Répertoire national/Vol 1/L’Émigré Français

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Collectif
Texte établi par J. Huston, Imprimerie de Lovell et Gibson (Volume 1p. 345-347).

1836.

L’ÉMIGRÉ FRANÇAIS.

RECONNAISSANCE.


        Volez, ô ma barque légère,
Volez ! j’ai vu dans ce brillant lointain
        La terre libre hospitalière,
Dont la pensée abrégea mon chemin.

        Comme la vue de la patrie
Remplit de joie l’âme du voyageur !
        Port désiré, terre chérie,
En vous voyant je revois le bonheur.

        L’émigré des terres lointaines
Trouve, dit-on, sur ton sol protecteur
        Foi et vertu, libre de chaînes
Qui liaient là les élans de son cœur.

        Ils renaîtront les jours prospères !
J’ai vu du port le peuple généreux.
        Là j’ai trouvé amis et frères,
Et plein d’amour j’ai dit : je suis heureux !

        Amour, tendre reconnaissance
Seront à vous jusqu’à mon dernier jour,
        Amis, dont la même espérance
Doit nous unir au terrestre séjour.

        Je redirai longtemps encore
Ces nobles cœurs, et ces soins généreux,
        Cette bonté qui tant m’honore,
Les amis vrais qu’on rencontre en ces lieux.

        Je redirai, vastes campagnes,
Tous les trésors dont Dieu vous enrichit ;
        Je redirai, sombres montagnes,
Les bois, les lacs, dont il vous embellit.

        Je redirai ce lieu champêtre,
Ses habitants, son coteau, ses vallons ;
        La maison blanche au pied du cèdre,
L’humble chapelle où le soir nous parlons.

        Je redirai à la patrie
Ce beau pays et son peuple pieux ;
        Ces vertus dont l’âme ravie
Ne peut trouver de modèles qu’aux cieux.

        Je redirai, ô vieille France !
Ces nobles noms émigrés de ton sein,
        Qu’aux jours si beaux de ta vaillance
L’honneur suivit dans ce pays lointain.

        Vous que la foi rendit mes pères,
Apôtres saints, recevez mon amour !
        Du cœur d’un fils les vœux sincères
        Sont d’imiter vos vertus chaque jour.

        À votre voix enfant docile,
J’irai semer la parole du Christ ;
        J’irai bénir le champ fertile
Tant arrosé des sueurs de vos fils.

        Aimer, bénir toute sa vie
Ceux que Jésus enfanta sur la Croix,
        C’est une part digne d’envie
Pour qui l’adore et médite ses lois.

        Que le bonheur, terre bénie,
Soit à jamais le prix de ta bonté.
        Moi, jusqu’au soir de cette vie,
Je redirai ton hospitalité.


A. J. Ginguet.[1]

  1. M. Ginguet était prêtre français ; il naquit en 1796 près de Nancy. Il vint en Canada en 1835, et fut successivement employé à la desserte de différentes paroisses du diocèse de Montréal. Il rédigea près de deux ans les Mélanges Religieux ; il est mort le 21 février 1846.