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Recueil des lettres missives de Henri IV/1576/11 avril ― À mon cousin monsieur de Montluc

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1576. — 11 avril.

Orig. – Arch. de Famille de M. le comte H. C. de Meslon, à Rauzan. Communication de M. le secrétaire général du département de la Gironde.


À MON COUSIN MONSR DE MONTLUC,

MARESCHAL DE FRANCE[1].

Mon Cousin, J’ay receu plusieurs plainctes de mes subjects de Castelmoron et Gironde[2], qui sont chascun jour travaillés du passage des gens de guerre et ordinairement taxés et cottisés en plusieurs sommes de deniers par les garnisons circonvoisines, nommeement par le cappitaine Besle, commandant au chasteau de Pommiers. Et pour ce que je vous ay toujours cogneu affectionné à la conservation d’iceulx, je vous ay bien voulu escripre la presente pour vous prier, mon Cousin, bien affectueusement, pourveoir à leur soulagement et commander au dit cappitaine que il ayt à faire cesser telles levées. Alutrement je sçauray de quelle autorité ou puissance il les moleste ainsy, avec tel ressentiment que il servira d’exemple à tous aultres. En quoy me ferez bien grand plaisir, que je recongnoistray en aultre endroict d’aussy bon cœur que je prie Dieu, mon Cousin, vous avoir en sa bien saincte et digne garde. Escript à Thouars, ce xje jour de apvril 1576.

Vostre bon cousin et amy,


HENRY.



  1. Blaise de Montluc, fils de François de Montesquieu, seigneur de Montluc, et de Francoise d’Estillac, né au commencement du XVIe siècle, se trouva à presque toutes les batailles de François Ier, fut fait chevalier de l’ordre en 1555, colonel de l’infanterie française en 1558, lieutenant de roi en Guienne en 1562, et maréchal de France en 1574. Il mourut en 1577. Ses mémoires, que Henri IV appelait la Bible des soldats, s’arrêtent très-peu avant l’époque de cette lettre ; car il dit presque en les terminant : « 1576. Ayant sejourné quelque temps chez moy, j’avois tousjours d’estranges nouvelles de la cour, et des entreprinses les plus grandes. Et quand j’ouïs dire que le roi de Navarre s’en mesloit, et qu’il estoit parti de la cour sans dire adieu, je jugeay dès lors que la Guyenne auroit de nouveau beaucoup à pastir ; car estant si grand prince, jeune, et qui donne esperance d’estre quelque jour un grand capitaine, il gaigneroit aiséement le cœur de la noblesse et du peuple, et tiendroit tout le reste en crainte. »
  2. Petites villes de l’ancien Bazadois, aujourd’hui du département de la Gironde.