Réfutation des sectes/Livre 3

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LIVRE TROISIÈME.

RÉFUTATION DE LA RELIGION DES SAGES DE LA GRÈCE.




1. La lune, disent-ils, trente jours plus tôt que le soleil, passant par toutes les maisons sidérales, c’est-à-dire par tous les cieux, arrive au même lieu (d’où elle était partie) ; et le soleil dans une année, et les cieux (en) un jour et une nuit, emportés autour d’eux-mêmes, tournent (et reviennent) au même lieu. Et sept astres seulement sont ambulants, et tous les autres sont cloués aux cieux ; et les astres qui (sont) ambulants sont le soleil et la lune, et encore cinq astres, (ce n’est) pas d’orient en occident qu’ils marchent, mais d’occident en orient.

Et ils donnent un exemple qui n’est pas ressemblant : ils (disent) que, quand une roue tourne, et qu’une fourmi, (placée) dans un vase de terre, chemine d’orient en occident, à cause de l’évolution rapide de la roue vers l’occident, il paraît que la fourmi va d’orient en occident ; non pas que (vraiment) elle aille d’orient en occident, mais (bien) d’occident en orient. Et la roue, par sa rapide évolution, fait paraître (la chose) ainsi.

Et les cieux, disent-ils, autant ils sont au-dessus, autant ils sont en bas, autant de tous côtés, autour de la terre ; et l’eau enveloppe la terre, et l’air (enveloppe) l’eau et la terre ; et le feu (enveloppe) et l’air, et l’eau, et la terre ; et la lune n’a pas sa lumière particulière, mais du soleil lui vient la lumière. Et de là, il est évident, disent-ils, que de quelque côté que soit le soleil, de ce côté commence à naître pour elle (lune) la lumière, et, selon l’éloignement du soleil, lui vient en peu (de quantité) la lumière, et, selon le rapprochement peu à peu (du soleil), lui abonde la lumière ; et, quand (le soleil) arrive proche de la lune, il la remplit (de lumière) ; et, quand (la lune) dépasse le soleil, sa lumière commence un peu à diminuer ; et autant s’éloigne la lune, autant manque la lumière, jusqu’à ce qu’elle disparaisse tout à fait ; et quand une autre fois cela arrive, alors point pour la lune quelque peu de lumière à cause de l’éloignement ; et autant la lune s’approche (du soleil), autant peu à peu augmente pour elle la lumière.

Et la lune, disent-ils, est plus basse que le soleil et que tous les astres, et, comme elle est au-dessous, quand la balance vis-à-vis le soleil arrive, alors s’obscurcit le soleil. Et causes des changements (ou mutations) des quatre natures d’éléments, ils (font) les astres, et les supposent comme êtres vivants. Tout cela, ils le disent par blasphème, afin de faire passer les cieux et les astres (pour êtres) vivants, et même pour dieux.

2. Justement, comme dit le bienheureux apôtre, que : * Par la sagesse de Dieu le monde ne connut pas Dieu. Et qu’y a-t-il d’étonnant que les cieux, à cause de leur incommensurable grandeur, et les corps lumineux, à cause de leur immense éclat, ils les aient crus des dieux, lorsque dans le bois, et dans la pierre, et dans les bêtes féroces, et les animaux ils cherchaient des dieux ? (Ce sont des gens) que le caractère même de leur nature condamne, par cela même qu’ils sont à la recherche du créateur, à la recherche de Dieu, et, tombés (dans l’égarement) hors du seul vrai (Dieu), ils se sont heurtés à plusieurs (dieux), et nulle part il n’y eut pour eux assiette et stabilité ; car chercher Dieu était digne de louange, et en introduire non pas un seulement, mais plusieurs, est une indicible impiété.

3. Et surtout les sages de la Grèce sont blâmés ; car, parvenus à la sagesse, ils n’ont pas connu le créateur de la sagesse ; car ils admettent, eux aussi, quelque (chose), existant de soi-même, cause de tout, (cause) ne procédant de personne, mais existant de soi-même, premier (principe) trouvé. En second, ils admettent Dieu, et créateur l’intelligence, et en troisième le souffle, qu’ils appellent âme de tout.

En supposant ces deux (derniers êtres) émanés d’une seule cause, ils ont montré qu’ils approchaient des portes de la science du vrai ; et en faisant procéder de ces êtres par naissance, et à l’infini, d’autres dieux perceptibles et apparents, ils se sont d’eux-mêmes fermé les portes de la connaissance de la foi ; car, comme le soleil et ses rayons, ils supposent Dieu, et même des dieux perceptibles, apparents, et le monde tout à fait coéternel à lui (Dieu) ; et en toute (chose), son esprit comme souffle de tout, et dans les cieux, et dans les corps lumineux, et dans le feu, et dans les airs, et dans les eaux, et dans la terre, jusque dans les pierres, et les bois, et les arbres, et les racines même de l’herbe. Et par cette vitalité, disent-ils, toutes les créatures dépendent de sa nature, comme les rayons du soleil dépendent de la roue même, (c’est-à-dire) du disque (du soleil). Il (Dieu) est un et plusieurs, plusieurs et un seul, comme le soleil est un et plusieurs, car il est une seule roue ou disque, et beaucoup de rayons. Et ceci, ils ne le disent pas tous ainsi, mais il y a plusieurs religions de philosophes.

4. Les pythagoriciens et les péripatéticiens disent (qu’il y a) unité (de Dieu), et providence, et (commandent) de ne pas sacrifier aux dieux. Pythagore a établi (comme principe de) religion de ne pas manger la chair des êtres ayant souffle, et de s’abstenir du vin ; tout ce qui est de la lune et au-dessus (de la lune) de le réputer immortel, et tout ce qui est au-dessous mortel ; (d’admettre) la permutation des souffles ou âmes de corps en corps, jusqu’aux brutes et (autres) animaux. Et (Pythagore) a établi la religion du silence, et puis il se nomma lui-même Dieu.

Mais les platoniciens (admettent) Dieu, et ὑλη, et idée ; la première (de ces deux dernières choses) est la matière, la seconde le propre de chaque individu. (Ils admettent aussi) le monde créature, et destructible, et le souffle incréé, et immortel, et divin, dont les trois parties sont le raisonnable, le colérique, le concupiscible, (ordre de) regarder les femmes (comme propriété commune ou) de tous ; et (défense) à tout homme d’avoir (à lui) une femme particulière ; mais (il veut que) celle, que les hommes voudront, (et celui, que) les femmes agréeront, soit l’un avec l’autre. (Il admet) la transmutation des âmes en différents corps, jusqu’aux animaux et aux reptiles. En même temps, il établit plusieurs dieux sortis d’un seul (Dieu).

Mais les stoïciens ont admis partout un corps, et regardent le monde apparent comme Dieu. Mais quelques-uns de l’essence du feu croient qu’il tient sa nature. Ils ont arrêté que Dieu, c’est l’intelligence, comme si le souffle de tout était l’élément des cieux et de la terre. (Pour) corps, ils lui ont donné tout ce qui est, et pour yeux (les corps) lumineux ; ils ont fait les corps de tous périssables, et les âmes transmutables de corps en corps.

Or, les épicuriens disent : inséparables et indivisibles étaient les corps en premier, et de là tout fut constitué. Et comme fin suprême du bien, ils ont établi la concupiscence. Et Dieu n’existe pas, ni providence qui gouverne tout. Telle est la religion des philosophes (épicuriens).

5. Mais le commencement du paganisme, du temps même de Saruch, eut lieu ; car un homme excellent, venu au monde, mourait-il, (aussitôt) pour (conserver le) souvenir de son mérite, on tirait (les traits de) son image en peinture ; et par là instruits, les ignorants peu à peu prenaient (cette image comme objet de) culte ; et, ce qui regarde les idoles, les sculptures, (eut lieu) sous Thara, père d’Abraham. Chacun, avec son art, sculptait la même (idole) ; le forgeron par la forge, le menuisier par la menuiserie, l’argentier, et le bronzier, et le tailleur de pierres, et le potier, chacun par le moyen de son art. Et de là, ainsi disposés, arrivaient aux Égyptiens et aux Babyloniens, et aux Phénicéens, et aux Phrygiens l’œuvre de la sculpture et ses mystères ; puis aux Hellènes, qui sont les Grecs, sous Cécrops ; et même dans la suite s’accrut cet état de choses sous Chronos, et Rhéa, et Jupiter, et Apollon, et beaucoup d’autres, que l’un après l’autre ils nommaient dieux.

Et Hellènes sont appelés les Grecs (du nom) d’un certain personnage dont le nom était Hellenus au pays des Hellades. Mais les autres disent que (ce nom vient) de l’olivier qui poussa de lui-même à Athènes, parce que olivier en grec est appelé ελαία.

Mais les (Grecs ou) Ioniens (tirent leur nom) de Javan qui était l’un des directeurs de la construction de la tour ; c’est pourquoi ils sont tous appelés Mérob, à cause de la confusion des langues ; car division en grec est appelé μερισμὸς.

Les premières religions étaient appelées barbares et scythiques, et païennes, jusqu’à ce que vint le culte du vrai Dieu d’Abraham, (qui) ruina ces religions.

Et le judaïsme (est appelé ainsi) de Juda, quatrième fils de Jacob ; de lui était (sorti) le royaume, et toute la nation prit son nom, le (nom) judaïque.

Et, à la fin du judaïsme, le nom de christianisme vint du Christ, lequel (christianisme) fut d’abord à Antioche appelé ainsi par les disciples.

6. Donc, les philosophes, en cherchant Dieu d’après la loi naturelle qui est implantée dans l’intelligence, comme nous l’avons dit précédemment, sont dignes de louanges. Mais, tomber dans (l’erreur qui admet) plusieurs dieux, supposer le monde coéternel à Dieu, c’est une énorme impiété. Et à ces gens-là convient la parole apostolique, qui dit : * Ils ont connu Dieu, et ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu.

Car la glorification de Dieu, c’était que de ses créatures fût séparé l’honneur du créateur. Par quoi aussi les créatures, chacune par leurs mouvements, et leurs changements, parlent (bien haut) du créateur. Or, si les astres, selon leurs absurdités, étaient dieux, et les cieux, et le soleil, et la lune, qui sont sans parole, et sans son, que serait donc la cause, plus que les objets ayant cause ? Et surtout, quand l’intelligence et le souffle (de cette cause), si l’on peut dire le souffle de Dieu, ils les mettent dans toutes les créatures animées et inanimées naturellement (et procédant) de l’essence de lui (Dieu). Ce qui est d’une indicible impiété, de regarder la vitalité de l’essence de Dieu comme (celle) des êtres animés et inanimés en général ; et non pas plutôt (de regarder comme) créature la vitalité dans les anges, dans les démons, et dans les hommes, qui sont (des êtres) raisonnables et intelligents ; et dans les autres (êtres) animés une vitalité naturelle mêlée et agrégée des quatre matières, qui, quand (ces êtres) se brisent (se brisent également), et la vitalité dans ces quatre matières se dissout.

Ce sont les esprits des anges et des démons, et le souffle des hommes. Or, de leurs propres paroles ne rougiront-ils pas ceux qui disent le souffle (ou âme) incréé, immortel et divin (émanant) de la nature de Dieu même, et puis ils admettent des tourments, des peines pour les âmes prévaricatrices ; ce qui est du dernier blasphème, si l’essence de Dieu se partageait en parties, et était torturée dans beaucoup de (ces parties ou) souffles ; et puis encore qu’une partie (de Dieu) tourmentât une (autre) partie de sa nature ; qu’une partie fût (vouée) à la gloire, une autre aux mépris, et une partie aux délices, une autre portion aux enfers.

Et puis ils disent : S’il n’y avait pas quelque vitalité en tout, comment serait-il (vrai) que tout se meut ? Et les semences, et les plantes jetées dans la terre poussent. Et dans les familles des hommes et des brutes les semences tombées arrivent à génération et à propagation. C’est ce que nous, nous ne nions pas, à cause de l’expérience des choses, qui rend évidents ces faits.

Mais telle est la question : (savoir) que cette vitalité n’est pas la vitalité de l’essence de Dieu, mais créature-vitalité, différente dans les êtres raisonnables et intelligents, et différente dans les brutes, et dans les (êtres) ayant souffle, différente encore dans les (substances) naturelles, comme les semences qui tombent dans les femelles des hommes, et des brutes. Celles des hommes sont bien plus honorables. Dans (l’homme) il y a vitalité naturelle, selon le corps, et vitalité raisonnable et merveilleuse, selon le souffle (ou âme) ; car le corps se compose des quatre matières, et l’âme (n’émane) pas de ces quatre matières agrégées, mais d’une nature simple et subtile. (L’âme) des autres brutes n’est pas semblable, mais (elle émane) d’une nature naturelle et instinctive. (L’âme) des semences (n’est) pas encore pareille, mais (elle procède) d’influences naturelles et inanimées.

7. De même aussi dans les (corps) lumineux l’animation n’est pas raisonnable, mais mouvements naturels et influencés. D’où quelques-uns leur ont supposé des anges propulseurs. Mais nous, nous marcherons sur la trace des livres saints, qui disent des pluies, que * Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir à torrent sur la terre. Et non pas, comme quelques-uns l’ont ridiculement débité, que Satan avait la puissance de remuer, et de changer les airs, selon ce que l’Apôtre dit que : * Selon le prince de la puissance de cet air ; il l’appelle prince de cet air, à cause de sa chute du ciel, et de sa divagation dans les airs. Et de là, est évident ce que dit (l’Apôtre), * prince de cet air ténébreux, pour montrer que de la lumière (Satan) a été précipité dans les ténèbres, et qu’il ne change pas l’air tantôt en pluie, tantôt en neige, tantôt en grêle.

Mais c’est là l’œuvre de Dieu, et non pas de Satan, dira David (inspiré) de près par l’Esprit saint, (lorsqu’il dit) que : Il (Dieu) * tire les nuées de l’extrémité de la terre, et il a fait les éclairs dans les pluies, * et il tire les vents de ses magasins, * et puis, il met la neige comme la laine, et la brume comme la poussière des greniers, et il jette le frimas comme des miettes, etc. Et un prophète dit : * Que (Dieu) appelle l’eau de la mer, et la répand sur la surface de la terre. Et Job dit que : * Qui a engendré les gouttes de pluie, et du ventre de qui sortent les frimas, qui a engendré la brume dans les cieux, qui descend comme l’eau tombant goutte à goutte ? pour dire que c’est là mon ouvrage, et non (l’œuvre) de nul autre.

De même mouvoir les corps lumineux est l’œuvre de sa parole, et non de nul autre. Et non-seulement sept astres sont ambulants, (tandis que) les autres seraient sans marche, mais tous sont ambulants ; la moitié à marche lente, la moitié à marche rapide ; et ils ne sont pas cloués aux cieux, comme il a été dit précédemment que, tantôt comme une roue, ils tournent, et tantôt se montrent, et tantôt se cachent. Et, ce qui est encore plus digne de risée, (c’est) que le soleil marche d’occident en orient. Et pourquoi n’appellent-ils pas l’occident orient, et l’orient occident ?

Mais point du tout, disent-ils, le soleil n’entre (ou ne se couche) nulle part. Il n’entre nulle part, cela est évident, puisque la nuit (c’est) de sa lumière projetée dans le vase (ou globe) de la lune, que s’élève la lumière ; car lui (le soleil) s’en va, s’éloigne, et se trouve dans d’autres régions.

Et si tu dis que le soleil est dans les cieux, la nuit, l’obscurité qui se produit, d’où serait-elle (produite) ?

Ils disent : Par l’ombre même de la terre arrive l’obscurité.

Mais (alors) l’obscurité qui se produit au-dessus dans les cieux, d’où serait-elle produite ? N’est-il donc pas évident que le (soleil) est caché quelque part la nuit, comme on peut le voir par son coucher ; car, comme de haut en bas il descend, et puis, en montant, comme de bas en haut il s’élève.

En vain leurs discours emphatiques ! car, aussi étendue est la grandeur de la maison des cieux, que celle de la terre ; car les livres divins disent les cieux d’une coudée, et la terre d’une palme, et nous ne trouvons pas la coudée plus (grande) que la palme.

8. Puis, (dire) que la lune n’ait pas sa propre lumière, d’abord leur assertion est fausse si, dans sa croissance en tout point, croît la matière qui vient d’elle, et que dans son plein (cette matière) se complète, et dans sa défaillance manque.

Comme l’expérience des choses le montre dans tous les (êtres) charnels, et dans les arbres et dans les plantes, (se trouve) de l’humidité, et en Europe il y a certains points de mers dont les eaux, selon la croissance de la lune, croissent, et, selon son plein débordent, et selon sa décroissance diminuent. Et ces (gens-là) sont si impudents qu’ils veulent capter les yeux de tous les hommes, qui la nuit, au coucher du soleil, voient la lumière de la lune plus resplendissante.

Comment plus rapide que le soleil, diraient-ils la lune non existant d’elle-même ? car, disent-ils, en trente jours elle accomplit sa marche, et le soleil en une année. L’expérience des choses les confond, ainsi que le livre divin qui dit que : * Il a fait deux grands (corps) lumineux, et les a placés dans le firmament des cieux. Et pour montrer le plus grand éclat du soleil (le même livre) dit : * Il a fait le grand (corps) lumineux pour la puissance du jour, et le petit (corps) lumineux pour la puissance de la nuit, et (il a fait) les astres. D’où il est évident que pour chaque puissance ils sont établis, et l’un ne prend pas sa lumière de l’autre.

Et la croissance et la décroissance de la lune (est) comme l’entrée et la sortie (d’une lame) par un fourreau, disent ces sages, et ils en donnent pour signe, qu’il arrive quelquefois, quand (la lune) est dans sa croissance et dans son plein, autour de son vase elle s’épaissit, comme si, par quelque petite fente de trous, des lueurs apparaissaient.

Et puis de l’obscurcissement du soleil si la rencontre de la lune était cause, quand la lune (elle) s’obscurcit, quel (obstacle) a-t-elle rencontré ? S’ils supposent un astre cause de cette rencontre, nous ne voyons pas, nous, qu’un astre si grand soit dans les cieux que, rencontrant la lune, il puisse cacher la lune ; et il n’y a pas d’astre plus bas que la lune, qui, au-dessous d’elle la rencontrant, l’obscurcisse.

De plus, si la lune pouvait empêcher la lumière du soleil, donc elle lèverait sa lumière sur la terre, de sorte qu’il paraîtrait au moins comme un jour de lune, et non pas obscurité complète.

9. Mais véritable est la parole de l’Écriture qui dit que : * Je ferai tourner le soleil en obscurité et la lune en sang ; pour montrer qu’il est le maître des corps lumineux, (le maître) d’éclairer et d’obscurcir pour la condamnation des adorateurs du soleil et des adorateurs de la lune.

Et il n’est pas possible à la lune de descendre sur terre ; comme des enchanteurs, ayant vu dans le temps, par ordre de Dieu, une forme de lune ensanglantée, publient que la lune ressemble au démon, (disant) qu’ils feront descendre la lune. Il n’est possible que cela soit, que la lune, elle qui est plus grande que plusieurs mondes, soit concentrée en une petite place, il n’est pas possible que (une femme) sans mamelle donne à téter.

Et que d’innombrables myriades d’enchanteurs il y a sur terre ! Si chacun d’eux pouvait faire descendre la lune, jamais ils ne lui donneraient (permission) d’aller aux cieux. Mais jamais la lune ne descend (sur terre), cela est évident, puisque personne ne la voit descendre ni monter, et, si tu fais bien attention, le vase de la lune est éclairé peu à peu, jusqu’à ce qu’il soit tout à fait formé. S’il était possible à la lune de descendre, quoique personne ne l’ait vue descendre, cependant tous la verraient monter. Mais les corps lumineux sont d’une telle mesure, comme disent les livres divins, qu’ils seront (destinés) pour signes, aux temps, et aux jours et aux années.

Or, si les astres sont (pris) en signes des chaleurs ou des froids, ce n’est pas comme êtres vivants, mais comme préposés par Dieu à cet (office), afin que nulle des créatures de Dieu ne soit inoccupée. Et les sages de la Grèce sont blâmables en cela que, ils ont suivi et adoré les créatures, et non le Créateur.

10. Et puis, il n’est pas (vrai), comme ils le disent, que l’eau environne la terre, mais en terre et sur la terre sont les eaux ; et par delà la terre il n’y a rien, ni même des eaux ; ce que témoignent les colonnes d’Hercule, sur lesquelles il est écrit, disent-ils, que * au delà de ce point, personne n’ait l’audace d’aller.

Et l’air est mêlé avec les eaux et avec la terre, et avec les eaux l’air est mêlé ; cela est évident d’après les reptiles, qui dans les eaux sucent la vitalité de l’air ; et avec la terre aussi le même air est mêlé, quand il fait de la pluie et que le soleil donne, par la vapeur qui s’échappe du cœur de la terre, cela paraît évident ; et avec l’air aussi le feu est mêlé, d’après les éclairs, qui du choc naturel du vent et des nuées jaillissent, cela est évidemment démontré ; et puis, si dans un verre blanc vous jetez de l’eau au soleil, l’éclat du soleil, entrant par la blancheur du verre, et à travers la limpidité de l’eau pénétrant par l’air, fait naître (l’apparence du) feu ; avec les eaux le feu est mêlé, d’après les pierres tirées de l’eau, qu’on choque l’une contre l’autre, et (dont) on tire du feu, cela est évidemment démontré ; et la nuit, quand tu es au bord de la mer, et que tu bats l’eau, des éclairs de lumière s’échappent.

Et les reptiles qui sont dans l’intérieur des eaux sont composés des quatre matières, savoir : de la terre et de l’eau, de l’air et du feu, comme aussi tous les (êtres) corporels qui sont sur le continent ; car ainsi Dieu a composé le monde. D’abord, ayant fait les quatre matières séparées, ensuite avec elles il a tout composé. D’un seul créateur tout est l’œuvre, et lui (seul) conduit et entretient tout.

11. Et non pas comme le chef de leurs philosophes et les péripatéticiens disent une (seule) unité, cause de tout, et la Providence, qu’ils ne disent pas (émanée) d’elle (unité), mais cette providence serait une certaine force particulière, et comme la cause de tout ; (Pythagore) la tire d’une unité ; s’il admettait la providence comme née de cette unité, il formerait un système beau et digne de louanges ; mais, parce que d’un être il fait émaner les causes, et d’un autre (être) la Providence, il est digne de blâme, et non de respect.

Et puis, par cela même qu’il n’a pas ordonné de sacrifier aux dieux, il est louable. Mais, parce qu’il n’a pas ouvertement prêché qu’il y a un seul Dieu, et non plusieurs, il est très-blâmable.

Louable et très-louable est Pythagore, parce que, pour vaincre les passions et la concupiscence, quant à la nourriture, il a vécu en religieux. Mais, parce qu’il a donné (comme certain) la transmutation des âmes, des corps dans les corps, il est très-répréhensible : comme si les âmes des justes morts passaient dans d’autres corps purs, ou (dans des corps) d’hommes ou de brutes non immondes, et que cela leur advînt comme une rémunération de bonnes actions ; et (comme si) les âmes des pécheurs passaient dans les corps souillés, soit d’hommes, soit de bêtes féroces, et d’animaux, et de reptiles, et que cela leur arrivât pour rétribution de leurs mauvaises actions.

Et (l’ordre) de ne pas manger de viande, si, pour tromper les passions du corps, il donnait cet ordre, il faisait bien et (chose) juste, mais si, comme de créatures immondes il ordonnait de s’en abstenir, (c’était) très-mal ; mais évidentes sont les raisons pour lesquelles il ordonnait de ne pas manger la chair des animaux ayant souffle ; comme si le souffle divin était dans leur chair, et que pour cela il ne fallût pas manger la chair d’(êtres) vivants. C’est pourquoi aussi les mages d’abord immolent, puis tuent les brutes, afin que, devenues insensibles, le souffle sorte de leurs corps ; et ils ne savent pas qu’ils les tuent deux fois, l’une en les immolant, l’autre en les égorgeant.

De même aussi, Pythagore n’ordonne pas de sacrifier les brutes aux dieux, comme s’il ne fallait sacrifier les dieux aux dieux ; car le souffle divin, dit-il, (est) dans les brutes. Et de là, il est évident qu’il ordonne d’adorer la terre, et de ne pas sacrifier.

C’était là une action extrêmement indigne de réputer immortel tout ce qui est au-dessus de la lune. Il montre que tout cela il le considérait comme dieux. Et de là, supposant mortel (ce qui est) en bas, il indiquait que le feu, et l’air et la terre, étaient des êtres vivant et mourant, mais n’ayant pas le sentiment de la vitalité, (le feu, l’air, la terre) ne prennent pas l’impression de la mort ; ce qui est le propre des (êtres) animés et non des (êtres) inanimés.

Et ce silence de cinq ans que Pythagore imposa à ses nouveaux disciples, quoique ce fût un exemple de grande patience, car ils ne pouvaient rien demander, mais seulement se taire, n’était pas très-utile ; car, si avant le temps (fixé) de cinq ans, quelqu’un de ces disciples mourait, quoique (à force) d’avoir bien et beaucoup écouté il fût devenu sage, lui-même ne jouissait pas de cette sagesse, car il ne pouvait parler, et personne autre (n’en jouissait), parce que personne n’entendait (parler) la sagesse.

Et ce qui est d’une inconcevable ineptie, ensuite, disent-ils, Pythagore se nomma lui-même Dieu, ce qui lui arriva surtout par orgueil, car il ne se conduisit pas selon la parole du sage qui dit que : * Autant tu arriveras à la grandeur, autant tiens-toi dans l’humilité.

12. Mais Platon, qui admet Dieu, et la matière, et l’idée en essence, montre que Dieu est créateur des formes, et non des natures. D’où les sectes, ayant pris (ce système), avec lui (Platon) répètent faussement que, comme Dieu était en essence, de même aussi la matière et l’idée, qui est une propriété particulière de l’individu. Comme à Dieu l’habileté était particulière, la matière (était) matérielle ; (Dieu) ne put qu’amener aux formes la matière qui s’agitait pêle-mêle, et non pas de ce qui n’existait pas il amena à exister tout, comme il peut tout ; ce qui rejette sur Dieu (le reproche de) la faiblesse, s’il eut besoin d’emprunter d’un autre la matière. Par là, (Dieu) se trouve n’être rien de plus que les habiles ouvriers, puisque, comme eux, il aura besoin de la matière. Et (Pythagore) dit le monde créature et destructible. Et quelquefois lui et les autres le disent coéternel avec Dieu.

Si le monde est créature et destructible, comment serait-il coéternel à Dieu ? et, s’il était coéternel, comme ils disent que, comme l’ombre d’un individu ne s’éloigne jamais de lui, de même aussi le monde ne se sépare jamais de Dieu ; s’il en est ainsi, vain est ce qu’ils disent que ce monde est créature destructible. Mais, s’ils pouvaient encore avancer cette impiété que celui qui est la cause de l’ombre doit disparaître. Si donc il n’en est pas ainsi, car cela n’est pas, et l’ombre ne doit pas disparaître ; alors condamnables sont ces sottises.

Et les âmes (ou souffles), si, parce qu’elles sont de l’essence de Dieu, étaient incréées, et immortelles, les trois parties qui (sont) en elles, d’où seraient-elles ? (la partie) raisonnable, et la colérique, et la concupiscible ; car, quoique l’une (de ces parties) soit Dieu, car il est la source de toute rationabilité, mais de la colère et de la concupiscence, Dieu, supérieur (aux passions), est libre ; car sans besoins, et sans parties est Dieu.

Et si lui-même, comme ils disent, pour plus de perfection, vierge est sorti de ce monde, comment ordonnait-il aux autres de mettre les femmes en commun, et de ne pas seulement veiller sur sa femme ?

Et les âmes divines, pourquoi lui aussi (Platon), comme les premiers, les regardait-il transmutables de corps en corps, jusqu’aux reptiles et aux animaux ? Son blasphème va même (s’attaquer) à la nature dans son impiété ; comme s’il avait en lui la moitié de lui, et qu’il tourmentât son autre moitié dans les reptiles et les animaux. Ce qui n’est pas (le fait) de celui qui est indivisible, indéfini, infractionnable et sans parties.

Et si, comme ils le disent faussement, plusieurs dieux d’un seul Dieu étaient sortis, pourquoi n’y aurait-il pas plusieurs mondes, ni plusieurs cieux, ni plusieurs soleils, ni plusieurs terres ? Mais peut-être est-ce des dieux insignifiants que (Dieu) a tirés de lui, et des dieux insignifiants à quoi seraient-ils utiles ?

13. Quant aux stoïciens, qui ne pensent qu’aux corps, en regardant le monde apparent, ils crurent que tout était corps, et ils considérèrent le monde apparent comme Dieu. Ces sectaires savent cela d’après les philosophes, ils n’ont pas voulu eux-mêmes se mettre dans l’esprit un point bien compréhensible, ni l’apprendre des autres, c’est qu’il est une puissance qui meut les choses apparentes, et qu’il faut regarder le moteur comme Dieu, et non pas les choses mobiles.

Or, quelques-uns d’entre eux, de l’essence du feu disent la nature du monde, (et cela) pour faire passer le soleil (comme une merveille) encore plus étonnante, et la nature enfin (comme) encore plus véhémente ; et, considérant qu’on peut tout contempler par l’intelligence, pour cela ils ont cru l’intelligence Dieu (même) ; comme le souffle des cieux, de la terre, et de tout (ce qui est) dans les cieux et sur la terre. Ils ont pris pour ses yeux les (corps) lumineux. (Ces gens-là), dans leur indigne stupidité, ne sont pas même dignes de réponse.

Et les corps, comme les astres, ils les tiennent pour périssables, et les âmes transmutables de corps en corps, ce qu’ils ne peuvent démontrer, ni eux, ni les autres plus éminents qu’eux ; car tous débitent des fables. Et, quoique la moitié soient arrivés à la vérité, ils ne se sont pas tenus dans la vérité.

14. (Quant aux) épicuriens, ils croient le monde constitué de lui-même ; comme si d’abord les atomes marchaient. Comme, quand un rayon (du soleil) entre par la fenêtre, des atomes paraissent dans ce rayon ; tels, disent-ils, les corps infractionnables et indivisibles étaient en premier, puis épaissi (successivement), le monde se forma par agrégation ; et (ils disent) qu’il n’y a ni Dieu, ni providence qui conduise le monde. Ces gens, que les philosophes déprécient, les autres sectes ne les estiment pas du tout. C’est d’eux dont l’apôtre dit que : * Sans Dieu ils circulaient dans le monde. Tellement extravagante fut leur obstination, à ce point que, d’une si grande troupe de dieux, ces philosophes ne retinrent pas un dieu. Vois-tu que le fait d’une telle audace dominant ces possédés (de l’erreur), allait jusqu’à (faire naître ou) tirer l’athéisme du monde.

15. Sous Saruch fut, disent-ils, le commencement du paganisme ; d’où il est évident que jusqu’à ce moment, on était adorateur de Dieu, et que l’Église de Dieu était (établie) depuis le commencement du monde. De quoi David étant instruit par l’Esprit saint, offrait des prières (à Dieu, disant) : * Rappelle-toi ton Église que tu as établie dès le commencement.

Mais, quoique le paganisme entrât dans le monde, le culte de Dieu ne manqua pas entièrement ; et cela est évident, puisque Abraham, s’en étant allé du pays des païens, rencontra des adorateurs de Dieu. Melchisédech, prêtre du Dieu très-haut, n’est jamais nommé prêtre, qu’il n’y ait son peuple ; et Abimélech qui, par (la puissance de) Dieu seulement, parlait avec Abraham, et non pas par (la puissance des) démons. Et les amis de Job, et Élie, par (la puissance seule de) Dieu tout-puissant, parlaient avec lui.

Ainsi, jamais Dieu ne laissa ce monde sans témoignage ; comme le prophète, sous le judaïsme, disait, comme en face de Dieu, que : * En tous lieux on jette de l’encens, et on offre des sacrifices en mon nom ; pour montrer que dans tous les siècles des adorateurs de Dieu se trouvaient, qui confondaient les idolâtres.

16. Mais, disent-ils, pourquoi tarda-t-elle (tant) la venue du Christ, et tant de générations furent-elles perdues sans la connaissance de Dieu ?

S’il n’y avait pas eu des prédicateurs du culte de Dieu envoyés dans tous les siècles, peut-être y aurait-il lieu à de tels discours ; mais, comme (Dieu) ne cessa de donner témoignage, qu’ils s’en prennent à eux-mêmes, les incrédules, et non pas à Dieu !

Le Christ ne vint pas dans l’enfance du monde, parce que le lait était utile à des enfants, et non pas une nourriture solide, ni (il ne vint pas) dans sa bouillante jeunesse, quand se répandait le culte des démons. Mais, d’abord, il éleva le monde par (le moyen) des prophètes, comme avec du lait, et puis il vint donner sa doctrine accomplie ; car nul ne donne à l’enfant une nourriture solide, ni ne lui découvre de grands mystères, ni ne lui parle un langage sérieux, jusqu’à ce qu’il arrive à l’âge parfait.

Comme l’apôtre, prenant sur lui tous les traits de l’humanité dit : * Quand j’étais enfant, comme un enfant je pensais ; mais, quand je fus homme, je laissai là l’enfance, pour montrer que le Christ vint au monde dans l’âge accompli (du monde), dans sa parfaite connaissance, comme dans ce monde on peut y arriver. Mais, à la jouissance de cette connaissance, le Christ se convia, lui et les autres, en disant que : * Maintenant nous savons peu de choses, mais quand viendra la consommation, nous verrons face à face.

D’où il est évident que, pour toute chose, Dieu est puissant, et à tout il suffit. Il pouvait même plutôt, dans les premiers âges de l’éternité, faire le monde, mais il a voulu ainsi, pour ne pas le faire ni trop tôt, ni trop tard, mais quand il était à propos et convenable, de peur que, en le faisant trop tôt, les êtres créés ne lui nuisissent, en pensant qu’ils lui étaient coéternels, et de peur aussi que, en le faisant tardivement, on (n’eût de lui) des soupçons de faiblesse, de projets indécis, de pensées premières, et médiales, et dernières.

De plus, l’homme, que Dieu a voulu faire héritier de tout, il ne l’a pas fait avant (de faire) l’héritage ; mais d’abord (il a fait) les cieux et la terre, les eaux et le feu, et l’air et l’herbe, et les plantes et les bêtes féroces, et les brutes et les oiseaux ; d’abord la maison, puis le tenancier de la maison ; d’abord les possessions, puis le possesseur ; d’abord les esclaves, puis le maître, de peur que, quand ensuite viendraient les êtres dont (l’homme) devint le prince, il ne conçût des idées coupables (comme) si c’étaient ses créatures. Mais quand, d’abord, il les verra faites, il prendra en l’esprit (cette idée) que, il est une puissance qui les a faites, et les (lui) a données, (et mises) sous sa main, et que l’homme ne pense pas à se faire à lui-même honneur de cette glorification, mais (qu’il l’offre) à son Seigneur-créateur qui gratuitement lui a donné tout cela.

De même la venue de son Fils, (Dieu l’a) préparée dans le temps où il savait qu’elle devait être utile. Et si un médecin, selon les différentes maladies, présente différents remèdes à ses malades, de sorte que (le remède) qui conviendra au commencement du mal, on l’administre au commencement, et (que le remède qui conviendra) à la période médiale, (on l’administre) au milieu (de la maladie), et que le remède (qui conviendra) à la vieille période de la maladie, (on l’administre) aussitôt après ; combien plus encore le souverain auteur, par qui sont ménagés tous les moyens d’invention, fait-il en temps opportun ce qu’il fait ; non par (l’effet) d’une première et deuxième et dernière pensée, mais en même temps, selon sa volonté, il accomplit l’œuvre de ses produits, et non pas par suite naît sa volonté ; mais, comme par prescience il sait tout, tandis qu’une chose n’est pas encore, (il sait) comment il doit la faire, et dans quel temps, et pour quels besoins ; il ne fait rien confusément qu’il regrette ensuite, et (lui fasse) détruire ses propres créations. Il n’a besoin de personne, il ne prend rien de personne, et n’attend rien de personne ; mais il a en lui-même suffisamment tout pouvoir de faire, et d’établir tout, et de (le) conserver intact. Il n’a personne avec lui associé, comme frère, ou comme compagnon, ou comme un coopérateur étranger ; mais (il a) seulement sa puissance et sa sagesse qui est née de son essence, et (lui est) coéternelle, et l’esprit de sa nature qui (procède) de lui, et est toujours auprès de lui, indestructible et sans division possible.

17. D’après tout cela, il est évident qu’aucun ὑλη, c’est-à-dire matière, n’était auprès de Dieu, d’où les sages de la Grèce disent qu’il a fait les créatures, d’elle (matière) les maux sont entrés dans le monde, comme disent les sectes qui d’eux ont pris des raisons (pour) diviniser la matière, et mettre Dieu opposé à Dieu. Et nul autre ne fut créateur des maux, comme les mages le débitent faussement (en disant) que Araman fit les maux ; mais un seul Dieu est créateur, (créateur) des biens, et non des maux, et créateur éternel ; car, tandis qu’il n’avait pas encore fait les créatures, il avait dans l’esprit, par la prescience, le plan de la composition des créatures. Et il ne fut jamais (un temps) où il n’était pas créateur, par cela même qu’il avait en lui la puissance suffisante à la production de tous.

Et bien des raisons étaient (devant) Dieu, pour qu’il vînt faire les créatures. D’abord la science de la vérité, il ne fallait pas la laisser inerte, de peur que, comme un être impuissant, Dieu même ne fût trouvé, pour n’avoir pu faire les créatures, dont il avait en lui le savoir-faire par (l’effet de) sa science préconçue ; deuxièmement, comme (Dieu) est bienfaisant par nature, il n’avait pas le droit de garder sa bienfaisance inutile. Et il y avait encore pour Dieu bien d’autres raisons semblables, pour lesquelles il donna commencement à la composition du monde.

Comme quelqu’un, s’il connaît l’art de certaines choses, soit de la musique, soit de la médecine, soit de la menuiserie, et que par des effets il ne montre pas la vérité (de ses talents), en vain il a tous les détails de la science, d’où (il suit que) lui-même n’en jouit pas, et ne montre pas aux autres la connaissance de son art ; de même aussi quiconque serait bienfaisant, si de sa bienfaisance on ne jouit pas, à qui servirait sa bienfaisance ? car de la bienfaisance la vertu est telle : (elle existe) quand les autres en jouissent. S’il n’y a personne qui jouisse de la bienfaisance, quelle utilité y aurait-il (à retirer) de la bienfaisance ?

De même aussi Dieu qui avait en lui habileté, art consommé, s’il n’avait pas fait les créatures, penserait en vain avoir l’habileté, quand il n’y aurait pas de sujets qui résultassent de son habileté. De plus, sa bienfaisance ne se montrerait pas bienfaisance, s’il n’avait pas fait les créatures qui jouissent de sa bienfaisance ; mais il est ainsi bienfaisant que, non-seulement il a octroyé à ses créatures leur création, mais aussi (la faveur) de jouir des joies de ses perfections.

Puis, si Dieu n’avait pas fait les créatures, nul ne saurait même qu’il est Dieu, quand il n’y aurait pas là d’êtres qui possédassent le pouvoir de la connaissance (de Dieu). D’où (il suit que), comme Dieu a voulu nous amener à sa connaissance, et qu’il est lui-même (là pour) la montrer, il a disposé ses créatures à leur présenter la connaissance (de sa personne), afin qu’elles jouissent de sa bienfaisance. Et il a fait les fonctions du monde pour l’homme, (propre) au service de toutes les choses nécessaires ; et l’homme, (il l’a fait) pour sa gloire, afin qu’il glorifiât son Seigneur, et connût sa bienfaisance.

Et ainsi jamais Dieu n’était vide de création, car toujours il avait (tracées), peintes dans l’esprit (les créatures) qu’il devait faire, et, comme il n’était pas à propos qu’en volonté seulement et en pensées il eût cette puissance, pour cela, afin de manifester sa volonté et ses pensées, il mit au jour ses créatures, pour que sa puissance apparût, et que ses créatures jouissent de sa bienfaisance.

Or, que nul ne puisse croire le monde constitué de lui-même, ni rien (de préexistant) auprès de Dieu, pour ne pas renverser la grandeur de sa puissance ! Mais à tous il accorda l’être, (à tous les êtres) qui n’étaient pas auparavant. Pourquoi voudrait-on supprimer sa puissance, et le regarder seulement (comme) l’habile metteur en œuvre de quelque matière, et non pas, (comme) de rien amenant à être toutes choses ? Il n’y avait rien de coéternel à Dieu, ni aucune matière d’où il ait pris et composé ses créatures ; mais lui-même est créateur de toutes natures ; et non-seulement il arrange les formes, mêle l’essence des êtres essentiels, mais encore il est l’auteur et créateur de l’existence des êtres existants.

Tel (est ce que) doivent dire les hommes touchant Dieu, et de ces histoires être les historiens. Par là Dieu est glorifié, et les hommes ne se nuisent point.

Mais, selon les mérites de Dieu, (quels sont les hommes) qui seront dignes d’être historiens de Dieu, si ce n’est les amis de Dieu, qui, pour l’amour de lui, ont méprisé la vie du monde, et, préférant la mort pour l’espérance de la vie qui est auprès de Dieu, se sont livrés à la perte du corps, (perte) d’où se trouve (résulter) le salut des âmes ?

Or, en vain les sages de la Grèce s’efforcent de discourir sur Dieu, par cela même qu’ils n’ont pu distinguer le créateur et les créatures, (ces sages) qui, (la raison) obscurcie par les ténèbres des démons, ont imaginé d’introduire plusieurs lignées de dieux innombrables.

Comme Hésiode, un certain sage d’entre eux, comptait beaucoup de générations de dieux, et Homère le rapsode, marchant à la suite d’Hésiode, en discours pompeux redit les mêmes erreurs, et beaucoup d’autres des philosophes, avec des paroles fabuleuses extravagant, promettent d’accomplir l’histoire de Dieu ; (ces gens), qui ne connaissent pas Dieu, et ne savent pas séparer le créateur des créatures, comment ont-ils la pensée de discourir sur Dieu ? et surtout celui qu’ils regardent (comme) plus sage que tous (les autres), Platon qui, au sujet de Dieu, et au sujet des âmes, et au sujet des créatures a voulu parler.

Et maintenant contre Platon, il nous faut combattre avec des paroles hardies, (contre Platon) qui (plus) que tous les philosophes grecs paraît adorateur du vrai Dieu ; car il se trouve ne pas connaître Dieu, ni la création des créatures ; car, quand nous aurons retracé les passions de cet homme fameux, et que nous l’aurons ensuite retiré des yeux de ses dupes, nous montrerons ensuite qui est Dieu, et ce que sont ses créatures.

Une chose que Platon tient surtout pour indicible, c’est que Dieu a toujours été, et n’avait pas de créatures. J’aime la volonté de Platon à chercher Dieu, et, son orgueil, je ne le loue pas.