Rational (Durand de Mende)/Volume 2/Quatrième livre/Chapitre 25

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Traduction par Charles Barthélemy.
Louis Vivès (volume 2p. 153-167).


CHAPITRE XXV.
DU SYMBOLE (10)[1].


I. Après la lecture de l’évangile on chante immédiatement et à haute voix le symbole, c’est-à-dire : « Je crois en un seul Dieu. » — « Car il faut croire de cœur pour être justifié, et confesser sa foi par ses paroles pour obtenir le salut » (Saint Paul aux Romains, chapitre x). C’est pourquoi l’Église, afin de montrer qu’elle reçoit avec foi et de cœur la parole de l’Évangile ou sa prédication, chante immédiatement à pleine voix (ore) le symbole de la foi ; or, le symbole, qui suit l’évangile, marque la foi qui vient après la prédication. Ce qui a fait dire à saint Jean : « Après qu’il eut dit ces choses, beaucoup crurent en lui. » Car, selon l’Apôtre aux Romains, chap. x, « la foi vient de ce qu’on a ouï, et on a ouï parce que la parole de Dieu a été prêchée. »

II. Et on dit le symbole à haute voix, afin que tous le disent et l’apprennent : car tout chrétien est tenu de confesser publiquement la foi catholique, à cause de quoi il se signe au front. Mais à prime et à complies on le dit tout bas, de peur que « les mouches qui meurent dans le parfum n’en gâtent la bonne odeur, » comme on en touchera un mot dans la cinquième partie, au chapitre de Prime.

III. On dit encore à voix haute le symbole à la messe, pour marquer qu’aujourd’hui la foi catholique est librement prêchée et enseignée. Mais à prime on dit le symbole à voix basse, pour montrer que dans la primitive Église, surtout au temps de la passion du Christ, les prédicateurs et les professeurs de la foi gardèrent le silence ; et à complies on le dit aussi tout bas, pour marquer qu’il en sera de même à la fin des siècles : car, lorsque la persécution suscitée par l’Ante-Christ sera dans toute sa force, les lèvres des prédicateurs et des docteurs de la foi seront closes. C’est avec raison que le prêtre ou l’évêque commence le symbole, pour indiquer que tout bien procède du Christ : « car toute grâce excellente et tout don parfait vient d’en haut ; etc. » (I, q. I, Quam pio). Et afin que le musicien céleste ne dise pas : « Nous avons chanté devant vous, et vous n’avez point dansé, » le chœur répond d’une voix sympathique à l’enseignement de l’Évangile, et il célèbre avec un grand transport (tripudio) la foi catholique, en disant : Patrem omnipotentem, etc., quoiqu’à la messe du Pape cela s’observe parfois d’une autre manière, comme on le dira tout-à-l’heure.

IV. En outre, le prêtre, quand il commence le symbole, se place devant le milieu de l’autel, les mains étendues et élevées, et il les joint ensuite en continuant sa récitation. Or, le prêtre qui représente le Christ, reste debout pour marquer que le Christ est toujours prêt à répandre largement sur tous les biens spirituels. Devant le milieu de l’autel, c’est pour montrer qu’il ne fait acception de personne, mais qu’autant qu’il est en lui il coule également pour tous, et qu’il n’aime ni angle, ni détour. Les mains étendues, pour montrer qu’il est prêt à répandre avec abondance ses biens sur ceux qui s’en rendent dignes. Et il élève ses mains en haut, comme pour montrer par cette action même que nous devons chercher les choses d’en haut, implorer la miséricorde de Dieu et espérer en lui seul. Ensuite il continue la récitation du symbole les mains jointes, parce que nous devons rendre grâces à lui seul des biens que nous avons reçus et nous humilier. Et parce que le symbole est une parole évangélique quant au sens, c’est pourquoi nous devons l’entendre debout, comme l’évangile ; et de même, après sa récitation, nous devons faire le signe de la croix.

V. Sumbolon en grec se traduit en latin par judicium (jugement), signum (signe), on collatio (comparaison), tant parce qu’il indique une règle de foi pleine et parfaite, que parce qu’il renferme en lui seul les articles de cette même foi.

VI. Et remarque qu’il y a trois symboles. Le premier est celui des apôtres, qu’on appelle petit symbole [symbolum minus), que, d’après la règle du pape Damase, on dit tout bas chaque jour, à toutes les heures canoniques. Symbole vient de sun (avec) et de bolon (sentence) y parce qu’il fut composé des diverses paroles des apôtres, comme les enfants, lorsqu’ils se réunissent aux jours de fêtes, ont coutume d’apporter des parts de mets (bolos), c’est-à-dire des débris de viandes et de pain dont la réunion s’appelle écot (symbolum), c’est-à-dire assemblage de menues choses (xliii d., Non oportet). On rapporte qu’après que les apôtres eurent reçu l’Esprit consolateur, comme ils s’apprêtaient à partir pour prêcher l’Évangile, et qu’ils conféraient ensemble sur les articles de la foi, ils établirent que, puisqu’ils étaient tous unis par une seule foi, ils prêcheraient tous cette foi unique en des termes identiques ; et c’est pourquoi, s’étant mis à composer le petit symbole, chacun d’eux y apporta son morceau (bolum), c’est-à-dire une particule. De là vient qu’en suivant le catalogue ou le nombre des apôtres, on voit que le symbole contient douze parties.

VII. Car Pierre dit : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. » André : « Et en Jésus-Christ, son Fils unique, notre Seigneur. » Jacques : « Qui a été conçu de l’Esprit saint, est né de la vierge Marie. » Jean ; « A souffert sous Ponce-Pilate, a été crucifié, est mort et a été enseveli. » Philippe : « Il est descendu aux enfers ; le troisième jour il est ressuscité. » Barthélemi : « Il est monté aux cieux, il est assis à la droite de Dieu le Père tout-puissant. » Thomas : « D’où il viendra juger les vivants et les morts. » Mathieu : « Je crois en l’Esprit saint. » Jacques : « La sainte Église catholique, la communion des saints. » Simon : « La rémission des péchés. » Thaddée : « La résurrection de la chair. » Mathias : « Et la vie éternelle. »

VIII. Le second symbole est celui qui commence par ces mots : « Quiconque veut être sauvé. » Il fut composé dans la ville de Trêves, par Athanase, patriarche d’Alexandrie. On peut cependant l’appeler le troisième symbole, car celui de Nicée, dont nous allons parler, fut recueilli dans le premier Synode de Nicée.

IX. Le troisième symbole est celui de Nicée (xv dic), qui commence ainsi : « Je crois en un seul Dieu, etc. » Le pape Damase, de l’accord du Synode universel réuni à Constantinople, établit qu’on publierait ce symbole et qu’on le chanterait à la messe à haute voix, quoique déjà le pape Marc 1er eût décrété qu’on le chanterait ainsi, et on l’appelle le grand symbole (symbolum majus). On croit que l’usage de chanter le symbole à la messe vient des Grecs ; ce symbole contient douze articles.

X. Le premier article est : « Je crois en un seul Dieu, etc. » le second : « Et en un seul Seigneur, Jésus-Christ. » Le troisième : « Qui pour nous, hommes, etc. » Et quand on dit : « Il s’est fait homme, » nous devons fléchir les genoux, parce que nous adorons le Christ fait homme et crucifié pour nous. Le quatrième article est : « Il a été aussi crucifié pour nous. » Le cinquième : « Et il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, » c’est-à-dire de la manière, dans l’ordre et au temps prédits dans les Écritures. Le sixième article est : « Il est monté au ciel. » Le septième : « Et il doit venir de nouveau, etc. » Le huitième : « Et en l’Esprit saint, Seigneur. » Le neuvième : « Et l’Église une, sainte, catholique. » Le dixième : « Je confesse un baptême. » Le onzième : « Et j’attends la résurrection des morts. » Le douzième : « Et la vie du siècle à venir. Amen. » Et il est à remarquer que dans les susdits Conciles de Nicée et de Constantinople on ne lit pas ces mots : « Selon les Écritures, » ni ceux-ci : « Qui procède du Fils. »

XI. Or, chez les Grecs, à la fin de ce même symbole on dit qu’il est défendu, sous peine d’anathème à qui que ce soit, d’oser enseigner ou de prêcher une autre doctrine touchant la foi en la Trinité, que celle qui est contenue dans le symbole ; Et le Concile de Calcédoine, tenu en Grèce, a recommandé d’anathématiser ceux qui oseraient composer, publier, écrire une autre croyance, enseigner ou publier un autre symbole, comme on l’a dit ci-dessus. C’est pourquoi les Grecs assurent que nous sommes anathèmes, parce que nous avons ajouté au symbole les paroles rapportées plus haut. Mais ils parlent mal, autant parce que cet anathème n’est pas une règle confirmée par sentence publique, mais une sorte de menace, que parce qu’une puissance inférieure ne peut lier une puissance supérieure (xxi d., Inferior). Or, l’Église de Rome n’est pas soumise aux conciles, mais bien plutôt les conciles lui sont soumis (Extra De elect. significasti). En outre, ces paroles : « Selon les Écritures, » sont tirées de l’exposition de foi de ce même concile de Constantinople, et ainsi rien n’y paraît être ajouté ou respirer quelque erreur. C’est avec raison qu’on emploie ces mots dans le sens que nous avons exposé ci-dessus. Par ces paroles encore, nous n’enseignons rien d’étranger touchant la personne du Fils ou à l’égard de la Trinité ; au contraire, c’est une seule et même doctrine, car le Fils étant identique en substance au Père, ce qui procède du Père procède aussi du Fils : ainsi donc nous n’ajoutons rien, mais nous éclaircissons plutôt la doctrine reçue. Nous ne composons, nous ne publions, nous n’écrivons pas une croyance étrangère, pas plus que nous ne mettons en lumière un autre symbole ; en un mot, nous ne sommes soumis à aucun anathème touchant l’enseignement précité.

XII. Il est cependant étonnant de voir avec quelle audace ces mêmes Grecs s’arrogent le droit de nier que l’Esprit saint procède du Fils, lorsque cette doctrine est expressément contenue dans le Concile d’Ephèse, tenu contre eux (De consec., d. v,’ ult. et pénult.). Mais envoyant qu’ils étaient tombés dans l’erreur, ils envoyèrent quelques prélats des leurs au Concile général de Lyon, tenu sous le pape Grégoire X, et en notre présence ils professèrent publiquement, en leur nom et en celui de tous les prélats et de l’empereur des Romains, que l’Esprit saint procède éternellement du Père et du Fils, non comme de deux principes, mais comme d’un seul principe ; non de deux spirations, mais d’une seule (Extra De summa Trinitate et fide cath.), comme on le trouve dans la Constitution du même Grégoire ; et devant tout le Concile ils chantèrent trois fois en grec et trois fois en latin le symbole avec ces paroles précitées : « Selon les Écritures, » et « Qui procède du Père et du Fils. »

XIII. Et l’on chante ce grand symbole aux solennités seulement de ceux qui l’ont composé, et à celles dont il y est fait quelque mention, savoir : tous les dimanches, aux festivités du seigneur, Noël, l’Epiphanie, le Jeudi saint, Pâques, l’Ascension, la Pentecôte et la Transfiguration, et à la fête de la Trinité, et à toutes les festivités de la bienheureuse Marie, de la sainte Croix, des Anges et des Apôtres, dont il est fait mention dans ce symbole en ces termes : « Et l’Église apostolique. » Aux solennités des évangélistes Luc et Marc, au dire de quelues-uns, on ne doit pas chanter le symbole, parce qu’ils n’ont pas été apôtres. On doit dire ce symbole aux dédicaces des églises et à la commémoration de tous les saints, bien que cette même commémoration soit la festivité de la Dédicace. On dit aussi ce symbole pendant l’octave de Noël, excepté le jour des Innocents, dans lequel on suspend les cantiques d’allégresse. Cependant on le chante pendant l’octave, comme on le dira dans la sixième partie, à l’article de cette fête. On chante aussi ce symbole pendant les octaves de l’Epiphanie, de Pâques, de l’Ascension, de la Pentecôte, des apôtres Pierre et Paul et de l’Assomption de la bienheureuse Marie. Et, quoiqu’aux jours de naissance des saints Jean-Baptiste et Laurent on ne chante pas le symbole, cependant on le chante pendant l’octave de leurs fêtes, parce qu’elles se rencontrent entre les octaves des Apôtres et de l’Assomption ; et c’est aussi pour cela que l’on chante pendant l’octave de saint Jean-Baptiste la préface des Apôtres, et pendant celle du bienheureux Laurent la préface de l’Assomption. Cependant, en certaines églises on dit le symbole le jour de la fête du bienheureux Jean-Baptiste, et cela avec juste raison, parce que dans le symbole il est fait mention des prophètes en ces termes : « Qui a parlé par les prophètes. » Et parce que Jean ne fut pas seulement un prophète, mais plus qu’un prophète, il est écrit de lui : « Il y eut un homme envoyé de Dieu qui s’appelait Jean. » Et ainsi il fut apôtre, dit saint Jean-Chrysostôme dans le sermon qu’on fit le jour de la fête de la Décollation de saint Jean-Baptiste ; et le nom d’apôtre est synonyme de celui d’ange. Jean-Baptiste aussi fut le premier à baptiser et à prêcher le baptême, et dans le symbole il est fait mention du baptême ; au surplus, le symbole rappelle toutes ces choses. Il en est cependant dont il parle obscurément, comme de l’Epiphanie ; c’est pourtant un jour solennel dans la vie du Seigneur, car c’est la fête de son baptême, et il en est parlé en ces termes dans le symbole : « Je confesse un baptême, etc. » Il est aussi fait mention de la cène du Seigneur ; c’est la solennité de l’eucharistie, à laquelle se rapportent ces mots : « La communion des saints » et des anges ; mais ces derniers sont compris sous le nom du ciel, et il en est parlé dans cet article du symbole : « Créateur ou fabricateur du ciel et de la terre. » Cependant quelques-uns ne pensent pas qu’on doive chanter ces paroles dans ce sens, parce que les anges n’ont jamais eu la foi, mais l'espérance ; ils ne croient pas, mais ils savent, car ils ont une pleine science. On fait aussi commémoration dans le symbole, quoi que d’une manière obscure, de la dédicace des églises, à laquelle se rapporte cette parole : « La sainte Église catholique ; » car alors l’église est sanctifiée, et, pour ainsi parler proclamée catholique, lorsqu’on la dédie. Aux octaves a trait la résurrection des morts, dont il est dit dans le symbole « Et j’attends la résurrection des morts. » A la fête de sainte Agnès on ne chante pas le symbole, parce que, quoiqu’on la célèbre dans l’Église, ce n’est cependant pas une fête d’octave comme on le dira dans la septième partie, à l’article de cette fête.

XIV. Enfin, il y en a qui chantent, non sans raison, le symbole tous les jours depuis Pâques jusqu’à la fête de l’Ascension, comme tous les dimanches, et aussi à la solennité de la bienheureuse Marie-Madeleine, disant qu’elle fut la messager des apôtres, parce que la première elle les remplit d’allégresse en leur annonçant la résurrection ; et à la fête du bienheureux Martin, parce que l’on chante de lui : « Martin est l’égal des apôtres. » Il y en a aussi quelques-uns qui disent le symbole le jour de la principale fête d’une église ou d’un oratoire, et non cependant dans l’octave de cette fête, s’ils la célèbrent. Il est fait mention dans le symbole de certaines choses en commémoration desquelles on ne chante pas le symbole, comme de la passion et de la sépulture ; car l’office de ces jours ne suit pas la règle des autres fêtes du cercle de l’année (aliorum regnorum). On ne dit pas non plus le symbole dans les jours de la semaine consacrés en l’honneur de la bienheureuse vierge Marie, ou de la sainte Croix, ou du Saint-Esprit (Extra De celebratione missarum consilium). En certains endroits, après qu’on a chanté le symbole, ou pendant qu’on le chante, le peuple chante Kyrie, eleison, parce qu’après que le Christ et les apôtres eurent enseigné, les fidèles, ayant reçu la foi, louèrent Dieu ; ce que représente la mélodie très-agréable du symbole. Et il faut savoir que le Christ n’est pas venu prêcher les Gentils, mais les Juifs, selon cette parole de l’Evangile : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis de la maison d’Israël qui se sont perdues. » D’où vient qu’il fit cette recommandation aux apôtres : « N’allez point vers les Gentils, et n’entrez point dans les villes des Samaritains. » Ce ne fut qu’après la résurrection qu’il leur donna cette autre recommandation en ces termes : « Allez par le monde entier, prêchez l’Évangile à toute créature. » C’est pourquoi, quand le pontife romain célèbre solennellement, ce ne sont pas les chantres dans le chœur, mais les diacres devant l’autel, qui chantent le symbole de la foi, et ce sont eux qui répondent généralement à tout, jusqu’à ce que le pontife dise : « Que la paix du Seigneur soit toujours avec vous ; » parce que, jusqu’après la résurrection du Christ, la seule Église des Juifs, que symbolise le sous-diacre qui se tient en haut de l’autel, « crut de cœur pour être justifiée, et confessa sa foi par ces paroles pour obtenir le salut » (Extra De sac., c, i). Mais, à partir de ce moment, les chantres répondront dans le chœur et chanteront tout, parce qu’après la résurrection l’Église des Gentils, symbolisée par les chantres, qui se tiennent au bas du chœur, reçut la foi du Christ et chanta en l’honneur du Sauveur de magnifiques louanges. Cependant, entre l’évangile et le sacrifice le chœur chante d’une voix unanime l’offertoire, parce qu’entre la passion et la prédication les Gentils montrèrent un désir de foi à Dieu, quand la femme Chananéenne, venue du pays de Tyr et de Sidon, fit entendre ce cri : « Seigneur, fils de David, aie pitié de moi ; ma fille est misérablement tourmentée par le démon. » Et le Seigneur loua sa foi en lui disant : « O femme ! ta foi est grande ; qu’il te soit fait comme tu le désires. »

XV. Enfin, exposons sous forme d’abrégé le symbole des apôtres, qui contient en peu de mots tous les articles de foi. « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre. » Remarque que c’est autre chose, comme dit Augustin, de croire à Dieu, de croire Dieu et de croire en Dieu.

XVI. Croire à Dieu, c’est croire que tout ce qu’il dit est vrai, ce que les méchants mêmes croient ; nous croyons à un homme, et nous ne croyons cependant pas en lui. Croire Dieu, c’est croire qu’il est Dieu, comme font aussi les démons. Croire en Dieu, c’est joindre l’amour à la foi ; croire en Dieu, c’est aller à lui ; croire à Dieu, c’est s’attacher à lui, ce que seuls font les justes. Donc celui qui dit : « Je crois en Dieu, » ment, s’il ne chérit pas Dieu, à moins qu’il ne dise qu’il parle en la personne de l’Église. Et en disant Dieu au singulier, il montre son mépris pour la pluralité des dieux. D’où vient qu’on a ajouté d’une manière remarquable dans le grand symbole ce mot : Unum, « Un, un seul, » selon cette parole : « Ecoute, Israël ; le Seigneur ton Dieu est le seul et unique Seigneur. » Et l’Apôtre : « Il n’y a qu’un seul Dieu, qu’une seule foi, qu’un seul baptême. »

XVII. En disant le Père, le symbole, commence à distinguer les personnes, dont Isaïe a dit : « Qui soutient de trois doigts toute la masse de la terre. » Et ailleurs : « Les séraphins criaient : Saint, saint, saint. » Et le Seigneur a dit : « Baptisez toutes les nations au nom du Père, et du Fils, et de l’Esprit saint. » Et Jean : « Il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel : le Père, le Verbe et l’Esprit saint. » Le Père est la première personne, non pas selon le temps, mais selon l’autorité, dans la Trinité. Ce qui suit, tout-puissant, est son nom essentiel ; et voilà pourquoi nous le rapportons, non sans raison, à Dieu substantiel, ou au Père, par relation, quand nous disons : « Je crois en Dieu, le Père tout-puissant, » ou : « Je crois dans le Père tout-puissant. »

XVIII. De même pour ce qui suit : « Créateur du ciel et de la terre ; » parole qui confond l’hérétique qui affirme que le créateur du ciel n’a pas été celui de la terre, que les choses célestes ont eu un autre créateur que les choses terrestres, et que les corps n’ont pas eu le même créateur que les âmes ; à quoi Moïse a répondu : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. » Et David : « Tu as, Seigneur, dès le commencement, fondé la terre, et les cieux sont les ouvrages de tes mains. » Et l’Apôtre : « Tout a été créé par lui dans le ciel et sur la terre. »

XIX. Ensuite, le symbole dit : « Et en Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur. » Voici une autre personne dans la Trinité : c’est Jésus, qui sauve son peuple de ses péchés ; c’est le Christ, qui a été oint de l’huile de l’allégresse, de préférence à ses frères ; car il est le Fils unique du Père, dont David a dit : « Tu es mon Fils, je t’ai engendré aujourd’hui ; » et l’Apôtre : « Dieu a envoyé son Fils né d’une femme et assujetti à la loi. — C’est notre Seigneur, qui nous a créés, qui nous a rachetés, étrangers que nous étions, au prix de son sang. »

XX. Ensuite : « Il a été conçu du Saint-Esprit, est né de la vierge Marie. » Voici le premier mystère du Christ, c’est-à-dire son Incarnation ; c’est comme si le symbole disait : « Lui qui est en Dieu s’est fait homme, non par le concours de l’homme, mais conçu par l’opération de l’Esprit saint ; il est né de la vierge Marie. » Ce qui a fait dire à Isaïe : « Voici qu’une vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera Emmanuel. » Et l’Ange, dans l’Évangile : « Salut, Marie pleine de grâces, le Seigneur est avec toi ; » et il ajoute : « L’Esprit saint surviendra en toi, et la vertu du Très-Haut te couvrira de son ombre. » Il y en a cependant qui joignent ces mots : « Qui a été conçu de l’Esprit saint, » avec ceux qui précèdent.

XXI. Ensuite : « Il a souffert sous Ponce-Pilate, il a été crucifié, il est mort et a été enseveli. » Voici le second mystère relatif à l’humanité du Fils, c’est-à-dire la Passion, dont l’époque est assignée sous Ponce-Pilate ; la forme du supplice est indiquée par le mot crucifié, et la fin de la passion se conclut en ces termes : mort et enseveli. D’où vient que le Christ dit en pleurant, par la bouche de David et de Jérémie : « Ils ont percé mes pieds et mes mains, et ils ont compté tous mes os. » Touchant sa mort, le Prophète dit : « Le Seigneur est entré dans la mort. » Quant à son sépulcre, Isaïe dit : « Son sépulcre sera glorieux. » Tout cela est démontré d’une manière évidente dans l’Évangile.

XXII. Ensuite : « Il est descendu aux enfers ; le troisième jour, il est ressuscité d’entre les morts. » Voici un troisième mystère, celui de la Résurrection ; mais l’on parle d’abord de la descente aux enfers, par laquelle les morts sont délivrés. C’est pourquoi on lit dans le prophète Osée : « Je les délivrerai des mains de la mort ; je les rachèterai de la mort. O mort ! je serai ta mort ; enfer, je serai pour toi une morsure cruelle. » Le Christ est cet homme fort dont il est parlé dans l’Evangile, qui a enchaîné le fort et a brisé ses vases. C’est lui qui dit, dans le psaume : « J’ai dormi et j’ai été plongé dans le sommeil, puis je me suis levé, parce que le Seigneur m’a pris par la main. » Son Père lui dit : « Lève-toi, toi qui fais ma gloire, lève-toi au chant des psaumes et aux accents de la harpe. » Le Christ lui répond ce peu de mots : « Je me lèverai dès le point du jour. » Et dans l’Évangile les femmes et les hommes rendent témoignage de sa résurrection. Ce qu’on dit dans le grand symbole : « Il est ressuscité le troisième jour, selon les Écritures, » marque la manière, les particularités et le temps prédit par les Écritures.

XXIII. Ensuite : « Il est monté aux cieux ; il est assis à la droite de Dieu, le Père tout-puissant. » Voici un quatrième mystère, savoir : l’Ascension. « Il est monté, comme dit David, porté par les chérubins, et il a volé sur les ailes des vents, et il a préparé dans le ciel sa demeure, et son royaume dominera tous les royaumes. » Le Père lui dit : « Assieds-toi à ma droite, jusqu’à ce que je réduise tes ennemis à te servir de marche-pied. » Et, pour qu’il ne manquât point de témoins oculaires de son ascension, saint Luc dit : « Ses disciples le virent s’élever en haut, et il entra dans une nuée qui le déroba à leurs yeux. » On lit ensuite ces mots : « D’où il viendra juger les vivants et les morts. » Voici un cinquième mystère qui n’a pas encore été révélé : « Il viendra dans tout l’appareil de sa royauté, lui à qui son Père a donné de juger le monde. » Et, comme dit David : « Il a préparé son trône pour le jour du jugement, et il jugera l’univers entier avec équité, il jugera les peuples dans sa justice. » Et ailleurs : Dieu viendra dans sa majesté, c’est notre Dieu, et il ne se taira pas. » Et saint Luc : « Il viendra de la même manière que vous l’avez vu monter dans le ciel. » Et Michée : « Le Seigneur veut entrer en jugement avec son peuple. »

XXIV. « Je crois en l’Esprit saint. » Voici la troisième personne de la Trinité : c’est l’Esprit saint, touchant lequel Moïse a dit : « L’esprit de Dieu était porté sur les eaux. » Et le Psalmiste : « Son esprit soufflera, et les eaux couleront. » Et le Seigneur, dans l’Évangile : « L’Esprit, qui procède du Père, vous enseignera toutes choses. » Or, l’Esprit saint enseigne, il sanctifie, il vivifie, il remet les péchés ; par lui nous ressuscitons dans la gloire, par lui nous arrivons à la vie éternelle. Le symbole ajoute : a La sainte Église catholique. »

XXV. Et Ton peut entendre et joindre ainsi ces paroles et les suivantes : « Je crois en l’Esprit saint la sainte Église catholique, » c’est-à-dire : « Je crois que la sainte Église des fidèles est sanctifiée par l’Esprit saint. Je crois aussi en l’Esprit saint la communion des saints, c’est-à-dire que les saints sont unis dans le lien de la charité par l’Esprit saint. Et je crois en l’Esprit saint la rémission des péchés, c’est-à-dire que les péchés sont remis par l’Esprit saint. Je crois, enfin, en l’Esprit saint la résurrection de la chair et la vie éternelle, c’est-à-dire que par l’Esprit saint la chair arrivera à la gloire et l’âme à la vie éternelle. » Nous ne disons pas : « Je crois la sainte Église catholique, mais en l’Église, parce que, comme l’assure saint Augustin (De consec., d. iv, Prima), on croit en l’Église comme on croit en Dieu.

XXVI. Et nous croyons en la sainte Église catholique lorsque, priant dans son sein, nous croyons en Dieu. Ensuite, nous confessons que nous comprenons avec une foi très-grande ce qui suit, savoir : « La communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle, » toutes choses que tu joindras ainsi : « Je crois en la sainte Église catholique la communion des saints ; » c’est-à-dire que par la foi que j’ai, et qui est fondée sur la sainte et universelle Église, j’arriverai à jouir de la communion des saints, c’est-à-dire de leur concorde et de leur union, car, de même qu’il n’y a qu’un pasteur et un troupeau, de même il n’y a qu’un seul Dieu, qu’une seule foi et un seul baptême ; ou je reçois par avance la communion des saints, c’est-à-dire le pain de bénédiction dont il est dit : « Crois et tu mangeras » (De consec., d. ii, Ut quid). Même interprétation pour ce qui suit.

XXVII. « Je crois en la sainte Église, la rémission des péchés ; » c’est-à-dire que, par la foi que j’ai, et qui est fondée sur la sainte et universelle Église, j’aurai la rémission des péchés et je serai guéri de la lèpre.

XXVIII. Il est parlé de la lèpre dans l’ancienne loi et dans l’Évangile. Marie, sœur d’Aaron, ayant demeuré sept jours hors du camp, fut guérie de la lèpre (l dist.^ § Econtra). Le syrien Naaman, s’étant lavé sept fois dans le Jourdain, fut délivré de la lèpre ; et le Seigneur purifia dix lépreux, mais un seul, cependant^ rendit gloire à Dieu. Il est dit de Madeleine que beaucoup de péchés lui ont été remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. Le Seigneur dit aussi au paralytique : « Mon fils, tes péchés te sont remis. »

XXIX. « Je crois en la sainte Église catholique la résurrection de la chair ; » c’est-à-dire que par la foi que j’ai, et qui est fondée sur l’Église, j’obtiendrai de ressusciter dans cette chair dont Job a dit : « Je crois que mon rédempteur est vivant, et que je ressusciterai de la terre au dernier jour, et que je verrai dans ma chair Dieu mon Sauveur. » Et il est dit dans l’Évangile : « Le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et de Jacob n’est point le Dieu des morts, mais des vivants. » Et l’Apôtre : « Nous ressusciterons tous, il est vrai ; mais nous ne serons pas tous transformés. » Il faut aussi unir de la même manière les paroles suivantes :

XXX. « Je crois en la sainte Église catholique la vie éternelle ; » c’est-à-dire que, par la foi que j’ai, et qui est fondée sur l’Église, j’arriverai à la vie éternelle, cette terre des vivants dont David dit : « Je crois fermement voir un jour les biens du Seigneur dans la terre des vivants. »

XXXI. Or, la vie éternelle, c’est voir Dieu le Père et Jésus-Christ qu’il a envoyé sur la terre. On parlera encore de cela dans la sixième partie, à l’article du Samedi saint, où l’on traite du baptême.

  1. Voir note 10 page 481.