Racine et Shakespeare (édition Martineau, 1928)/Appendice IV/Introduction

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Texte établi par Henri Martineau, Le Divan (p. 286-288).

IV

DE MOLIÈRE
DE REGNARD

ET
DE QUELQUES OBJECTIONS[1]



Quelques personnes qui ont eu la bonté de lire cette brochure jusqu’au bout, ont dit à l’auteur que ses idées leur semblaient surtout s’appliquer peu à Molière. Il se peut qu’un homme de génie, en faisant des ouvrages qui plaisent infiniment aux hommes d’une des époques de la civilisation, donne encore plus de plaisir aux hommes d’une époque absolument différente que les artistes médiocres de cette seconde époque. Ces artistes médiocres seront principalement ennuyeux parce qu’ils copient judaïquement les ouvrages du grand homme. Ils ne savent voir ni la nature telle qu’elle est sous leurs yeux, ni la nature telle qu’elle fut quand le grand homme en donna ses imitations sublimes.

On a jugé convenable de faire un nouveau chapitre sur Molière, et l’on est entré dans quelques raisonnements sérieux, au risque de paraître lourd.

Cette brochure m’a valu un honneur dont je suis fier. Quelques-uns des hommes que leurs écrits, et non pas leurs visites du soir, ont placés à la tête des lettres, quelques-uns de ces hommes dont les écrits font le charme de mes loisirs, ont daigné me faire des objections. J’ai hasardé d’y répondre par un nouveau chapitre. Si je me fusse livré à exprimer mes doutes sur moi-même aussi souvent que je sentais combien j’ai de raisons d’être modeste, ce chapitre ajouté eût été fort long. J’ai respecté à ce point mes nobles adversaires, que j’ai cru qu’ils auraient assez d’orgueil pour aimer la vérité sans formules. J’ai donc parlé simplement, comme on parle aux immortels, disant avec simplicité, non peut-être ce qui est vrai, mais ce qui me semble vrai.

  1. Nous rangeons sous ce titre les pages qui avaient été placées par Colomb dans son édition de 1854, à la suite des trois chapitres de la plaquette de 1823. Elles avaient sans aucun doute été écrites après la publication de Racine et Shakspeare, I, et étaient évidemment destinées dans la pensée de l’auteur à en grossir une réédition. N. D. L. É.