Répertoire national/Vol 1/Notre Avenir

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Collectif
Texte établi par J. Huston, Imprimerie de Lovell et Gibson (Volume 1p. 348-349).

1837.

NOTRE AVENIR.

Le Nestor de notre village
Dont nous aimons les cheveux blancs,
Toujours gai malgré son âge,
Se plaît avec nous, jeunes gens.
De ce qu’il a vu, sa mémoire
A conservé le souvenir,
Et ce qu’il sait de notre histoire
Lui fait prévoir notre avenir.

 
Tous les soirs, à notre prière,
Ses récits charment notre ennui :
Hier encore dans sa chaumière
Nous nous pressions autour de lui.
Nous lui disions : « À l’an qui passe
Un autre succède demain ;
Bon vieillard, conte-nous, de grâce,
Ce qu’amènera l’an prochain. »

« — Enfants, de votre insouciance
Pourquoi perdre le bien si doux ?
De mon inutile science
Les fruits seraient amers pour vous.
D’un voile souvent salutaire
L’avenir se couvre à nos yeux ;
Croyez-moi, laissez-moi me taire,
L’incertitude vaudra mieux. »

« — Bon vieillard, parle sans contrainte ;
Quel qu’il soit, disons-nous notre sort ;
Nous ne connaissons qu’une crainte,
C’est l’esclavage et non la mort.
Malheur au cœur lâche et perfide
Qui préfère des fers honteux !…
— Enfants, ce mot seul me décide,
Écoutez, je cède à vos vœux. »

« Quand l’Anglais, après tant de guerre,
Nous offrit la paix autrefois,
Nous devions garder de nos pères
La foi, le langage et les lois.
Depuis longtemps pour les détruire
On use de tous les moyens,
Un exemple doit vous instruire :
N’oubliez pas les Acadiens !… »

« Ne mettons plus de confiance
En qui nous a trompés toujours ;
En vous seuls est votre espérance :
N’attendez pas d’autres secours.
Enfants, votre pays vous crie :
Soyez unis, vous serez forts ;
La liberté de la patrie
Sera le prix de vos efforts. »