Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations/Livre 4/Introduction

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Traduction par Germain Garnier, Adolphe Blanqui.
Guillaumin (tome IIp. 1-2).

L’Économie politique, considérée comme une branche des connaissances du législateur et de l’homme d’État, se propose deux objets distincts : le premier, de procurer au peuple un revenu ou une subsistance abondante, ou, pour mieux dire, de le mettre en état de se procurer lui-même ce revenu ou cette subsistance abondante ; le second objet est de fournir a l’État ou à la communauté un revenu suffisant pour le service public : elle se propose d’enrichir à la fois le peuple et le souverain[1]

La différence de la marche progressive de l’opulence dans des âges et chez des peuples différents a donné naissance à deux systèmes différents d’économie politique, sur les moyens d’enrichir le peuple. On peut nommer l’un Système mercantile, et l’autre Système de l’Agriculture. Je vais tâcher des les exposer l’un et l’autre avec autant d’étendue et de clarté qu’il me sera possible. Je commencerai par le Système mercantile : c’est le système moderne et le plus connu dans le pays et le siècle où j’écris.


  1. J’aimerais mieux dire que l’objet de l’économie politique est de faire connaître les moyens par lesquels les richesses se forment, se distribuent et se consomment. Le gouvernement n’entre qu’accessoirement dans ce système de choses, soit pour favoriser, soit pour contrarier la production, soit pour prélever une partie des produits. (Note inédite de J. B. Say.)

    Dans les vues économiques du docteur Smith, la richesse nationale est toujours trop exclusivement présentée comme le principal objet à étudier. Cependant l’économie politique peut être considérée comme une théorie de gouvernement ayant pour but essentiel le bon ordre et la justice, dont la richesse nationale est une conséquence nécessaire, quoique indirecte.
    Buchanan.
    L’économie politique est généralement définie aujourd’hui : la science des lois qui règlent la production, la distribution et la consommation des choses qui possèdent une valeur échangeable et qui sont en même temps nécessaires, utiles ou agréable à l’homme*. Mac Culloch.
*. Nous aurions pu multiplier à l’infini les définitions que tous les auteurs d’économie politique se sont crus obligés de sonner de la science, les uns pour étendre son domaine, les autres pour lui imposer des limites. C’est en Allemagne et en France qu’on s’est le plus écarté du véritable terrain aujourd’hui généralement assigné à l’Économie politique : quelques économistes ont voulu en faire la science universelle ; d’autres ont essayé de la restreindre à des proportions exiguës et vulgaires. La lutte qui existe en France entre ces deux opinions extrêmes consiste à savoir si l’Économie politique doit être considérée comme l’exposition de ce qui est, ou comme le programme de ce qui doit être, c’est-à-dire comme une science naturelle, ou comme une science morale. Nous croyons qu’elle participe des deux natures : nous croyons surtout qu’il serait dangereux de la laisser égarer dans le vague où la voudraient pousser des utopistes ardents à la controverse : et c’est pour ce motif que nous applaudissons à l’accord à peu près unanime avec lequel la définition proposée par J. B. Say est adoptée maintenant en Europe. A. B.