendent le nom de Dieu, deviennent joyeux, et les démons jamais ; mais bien plus, lorsqu’ils entendent (le nom de Dieu), ils s’emportent. Si répresseurs des péchés étaient les démons, jamais ils ne disposeraient les hommes à l’idolâtrie, ni à différentes sectes de philosophes et d’hérétiques, ni aux distributions de sorts, ni aux arrêts du destin, etc., ni à fixer les yeux sur les astres, (par croyance) qu’ils sont cause de la prospérité et de l’adversité.

Invention des démons est l’idolâtrie ; David témoigne que tous les dieux des païens sont des démons. Et le bienheureux Paul dit : * Quel rapport y a-t-il du Christ avec Bélial ? Et voici comme ils disent, il y a rapport entre eux ; car si, parce que Dieu l’a fait mauvais, (Bélial) persécute (les hommes), il ne faut pas l’appeler mauvais, mais vengeur ; car mauvais alors il serait, s’il n’accomplissait pas l’ordre (de Dieu).

Mais pourquoi non pas (Satan), * mais l’ange de Dieu frappa-t-il les aînés des Égyptiens, et bien des fois les Juifs dans le désert, car si (Satan) à cela était préposé, pourquoi ne frappait-il pas ? Mais l’ange (frappait), * et aux jours de David soixante-dix mille (hommes) des douze tribus d’Israël, et du camp d’Assyrie cent soixante-quinze mille hommes de troupes furent frappés par l’ange de Dieu, et non par les démons. Pourquoi aux jours de Jésus, fils de Josédech, l’ange disait-il au tentateur qui lui était opposé : * Le Seigneur sévira contre toi, Satan ? Pourquoi aussi fils de Satan sont appelés les Juifs, à cause de leur transgression des lois, si lui (Satan) reste (fidèle) à l’ordre qu’il a reçu, et que ceux-là (les Juifs) l’ont transgressé ? Et pourquoi serait-il appelé faux celui qui juste demeure dans l’ordre, car de lui (Satan) n’est pas la méchanceté, mais de celui-là qui l’a fait tel ; et pourquoi (Satan) sera-t-il envoyé dans les ténèbres extérieures ?

Mais, disent-ils, repos sont pour lui les ténèbres. Ce n’est pas cela que criait la légion de démons, mais (elle criait) que les tourments sont préparés pour lui (Satan). * Qu’y a-t-il de commun entre nous et toi, dit-il, Fils de Dieu, pour que tu sois venu avant le temps nous tourmenter ? Et pour rendre évidente sa perversité, Dieu dit : * Nul ne peut prendre les instruments du fort qu’il ne lie d’abord le fort. Or, pourquoi le lierait-il, si ce n’est parce qu’il savait que par volonté il est méchant, et quand il veut, il peut devenir sage ?

Si, dès sa naissance, Dieu l’avait préposé pour persécuter (les hommes), pourquoi flétrirait-il du nom de mauvais (Satan) qui conserverait la nature telle (qu’elle lui) fut (donnée) ? bien plus, de châtiment il ne serait pas digne, pour avoir justifié sa nature ; car personne ne punit le feu (et ne dit) : Pourquoi brûles-tu ? ni les eaux, (en disant) : Pourquoi noyez-vous ? Et puis, quant aux ordres (immuables), les questions se résolvent dans le même sens.

13. Par ordre, disent-ils, les hommes mourront-ils, ou sans ordres ?

D’abord, nous devons savoir ce que sont ces ordres, et d’où le terme de ces ordres par le monde s’est étendu ?

L’ordre lié (ou destin) au sujet de la mort, nous ne le trouvons nulle part dans les livres divins (la Bible) ; car le maître de la mort et de la vie peut abréger son ordre, et le prolonger, comme au temps du déluge il dit : * Seront les jours de la vie de ces hommes de cent vingt ans ; et à cause de la multitude des iniquités, il en retrancha vingt ans ; et comme à Adam, il dit : * Le jour où tu manges du fruit de cet arbre, tu meurs ; et dans sa bonté, et à cause de la filiation et de la propagation des hommes en ce monde, il accorda à Adam * neuf cent trente ans, afin que sa belle créature ne fût pas totalement anéantie ; et à * cause des larmes du roi Ézéchias, il ajouta à sa vie quinze ans ; et, * à cause de la pénitence des Ninivites, il ne perdit pas leur ville le troisième jour, selon la prédication de son prophète.

Et non comme les Chaldéens-astrologues, qui attribuent les causes des naissances et des morts aux astres comme à des (êtres) vivants ; comme si, quand on naît, de ce moment les morts de chacun étaient immanquablement fixées ; et, d’après cela, il n’était possible pour personne que le (moment de) mourir fût avancé, ni retardé.

Mais ils sont confondus par les événements des batailles ; car en un seul jour des myriades d’hommes sont exterminées à différents âges, moitié encore enfants, et moitié jeunes hommes, et d’autres dans l’âge accompli de la vieillesse ; (victimes) dont les naissances n’étaient pas (arrivées) en une même heure, (mais dont) les morts ont lieu en même temps.

Et puis, si des astres étaient (tirées) les causes des naissances, pourquoi dans les Indes personne ne naît-il blanc, et dans les autres pays ce n’est pas la même couleur ? Est-ce qu’ici seulement n’est pas arrivé l’astre qui fait blanc, ni dans les autres pays l’astre qui fait noir ? Et les dents de l’Indien, d’où vient qu’elles sont si blanches ?

14. Puis des bonheurs et des malheurs ils supposent les astres causes ; comme s’il y avait des maisons sidérales, et (que), selon l’arrivée des astres causatifs dans ces maisons sidérales, des naissances analogues se produisaient.

Lorsque le lion, disent-ils, est encore dans sa maison sidérale, et qu’il naît quelqu’un, (cet homme) est pour devenir roi. Et, quand c’est le taureau et qu’il naît quelqu’un, cet homme doit arriver fort et bien constitué. Et, quand c’est le bélier, et qu’il naît quelqu’un, cet homme est pour devenir riche, et, comme le bélier, il est épais et velu. Et, quand c’est le scorpion, et qu’il naît quelqu’un, cet homme est pour devenir méchant et coupable. Et les autres (astres) sont causes de différentes choses. Comme si, lorsque Chronos (ou Saturne) entre dans sa maison sidérale, le roi mourait, (entrée de Saturne) qui eut lieu trois fois, comme ils disent, sous l’empereur Théodose ; et les Chaldéens (ou astrologues) étaient assurés que le roi mourait, et lui (Théodose) ne mourut point, afin que (voué à la) honte fût leur art menteur.

D’abord, qu’ils disent qui donc a attiré ces noms terrestres, ces êtres carnassiers et herbivores dans les cieux, pour qu’ils devinssent causes de la naissance des hommes ? car quiconque peut devenir cause de la naissance de quelqu’un, (bien) au-dessus de celui dont il est cause, doit être en sagesse. Or, en considérant (les choses) avec le sens commun, nous verrons qui est supérieur, nous verrons qui est au-dessus, l’homme qui commande à la brute, ou la brute qui est sous l’empire de l’homme ? Et non-seulement elle est sous son empire, mais aussi elle est sa nourriture, et des bêtes féroces nous voyons la moitié devenir fugitives, et la moitié dans les épaisses forêts de pins se fortifier, quand elles entendent seulement la parole de l’homme ; car le Créateur a jeté la peur et la crainte de l’homme sur les bêtes féroces et les reptiles, et les brutes et les oiseaux, pour mieux honorer (l’homme), dont Dieu présente la créature (comme une) merveille, qu’il a créée de ses propres mains, et (sur laquelle) il a soufflé le souffle vital pour ainsi dire de sa propre bouche. Et par cela même, Dieu manifeste qu’il veut montrer l’homme plus honorable (que les autres créatures.)

Mais Dieu est au-dessus des corps articulés, cela est évident pour les (hommes) sincères ; et, si pour lui (homme) furent faites les bêtes féroces et les brutes, comme l’expérience des choses le montre, comment serait-il (arrivé) qu’aux cieux (ces bêtes) montassent, et y devinssent les causes de la naissance des hommes, (ces bêtes) qui sont aussi éloignées de la vitalité que (l’est) la torche, qui par les hommes est composée pour servir de lumière à la maison pendant la nuit ? Et des objets n’ayant pas vie, comment peuvent-ils devenir cause d’êtres vivants ?

Mais, si (les astres) n’étaient pas (des êtres) vivants, disent-ils, (les astres) ne seraient pas marchant, mais, puisqu’ils marchent, il est évident qu’ils sont vivants.

Or, qu’ils écoutent (ceci) : Si tout ce qui est marchant était vivant, donc les eaux qui marchent seraient réputées vivantes. Et le feu, à cause de son mouvement, serait considéré vivant. Et les airs, et les vents, à cause de leur souffle, seront censés vivants. Et les plantes, les pousses des herbes qui, quoique d’une marche lente, cependant par leur accroissement semblent (des êtres) ambulants. Or, comme tout ce qui est ambulant n’a pas la vitalité réfléchie et raisonnable, de même aussi ni le soleil, ni la lune, ni les astres, ni les cieux même à travers lesquels ils tournent, n’ont une vitalité réfléchie et raisonnable. Mais les cieux et la terre, (comme des) vases-réceptacles, sont établis par le Créateur (pour) contenir, renfermer en eux tout ce qui est entre eux. Et les corps lumineux, comme des flambeaux allumés pour écarter les ténèbres du milieu de la grande maison (de ce monde). Ce sont des habitants obligés pour l’agrément de tous les (êtres) vivants. Ils ne sont pas eux-mêmes à eux-mêmes, car ils ne savent point s’ils sont ou s’ils ne sont pas. Comme aussi les cieux et la terre, et les bois, et les pierres sont pour ceux pour qui ils ont été (faits), et ne sont pas eux-mêmes à eux-mêmes ; car ils ne savent pas s’ils sont ou s’ils ne sont pas, par cela même qu’ils ne sont pas des (êtres) réfléchis et raisonnables.

Puis, comme ils disent que : Quand le lion sera dans sa maison sidérale, un roi doit naître. S’il en était ainsi, bien des fois beaucoup de rois devraient naître ; car non pas un seul (individu) naît quand le lion est dans sa maison sidérale, mais un grand nombre.

Et, si justement le lion était cause de la naissance des rois, donc le fils du roi ne deviendrait pas roi, mais (ce serait) celui dont la naissance arriverait à l’entrée du lion dans sa maison sidérale. Or, si nous voyons que le fils du roi devient roi, comme le fils de David, Salomon, s’assit sur le trône de son père, et le fils de celui-là (c’est-à-dire de Salomon) sur son trône. Et successivement la série des rois de Juda fut prolongée jusqu’aux Machabées. De même aussi, quant aux Assyriens et aux Babyloniens, le fils recevait du père par ordre (de succession) la couronne ; comme aussi d’un certain Sassan, les Sassanides prirent de père en fils, par ordre de succession, le trône des Sassanides jusqu’aujourd’hui. Et le lion ne se trouva pas dans les cieux entré dans sa maison sidérale, afin de pouvoir transporter le trône à une autre race en la terre d’Orient.

15. Il est évident que, comme du royaume l’astre n’est pas cause, de même aussi il n’est pas la cause ni de la puissance, ni de la richesse. Surtout, puisque nous voyons les riches devenir pauvres, et les pauvres devenir grands. Est-ce qu’ils pourront dire aussi cela que : un seul et même astre peut devenir cause de la grandeur et de la pauvreté, de la puissance et de la faiblesse ? car souvent nous voyons les puissants devenir faibles, et les faibles devenir puissants, et les méchants devenus sages, et les sages devenus méchants. Et où donc est ce qu’ils disent que : Tout ce qui est écrit dans les ordres du destin, il n’est pas possible d’y échapper, mais que celui qui a été inscrit glorieux, est glorieux, et celui (qui a été inscrit) malheureux est malheureux ? Et que là où seront les ordres (du destin) et par qui ces ordres (l’auront fixé), ainsi l’on meurt. Et il n’est pas possible de se soustraire à l’ordre fixé.

Ô ordre impuissant, règle sans force, que les voleurs et les brigands peuvent renverser, lorsque, survenant, ils jetteront quelqu’un hors de ses biens et du soleil (de la vie) ; et si, d’après un ordre fixé, les choses se font, il ne doit pas (être permis) aux rois de donner des ordres de mort, ni aux juges de poursuivre et de faire périr l’homicide ; eux qui, en portant la peine de mort sur (les criminels), manifestent ainsi que les crimes des coupables n’arrivent pas selon un ordre fixé, mais d’après la violence de leur méchanceté.

Ou bien, quand un bandit fond sur un pays pour dépouiller le seigneur, et exterminer les habitants, qu’on ne rassemble point de troupes, qu’on ne forme point de légions sur légions pour chasser le brigand du pays ; mais qu’on lui donne (plein) droit (en disant) : Si les ordres du destin sont de laisser exterminer le pays par le brigand, pourquoi nous tournerions-nous contre ces ordres ? Mais en rassemblant des troupes, en chassant l’ennemi du pays, on montre que ce n’est pas d’après un ordre fixé que ces déprédations se commettent, mais d’après la violence du brigand qui, venu là par cupidité, saccage le pays, et le dépouille de ses biens et possessions.

16. Mais il faut aussi savoir que tout le dommage qui se fait par les malfaiteurs, par avance Dieu le sait.

Et s’il sait, disent-ils, les dommages qui doivent arriver (ou fondre) sur les hommes, pourquoi ne les empêche-t-il pas ?

Combien de dommages Dieu écarte des hommes ; cela non pour tous est évident, mais pour celui-là seul qui distribue (à tous) sa providence selon les besoins de chacun. Il abrége quelquefois le dommage (causé par) des malfaiteurs, de peur qu’ainsi il paraisse qu’il ne peut pas empêcher ce dommage. Puis il permet aussi au malfaiteur d’assouvir ses volontés (brutales) sur son compagnon, de peur que (lui Dieu) ne paraisse conduire par la nécessité les (êtres) raisonnables, mais (aussi), afin que par les œuvres de chacun apparaissent les manières d’être de chacun.

Et par avance (Dieu) sait tout, et cette prescience n’est point cause des maux ; car, quand quelqu’un verra son compagnon aller par des lieux à précipices, et dira que (cet homme) sera précipité, (ce quelqu’un) n’a pas été cause de la chute de son compagnon ; ni, quand quelqu’un verra son compagnon aller par des lieux infestés de voleurs, et dira que cet homme y trouvera sa ruine, ce (quelqu’un ne sera pas cause du dommage ; ni, quand quelqu’un verra le fils d’une noble personne en venir à la dissipation, et dira que ce (jeune homme) perdra les biens paternels, ce quelqu’un ne sera pas cause de la dissipation de ces biens ; de même aussi, la prescience de Dieu n’est pas cause des biens ou des maux.

Dieu sait tout par avance ; mais il est (des choses) qu’il veut, il en est qu’il ne veut pas. Il a voulu produire le déluge, et sa volonté n’était pas que l’homme et la brute en général fussent exterminés, mais la perversité des infâmes désordres du genre humain l’amena au point de faire ce qu’il ne voulait pas ; comme lui-même le jure par son prophète, (disant) : * Je ne veux pas la mort du pécheur, mais son retour (au bien) et sa vie.

(Dieu) voulait qu’Adam ne péchât point ; et, comme par avance il connaissait sa transgression, d’avance il lui ordonna de ne pas manger du fruit de l’arbre ; et comme (Adam) * n’obéit pas à l’ordre, justement il fut puni. Par avance, (Dieu) * savait à l’égard de Job, qu’il serait vertueux ; et, touchant Ésaü, qu’il se perdrait dans les désordres. Et pour cela, avant même qu’ils fussent nés, il dit : * J’ai aimé Jacob, et j’ai haï Ésaü. Et * d’avance, considérant le zèle de Josias, roi de Juda, il avertit d’avance par son prophète que d’eux il doit surgir un roi qui anéantira l’idolâtrie des enfants d’Israël. Et * d’avance, ayant fait connaître l’excellence du Perse Cyrus, il annonce par avance qu’il doit délivrer de la captivité son peuple : il est évident que par avance savoir (l’avenir) est le comble de la merveilleuse essence de Dieu.

17. Vouloir le bien et non le mal, ce fut la bienfaisance de sa nature philanthropique. Considérant par avance l’obstination de Pharaon, Dieu dit : * J’endurcirai le cœur de Pharaon.

Et s’il l’a endurci, disent-ils, pourquoi l’a-t-il frappé de (rudes) coups, lui et la terre d’Égypte ?

Mais l’apôtre entre en justification de son maître (en disant) que * non pas (Dieu) a endurci Pharaon, mais lui s’est endurci lui-même. Et ce dire de Dieu : J’ai endurci, est pareil (à ce que dit) quelqu’un, lorsqu’il aura glorifié son compagnon ou son serviteur, et que celui-ci devenu fier, méprisera celui qui l’a élevé : (le bienfaiteur) dira : * Pourquoi lui imputerai-je la faute ? moi-même je me suis fait cette injure, car j’ai porté aux honneurs un homme indigne ; de même aussi, il faut entendre touchant Dieu : J’ai été par mon indulgence cause de son endurcissement, parce que je n’ai pas d’abord exterminé son premier-né.

Mais (Dieu) a voulu, dit l’apôtre, montrer sa colère et manifester sa puissance, qu’il a étendue avec beaucoup de longanimité sur des vases préparés pour la perdition. D’où il est évident que la longanimité de Dieu fut cause de l’endurcissement du cœur de Pharaon, par cela même que Dieu ne lança pas d’abord les derniers coups sur lui.

Mais, comme (Dieu) n’avait pas pétrifié le cœur de Pharaon, par là il faut comprendre que tantôt (Pharaon) consentait à laisser partir le peuple (de Dieu), et tantôt n’y consentait pas. Ils se sont eux-mêmes faits vases préparés pour la perdition, et non pas Dieu (les a faits ainsi, Dieu) dont l’apôtre dit que : * Il veut que tous les hommes vivent et arrivent à la connaissance de la vérité. Et n’étaient-ils donc pas eux (du nombre) de tous les hommes ?

Et non pas, comme dit (notre) partie adverse, que (l’homme agit) non pas selon son vouloir, ni même selon sa marche, mais selon la miséricorde de Dieu ; car de celui dont il veut (avoir pitié), il a pitié, et sur celui, sur qui (il veut sévir), il sévit. Aussi, confondant le côté de nos adversaires, l’apôtre dit : * Qui es-tu, ô toi, ô homme, qui exiges réponse de Dieu ? S’il en était ici ainsi, qui serais-tu donc, toi qui exigerais des comptes de Dieu ? * Est-ce que l’argile dit au potier : pourquoi ainsi m’as-tu fait ? Mais il n’en est point ainsi. (L’apôtre) lui-même, dans la même épître, le dit : * À l’obéissance de qui vous voulez, vous vouez vos personnes, (à l’obéissance) de la justice ou à l’obéissance du péché. Et, écrivant à Timothée, (l’apôtre) dit : * Si quelqu’un se purifie lui-même, il est devenu vase utilement préparé pour l’œuvre de son Seigneur ; et le prophète dit : * Si vous vous plaisez à m’écouter, vous mangerez la bonté de la terre.

Par tout cela et bien d’autres choses encore, il est évident que (Dieu) ne dispose pas des vases de colère pour la perdition, ni des vases de miséricorde pour la gloire, mais que les (hommes) eux-mêmes se disposent pour la perdition ou pour la gloire ; et, comme il n’est pas de partialité de la part de Dieu, (l’apôtre) dit : * Est-ce qu’il serait Dieu seulement des Juifs, et non pas aussi des païens ? Oui, (il est aussi Dieu) des païens ; car c’est le même Dieu qui justifie la circoncision par la foi, et l’incirconcision par la même foi. Puis (il dit aussi * sur nous) qu’il a appelés non-seulement d’entre les Juifs, mais aussi d’entre les païens. Et ailleurs (il dit) : * Il est un Seigneur, une foi, un baptême, un Dieu sur tous et pour tous et en tout.

Puis, ayant précédemment menacé son peuple de captivité, Dieu disait avec serment : * J’ai parlé, maintenant je ferai (ce que j’ai annoncé), et je ne ferai pas retourner (mes paroles en arrière). Non pas que ce fût là sa volonté, mais leur impiété l’amena à ce qu’il ne voulait pas. Et, si dans la même obstination, après ces menaces, (les Juifs) ne persévéraient pas, (Dieu) ne les livrait pas aux mains de leurs ennemis. Il aimait mieux éluder sa parole que de les livrer aux mains des infidèles ; comme, * considérant la pénitence des Ninivites, il ne détruisit point leur ville.

Puis (Dieu), par avance, considérant Jérémie : * Lorsque tu n’étais pas encore tracé (en embryon) dans le ventre (de ta mère), je t’ai connu, dit-il, afin de montrer que par avance il savait quel il devait être ; et (Dieu) l’inscrivit parmi les saints par cela même qu’il dit : * Quand tu n’étais pas encore sorti du ventre (de ta mère), je t’ai sanctifié et t’ai donné (pour) prophète aux nations.

De même aussi quant à Samuel, et à Jean, et à Paul ; comme dit lui-même (l’apôtre) : * Il m’a choisi dès le ventre de ma mère pour annoncer l’Évangile de son Fils par moi ; et tous les saints que, comme dit l’apôtre, (Dieu) par avance connaissait, par avance il les marqua pour être conformes à l’image de son Fils. Et puis : * Il nous choisit avant même l’existence du monde.

Et Dieu est (toujours) voulant le bien ; (c’est ce que) enseigne notre Seigneur en disant que : * Telle est la volonté de mon Père qui est aux cieux, que tout être qui verra le Fils, et croira en lui, reçoive la vie dans l’éternité. Et puis (il dit) que : * C’est là ma nourriture, que je fasse la volonté de mon Père ; et c’est la volonté de mon Père que tous (ceux) que m’a donnés mon Père, je ne les laisse pas se perdre loin de lui, mais que je les ressuscite au dernier jour.

Donc (Dieu) veut que tous ceux qui croient à son Fils ne soient pas perdus, mais qu’ils ressuscitent au jour de la résurrection ; et l’œuvre de la résurrection, après bien des générations, doit avoir lieu. Mais Dieu avait dès le principe ces bonnes volontés et les a toujours. Ce ne sont pas des volontés venues en lui, mais des volontés naturelles, selon son indicible bonté ; et, comme précédemment nous l’avons dit, sa volonté se plaît toujours dans le bien, et il veut que ses créatures raisonnables soient désireuses du bien, et fassent des œuvres de justice.

Mais, comme il sait que la moitié (des hommes) marchent selon sa volonté, et la moitié ne marchent pas (dans la même voie), à cause de cela, la vertu des uns, pour exciter les autres au zèle du bien, il l’annonce dès le ventre (de leur mère) ; de même aussi il annonce l’indignité des autres ; non pas que Dieu créera l’un vertueux dès le ventre de sa mère, et l’autre indigne ; et, s’il en était ainsi, quel besoin serait de louer (l’homme) vertueux, et de flétrir celui qui ne l’est pas ? Bien plus, il ne faudrait pas inculper le vice parce que Dieu l’aurait ainsi créé dès le ventre de la mère.

Donc, il est évident que ce dire de Dieu : * J’ai aimé Jacob et j’ai haï Ésaü, est bien savoir par avance que celui-ci (Jacob) serait aimable par ses mœurs, et celui-là (Ésaü) haïssable ; et comme, (en effet), par ses mœurs fut haïssable Ésaü, l’apôtre dit que : * Nul (ne soit) fornicateur et impur comme Ésaü ; et que nul, (comme une) racine d’amertume surgissant, n’opprime les autres ; et (Dieu) manifesta ainsi que d’après sa propre volonté tel fut Ésaü, et non par (l’effet de) la création de Dieu. Comme aussi ailleurs (l’apôtre) dit que : * Dieu a fait l’homme droit (et juste), et (l’homme) a médité des pensées de méchanceté. Et (Dieu) dit par son prophète : * Je t’ai plantée vigne délicieuse, et comment t’es-tu convertie pour moi en amertume, vigne inculte ?

18. D’où il est évident que Dieu fait belle la création de tous, et que de tourner au bien et au mal il a fait libre leur indépendance, afin que du côté qu’il voudra (chacun) puisse tourner, et selon ses œuvres reçoive une rétribution analogue. Que (l’homme) ne se conduise pas comme la brute, dont aucun acte n’est bon (et pour qui il n’y a) nulle espérance de rémunération, par cela même que c’est la brute, et qu’elle ne sait pas choisir et distinguer le bien du mal par la pensée, mais d’après ses instincts naturels. Par ces réminiscences seulement, (la brute) est poussée à (ce qui lui est) utile, et se préserve de (ce qui est) nuisible.

Pour les brutes, il est des aptitudes par lesquelles leur espèce doit être préparée à certaines choses ; comme (l’espèce) du cheval par son sabot (est propre) à courir, celle du bœuf en hiver à se reposer dans l’étable, et à l’approche du printemps à se tourner du côté de la porte ; celle de l’hirondelle avant l’automne (est disposée) à aller dans les lieux chauds en quartier d’hiver. (L’espèce) de la grue (est propre) à pressentir les froids considérables et à s’en aller de bonne heure dans les lieux chauds. (L’espèce) de la cigogne (a l’instinct) de bonne heure de circuler en bande. (L’espèce) des pigeons (est disposée) à voler par troupe compacte. (L’espèce) des corbeaux, à aller promptement des pays froids dans les pays chauds. (L’espèce) des vautours est propre à épier de loin la charogne.

Et (ainsi) de toutes les autres brutes et des oiseaux ; comme (l’espèce) des fourmis (est propre) à emmagasiner sa nourriture, et à couper le grain en deux, pour qu’il ne germe pas, et dans les temps chauds à tirer ces grenailles du trou et à les faire sécher. (L’espèce) des abeilles (est propre) à boucher la porte des ruches avec de la cire avant le froid. (L’espèce) de l’ours (est propre) à entrer dans sa tanière avant l’hiver. (L’espèce) du daim (est propre) à venir de bonne heure des montagnes dans la plaine. (L’espèce) des cerfs (est propre) à savoir précisément le temps de l’accouplement. (L’espèce) des ânes sauvages à l’instinct vindicatif, (est propre) à couper les ânons dans le jeune âge. Et tous ces instincts sont naturels dans les brutes et non pas réfléchis ; ils ont été, par leur créateur, implantés en elles pour les disposer à (ce qui leur est) utile, et les détourner de (toutes choses) nuisibles.

19. Et non-seulement dans les brutes sont naturels ces instincts, mais aussi dans les hommes, eux qui sont doués de la parole et de la sagesse ; comme lorsque l’œil est en mouvement, c’est par l’effet d’un avertissement naturel pour voir quelque nouvelle personne, un signe (certain), disent ceux qui font souvent attention à cela. Lorsque, dans les reins ou autre membre, la chair est agitée, c’est un signe d’un homme montant à cheval, ou revêtu d’habits magnifiques, ou rencontrant un ami, ou recevant la bastonnade. De même aussi, quand le pied piquera ou la main, le premier (cas), disent-ils, est un signe de voyage ou de pluie, et l’autre (cas est un signe) de prendre de quelqu’un ou de donner quelque chose. De même aussi, éternuer et se mordre la langue, battement d’oreille, picotement de gosier, cela n’arrive point par le fait de quelque génie, mais par une influence naturelle que le créateur a implantée dans les membres, afin que, quand l’homme sera distrait de l’attention méditative, il soit entouré d’une influence naturelle.

Bâiller et s’étendre, comme l’ont pensé quelques-uns, ne vient pas du démon, mais de la mollesse et de la nonchalance du corps ; d’où (il suit que) bâiller fréquemment et s’étendre proviennent, disent d’habiles médecins, de l’amas des humeurs, ce que l’expérience démontre ; car, quand quelqu’un bâille souvent, un frisson court dans ses os, un tremblement parcourt ses membres.

Éternuer ne (vient) pas du fait d’un ange, mais bien du froid, ou de quelque autre influence naturelle. De plus, soupirer a lieu quelquefois par réminiscence, et quelquefois même sans se rappeler quelqu’un. Et, comme ce sont des influences naturelles, et non (provenant) des démons, il est évident que même dans les brutes se trouvent les mêmes natures. Soupirer, quand cela a lieu sans se rappeler quelqu’un, ou quelque chose de bien, ou des besoins, c’est un avertissement naturel, pour concentrer l’homme sous la crainte de son créateur, et connaître la faiblesse de sa nature. Et, quand il arrive (de soupirer) par souvenir, c’est par attachement pour un ami, ou pour avoir souffert quelque indignité, quelques dommages : comme quand quelqu’un, dans la veille, s’abandonne à l’inertie, il est, par (l’effet des) songes nocturnes, concentré sous (l’empire de) la crainte.

20. Et des songes différentes sont les causes. Il est des choses que sur le soir un homme aura proférées ; de ces mêmes choses, lors du repos du corps et dans le sommeil, l’esprit est occupé. Il est aussi des choses que l’homme n’a point pensées du tout, et qu’il voit en songe. Et à cela il y a deux causes :

Ou voir quelque chose de déterminé, comme dans un miroir, par exemple, (effet produit) par l’influence des grâces de Dieu pour exhorter l’homme au bien, et non par la réalité d’une chose évidemment présente ; comme à Joseph et à Daniel se manifestèrent des visions de grandes choses.

(Il est aussi) quelque (effet produit) par l’ennemi (des hommes) ; car il est incorporel, comme le souffle de l’homme (est) incorporel ; et, prenant différentes formes, il les retrace devant nous, tantôt (formes) de femmes, pour nous exciter à la concupiscence, et tantôt formes d’animaux effroyables et de reptiles pour (nous) épouvanter ; comme Job dit que : * Par des songes tu m’épouvantes. Et bien des fois, se produisant sous forme de femmes, (le démon) trompe les hommes en songe. Il arrive aussi parfois que, revenant sous forme d’hommes, il fait faillir les femmes. Ce n’est pas qu’il ait des membres mâles et femelles, mais, remuant, le vase de la concupiscence, il fait répandre (le signe de) la virilité ; non pas (que), quand il sera entré dans un individu, et se sera engagé dans des discours (de sensualité) mâle ou femelle, il faille croire qu’il y ait en lui état mâle ou femelle. Ni, quand il montre qu’il craint le bâton ou le glaive, il ne faut pas croire cela ; car pour lui, le bâton c’est la réprimande de Dieu et les grâces des saints qu’ils tiennent de l’Esprit saint. Ou bien, en état de veille ou dans le repos au doux sommeil, il montre qu’il craint le bâton et le glaive, afin que arrêtant les hommes à cette idée, il les fasse se relâcher du soin de demander le secours de Dieu. (C’est ce que le Seigneur même a indiqué en disant : * Cette espèce (de démons) ne s’en va que par les jeûnes et par les prières.

Non, tout égarement, tout délire des hommes n’est pas (produit) par le démon ; mais il est (de ces désordres) qui viennent de la bile, il en est qui des humeurs, il en est qui de l’épuisement de la moelle épinière, il en est qui de l’estomac dérangé, il en est qui du ventre endurci, au point d’écumer et de convulser les yeux.

21. Mais, par suite de l’épuisement de la moelle épinière, l’homme tombe (privé) de son intelligence, parle avec les murs, se bat contre les vents ; d’où (il suit que) les médecins soutiennent qu’il n’y a pas de démon qui entre dans l’homme, mais ce sont là des douleurs ; et, nous (disent-ils), avec des remèdes nous pouvons les guérir.

Mais (nous), nous ne disons pas cela ; car véritable est pour nous la parole de l’Évangile (qui dit) que : * Beaucoup de démons, quand ils voyaient Jésus, criaient et sortaient des hommes. * Et lui (Jésus) sévissait contre eux, et ne leur donnait pas permission de parler. (Tel est ce passage concluant) avec d’autres du même genre. Et ceux qui sont dits lunatiques sont ainsi appelés, non pas que la lune (leur soit) nuisible, mais il est un ordre de démons qui se manifestent selon (les phases de) la lune.

Satan ne peut tenter qu’autant qu’il en reçoit l’ordre, cela est évident d’après les tentations de Job ; * car, si d’abord il n’en avait pas reçu l’ordre de Dieu, il n’eût pas osé tenter (Job) ; et aussi, d’après * le troupeau de porcs dans lesquels ne purent entrer les démons, qu’ils n’eussent pris l’ordre du Seigneur.

22. Mais il en est quelques-uns qui prétendent que Satan ne tente nullement l’homme.

Mais ils sont confondus par l’apôtre, qui dit que : * Bien des fois j’ai voulu aller vers vous, et Satan m’a empêché. Et il dit encore : * Il n’y a pas pour nous combat avec le corps et avec le sang, mais bien contre les puissances, et contre les dominations, et contre les conquérants de ce monde de ténèbres. Et (Dieu) dit dans l’Évangile que : * Satan avait jeté dans le cœur de Judas Iscariote la pensée de livrer (Jésus), et puis que * Satan est entré par une fente ; puis encore : * Satan demanda à vous cribler comme le froment.

(Dieu) donne à Satan le pouvoir de tenter autant que l’homme peut supporter (la tentation) ; comme le bienheureux apôtre dit que : * Dieu est sincère, il ne vous jettera point dans la tentation plus que (n’est grand) votre pouvoir (de résistance) ; mais il vous fera (trouver) avec la tentation les moyens d’en sortir, afin que vous puissiez la supporter. Et notre Seigneur enseigne dans sa prière à dire : * Ne nous porte point à la tentation, mais délivre-nous du mal. Afin de montrer que par les prières nous pouvons échapper aux tentations du mal.

23. S’il en est ainsi, disent-ils, pour tenter Dieu a établi (Satan). Mais nous, nous avons montré ci-dessus, par de nombreux témoignages des Livres saints, que (ce n’est) pas pour tourmenter et pour tenter (les hommes) que Dieu l’a fait. Mais par lui (Satan), qui s’est précipité dans la méchanceté, Dieu fait œuvre bonne. Quoique le méchant ne vienne pas dans cette intention pour tenter ; mais il croit vaincre et se trouve défait. Dieu le laisse selon son mauvais vouloir tenter les (hommes) vertueux, et (ceux-ci), entrés dans les tentations (de Satan), comme dans le creuset, sont affinés et extraits comme l’or pur sortant des fourneaux.

Or, si Dieu avait fait Satan ministre des maux, aux jours d’Achab, l’esprit imposteur ne serait pas (venu) à la bouche des faux prophètes. Mais il lui fallait (à lui Satan) exécuter ce service. Et pourquoi l’esprit, qui ne confesse pas le Seigneur Jésus, ne serait-il pas (émané) de Dieu, lui (esprit) qui ne trompe pas le service de Dieu ? Et pourquoi ceux qui ne croient point au Seigneur Jésus seraient-ils appelés fils du mal, si (le mal ou Satan) par la parole de Dieu est tentateur ? et, si du mal, exécuteur des volontés de Dieu, les Juifs sont les enfants, pourquoi Abraham n’est-il pas ainsi nommé ? et pourquoi faux et homicide est nommé le mal, s’il se tient dans la vérité et non dans la fausseté ?

Nous écrirons encore (ceci) : Si le juif de lui-même parle fausseté, pourquoi lui (Satan) est-il appelé père du juif, lui (Satan) qui ne fausse pas sa nature, mais comme il a été (fait), ainsi parle ? Et pourquoi l’apôtre dira-t-il que : * Satan doit obéir à notre Sauveur jusqu’à la mort, et choir de sa puissance et de sa domination, lui (Satan) qui a voulu par lui-même se faire Dieu ? Et pourquoi (Satan) sera-t-il enchaîné et livré aux tourments ? N’est-ce pas que par sa volonté il cherchait à prendre des hommes le culte (dû) à Dieu, et les attire à l’idolâtrie, et, par enchantements, sortiléges et astrologie, il détourne les hommes de la vérité de Dieu ?

Et (Satan) est appelé ennemi (de l’homme) parce qu’il sème l’ivraie au milieu du froment. D’où il est évident que non pas par nature il est ennemi (de l’homme), mais par volonté. Et, si par nature il lui était donné de ne pas connaître Dieu le père, comment pouvait-il connaître son Fils et crier : * Tu es le fils de Dieu ? Et puis, touchant les apôtres, (comment pouvait-il) dire que : * Ces hommes-là sont les serviteurs du Dieu très-haut ?

Et de tout cela, il est évident que (Satan) n’est pas méchant par nature, mais par volonté. Ni méchant, ni persécuteur ne l’a fait Dieu, mais par ses manières volontairement mauvaises, (Satan) rend vertueux les justes. Et de lui il n’y a en cela aucune grâce.

24. Et les (corps) lumineux, comme nous l’avons dit précédemment, ne sont point êtres vivants, et causes des biens ou des maux, mais seulement le service auquel ils ont été destinés, ils le remplissent ; comme dit Moïse que : * Dieu a fait les grands corps lumineux et les a placés au firmament des cieux pour donner leur lumière à la terre. D’où il est évident que, pour donner leur lumière, seulement ils ont été faits, et aussi pour (servir de) signe aux temps et aux jours, aux mois et aux années, non comme des êtres vivants, mais comme des (corps) lumineux pour donner lumière aux (objets) qui sont sous les cieux, et montrer des signes certains de la connaissance de Dieu, des pluies et des changements des airs : comme notre Seigneur dit : * Quand vous voyez le matin les cieux empourprés, vous dites que la pluie viendra, et elle vient. * Et quand le vent du midi souffle, vous dites qu’une grande chaleur se fera, et elle se fait.

Car, au lever du soleil, l’air ayant pris l’humidité des eaux, autour des rayons du soleil les jette, et, comme l’air n’est pas encore épaissi, et devenu nuageux ; en arrêtant quelque peu son éclat, il rougit seulement le soleil et ne l’obscurcit pas. D’où il paraît que c’est signe de pluie.

De même aussi la lune, gênée par l’humidité des airs, s’efforce d’écarter cette humidité. D’où (il suit que) cette humidité, se rapprochant et n’arrivant pas à (la lune), tenue enfermée, s’épaissit autour d’elle ; ce par quoi est fait évident le signe de pluie ; et non-seulement pour la lune, mais aussi pour un flambeau, qui est une lumière bien plus petite, cela se remarque.

25. Et les cieux ne tournent point, quoi qu’en disent les sages païens que tantôt en tournant ils cachent les corps lumineux, et tantôt ils les découvrent ; et, s’ils tournaient tout le jour, comment amèneraient-ils le soleil chaque jour au même orient, et la lune, dans le (même) mois à peine, aux mêmes lieux ? Il est encore d’autres astres qui, dans une année à peine, arrivent une fois aux mêmes lieux. (Il en) est (qui), comme ils disent, en douze ans (arrivent) au même lieu ; (il en) est (qui) en un an et demi, (il en) est (qui) en trente ans.

Mais, dans l’expérience des choses, le contraire est fait évident ; car les astres qui jusqu’à l’aurore sont dans les cieux, jusqu’au soir s’y trouvent. Si les cieux tournaient, dans les mêmes sentiers où nous les voyons à l’aube du jour, ils ne se trouveraient plus le soir. Mais, comme dans les mêmes sentiers ils marchent, comme aussi nous voyons la lune et les astres dans les mêmes sentiers, il est évident qu’eux (les astres) cheminent, et que les cieux restent immobiles, sédentaires, comme aussi les livres mêmes donnés par Dieu (la Bible) appellent * firmament les cieux, et ce qui est firmament n’est point mobile.

Mais, des autres livres prenant prétexte, ils disent : Dans ces livres il est écrit que Dieu mit les astres dans le firmament des cieux : d’où il est évident qu’ils y sont cloués, et non ambulants.

Mais, s’il en était ainsi, quand Dieu dit d’Adam * qu’il l’a mis dans le paradis de délices, ils l’y croiront donc cloué, et non ambulant ? Or, si le mouvement d’Adam, les livres divins l’appellent (par ce mot) * il a mis, il est évident que la marche des corps lumineux, les livres (divins) la nomment (par ce mot) * il a mis. Surtout que dans beaucoup d’endroits nous trouvons marche des (corps) lumineux ; comme quand Josué, fils de Nun, dit que : * Le soleil s’arrêta vis-à-vis la vallée de Gabaon, et la lune vis-à-vis la plaine d’Aïalon. Et il ne dit pas que les cieux s’arrêtèrent dans leur marche, mais (les corps) lumineux ; d’où il est évident que les cieux étaient stationnaires, et les (corps) lumineux ambulants. Et sous Ézéchias, il est dit : * La lumière rétrogradera de dix degrés du palais d’Achaz. Par là il paraît que le soleil retourna en arrière, et non pas les cieux. Et dans l’Ecclésiaste il est écrit que * le soleil s’élève et le soleil se couche, et il s’étend en sa place. * Le soleil étant levé, marche vers le midi et s’allonge vers le nord. Pour montrer que le soir il s’en va par le côté du midi en occident, et au point du jour retourne vers le nord en orient par la base des montagnes, comme disent les sages, et non pas par mer, comme ils disent, eux, et non pas sous terre ; car sous terre il n’y a rien, comme dit Job que : * (Dieu) a étendu la terre sur rien. Et en Syrie, il est dit que (Dieu) a posé la terre sur rien. Or, à quelque chose, il n’est pas possible de marcher sur rien, ou à la nature continentale (c’est-à-dire sèche) d’être dans l’humidité des eaux.

Mais, disent-ils, nous, nous voyons de nos yeux que de la mer sort (le soleil).

Et ils ne savent pas que, parce que quelque part le continent n’apparaît pas de la mer, pour cela il paraît qu’il sort de la mer : comme quand quelqu’un est près de l’occident, et qu’une montagne se trouve du côté de l’orient, il lui semble que de la montagne sort le soleil ; et en tous lieux, partout où quelqu’un se trouve, il lui paraît que près de cet endroit sort le soleil. De même aussi pour ceux qui se tiennent près de la mer, comme il n’est pas possible de faire que l’œil s’ouvre sur le continent, il paraît que de la mer sort (le soleil, lui) qui de la mer ne sort point, mais bien de l’extrémité des cieux ; comme David, instruit par l’Esprit saint, dit que : * De l’extrémité des cieux est la sortie du soleil, et son repos (ou coucher) quand (il arrive) à la même extrémité.

Mais le soleil, disent-ils, jette au monde une forte rosée, d’où il est évident qu’il sort de la mer.

Et ils ne savent pas que l’air, qui, la nuit, se gonfle de l’humidité des eaux, la chaleur des rayons du soleil étant arrivée, secoue et disperse cette humidité ; d’où il arrive que non-seulement ici, mais par toute la terre, au lever du soleil la rosée tombe.

Et, si les cieux tournaient, comment, touchant Chronos et les autres astres causatifs, diront-ils qu’ils entrent dans leurs demeures sidérales, (ces astres) dont l’entrée se ferait donc en marchant et non pas sans marcher ?

26. Mais la terre aussi, disent-ils, se tient dans l’espace, et ils en donnent cet exemple : Une vessie, quand tu veux la souffler, jette dedans un grain de mil ; et le vent, qui fait obstacle dans la vessie, prend le grain de mil et le tient dans l’espace, ni en haut ne le laisse venir, ni en bas se précipiter ; de même, disent-ils, l’air, qui est au milieu du globe des cieux, s’y tient enfermé, et tient le monde dans un juste milieu, ni au-dessus il ne le laisse s’élever, ni en bas s’incliner.

D’abord par leurs propres paroles ils sont confondus ; car ils disent que ce qui est léger vers la partie supérieure s’avance, et ce qui est lourd vers le bas ; comme aussi l’expérience des choses le démontre : car la fumée et la vapeur de la terre, et la flamme du feu, comme ce sont (choses) légères, vers la partie supérieure s’avancent ; et la pierre, et le fer, et le bois, et même les autres choses de même espèce, autant on les tire en haut, autant attirées vers le bas elles descendent ; et, si le moindre poids, l’air ne peut le soutenir au-dessus, combien encore plus pour l’immense poids de la terre, il n’est pas possible à l’air de la soutenir élevée, mais (cela est possible) à la parole de Dieu qui a établi la terre sur rien.

Et (celui) qui doutera comment un tel poids peut se tenir sur rien, en voyant le firmament des cieux qui ne se tient sur rien, qu’il consente (à croire) que celui qui, par sa parole, a établi les cieux sur rien, tient aussi par son ordre tous les deux (les cieux et la terre) immobiles et stationnaires ; selon ce qu’il a dit lui-même : * Et (les cieux et la terre) furent ; il a ordonné, et ils furent établis, et il les a mis là dans les siècles des siècles. * Il a imposé son ordre, et (son ordre) ne passera point.

Et ils disent encore autres choses. Si la terre se tient sur rien, comment David dit-il que (Dieu) * a affermi la terre sur les eaux ? * Et puis, que sur la mer il jeta les fondements de (la terre), et sur les fleuves la prépara.

Celui qui a appris cela de David, apprendra autre chose de Job et d’Isaïe ; car ils disent, eux, (la terre établie) sur rien, et David (dit) * sur les eaux. Or, non pas contraires l’un à l’autre sont les livres (saints) ; mais ce que l’un (de ces livres) a omis, un autre le complète, (inspiré) par le même Esprit (saint), comme nous voyons que ce que Moïse n’a pas dit, les autres prophètes l’ont complété (inspirés) par le même Esprit. Moïse dit : * Dieu créa l’homme du sol de la terre, et souffla ensuite le souffle divin. Or, (ce mot) souffler est encore dans un milieu d’opinion : (savoir) si souffler serait ici créature, ou ne le serait pas. Or, vient le prophète Zacharie, poussé par le même Esprit (saint), et il montre la créature de ce souffle ; il dit : (Dieu) * qui établit le souffle de l’homme en lui ; et Isaïe dit : Tout (ce qui est) souffle, (c’est moi) qui l’ai fait.

De même aussi, ni du feu, ni de l’eau, ni de l’air, ni des éclairs, ni du tonnerre, ni des ténèbres ne parle Moïse, (choses) qu’il faut comprendre sorties des deux grands vases, les cieux et la terre ; (par ce qui est dit) que : * Tout ce qui se trouve entre eux (le ciel et la terre), il faut que tout cela ait été fait avec ; selon ce qui (est dit) que * Dieu fit le ciel et la terre et tout ce qui est en eux.

27. Mais de peur que, dignes des honneurs d’une constitution indépendante, paraissent (aux) ignorants (les choses) dont la création n’est pas inscrite par Moïse, pour couper les prétextes des argumentateurs, (voici que), par les autres prophètes, le même Esprit saint présente la création de ces (choses).

D’abord David (confirme le fait), par cela (même) que toutes les puissances imaginables, et toutes les créatures, il les appelle à la glorification du Créateur, quand il dit : * Bénissez-le, cieux et terre, anges et puissances, et feu, et vents, et tempêtes, qui faites (la volonté de) sa parole ; et, ce qui entre en fonction, et exécute un service, il est évident que ce sont des créatures.

Et la neige, et la glace, et la grêle, et les tempêtes, si d’un autre créateur elles étaient (sorties), l’Esprit (saint) ne les appellerait pas à la glorification (de Dieu), mais, comme (choses étrangères), il les mettrait de côté ; mais nous voyons que non-seulement ces choses, mais aussi les dragons, et les bêtes féroces, et les ténèbres, et les éclairs, qu’ils supposent (émanés) du mal, à la même glorification le même Esprit (saint) les appelant, et, par David, et par les trois enfants dans la fournaise, (nous) les présente pour montrer que pour celui, par qui elles ont été faites, (toutes ces choses) sont appelées justement à sa glorification.

Et non pas, comme Marcion dit faussement, que devoir est aux créatures du juste d’offrir un culte à l’étranger, à cause de sa bienfaisance. Son immortalité, en temps opportun, nous la réfuterons.

28. Et maintenant, quoique par cela même il soit évident que ce qui est appelé à la glorification du Créateur est sa créature ; mais de chacune de ces choses, il faut, d’après les livres (saints), montrer (l’état) de créature.

D’abord (créature) des anges, comme dit David, que : * (Dieu) a fait les anges ses esprits, et son ministre la flamme du feu ; puis créatures du feu et des autres choses l’une après l’autre. Ses éclairs, il les a faits dans les pluies. Non pas que les éclairs soient de nulle part (émanés), si ce n’est de la nature du feu ; et des ténèbres, il dit : * Tu as posé les ténèbres, et la nuit fut. Et du tonnerre et du vent tout ensemble, Moïse dit que : * pour celui qui établit le tonnerre, et établit le vent, Seigneur tout-puissant est son nom. Et ainsi, ce qu’un prophète a omis, par un autre (prophète) l’Esprit saint le complète.

Or, si David dit que * sur les eaux est la terre, par Job et Isaïe (il est dit) que sur rien elle se tient. Il ne faut pas s’étonner (de cette différence de langage), ni croire les prophéties contraires les unes aux autres ; car cela est vrai, et ceci est constant. Et prends un exemple du corps, sur lequel est la peau et la chair, et entre (sont) les veines et les vaisseaux du sang, et dessous encore (il y a) également peau et chair ; et le corps est donc au-dessus des veines du sang, et au-dessous des veines. D’après cet exemple, la terre est sur les eaux ; car dans son milieu elle a les eaux, et au-dessous les eaux. Et sur rien elle est établie stationnaire, et a renfermé en elle la fluidique nature des eaux ; et de ces deux prophéties, il n’y a qu’une (seule) et même inspection, et il n’y a pas allégorie ; car ce (n’est) pas un esprit, puis un autre (qui) ont donné cette prophétie, mais c’est un même et seul esprit qui a trouvé bon de faire l’un historien de certaines choses, et les autres, historiens des (faits) laissés de côté par lui.

Or, que les cieux ne tournent pas, que tout ce qui n’était pas et fut est créature, et non constitué de lui-même, les exemples des natures premières, les témoignages des livres saints étaient suffisants pour convaincre de cette vérité les esprits exercés ; mais, comme ils persistent (eux) dans la même ineptie, regardant tout (comme) vivant et respirant, nous ne négligerons pas, selon notre pouvoir, de faire réponse aussi à cette (absurdité).