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Recueil des lettres missives de Henri IV/1576/15 août ― À mon cousin monsieur le mareschal de Dampville

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1576. — 15 août.

Orig. – B. R. Fonds Béthune, Ms. 8887, fol. 24 recto.

À MON COUSIN MONSR LE MARESCHAL DE DAMPVILLE.

Mon Cousin, Attendant le retour du sr de Corné[1], que j’ay, il y a quelque temps, envoye expressement devers vous pour vous apporter de mes nouvelles et m’en rapporter des vostres, je vous diray que je suis venu par deçà, faisant executer partout où je suis passé l’edict de pacification, tant pour le regard des ungs que des aultres. Et estant arrivé en ceste ville, j’y ay trouvé une fort grande troupe de noblesse catholique et des principaulx de la Gascoigne qui m’y attendoient avecques monsr le mareschal de Montluc ; et lesquels vous ne sçauriez croire comme ils se sont bien accordez avec ceulx de la Religion qui m’y sont pareillement venus trouver. Et tous ensemble ont promis et juré solemnellement en la presence du sr de Chemeraut[2], qui y est venu de la part du Roy, l’entiere et inviolable observation de la dicte pacification, et de courir sus au premier qui y contreviendroit. Le sr de la Nouë[3] aussi ne faisoit que de y arriver des parts de Monsieur ; avec lequel j’ay fort communiqué et conferé de toutes choses, et suis demeuré tousjours mieux edifié de toutes ses actions et desportemens, mais encores plus confirmé et conforté en tous mes bons desirs et desseings par ses sages et fideles conseils, ayant gaigné le poinct qu’il me retournera trouver, apres avoir faict ung court passaige devers mon dict Sieur et l’avoir pareillement bien conseillé et disposé à bien faire, et sur tout à ne vous deffaillir. Je ne veulx pareillement obmettre à vous dire que l’on a envoyé icy le sr de Foix[4] pour m’esclairer et les esclairer mieulx de mes actions et intentions. Ce que toutesfois j’espere tellement mesnager, que j’en tireray profit, et sçauray bien luy tenir caché ce qu’il fauldra ; vous priant seulement de nous bien entre-entendre, et, avec nous, ceulx qui en despendent. Pour lequel respect je vous envoie principalement le porteur, et, par vos bonnes et seures adresses, à ceulx que vous adviserez ; et supleerez, s’il vous plaist, à ma depesche ce qui vous semblera estre requis et necessaire pour nostre bien commung, et pour nous deffendre des menées et praticques de nos commungs envieux et ennemys. Lesquelles, à ce que j’ay veu par plusieurs advertissemens de la Court, ils renforcent de jour à aultre ; et de nouveau, oultre l’association d’auculnes villes en Picardie, il [me] revient de la ligue, conjuration et conspiration de six cents gentilshommes[5] pour s’opposer à la paix, combien que pas ung de ceulx-là ne soit monté à cheval durant la guerre pour la faire. Ils ont davantage persuadé à monsieur l’Amiral, vostre parent[6], de s’en venir en Guyenne et y amener vostre nouveau allié et s’aller percher à Bordeaulx, et de là en hors contrefaire les gouverneurs si je ne les en engarde et empesche, comme je ne me deffie poinct de pouvoir faire, apres avoir communiqué et conferé avecques vous des moyens plus propres ; et non obstant la susdicte parenté et alliance, laquelle ne faict pas qu’ils ne vous en veuillent, pareillement ou pretendent en espargner ung seul, s’ils peuvent, et que nostre contraire bonne intelligence ensemble ne les en engarde, et pareillement l’assistance de Dieu à la resistance de telles entreprinses ; que nous pouvons nous promectre, et ne debvons cesser de l’en prier (comme de ma part je ne cesse), et de vous donner,

Mon Cousin, en santé, heureuse et longue vie. D’Agen, ce xve aoust 1576.

Vostre cousin et meilleur amy,


HENRY.


  1. Voir la lettre du 14 juillet précédent.
  2. Mery de Barbezières, seigneur de Chemerault, chevalier des ordres du Roi, grand maréchal des logis de sa majesté, mort le 5 mai 1609.
  3. François de la Noue, dit Bras-de-Fer, fils de François de la Noue et de Bonaventure l’Espervier, né en 1531, est l’un des capitaines les plus connus par ses hauts faits pendant cette seconde moitié du XVIe siècle. Il était instruit, bon négociateur, et fut un des hommes les plus considérés de son temps. Il fut tué au siège de Lamballe, en 1591.
  4. Louis de Foix, comte de Gurson, fils de Germain Gaston de Foix, marquis de Trans et comte de Gurson, et de Marguerite Bertrand, dame de Frizin. La mission qu’il remplissait alors au nom de la cour, auprès du roi de Navarre, l’attacha à ce prince, dont il était allié et dont il embrassa le parti tout en restant catholique. Ses deux frères, Gaston, comte de Fleix, et François Phébus, chevalier de Malte, suivirent son exemple. Tous trois furent tués, le 23 juin 1580, à la bataille de Montraveau, près Nérac. La présence de Louis de Foix chez le roi de Navarre, en 1576, amena une détermination bien importante, ainsi racontée dans la vie de du Plessis-Mornay, « M. du Plessis ne fut si tost de retour chés soi, qu’il receut lettres redoublées du Roy de Navarre, qui le convioit à l’aller trouver. Cette envie luy prit de ce qu’il en entendoit dire beaucoup de bien à messieurs de Foix et de la Nouë, qui estoient lors prés de luy, cestuy-là de la part de Henry III pour le destourner de la Religion, cestuy-ci employé en la principale conduite de ses affaires ; tous deux, bien que divers en religion, dont ils esbahissoit, s’accordant en sa louange. » (Vie de M. du Plessis, l. I, ann. 1576.)
  5. Nous supprimons ici le mot contre.
  6. L’amiral de Villars, frère de Madeleine de Savoie, qui avait épousé le connétable Anne de Montmorency, se trouvait ainsi oncle maternel du maréchal de Damville.