Recueil des lettres missives de Henri IV/1572/10 septembre ― À messieurs les maire, eschevins et pairs de la ville de la Rochelle

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1572. — 10 septembre.

Imprimé. – Mémoires de l’Estat de France sous Charles neufiesme, t. I, fol. 515 verso, édition de Meidelbourg, 1578, in-8°.


À MESSRS LES MAIRE, ESCHEVINS ET PAIRS DE LA VILLE DE LA ROCHELLE[1].

Messrs, Combien que je ne doubte nullement de vostre fidelité au Service du Roy mon seigneur, et entiere obeissance à ses commandemens, sy n’ay-je pas voulu laisser passer l’occasion qui se presente de vous escrire par monsr de Biron, depesché devers vous par Sa Majesté, sans vous faire la presente, pour vous prier, comme celuy qui desire votre bien et conservation autant que vous-mesmes pourriez faire, de vouloir, avec tout l’honneur et respect que les bons sujets doivent à leur prince, entendre ce que le sieur de Biron a en charge et commandement de vous dire, et vous renger et submettre si librement et franchement à l’intention de Sa Majesté, qu’elle puisse congnoistre que vous ne despendez que d’elle, et que vous n’avez volonté que la sienne seule. C’est, ce me semble, le moyen que vous avez à tenir pour [vous] conserver et maintenir, et pour vous relever et garantir des perils qui vous menassent si vous faictes aultrement. Considerez, je vous prie, que l’eslection que Sadicte Majesté a faicte dudit sr de Biron pour commander en vostre ville sous son authorité ne vous est pas peu favorable, et pour estre iceluy sr de Biron, comme vous le congnoissez, chevalier d’honneur, et tant desireux et amateur de la paix, qu’il se comportera avec vous en toute douceur et sans user de rigueur ne violence quelconque[2]. L’asseurance que j’en pren me fait vous prier encores cette fois de rendre une prompte obeissance, et de ne doubter aulcunement de la bonté de Sadicte Majesté : envers laquelle, encores que je la trouve de bonne affection en vostre endroit, je m’employeray tousjours pour vous faire plaisir, d’aussi bon cœur que je supplie le Createur vous tenir en sa saincte garde. De Paris, ce xe de septembre 1572.

Vostre bien bon amy,
HENRY.



  1. Cette lettre, qui suit de si près la Saint-Barthélemy, porte la marque évidente de l’état d’oppression où était alors réduit le jeune roi de Navarre. D’Aubigné remarque qu’il l’écrivit en qualité de gouverneur de la province et qu’elle était accompagnée d’autres lettres « du Roi, de la Roine, de Monsieur, plaines de courtoisies. » Voici, d’après les Mémoires de l’Estat de France, un extrait de celle de Charles IX : « Nous n’avons voulu delaisser de vous envoyer nostre cher et bien amé le sieur de Biron, chevalier de nostre ordre, capitaine de cinquante hommes de nos ordonnances, conseiller en nostre conseil privé et grand maistre de nostre artillerie ; lequel nous avons choisi, fait et créé capitaine et gouverneur de nostre ville de la Rochelle et pays d’Aunis. » Armand de Gontault, baron de Biron, grand maître de l’artillerie le 5 novembre 1569, fait maréchal de France en 1577, fut tué d’un coup de canon au siége d’Épernai, le 26 juillet 1592, à l’âge d’environ soixante-cinq ans.
  2. Malgré cette exhortation, les Rochellois refusèrent à Biron l’entrée de leur ville. De là une longue suite d’hostilités.