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Recherches sur des hybrides végétaux/I/4

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Traduction par Albert Chappelier.
Gauthier-Villars (Bulletin biologique de la France et de la Belgique, t. XLIp. 377-379).



La forme des hybrides.


Les recherches faites les années précédentes sur des plantes d’ornement avaient déjà fourni la preuve que, en règle générale, les hybrides ne tiennent pas exactement le milieu entre les espèces souches. Pour quelques caractères particulièrement frappants, pour ceux, par exemple, qui sont basés sur la forme et la dimension des feuilles, sur la pubescence des différentes parties, etc., on observe presque toujours une forme intermédiaire. Dans d’autres cas, par contre, l’un des deux caractères souches a une telle prépondérance qu’il est difficile ou complètement impossible de retrouver l’autre.

Il en est de même chez les hybrides de Pisum. Chacun des sept caractères hybrides, ou bien s’identifie d’une façon si parfaite à l’un des deux caractères souches que l’autre échappe complètement à l’observation, ou bien lui ressemble tellement que cet autre ne peut être reconnu avec certitude. Ce fait est de grande importance pour la dénomination et le groupement des formes sous lesquelles apparaissent les descendants des hybrides. Dans la discussion qui va suivre, on appelle : caractères dominants ceux qui passent chez l’hybride complètement ou presque sans modification, représentant eux-mêmes, par conséquent, des caractères hybrides, — caractères récessifs ceux qui restent à l’état latent dans la combinaison. L’expression « récessif » a été choisie par ce que les caractères qu’elle désigne s’effacent ou disparaissent complètement chez les hybrides pour reparaître sans modifications chez leurs descendants, ainsi qu’on le montrera plus tard.

L’ensemble des recherches a montré, en outre, qu’il est absolument indifférent que le caractère dominant appartienne à la plante femelle ou à la plante mâle ; la forme hybride reste absolument la même dans les deux cas. Gærtner, lui aussi, insiste sur cet intéressant phénomène ; il ajoute que même l’observateur le plus exercé est incapable de distinguer chez un hybride celle des deux plantes souches qui était plante femelle ou plante mâle.

Parmi les caractères différentiels mis en expérience, les suivants sont dominants :

1o La forme ronde ou arrondie des graines avec ou sans dépressions peu profondes.

2o La coloration jaune de l’albumen.

3o La couleur grise, gris-brun ou brun-cuir de l’épisperme en corrélation avec des fleurs rouge-violacé et des taches rougeâtres sur l’axe foliaire.

4o La forme à renflement uniforme de la gousse.

5o La coloration verte de la gousse non mûre liée à une coloration semblable de la tige, des nervures, des feuilles et du calice.

6o La répartition des fleurs le long de la tige.

7o La longueur de l’axe le plus grand.

Pour ce qui est de ce dernier caractère, il faut remarquer que la taille du plus grand des deux axes des plantes mâles est ordinairement dépassée par les hybrides. On doit peut-être attribuer ce fait simplement à la grande exubérance de végétation qui se manifeste dans toutes les parties de la plante lorsque l’on unit des axes de longueurs très différentes. Ainsi, par exemple, le croisement de deux tiges d’une longueur de 1 et 6 pieds donna, sans exception, dans des expériences répétées, des axes dont la longueur variait entre 6 et 7 pieds 1/2. Les épispermes hybrides sont souvent plus pointillés, et quelquefois aussi les points se fondent en de très petites taches violet bleuâtre. Le pointillé apparaît souvent, même quand il manque comme caractère souche.

Les caractères hybrides relatifs à la configuration des graines et à l’albumen apparaissent immédiatement après la fécondation artificielle, sous la seule action du pollen étranger. On peut donc les observer dès la première année d’expérience, tandis que tous les autres n’apparaissent que l’année suivante chez les plantes qui proviennent des graines fécondées.